Aujourd'hui je pars à la Cité du Cinéma relire le mixage de l'épisode 10. Je ferai certainement quelques remarques, demanderai quelques retouches. En général je n'ai pas à les vérifier mais il arrive que je doive revenir quelques heures après afin de valider certains changements quand mes demandes sont un peu trop subtiles.
Je resterai donc toute la journée à la Cité afin de finaliser l'épisode 10.
Il faudra ensuite vérifier les sous-titres. Ça se fait en général quelques jours après le mixage. Il y a toujours des modifications à apporter. Le format des sous-titres demande des arbitrages entre la longueur du texte et le sens de la traduction. Ces arbitrages, c'est moi qui dois les faire (en tant qu'auteur, les autres auteurs pourraient également le faire).
Il faudra valider aussi les derniers VFX (trucages numériques) qui sont importants dans le dernier épisode. Nous travaillons dessus depuis déjà un certain nombre de semaines. On attend les dernières livraisons.
Ensuite... eh bien ça sera presque fini. Il faudra vérifier le PAD (Prêt à diffuser) et vérifier s'il n'y a pas encore quelques erreurs (étalonnage, mixage, sous-titre)
Enfin, on livrera les derniers épisodes.
Diffusion le 9 mai 2016. Les dix épisodes seront disponibles en téléchargement le même jour.
Aujourd'hui, à la Cité, nous nous réunissons également dans la "writer's room" pour une séance de brainstorming sur l'épisode 5 de la saison 3.
Nous avons en effet livré hier la V1 de l'épisode 4.
Nous attendons les remarques du diffuseur sur les quatre premiers épisodes. Nous savons que les deux premiers ont été très appréciés mais il arrive qu'à la lumière des suivants certains choix peuvent être remis en cause, certains choix faits dans les premiers épisodes.
La validation des quatre premiers épisodes est donc essentielle pour avoir une idée du travail et du planning à venir.
Nous faisons évidemment, comme d'habitude, le pari que tout ira bien et donc nous avançons déjà sur l'épisode 5. C'est une condition indispensable pour livrer à temps et ne pas handicaper la préparation.
En effet, déjà, une équipe dépouille les scripts, esquisse le plan de travail de tournage en fonction de décors et de leur récurrence, le casting va commencer également dès la semaine prochaine. Il y a déjà de nouveaux personnages à trouver.
Travail sur l'épisode 5 donc. Pendant 15 jours.
Ensuite nous donnerons cet épisode à un scénariste Sénior qui aura quatre semaines pour l'écrire.
Pendant ce temps, nous travaillerons sur la structure de l'épisode 6.
L'aventure continue...
22 avril 2016
16 avril 2016
Hollande, hélas.
Hollande
Voilà. Je n'ai jamais vu un président aussi vilipendé. Aussi décrié. Les gens ne veulent plus de lui. Un sondage dit qu'il ne passera pas le premier tour et que si jamais il le passe il est battu par Marine le Pen. On dit donc de lui qu'il serait le seul candidat à faire élire le front national.
Ça s'appelle l'opprobre.
C'est terrible.
Je me demande quelles sont les idées qui lui viennent.
Il n'a pas fini son travail c'est vrai. Et il peut faire des choses bien d'ici la fin de son quinquennat. Mais c'est trop tard pour rattraper la situation. Il est trop angoissant. Il nous angoisse. Quoiqu'il fasse. Il est aussi angoissant d'être si rejeté.
Quelle sont ses erreurs ?
Difficile à dire. Car il a été élu sur un malentendu. Pour faire simple il est de centre gauche et il a été élu par la gauche qui ne voulait pas l'entendre et à qui il a dû le taire.
Sans ce malentendu il n'aurait pas été élu. Et Sarkozy aurait gagné.
Les déçus du hollandisme sont soit des benêts soit des hypocrites. Ils le savaient très bien. Ils ne voulaient pas de Sarkozy. Alors ils n'ont pas voulu savoir que Hollande n'était pas si à gauche que ça.
Pas de cette gauche obsolète.
La gauche française aujourd'hui à été en fait au pouvoir pendant trente ans.
Car la droite française n'a jamais vraiment appliqué une politique de droite. Elle a plutôt fait gauche, défense des acquis sociaux, jamais osé le libéralisme.
La gauche a créé plus de trois millions de chômeurs. Et c'est cette gauche qui a élu Hollande qui lui ne voulait pas d'elle.
Malentendu qui l'a fait gagner.
Et qui l'a empêché de gouverner.
Pas de majorité. Jamais pour ses réformes sociales libérales.
Les frondeurs, les syndicats, les manifestants.
Il n'a rien pu faire de ce qu'il croyait. Il voulait être soutenu par la gauche. Elle se refusait à lui.
Au début il lui a donné des gages.
Des impôts.
Un fiasco.
Il est redevenu lui-même a mi-parcours. Trop tard. La gauche ne voulait pas de lui. Et Montebourg et Filipetti et Hamon.
Son erreur n'est pas son mensonge de campagne. Sans ce mensonge Il perdait.
