03 septembre 2020

Réponse à BHL

Réponse à la tribune de Bernard-Henri Levy parue dans le Figaro du 30/08/2020.


BHL : Cette fois, nous y sommes.

Moi : Oui

Nous regardions, interloqués, au début de l’épidémie, les lointains pays d’Asie porter le masque comme un seul homme.

Pas seulement au début de l’épidémie. Le port du masque est répandu et fait partie de la culture en Chine, au Japon… Nous regardions amusés ou intrigués, en tous les cas extérieurs à cette « coquetterie » asiatique. C’est notre sentiment de supériorité, notre condescendance, notre nombrilisme aussi.

Et nous nous disions que leurs traditions de discipline favorisaient cette mesure extrême qui, dans nos contrées, était inconcevable.

Oui

Or est-ce l’effet d’une psychose?

Que nous « y soyons » ? Psychose est un terme très fort. Si c’en est une elle peut s’expliquer. La fouille systématique à l’entrée des salles de concert après le Bataclan était-il l’effet d’une psychose ? Sommes nous en train de surréagir au traumatisme de mars ? Les hôpitaux en passe d’être submergés, le personnel soignant en état de rupture, les morts (j’en connais et des jeunes), les malades, les séquelles ? Nous y reviendrons mais c’est exactement là que l’argumentaire de BHL ne tient pas.

De la grande misère épistémique d’un pouvoir médical qui n’a jamais étalé si naïvement ses revirements et ses doutes?

On pourrait croire ici que les « revirements » et « doutes » ne sont pas censés faire partie de la science. Mais il n’est ici stigmatisé que l’étalement. Dans ce cas où est la misère épistémique ? La misère épistémique se nicherait plutôt selon moi dans la certitude du populisme scientifique qu’on a vu naître pendant cette crise.

Est-ce l’obligation que se sont infligée les gouvernements de faire quelque chose, et de le faire coûte que coûte, face à une épidémie exponentielle mais qui ne voit croître, pour le moment, ni le nombre des morts ni celui des hospitalisés?

Nous y sommes. Défaut de logique ? Malhonnêteté intellectuelle ? Sophisme certainement. On ne voit croître ni le nombre de morts ni celui des hospitalisés justement parce qu’il y a eu une première vague (ou début de vague, premier mouvement, qu’importe) traumatisante et que les leçons en ont été tirées. Tout ce qui a été décidé et en particulier les injonctions critiquées dans ce texte sont justement ce qui permet d’éviter une nouvelle catastrophe. BHL, n’avez-vous réellement pas compris ?  Si nous voyions le nombre d’hospitalisés et de mort augmenter alors il serait trop tard !  

Les masques se sont abattus, cruels et laids, comme un fatum, sur les visages de chacun.

« Cruels et laids »… On appréciera en Asie.

Et nous ne pouvons plus marcher dans une rue, flâner ou nous affairer, sortir sur un coup de tête ou poussés par la nécessité, sans nous mettre sur les lèvres et le nez ce bout de tissu chirurgical.

Quelle horreur ! Quelle tragédie ! A bas le froid par la même occasion qui nous oblige à mettre des écharpes, des chapeaux…

Tous masqués.

Oui. Pour protéger nos parents entre autres.

Tous dissimulés.

Non, pas dissimulés. C’est une poésie bien pauvre que celle-là.

Et, au fond, tous muselés.

Ah… nous y voilà encore. Le retournement sophistique s’annonce encore avec sa traîne d’effets potentiels désastreux.

Oh! ce n’est pas notre liberté qui est bridée.

Non.

Ni, comme le disent les «anti-masque», notre parole.

Vous en faites partie des anti-masques qui d'ailleurs n’ont pas un discours homogène. Le vôtre vient se ranger dans les travées de cette réaction (dans tous les sens du terme) affligeante.

Mais c’est l’éloquence des visages qui n’ont plus à partager que les yeux.