Son erreur est d'avoir eu peur de son ombre.
De n'avoir pas su aller jusqu'au bout de la politique à laquelle il croyait.
Il ne l'a faite qu'a moitié voire au quart. C'est à dire pas du tout.
Donc il n'a rien fait.
Il a su conquérir le pouvoir.
Il n'a pas su qu'en faire.
Pourquoi reviendrait il ? Pourquoi se représenterait il ?
Pour faire quoi ?
Il ne peut avoir aucune réponse.
L'élection va se jouer à la primaire à droite.
Le Pen sera au second tour. Celui qui sera en face d'elle sera président (sauf Hollande apparement )
Le second du premier tour est donc le prochain président.
Si Sarkozy gagne la primaire de la droite la gauche a une chance d'être au second tour. Même Aubry même Valls même Macron. Ils le savent. Ils vont se déchirer. Tout le monde aura sa chance de passer devant Sarkozy au premier tour.
Si Sarkozy ne gagne pas la primaire de droite la gauche n'a plus aucune chance. Seul Sarkozy peut être assez rejetté pour être troisième au premier tour.
Tous les autres passeront second derrière le Pen
Tous les autres seront élus président.
Mais Hollande ne peut pas jouer cette partie.
C'est malheureux. J'étais d'accord avec lui. Je savais ce qu'il voulait faire.
Mais il ne l'a pas fait. Il savait qu'il ne pouvait pas le faire. Pas de majorité pour ça. Parce qu'il l'avait bernée, sa majorité. Et qu'il ne pouvait pas la convaincre une fois en place.
Hollande a été victime de la gauche française. Il a dû lui mentir pour la faire gagner. Il n'a pas voulu la bousculer. Il n'a pas voulu lui obéir. Il a échoué. Il mérite son sort.
Votez à la primaire à droite. C'est là que ça va se jouer.
12 avril 2016
LBDL S3 (1)
Aujourd'hui je me rends chez le compositeur. Nous finalisons le mixage des musiques de l'épisode 10.
Les morceaux ont été montés déjà mais nous avons envoyé les notes, remarques et demandes de modification pour ce mixage.
Nous allons écouter chaque morceau en visionnant le film. Nous allons apporter les derniers ajustements. En général ça dire deux heures. Notre process de travail est rodé.
J'aimerais mettre la nouvelle chanson sur le générique de fin de l'épisode 10. On l'entend pour la première fois sur l'épisode 9. Ça sera comme un passage de relais à la prochaine saison.
Ensuite nous parlerons probablement de l'album. Et nous écouterons peut-être justement la version entière de la chanson (qui ne fait qu'une minute malheureusement sur le générique de fin).
Ensuite, réunion d'écriture à la Cité pour l'épisode 3 de la saison 3. Nous sommes proches de la fin mais il reste une couille sur une des lignes narratives. Il y a une articulation qui fonctionne mal. Deux idées qui se télescopent et se parasitent. Il faudrait en abandonner une, ce qui va être compliqué. Il faut donc réfléchir à les agencer autrement et à en changer éventuellement une d'épisode.
Nous aurions du livrer déjà la semaine dernière voire il y a quinze jours.
J'étais épuisé le week-end dernier. Maintenant ça va mieux.
Dans l'après-midi, réunion de production puis écoute du montage son de l'épisode 9 (le mixage commence demain donc pas de temps à perdre). Il est possible que je zappe cette étape d'ailleurs, le montage son, ça roule plutôt.
J'aimerais bien échapper à l'intrigue. Trop d'intrigues. Les gens aiment les intrigues. Moi j'aime ce qu'il y a à côté. Les Soprano : pas d'intrigue. The wire : l'intrigue était secondaire, importante mais secondaire. Mad Men : pas d'intrigue.
Bref... il faut que je parvienne à ne pas perdre la série dans l'intrigue. Il faut des personnages, des scènes, des situations. Mais on n'est pas dans la mécanique.
Je ne m'y retrouve pas. Il faut que je redresse la barre. Nous partons dans trop intrigues sur la saison 3. Trop serré. Il faut qu'on desserre.
Les morceaux ont été montés déjà mais nous avons envoyé les notes, remarques et demandes de modification pour ce mixage.
Nous allons écouter chaque morceau en visionnant le film. Nous allons apporter les derniers ajustements. En général ça dire deux heures. Notre process de travail est rodé.
J'aimerais mettre la nouvelle chanson sur le générique de fin de l'épisode 10. On l'entend pour la première fois sur l'épisode 9. Ça sera comme un passage de relais à la prochaine saison.
Ensuite nous parlerons probablement de l'album. Et nous écouterons peut-être justement la version entière de la chanson (qui ne fait qu'une minute malheureusement sur le générique de fin).
Ensuite, réunion d'écriture à la Cité pour l'épisode 3 de la saison 3. Nous sommes proches de la fin mais il reste une couille sur une des lignes narratives. Il y a une articulation qui fonctionne mal. Deux idées qui se télescopent et se parasitent. Il faudrait en abandonner une, ce qui va être compliqué. Il faut donc réfléchir à les agencer autrement et à en changer éventuellement une d'épisode.
Nous aurions du livrer déjà la semaine dernière voire il y a quinze jours.
J'étais épuisé le week-end dernier. Maintenant ça va mieux.
Dans l'après-midi, réunion de production puis écoute du montage son de l'épisode 9 (le mixage commence demain donc pas de temps à perdre). Il est possible que je zappe cette étape d'ailleurs, le montage son, ça roule plutôt.
J'aimerais bien échapper à l'intrigue. Trop d'intrigues. Les gens aiment les intrigues. Moi j'aime ce qu'il y a à côté. Les Soprano : pas d'intrigue. The wire : l'intrigue était secondaire, importante mais secondaire. Mad Men : pas d'intrigue.
Bref... il faut que je parvienne à ne pas perdre la série dans l'intrigue. Il faut des personnages, des scènes, des situations. Mais on n'est pas dans la mécanique.
Je ne m'y retrouve pas. Il faut que je redresse la barre. Nous partons dans trop intrigues sur la saison 3. Trop serré. Il faut qu'on desserre.
26 mars 2016
Journal de la guerre ( ?) - 1
26 mars 2016, quatre jour après les attentats de Bruxelles
Je ne sais pas si nous sommes en guerre.
On a l‘air d’y être. On se fait bombarder. Les bombes ne
tombent pas du ciel. Elles sont trainées sur des charriots dans un aéroport,
portées par kamikaze dans les rues.
On se fait tirer dessus à la terrasse des cafés et des
cinémas.
Donc nous sommes en guerre. L’ennemi a un nom : Etat
Islamique.
Ils veulent un Etat sunnite, là-bas, entre Syrie et Irak.
Bachar El-Assad s’est servi d’eux pour discréditer la
rébellion.
Il a réussi.
Vous avec un ennemi qui risque de vous terrasser ?
Faites-en un terroriste et tout le monde vous soutiendra.
Israël a joué ce jeu là.
Contre l’intifada il allait perdre.
Personne ne vous soutient quand vous tirez sur des jeunes
qui vous jettent des pierres.
Mais ça n’a pas suffit à Arafat. Ça n’a pas suffit au Hamas.
Ils sont passés au terrorisme.
Et Israël a gagné.
Contre une révolte de jeunes à coups de pierre, vous perdez.
Tout le monde sera contre vous.
Contre le terrorisme, vous gagnez, tout le monde vous
soutiendra.
Transformez donc le jeune en terroriste.
Donc Etat Islamique, une armée de brigands. Comme les nazis.
Ils sont racistes, ils sont génocidaires.
C’est pourquoi on leur a refusé leur Etat.
C’est pourquoi ils nous font maintenant la guerre.
Comment gagner cette guerre ?
En leur faisant la guerre là-bas.
Mais personne ne veut la faire.
Ils servent Bachar, ils servent les Kurdes, ils servent la
Turquie, ils servent les Russes, ils servent les Iraniens, ils servent les
Saoudiens.
Ils ne gagneront jamais. Mais ils ne perdront jamais si on
continue à se servir d’eux.
Ils ne servent pas les Américains, mais ceux-là ont déjà
donné en Afghanistan et en Irak. Ils savent qu’on ne fait pas la guerre quand
on ne sait quoi faire de la paix.
Les Français, pareil, avec la Libye. Ils ont déjà donné.
On pourrait les écraser. Mais personne ne veut le faire.
Alors le terrorisme.
Alors des terroristes, enrôlés dans une secte nihiliste.
Des voyous qui sortent de prison. Ceux-là, ils auront servi
toutes les dictatures, tous les totalitarismes.
La Belgique va avoir du mal à nous convaincre qu’elle n’a
pas merdé.
Un aéroport où l’on peut trainer des bombes sur des
charriots à roulette, un terroriste qu’on a sous la main et qu’on interroge à
peine, des voyous qu’on relâche et qui reviennent en djihadistes malgré
les avertissements de la Turquie.
Est-ce que ce sont des mensonges ? De la fausse
information ? On verra bien.
Ce qui est sûr : la Belgique a été considérée comme une
bonne base de départ par ces terroristes.
On verra pourquoi.
Alors maintenant le même discours : ça n’a rien à voir
avec l’Islam.
Donc l’Etat Islamique, ça n’a rien à voir avec l’Islam ?
Ça me rappelle qu’on disait que le régime communiste en URSS
n’avait rien à voir avec Lénine, ou avec Marx. C’était le marxisme perverti.
Peut-on le dire encore aujourd’hui ?
Etat Islamique a à voir avec l’Islam. Comme l’inquisition a
à voir avec le christianisme.
Désolé les gars.
Ça n’a rien à voir avec les musulmans. Bien sûr.
Le grand problème : depuis 1979, l’islam est devenu
politique. La religion s’est accoquinée avec le pouvoir. C’est devenu l’islamisme.
Depuis ce temps là, le communisme a trouvé son relais.
En 1989 sortait mon film « un monde sans pitié ».
Je décrivais une jeunesse héritière de la fin des utopies.