C’est déjà pas mal. Mais vous avez peut-être raison, sacrifions une partie de la population et l’économie tout entière pour préserver l’éloquence des visages.

C’est le reste de la bouche (celle qui ne se contente pas d’émettre des sons mais qui traduit les émotions avant de les articuler, qui exprime une tendresse, qui se crispe dans une grimace ou s’autorise une ambiguïté) qui s’est brusquement tu.

Mise en lumière de la contextualisation du langage à travers le seul son… cela peut avoir certaines vertus. Abreuvés d’image, nous devons nous comprendre sans nous « voir » vraiment… Peut-être serait-ce une opportunité finalement ? J’utilise des arguments aussi sophistes que les vôtres ici. Il reste à la vision la gestuelle, les yeux… c’est une amputation bien petite. Tout juste une ectopie.

C’est la Joconde qui, en chacune et chacun, n’a plus l’air ni de sourire ni de s’en abstenir.

Terrible !

Et c’est, pour parler comme Emmanuel Levinas, l’éthique du visage qui se voit amputée de sa part d’infini.

Eh bien non car cette éthique ne passe pas uniquement par la bouche. Mais au fait ? Quid des masques transparents que l’on va voir fleurir de ci de là ? Cela atténuerait-il votre plainte ?

Alors, on nous dit qu’il s’agit d’une mesure d’exception et, par définition, provisoire.

Et, si tel était le cas, je serais le premier à le comprendre.

Mais n’est-ce pas, précisément, le contraire?

Non.

Et si l’on dégaine la plus radicale des mesures alors que l’on compte, encore une fois, beaucoup de cas mais peu de morts

J’ai répondu à ce sophisme.

 et que l’on craint une deuxième vague que nul, pour l’heure, ne voit venir,

On ne la voit pas venir parce qu’on la prévient.

cela ne veut-il pas dire que nous nous installons dans un monde où l’anormal devient normal - et ce en situation, non de crise, mais de crainte?

Le principe de précaution serait donc un symptôme de crainte ? Voire de panique ? Il y a ici un basculement terrifiant. Terrifiant pour tous ceux qui sont victimes des crises, sanitaires ou sociales.

Voilà la perspective qui me hantait dans Ce virus qui rend fou (ouh... ce texte finalement n'est-il pas juste une publicité pour un livre  ? Nous y reviendrons): le masque se banalise ; il devient une seconde peau, un vêtement qui va de soi et que l’on enfile sans y penser ; c’est sans lui que d’aucuns, de plus en plus nombreux, se sentent démunis et nus ; et je ne vois pas, à partir de là, pourquoi l’on ne continuerait pas de le porter au moment de la prochaine grippe saisonnière, et encore de la prochaine - et pourquoi cette condamnation au masque ne serait pas à perpétuité.

Oui comme au Japon, signe d’un véritable respect de l’autre et non d’une soumission coupable à un impératif de sociabilité catégorique. Qui n’a jamais vécu cette situation où on se précipite sur vous pour vous faire la bise juste avant de s’exclamer : "Oh ! au fait, j’ai une crève carabinée". Que n’aurais-je pas aimé qu’on m’épargne les 40° de fièvre justement en me prévenant ou en m’épargnant. Mais non ! Ici, quand on est malade, on s’en fout de refiler le virus à l’autre. Tant on aime l’autre !

Mais il y a un autre tournant.

Aïe.

C’est le sort qui est fait aux désormais fameux asymptomatiques.

La grande saloperie de cette maladie, oui. Sa grande perversité.

Qu’il y ait toujours eu, dans toutes les épidémies, des porteurs sains, cela va de soi.

Des porteurs sains de la grippe ? Qui peuvent la transmettre à quelqu’un qui ne sera lui pas porteur sain ?

Mais ce qui est nouveau, c’est la rhétorique qui va avec ce constat.

Une rhétorique de protection, de bienveillance, d’humanité, de respect.