C’est fini.
Ça n’est plus la fin des utopies.
Quand on veut les réaliser, on construit l’enfer.
L’Etat islamique veut réaliser son utopie.
Nous on ne veut pas parce qu’on sait que c’est l’enfer.
Alors on reçoit des bombes.
14 décembre 2015
Moi je pleure parce que je crois qu’il n’y a rien de plus
triste qu’une jeunesse fauchée dans son insouciance. Je ne dis pas « rien
de plus choquant », ni « rien de plus horrible », je dis :
rien de plus triste.
Ils n’étaient pas préparés, ils n’étaient pas combattants.
Ils n’étaient même pas haineux. Et pour la plupart d’entre eux, il est probable
qu’ils étaient tolérants, généreux, prêts à accueillir l’altérité avec
enthousiasme. Ils recherchaient probablement la présence de l’autre. Ils n’en avaient pas peur.
Ils n’étaient pas des ennemis.
Il est probable que pour eux il n’y avait pas de mécréant,
de blasphémateur. Ils n’étaient pas sectaires.
Ils ont été tués parce qu’ils ne se méfiaient pas. Ils
n’étaient pas armés, ils n’étaient pas aux aguets.
Je pleure parce qu’il n’y a rien de plus triste que cette
jeunesse kidnappée dans sa volonté de vivre, sa joie d’échapper momentanément à
la cruauté de l’existence.
Tant de vies stoppées, d’espoirs effacés, d’avenirs
évanouis.
Laissant d’autres insouciants dans la stupeur et la
sidération.
Laissant du malheur incommensurable autour de nous, les
enfants, les amoureux, les parents, les amis.
Rien de plus triste que ces rires figés à jamais.
Je pleure pour cette jeunesse décimée, cette jeunesse en moi
et en mes amours.
26 janvier 2015
Journal d'un Showrunner #2
Aujourd'hui...
Ce week-end j'ai regardé les derniers rushes de LM, une énorme séquence du début de l'épisode 8.
J'ai aussi regardé le premier montage de l'épisode 5 puis le premier montage de l'épisode 6. J'ai pris des notes sur les deux montages. Pas mal de boulot mais ça va être bien.
Ce matin donc, 9h30 à la Cité du Cinéma. Réunion en salle de montage des épisodes 4 et 5 avec HC et son monteur. Ça prend un peu plus d'une heure pour leur donner mes notes et voir ensemble comment on peut y répondre. Je les laisse travailler.
11h : réunion avec AC qui va réaliser les deux journées de seconde équipe mercredi et jeudi. Une journée très lourde où il tourne trois séquences de l'épisode 9 et une journée où il tourne plusieurs séquences de l'épisode 10. Préparation de mise en scène donc, où je dois lui décrire tous les plans qui me paraissent nécessaires, calmer éventuellement ses ardeurs de metteur en scène qui seraient parfaites pour un long métrage mais ne rentrent pas dans l'économie d'une série, sans pour autant trop le brider afin qu'il apporte son enthousiasme. Je dois aussi prévenir tous les malentendus possibles par rapport au scénario, anticiper les fautes de sens, les détails de mise en scène qui troubleraient la lecture et la cohérence de la série.
Les journées de seconde équipe ne sont pas des tournages où l'on fait des passages voiture ou des entrées sorties de figurants. c'est aussi de la "petite comédie", avec les acteurs et en particulier MK. Ça se prépare avec soin.
C'est HC qui réalisera 90% de l'épisode 10 mais je donne mes instructions au réalisateur de seconde équipe. je ne réaliserai moi-même qu'une séquence du 10, une séquence un peu complexe que j'ai parfaitement en tête.
J'ira voir le monteur de MD demain, aujourd'hui je n'ai pas le temps. Je dois à lui aussi donner mes notes sur l'épisode 6 (il monte 6 et 7)
Vers 14h30 je dois valider le générique de fin de l'épisode 1. Un générique ultra rapide de 50s où l'on ne lit rien mais c'est l'exercice du genre.
Ensuite à 16h, séance de travail avec Rob sur la musique à son studio. Nous allons mixer les musiques de l'épisode 2 et prémixer celles de l'épisode 3. Je pense que ça va se terminer vers 22-23h.
Demain matin nous avons une séance d'écriture avec CdC et les juniors. Les lignes narratives de la saison 2 ont été validées par Canal. On doit encore en discuter et affiner certains choix mais l'écriture des épisode 2 à 5 peut commencer. Elle commencera lundi prochain.
L'épisode S02E01 est déjà écrit et la première version a été livrée vendredi dernier à Canal.
Nous faisons tout ça en simultané afin de pouvoir commencer le tournage de la saison 2 fin septembre si jamais Canal donne son feu vert. La saison 2 pourra ainsi être diffusée un an après la saison 1.
CdC et LP le coordinateur d'écriture sont sur le tournage de LM afin de vérifier si tout se passe bien et qu'aucune erreur n'est faite par rapport à des détails délicats du scénario. C'est le rôle des scénaristes senior d'aller sur les tournage ("exécutive producers"aux US). c'est la première étape pour ensuite pouvoir "showrunner" une série : savoir garantir l'esprit des écrits sur le plateau de tournage et superviser le travail des réalisateurs.
Ce week-end j'ai regardé les derniers rushes de LM, une énorme séquence du début de l'épisode 8.
J'ai aussi regardé le premier montage de l'épisode 5 puis le premier montage de l'épisode 6. J'ai pris des notes sur les deux montages. Pas mal de boulot mais ça va être bien.
Ce matin donc, 9h30 à la Cité du Cinéma. Réunion en salle de montage des épisodes 4 et 5 avec HC et son monteur. Ça prend un peu plus d'une heure pour leur donner mes notes et voir ensemble comment on peut y répondre. Je les laisse travailler.
11h : réunion avec AC qui va réaliser les deux journées de seconde équipe mercredi et jeudi. Une journée très lourde où il tourne trois séquences de l'épisode 9 et une journée où il tourne plusieurs séquences de l'épisode 10. Préparation de mise en scène donc, où je dois lui décrire tous les plans qui me paraissent nécessaires, calmer éventuellement ses ardeurs de metteur en scène qui seraient parfaites pour un long métrage mais ne rentrent pas dans l'économie d'une série, sans pour autant trop le brider afin qu'il apporte son enthousiasme. Je dois aussi prévenir tous les malentendus possibles par rapport au scénario, anticiper les fautes de sens, les détails de mise en scène qui troubleraient la lecture et la cohérence de la série.
Les journées de seconde équipe ne sont pas des tournages où l'on fait des passages voiture ou des entrées sorties de figurants. c'est aussi de la "petite comédie", avec les acteurs et en particulier MK. Ça se prépare avec soin.
C'est HC qui réalisera 90% de l'épisode 10 mais je donne mes instructions au réalisateur de seconde équipe. je ne réaliserai moi-même qu'une séquence du 10, une séquence un peu complexe que j'ai parfaitement en tête.
J'ira voir le monteur de MD demain, aujourd'hui je n'ai pas le temps. Je dois à lui aussi donner mes notes sur l'épisode 6 (il monte 6 et 7)
Vers 14h30 je dois valider le générique de fin de l'épisode 1. Un générique ultra rapide de 50s où l'on ne lit rien mais c'est l'exercice du genre.
Ensuite à 16h, séance de travail avec Rob sur la musique à son studio. Nous allons mixer les musiques de l'épisode 2 et prémixer celles de l'épisode 3. Je pense que ça va se terminer vers 22-23h.
Demain matin nous avons une séance d'écriture avec CdC et les juniors. Les lignes narratives de la saison 2 ont été validées par Canal. On doit encore en discuter et affiner certains choix mais l'écriture des épisode 2 à 5 peut commencer. Elle commencera lundi prochain.
L'épisode S02E01 est déjà écrit et la première version a été livrée vendredi dernier à Canal.
Nous faisons tout ça en simultané afin de pouvoir commencer le tournage de la saison 2 fin septembre si jamais Canal donne son feu vert. La saison 2 pourra ainsi être diffusée un an après la saison 1.
CdC et LP le coordinateur d'écriture sont sur le tournage de LM afin de vérifier si tout se passe bien et qu'aucune erreur n'est faite par rapport à des détails délicats du scénario. C'est le rôle des scénaristes senior d'aller sur les tournage ("exécutive producers"aux US). c'est la première étape pour ensuite pouvoir "showrunner" une série : savoir garantir l'esprit des écrits sur le plateau de tournage et superviser le travail des réalisateurs.
04 janvier 2015
Journal d'un Showrunner #1
Journal d’un showrunner 1
Demain lundi 5 janvier.
Je vais me rendre sur le tournage de l’épisode 8 à la Cité du Cinéma. C’est le premier jour de LM qui réalise les épisodes 8 et 9. Ensuite je rendrai visite à MD qui tourne les épisodes 6 et 7. Il tourne demain sur le plateau 3 à la Cité du Cinéma.
Je viendrai voir si la mise ne place de LM se passe bien mais la scène qu’elle tourne ne devrait pas poser de problème. C’est une des premières scène où le personnage joué par MK révèle un peu ses émotions.
Ensuite LM passera sur le plateau 6, dans les décors du BDL. Tandis que MK sautera dans une voiture pour rejoindre la seconde équipe qui tourne pour les épisode 6 et 7, sous la direction de AC.
Demain, donc, trois équipes de tournage travaillent en simultané dont deux sur les deux plateaux que nous avons à la Cité de Cinéma.
Demain aussi, je dois finaliser le montage de l’épisode 1 avant le mixage qui commence également demain. Nous avons deux retouches à étudier après les dernières remarques du diffuseur. Nous devons aussi finaliser le premier montage de l’épisode 3 que nous allons envoyer au diffuseur mercredi. Pour cela j’attends les dernières musiques du compositeur. Je lui ai envoyé des notes cette semaines.
Nous devons également terminer le montage final de l’épisode 2 après la note du diffuseur. cette note ne suggère que de menus changement, deux changements à l’image et le reste concerne la post synchro.