C’est la remise au goût du jour, sous prétexte de précaution sanitaire devenue folle, de la formule du Docteur Knock: «Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore.»

Dans le cas précis c’est, hélas, une réalité.

Et c’est l’idée, en train de s’imposer, d’un monde peuplé de malades sans le savoir qui, à l’inverse du malade imaginaire de Molière, seraient si profondément atteints qu’il faudrait déployer, pour eux, tout l’arsenal du dépistage, de la prophylaxie et, bientôt, quand les applications type StopCovid deviendront, elles aussi, obligatoires, de la mise à l’index et au ban.

Mise à l’index, au ban ? Une quarantaine de 14 jours ? Où êtes-vous BHL ? les mots n’ont plus de valeur soudainement ? Vous aussi allez crier à la dictature en France, vous aussi avez oublié ce qu’est une vraie dictature, une vraie mise à l’index ? Je ne peux pas le croire.

Nous n’en sommes pas encore là.

Ouf ! Mais alors quoi ? Vous faites de la prévention vous aussi ? Vous sortez ce texte comme principe de précaution contre la dictature ? Ironie.

Mais il faut prendre garde au renversement épistémologique qui ferait de ce malade sans symptôme le vrai malade ou celui qui, en tout cas, mérite d’être traqué avec la détermination la plus implacable.

Ah oui, je me souviens, on demandait (et encore maintenant) aux gens de mettre une capote, car ils pouvaient être porteurs du sida sans le savoir. Nous n’étions pas les « vrais malades ». Nous avions simplement adopté un comportement responsable de séropositif possible et pas celui de tueurs !

Et, même s’il faut tout faire pour protéger les plus vulnérables d’un virus qui peut se nicher, en effet, dans les corps sains, il faut le faire avec sagesse, discernement, mesure - en évitant de créer des villes irrespirables où l’enfant sera une menace pour ses parents, le voisin un poison pour son prochain et l’homme un loup pour l’autre homme.

Donc on a une sorte de « en même temps » ici. Vous, le pouvoir, vous avez raison de prendre ces décisions, mais en même temps, faites attention. S’agit-il de parler pour ne rien dire finalement ? Juste occuper un espace ? Un espace commercial ? Je peux le comprendre en fait. Mais nous sommes en temps de crise et cet espace commercial ici est obscène.

Les chaînes d’information ont créé la panique quand, dans la première phase de l’épidémie, elles nous infligeaient l’image d’un directeur de la Santé publique égrenant, telle une Pythie triste, le bilan épidémiologique de la journée.

Créer la panique ? Fantasme donc que la situation du système de santé en France ? Pourquoi avons-nous applaudi le personnel soignant tous les jours de ces deux mois de confinement ? A cause d’une panique créée de toute pièce ? Vraiment ?

Mais au moins dénombrait-on, à l’époque, des morts et des mourants.

« Au moins »… il faut passer ici l’ambiguïté de l’expression. 

Et puis non, je ne la passerai pas. J’y vois un vœu de mort. Un déni qui cache un désir.

Ce désir, c’est celui de la catastrophe, de la tragédie. Comme je vois dans les absurdes accusations de dictature faites au Président un désir de vraie dictature. J’y vois aussi la mascarade de la résistance.

Se proclamer Résistant contre un pouvoir qui vous le permet, quel délice ! Le beurre et l’argent du beurre.

Nous avons ici un « Viva la Muerte » sur lequel nous reviendrons.

Pas glorieux.

Alors que ce que l’on nous annonce là, chaque soir, avec la régularité métronomique des cours de la Bourse, c’est le nombre des «clusters», le chiffre des malades sans trouble (mince !)  mais «détectés» et le nouveau record des «cas enregistrés».

Aucune raison médicale ne justifie ces décomptes quotidiens et absurdes.

Médicale ? Non. Épidémiologique oui.