Il y a un éternel débat entre le diffuseur et le showrunner autour de la compréhension. Souvent on demande de sacrifier la subtilité d’un dialogue, d’une scène, au nom de la nécessaire compréhension. C’est un vieux débat et j’ai avec moi les exemples des Soprano et de The Wire où je me rends compte qu’il n’est pas toujours important de comprendre exactement ce qui se passe pourvu qu’on ai l’impression qu’il se passe quelque chose de vrai.
Sur Mafiosa nous avions ce genre de discussion. Il faut résister mais il ne faut pas être sourd.
Demain encore nous avons une séance de brainstorming avec CdC sur les lignes narratives de la saison 2. Nous devons les livrer en fin de semaine. Elles sont élaborées mais nous devons les rédiger. Nous avons quelques points de détail à travailler. Nous parlerons aussi de l’épisode S02E01 dont le premier draft a été écrit par CdC. Je dois faire ma passe dessus. Mais il y'a quelques points à régler avant.
Quand la rédaction des épisodes commencera début février, après validation des lignes narratives par le diffuseur, la room se gonflera de trois auteurs. Peut-être quatre et même cinq si EB et CD reviennent avec nous. Ce que j’espère. Il y aurait alors dans la room, autour de moi et de CdC, 5 seniors et 2 junior. c’est une sorte d’idéal que nous n’avons encore jamais atteint. Je croise les doigts.
Demain encore nous devons parler du montage de l’épisode 4 avec son réalisateur HC. J’ai pris 6 pages de notes pendant les vacances. Il faudra que je vois un peu le monteur des épisodes 6 et 7 qui travaille aussi. Tout ce petit monde est concentré à la Cité du Cinéma. Tout est là-bas, y compris le mixage et les FX. Je dois valider la dernière version des FX de l’épisode 1 (dont je suis le réalisateur).
Demain est la première journée de 2015 sur la fabrication de LBDL (le Bureau Des Légendes).
Trois tournages simultanés.
Trois montages simultanés.
Le mixage d’un épisode.
L’écriture de la saison 2.
Une journée ordinaire depuis le 25 septembre.
20 avril 2014
Le champ de ruines
Le paysage politique français est un champ de ruines.
La droite ne sait toujours pas si elle est libérale. Au
pouvoir elle ne l’est pas, trop effrayée par
une France qui semble se cramponner à son modèle social, modèle qui
aujourd’hui ne s’acclimate au nouveau monde qu’au prix du chômage et de
l’anémie économique.
Dans l’opposition elle souffre de son culte du chef, entre
le fantôme d’un commandeur qui ne parvient pas à dire s’il revient ou non et
des prétendants transparents, effrayés par ce même commandeur, et dont les
vociférations sont aussi pathétiques que vaines.
Le centre est malade de ses leaders, malade de son discours,
aussi paradoxal que cela puisse paraître alors que la France se gouverne
justement au centre. A cet égard, l’erreur de François Hollande
d’avoir rejeté d’un revers de main l’offre de François Bayrou qui l’avait
soutenu lors du second tour de l’élection présidentielle, révèle l’impuissance générale des politiques français à accepter
l’idée d’une recomposition inévitable du puzzle politique national.
Un puzzle politique qui va probablement se désagréger
totalement avec l'une de ses pièces maîtresses. Le Parti Socialiste, comme toute
la gauche, a été mis en cause par le traité de Maastricht, il est mort lors de sa scission idéologique
de 2005 et vit depuis comme un zombie. Aujourd’hui, il est en train de
redevenir poussière.
François Hollande a probablement fait sa plus grosse erreur
en essayant à tout prix de conserver l’unité du Parti Socialiste après le vote
contradictoire sur l’Europe. Ce faisant il sauvait la machine mais l’envoyait
dans le mur.
Le vote sur le traité constitutionnel européen avait éclairé des lignes de
fractures, non pas entre différents courants, entre différentes sensibilités,
mais entre une gauche qui voulait se repenser à la lumière de la mondialisation
et cette gauche dans laquelle le même François Hollande s’empêtre, qui ne sait
plus dans quel gouffre se précipiter, celui proposé par Manuel Valls où celui
de la dissolution, les deux signifiant la même chose : la fin.
D’avoir voulu éviter la scission, François Hollande n’a fait
que retarder l’heure de vérité. Chaque jour de retard a augmenté les dégâts
qu’allait créer la déflagration. Nous y sommes. Elle aura comme nom
dissolution, non pas de l’assemblée mais probablement du Parti Socialiste
lui-même, dissolution dans le néant idéologique d’une gauche qui n’a jamais su
penser ce qu’elle pouvait devenir à partir du moment où le monde avait choisi
définitivement son système économique.