Aucun besoin de santé publique n’exige ce renversement de l’évidence et du bon sens qui fait dire aux malades sans pathologie: «Vous êtes doublement malades, car vifs ; doublement dangereux, car éclatants de santé ; nous n’avons pas le temps de nous réjouir de ce que, contrairement à la fable, tous ne soient pas frappés, car tous, parce qu’indemnes, sont les ferments de l’épidémie.»

Etre porteur sain n’est pas être non porteur. Encore un sophisme. Quand on peut tuer sans le savoir on fait attention. C’est ce qui faisait aussi aller nous faire tester avant des ébats pendant les années 80. Capote ou test positif. Oui c’est notre façon moderne de ne pas être trop décimés par le Réel, c’est-à-dire notre corps sur lequel nos fantasmes et nos élucubrations achoppent.

Nous avons une médecine qui, en un mot, quand elle fait son métier qui n’est pas d’aller se chamailler sur les plateaux télé mais de soigner, a bien assez de ressource, en Europe, pour traiter un mal où quelques-uns mourront Vous êtes Dieu ma parole pour décider du nombre acceptable de morts ! sans aller dire à tous: «Vous n’avez pas honte d’être insouciants? pas honte d’être, à votre insu, les acteurs tragiques du destin? ne vous sentez-vous pas coupables d’être, à votre corps défendant, les agents de la mort en ce monde?»

Et pourquoi pas un tel discours ? Nous sommes en crise, une crise planétaire. Oui le monde change, bascule. Je comprends que l’on veuille s’accrocher à l’ancien monde mais ça n’est pas possible. Nous avons affaire ici à un discours infantile en fait, bien tourné, cultivé, élaboré, mais non adulte. Ça peut être une fierté que de faire le "jeune" mais il faut le dénoncer comme tel : irresponsable, dangereux.

Car c’est peut-être de cela, à la fin des fins, qu’il s’agit.

Il y a une lutte séculaire, en Occident, entre les amoureux de la vie et les amoureux de la mort.

Et vous, vous êtes un amoureux de la mort. Vous la désirez. Vous l’appelez.

Il y a, au cœur de toutes les sagesses grecques, juives, chrétiennes, musulmanes ou athées, une ligne de partage qui sépare les biophobes des biophiles.

Parlez-en à Freud. Pulsion de mort et pulsion de vie. Les faces vont s’inverser vous verrez.

Et il suffit de penser à notre XVIIe siècle, il suffit de relire les Messieurs de Port-Royal avec leur jansénisme si coupable, si culpabilisant, si pénitent, et il suffit de se rappeler, face à eux, les «libertinistes» joyeux, vivants et libres pour savoir que cette querelle divise, plus qu’aucune autre, l’esprit français.

L’esprit français dont vous voulez être le défenseur, le chantre, le héros. L’esprit français qui a raté le tournant de la philosophie analytique et qui reste empêtré dans cette intellectualisation poétique à outrance héritée de Heidegger. Quel dommage ! Mais ça n’est pas votre faute pour le coup. Le débat philosophique actuel est passionnant, dynamique, virevoltant. Mais il n’a pas lieu en France, ni en français. Quel dommage ! Tout ça pour avoir méprisé Russel et Frege ! Raté aussi le tournant de la logique. La poésie métaphysique contre la logique et la philosophie analytique. Pourquoi pas ? Mais c’est obsolète, moribond.