La France est malade de sa gauche. Elle est malade des
illusions que la gauche française veut encore lui imposer. La France est
également malade de sa droite qui a toujours – et encore maintenant – avancé
masquée, n’osant jamais appliquer un modèle auquel elle se réfère pourtant. On
a cru un moment que Nicolas Sarkozy allait donner un coup de pied dans la fourmilière
en proposant un tournant libéral. Il n’en a pas eu le courage et ça sera sa
faute historique à lui. Personne en France n’a aujourd’hui le courage de
remettre la France sur les bons rails. La lutte acharnée pour le pouvoir, un
pouvoir qui tourne à vide et entraîne tout le monde dans une mauvaise spirale,
voilà à quoi se réduit la politique française. Peu de mots pleins, peu d’idées
fortes, peu d’actes vrais. Et nous nous enfonçons toujours un peu plus dans la gadoue
des illusions du passé et des noires tentations de l’avenir.
L’échec de François Hollande est d’avoir voulu gagner et
gouverner à gauche, malgré la gauche. Il s’est fait élire en trompant sa gauche
sachant qu’il pensait la vérité. Il avait planifié d’imposer cette vérité en
douceur à une gauche qui ne pouvait l’entendre, pensant que si le message
venait de l’Elysée, il serait plus acceptable. Gagner d’abord, dire les choses
après. Il s’est pris au piège qu’il avait lui-même tendu. N’ayant pas la
majorité pour faire cette nouvelle politique, il ne l’a donc pas fait, c’est à
dire mollement. Mollement, ça ne fonctionne pas car la réalité est violente et
ne s’accommode pas de médecine douce. Un premier ministre et un secrétaire de
Parti Socialiste à l’image de cette stratégie : transparents, inaudibles,
inexistants. Des fantômes quand la crise est à son apogée et les souffrances réelles.
Aujourd’hui il est trop tard. Il fallait appeler Valls ou
Bayrou dès le départ. Il fallait faire son Schroeder très vite. Et si c’était
pour s’échouer sur les récifs de la vieille idéologie de gauche, eh bien tant
pis !
Aujourd’hui il est trop tard. Les deux ans perdus ne sont
pas rattrapables. Il n’y a toujours pas de majorité pour appliquer le remède,
il n’y a toujours pas de syndicat pour l’accompagner, il n’y a que des
mécontents, des colériques.
Aujourd’hui il faudrait construire un axe du courage et de
la lucidité. Cet axe traverse de part en part le champ de ruines politique. Il
passe par un Juppé, un Bayrou et un Valls. Il s’opposerait aux illusions, aux
fantasmes, de droite comme de gauche, répondrait coups pour coups aux
attaques idéologiques d’une France repliée sur elle même et qui espère vivre
sans étranger ou sans capital.
Aujourd’hui il faudrait reconstruire sur les ruines fumantes
du paysage politique français. C’est à la faveur des crises que ça se fait. A
la faveur de ces convulsions où tout se cristallise, tout s’éclaire, et où un
véritable renouveau commence à poindre.
23 mai 2013
Möbius Séquence par Séquence 11
Séquence 18
Une séquence à revoir
La séquence 18 est une séquence simple qui remplace une séquence de flash-back à laquelle on a renoncé dans la dernière version du scénario pour des raisons financières et artistiques. Ecrite, ré-écrite avant le tournage, la séquence a finalement été de nouveau ré-écrite au montage. Il en reste une petite séquence qui a son utilité et un poids dramatique caché que la musique révèle à la seconde vision du film. Une séquence à revoir, donc.
Au Montage, la séquence s'ouvre sur ce qu'on appelle un "placement de produit". Il n'y en a pas
beaucoup dans le film. Il s'agit d'un deal qu'on fait avec certaines marques où l'on échange un plan de produit contre une certaine somme d'argent. Des sociétés spécialisées "scannent" le scénario pour repérer les endroits où l'on peut placer des produits (ici : "il consulte sa montre..." hop ! un plan de montre !).
C'est un jeu qu'il faut accepter de jouer si on veut financer qui une musique additionnelle, qui un acteur qui coûte plus cher que prévu, qui un plan de grue, etc. Il faut évidemment procéder à des arbitrages afin de ne pas trop céder sur la signification des scènes et sur l'exigence artistique.
Ce dernier plan de montre nous a assez rapporté pour qu'il ne nous fasse pas trop mal au cul. (il nous a quand même fait un peu mal).
Plus sérieusement, dans une précédente version du scénario, il s'agissait à ce moment là, avant le coup de fil de Moïse à son patron Cherkachin, de montrer un flash-back se déroulant à Montréal, du temps où Moïse était étudiant. Dans cette scène de flash-back on montrait que Cherkachin ne laissait pas Moïse s'attacher à de petites amies potentielles. Le dirigeant du FSB ne voulait pas que son soldat personnel Moïse s'engage dans des relations qui pouvaient perturber sa formation et surtout ses futures missions. Il en résultait que l'on connaissait le fardeau de Moïse. C'était quelqu'un qui n'avait pu avoir de relations sentimentales normales.
Ce flash-Back coûtait un peu cher et JD n'avait pas spécialement envie de tourner une séquence où il s'agissait de le rajeunir de 20 ans. de mon côté, je n'aimais pas cette séquence non plus parce que je n'y croyais pas. Un dirigeant du FSB n'empêche pas son agent d'avoir des relations sentimentales. Ça c'est dans les mauvais films.