Eh bien, je vois Paris bâillonné par ce chiffon bleu aseptisé ; je pense à cette esthétique de bloc opératoire qui imprime partout son style ; j’entends, alors que l’épidémie semble sous contrôle et que nous sommes loin, grâce au ciel (hum… déni du vœu de mort) , des scènes infernales des débuts (« où était ma jouissance » ? Je me permets ici de caricaturer, de pousser à l’extrême votre discours, un peu comme vous) , avec leurs hôpitaux débordés, leurs soignants exténués et les vieillards abandonnés à leur malchance d’être vieux (et les comorbidités ? Je connais des victimes qui n’étaient pas des vieillards. A-t-on le droit de les pleurer ?) , les maîtres de l’Opinion rendre coupables les jeunes gens de n’être pas plus mal en point, les guéris de n’avoir pas rechuté et les citoyens infantilisés de se relâcher ; et je ne peux m’empêcher de penser que, derrière l’impatience des chiffres matraqués comme des mantras, il y a quelque chose de cette querelle qui est en train de se rejouer.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que derrière ces sophismes dangereux, il y a ce vœu de mort, peut-être pour compenser une vie devenue triste, ou la notoriété n’est plus ce qu’elle était, ou plus simplement où l’âge, ce Réel bouffeur de fantasmes et d’espoir, nous coupe de plus en plus de la vie excitante que nous avons connue. Je pourrais encore accepter ces jeux conceptuels si nous n’étions pas en crise.

Nous ne sommes certes pas en guerre, mais c’est un combat. Vous n’allez quand même pas regretter les millions de chômeurs, les milliers de faillites, les millions de nouveaux pauvres si par malheur nous parvenons aussi à combattre la crise économique ?

Avez-vous raison réellement contre le monde entier ? Ce monde où il n’y a pas moins de penseurs ?

Un jansénisme sans Jansénius, sans Augustin, sans Pascal et sans Philippe de Champaigne.

Un jansénisme pour les nuls, gris et chagrin, qui n’est peut-être que le nouvel habit, trop grand, de l’humanité moutonnière de toujours.

Ah ! Une nouveauté: le mépris.

Nous étions des couards et maintenant des moutons.

Mais un jansénisme roué qui, à la façon d’un diable dont la ruse suprême était, selon Baudelaire, de faire croire qu’il n’existe pas, se déguiserait en son contraire, prêcherait le culte de la vie alors qu’il expie l’inconvénient d’être né et n’exigerait mortification et pénitence qu’au nom de l’impératif de sauver les corps.

Je vous retourne l’argument. Facile.

La peur, oui.

Où se situe la vôtre ?

La panique, bien entendu.

Vous pleurnichez pour le port d'un simple masque. Vous faites partie du peuple des chochottes.

Mais, tapi derrière elles, leur vrai secret qui est cette fascination morbide ; et, au bout de ce secret, aussi éclatante que le tableau macabre de Brueghel, jaune et noire comme un orage sur notre civilisation hébétée, un possible triomphe de la mort.

Miroir de votre vœu de mort. Vous vous répétez, je me répète également.

C’est elle, cette pulsion de mort, qui tire les fils qui nous gouvernent dans une guerre au virus que nous sommes, pourtant, en train de gagner.

C’est vous qui le dites. Si nous sommes en train de la gagner, c’est grâce à ces scientifiques qui tâtonnent, cherchent, trouvent, reviennent sur leurs premières propositions, doutent. C’est grâce aux masques aussi. Aux découvertes quotidiennes, sur l’aérosolisation, l’orage « cytokinique » etc.

C’est elle qui anime, dans une civilisation désespérée d’elle-même, la grande tentation suicidaire dont le coronavirus aura été la divine surprise.

Je pourrais parler de ça mais ça serait trop long. Oui nous avons ici un problème. Le problème d’une civilisation qui veut être propre, clean, sans corps, sans mort…

C’est elle qui, s’autorisant du Roi Corona, distancie les humains les uns des autres comme s’ils n’étaient que miasmes, glaires et sources d’infection.

Exagération poétique sans sens. Elle les rapproche en fait. Comme l'uniforme à l'école, parfois, gomme les différences. Tant de pays l'ont adopté. C'est un débat possible.

Et c’est elle qui voudrait les condamner à une vie de zombies, gagnés par la méfiance, l’égoïsme, le repli et le sacrifice, hâtivement consenti sur l’autel de l’hygiénisme, de cette ouverture confiante à l’autre qui est le fondement même de la socialité.