Derrière cette séquence il y avait quand même le soucis d'expliquer pourquoi un type comme Moïse, à son âge, n'était pas marié et n'avait pas d'enfant. Quand JD a décidé de jouer le rôle, le soucis était encore plus fort : comment un type aussi séduisant pouvait être aussi seul dans la vie ? Je me suis longtemps pris la tête pour répondre à ces questions. D'où cette version dans le scénario où l'on voit Moïse avec une prostituée. je n'étais pas plus satisfait de cette idée que de celle du flash-back. J'ai été libéré le jour où j'ai compris (avec l'aide de mon amie Marcia Romano) qu'on se foutait de savoir pourquoi le héros du film était seul. Se demande-t-on pourquoi Cary Grant est seul dans "Notorious" ? Non. Moïse est seul parce qu'il n'a juste pas eu le temps de construire un couple. Et non parce qu'un méchant patron l'en aurait empêché. Il ne va plus plus voir les prostituées pour ça. C'était quelque chose qui rabaissait trop le personnage. Et ici en l'occurrence, il n'y avait pas de vertu à être glauque ou à trouver un vrai défaut au personnage (ce qui peut par ailleurs être absolument nécessaire).
Voici la séquence avant le tournage (en jaune : ce qui a été coupé AU TOURNAGE) :
Le coup de la clef a aussi été abandonné au tournage. C'était un objet qui devait être signifiant, symbole du lien qui unit Cherkachin à Moïse (un cadeau d'anniversaire offert par le dirigeant du FSB à son quasi-fils). Tout ça était un peu lourd et j'ai abandonné l'idée la veille du tournage.
Une prostituée et une clef en moins, la séquence devenait un peu nue. Je voulais en profiter pour montrer Moïse dans son quotidien d'agent en mission : il mangeait un bon steak le soir dans la planque. Finalement, même cette idée n'était pas vraiment satisfaisante et elle a été gommée au montage.
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| Le vert ici n'a pas encore été remplacé en post-prod par la "pelure" de Monaco la nuit... |
Il reste juste Moïse, seul, qui appelle son patron à l'heure convenue sur un téléphone crypté...
... Et qui reçoit l'ordre "d'aller vite". Comme dans les patriotes (mission 2), la mission que dirige Moïse n'est pas standard. Il s'agit d'espionner un russe (dans les patriotes il s'agissait pour le Mossad d'espionner l'ami américain). Qui plus est, ce russe est un soutien de Cherkachin. Une mission tordue donc. Et la mélancolie de Moïse dans cette scène renvoie à celle d'Ariel dans Les Patriotes. Deux agents loyaux qui obéissent à des ordres retors.
C'est une scène simple mais elle est liée à la scène précédente (Alice appelle Sandra pour accepter la mission) par une musique de Jonathan Morali, la première dont le thème est vraiment développé, et qui donne aux deux séquences un parfum de prédestination.
Alice accepte la mission (condition nécessaire et quasi-suffisante pour que la rencontre avec Moïse soit son destin) puis Moïse a pour ordre de livrer des résultats rapidement (cela va dans le même sens). Les deux personnages nouent leur destin au téléphone d'une certaine manière et il y a ici une fatalité en marche. C'est ce que j'ai alors dit au compositeur : il faut un thème qui évoque cette fatalité en marche. C'était étonnant pour lui parce que ni le scénario ni les séquences tournées n'évoquaient cette idée. Cette idée n'était nulle part. Elle était née du montage. C'est le montage qui la demandait, un montage avec un point de vue, avec un désir. Il n'est question ici ni d'intrigue, ni de logique, ni même de tension dramatique. Il est uniquement question de désir. Le désir de placer l'histoire d'amour au premier plan et de la suggérer en pointillé avant qu'elle ne commence.
La musique de Jonathan est superbe et évoque magnifiquement cette ré-écriture. Ou plus exactement cette écriture.
A la première vision du film il est difficile de saisir la signification de cette musique. Quand on ne connaît pas l'histoire on est encore pris par l'intrigue. On est encore dans l'exposition du récit. Mais à la seconde vision, quand on sait ce que le destin réserve aux personnages, cette séquence si simple se transforme parce que la mélancolie qui la colore prend tout son sens.
Souvent le sens d'une scène est caché. Il n'y a pas toujours de raison de donner les clefs de tout ce qu'on montre. On peut projeter de susciter sur une vague impression, l'impression qu'il se passe quelque chose de plus que ce que le récit veut bien suggérer. Mais il n'est pas nécessaire de tout expliquer, de tout dire.
Ici la musique surdétermine la scène. Elle en dit plus sans que l'on sache très bien quoi.
A la seconde vision, ou peut-être même à la troisième, elle prend son sens. Et trouve probablement sa force.
Nous aimions bien cette mélancolie étrange incarnée par JD au tournage. Un homme seul, qui dîne simplement puis passe un coup de fil. Au montage nous avons simplement coloré cette mélancolie de ce qui fait le film, de ce qui fait le coeur du film.
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