Vous oubliez le respect, l’amour de l’autre, l’amour de la vie qui peut impliquer un certain nombre de sacrifices mineurs.

Les Japonais sont-ils vraiment des êtres méfiants, égoïstes ?

Je ne crois pas. C’est ici affaire de responsabilité, d’élan vers l’autre. J’y vois moi, de la solidarité. Ces rues remplies de visages masqués sont autant de rues solidaires, de rues pleines du sentiment de faire partie d’un peuple, d’un genre humain fragile, qu’il faut préserver.

Là où vous voyez de la laideur, BHL, j’y vois de la beauté.

Sauf retournement en faveur de la vie et de ce qu’elle implique de liberté, d’espoir et de fraternité, il y a là une très mauvaise nouvelle.

Désolé d’être si en désaccord avec vous. Nous sommes chacun ici sur une rive opposée. 

 

 

29 août 2020

Le monde pendant - 29 août 2020

     L’écriture de TCR (initiales du titre - en anglais - de ma prochaine série) avance plutôt pas mal pour l’instant. Après avoir passé une vieille période de doute, de peur de la lassitude et de la routine (encore une série d’espionnage !), je continue de développer les idées qui justement me font sortir de la redite. J’ai trouvé un angle fort. J’ai juste peur que quelqu’un le fasse avant moi. J’aimerais aller vite mais on ne peut pas aller plus vite que l’écriture. Elle a son rythme, ses temps, ses périodes, ses moments d’accélération et d’arrêts, de pleins et de vide. C’est comme ça. L'expérience sert à ne pas s'en affoler, même si c'est souvent pénible.

Je travaille aussi le bien le concept, les lignes narratives que le pilote. Tout se fait en même temps. Les producteurs veulent toujours qu’on leur livre l’histoire, puis la bible, puis le pilote dans cet ordre. Mais on ne peut jamais travailler chaque étape séparément. C’est en travaillant le pilote qu’on teste les idées de l’histoire ou de la bible. C’est un continuel va et vient.

Je pousse donc tout en parallèle. Pour l’instant je garde mon enthousiasme. C’est essentiel mais ultra fragile. J’espère que ça va durer.

 

Bizarre Paris sous les masques. C’est incroyable qu’en un an on ait pu comme ça réussir à imposer un confinement puis les masques. C’est massif et totalement nouveau. Je pense que ça va marcher. La contamination va baisser bientôt.

 

Je me désengage de tweeter. J’ai réduit mes abonnements. Je ne peux plus supporter les débats qui tournent à vide. Tweeter est un monde à part, comme tous les réseaux sociaux d’ailleurs, mais il y en a de plus massifs que d’autres. Un tweet peut provoquer des milliers de réactions. Mais ça reste autonome, ça n’a aucune portée sur le monde réel. Sauf quand c’est repris dans les médias. Ça peut alors mettre les gens dans la rue à force, les persuader que c’est important.

Je suis sidéré par le nombre d'intellectuel, plutôt très intelligents, qui sont aliénés à tweeter et se font avoir par le cinquième discours.

Mais quand même, les passions se déchainent sur des choses très symboliques. Des paroles, des dessins… on est dans l’ordre symbolique. Ça n’a pas assez de prise sur le réel pour être vraiment intéressant.

Je m’intéresse à quelques experts qui partagent leur savoir. Quand j’ai réalisé, en 1997, « Vive la République », je croyais à ce partage du savoir grâce à Internet. Et c’est vrai qu’aujourd’hui je peux suivre les réflexions d’un épidémiologue ou suivre un Mooc sur le deep learning. Mais n’est-ce pas cette réalité aussi qui explique le rejet des élites ? Avoir accès à un savoir d’expert sans rien faire désacralise ce savoir. C’est un effet paradoxal.

 

Je me demande si la France n’est pas un pays de chochottes. On se plaint de devoir mettre un masque. Quelque chose que les asiatiques font depuis si longtemps.

On dit que les jeunes doivent pouvoir faire la fête, faut les comprendre les pauvres, ils ont tant souffert pendant le confinement…

Ouais… je pense aux pays où il y a de la vraie souffrance, aux vraies dictatures, aux vraies violences, pas celles qui sont uniquement symboliques, ou fantasmées… et je me dis qu’on exagère. On est des enfants gâtés, franchement.

C'est une crise mais une crise avec des solutions, des adaptations possibles. Il y a de vraies crises où il n'y a pas de solution. Des impasses. Celles-là, on n'y survivrait pas. On n'est pas assez fort. Cette crise-là nous effraie, nous terrasse, nous précipitent les uns contre les autres... On se plaint, on geint, on pleurniche.

Nous ne sommes pas vraiment à la hauteur.

 

 

07 juin 2020

Le monde d'après

Nous vivons déjà dans le monde d’après.
Nous vivons dans un monde rendu ingouvernable. Du moins avec les outils d’avant.
L’aliénation aux réseaux sociaux s’est révélée encore plus étendue avec la crise du Covid.
Elle s’est étendue du politique au sanitaire, de l’économique à la gestion de crise.
Cette aliénation indique une direction que prennent nos sociétés.
Les réseaux sociaux nous mènent vers le régime autoritaire dont ils désirent et appellent sans le savoir l’avènement.

Nos politiques ne peuvent plus ignorer les réseaux sociaux. Ils sont leurs esclaves. Ils leur doivent allégeance.
Nous vivons dans un monde gouverné par une entité acéphale et primitive, déraisonnable, émotionnelle.

Les réseaux sociaux : la somme des réactions à chaud. Nous intervenons tous selon nos émotions. Nous avons envie de nous exprimer alors, sans attendre, sans analyser, sans chercher, sans débattre, nous nous exprimons.
Cela crée des millions de messages, de paroles désinformées, ignorantes et gonflées d’émotion essentiellement négatives, c’est-à-dire de colère et de méchanceté.
Mais c’est massif.
Ces millions de messages sont l’expression d’une subjectivité. Non pas celle d’un individu, mais celle d’une masse dont on ignorerait les différences qui la constituent. Ne reste que ce qui fait colle : le plus primitif, le plus perméable aux rumeurs, aux mouvements psychologiques, le plus perméable aussi aux médias, aux news, et aux fake news.

Ça produit des événements. Ça jette des gens dans la rue. Ça s’incarne physiquement, non par un individu mais par une masse.
Des rassemblements sont organisés, avec des mots d’ordre faciles comme des slogans publicitaires qui flattent ceux qui les scandent, les déculpabilisent, nettoient leur conscience et surtout, de nouveau, font colle, font groupe, c'est douillet, c'est réconfortant. Font armure aussi.

C’est incontournable, inévitable. On ne peut l’ignorer.
Les médias non seulement ne les ignorent pas mais les réseaux sociaux sont aujourd’hui la réalité alternative à laquelle ils ont affaire. Ils traitent du monde, vont encore chercher les faits dans le monde, mais de plus en plus, et probablement majoritairement, traitent des faits relayés ou générés par les réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux fournissent aujourd’hui aux médias la réalité dont il faut rendre compte.

Les politiques prennent le relais. Auparavant aliénés aux médias, passant par eux pour écouter le monde, passant par eux pour lui parler, ils écoutent maintenant les réseaux sociaux et leur parlent, parlent leur langage, adoptent leur logique.
Ils adoptent leur style, leur rythme, leur ignorance, leur légèreté, leur déni du réel.
Le discours des politiques se synchronise avec celui des réseaux sociaux, dans le fond et dans la forme.

Les réseaux sociaux font discours, ils émettent une parole, que personne ne tient mais que tout le monde écoute et à laquelle tout le monde réagit.
Cette parole est le dernier avatar du discours du capitaliste où tout doit faire droit. C’est le règne de l’avoir contre celui de l’être. Tout est bien à posséder. Tous les droits sont des biens.
Tout fait droit : celui d’être célèbre, celui d’être vu et entendu, celui de s’exprimer publiquement. Et maintenant : celui de faire autorité. Tout le monde a droit, à travers les réseaux sociaux, de faire autorité.

Dans un monde ou tout fait droit s’élève donc cette voix sans conscience ni raison qui aliène tout le monde, impose son rythme à la société.
Et rend la société ingouvernable.

Tenir la barre dans cette mer d’opinions qui s’impose comme la seule réalité à considérer (plus que les chiffres de l'épidémie, plus que la raison nécessaire aux études scientifiques), est impossible.
Il faut gouverner à un rythme intenable, qui interdit la réflexion et la décision.
Aucune décision ne sera à l’abris d’un tsunami de colère relayée par les réseaux sociaux. Aucune hésitation ne sera à l’abris de millions de reproches.

Dans ces conditions, gérer une crise où il faut parfois décider vite et parfois prendre le temps de comprendre est devenu impossible. Décider vite donc se faire massacrer par les réseaux sociaux quoi qu’il arrive : ils seront toujours plus rapides. Prendre le temps de comprendre et subir la pression de cette subjectivité acéphale aux dimensions de la conscience collective.

Dans toutes les démocraties, le défi est le même. Les démocraties ont enfanté ce qui semblait être l’avatar ultime du droit de s’exprimer et aujourd’hui leurs dirigeants doivent gérer et gouverner sous la pression de ce nouveau sujet qui refuse à peu près tout et ne sera jamais satisfait.

Les populistes essaient de l’apprivoiser, de parler sa langue faite de fantasmes, d’ignorance et de désir de complots. Ils parlent vite, fort, simple, ils mentent, simplifient, se contredisent sans aucune conséquence. Et parviennent parfois à être élus.
Une fois au pouvoir ils essaient de continuer à confondre la réalité avec celle des réseaux sociaux. Ça peut marcher jusqu’à une crise du réel comme celle que nous avons vécue.
Là, à force de déni et de mensonges, comme les réseaux sociaux eux-mêmes, on peut encore gérer les fautes et les mensonges d’avant, mais ça ne marche pas toujours. Bolsonaro tue le peuple brésilien. Le réel est venu gifler la gouvernance populiste.


Le problème ne se pose pas dans les régimes autoritaires, Chine, Russie, Iran entre autres. Il suffit de museler voire d’interdire les réseaux sociaux et de leur en substituer d’autres, plus surveillés, plus limités.
Ceux-là n’ont aucun problème de gouvernance. Et ils nous regardent avec un petit sourire : elles sont belles vos démocraties ingouvernables.
Ceux-là sont "efficaces".
Chez eux, tout ne fait pas droit. La parole est le droit du leader. L'autre parole n'a droit qu'à rester secrète dans l'intimité d'une conscience individuelle, comme une prière.
la parole est muselée et la parole collective limitée, ignorée.
Là on peut du jour au lendemain confiner plusieurs millions de personnes, sans demander la permission aux réseau sociaux, sans essayer de les préparer, de leur expliquer.


Oui les réseaux sociaux rendent les démocraties ingouvernables car c'est le vote permanent. Ils révoquent et élisent à chaque minute. Il n'y a plus le temps du choix des représentants puis le temps de la gouvernance. Tout est mêlé et il n'y a plus aucune légitimité.
Les réseaux sociaux sont la contestation même de la légitimité d'un pouvoir démocratique.

Il faudrait pouvoir les ignorer. Mais les ignorer serait aussi ignorer les médias qui leur sont aliénés, les opposants politiques qui parlent leur langue.
Donc impossible.

Nos gouvernants ont peur, ça se voit, et leur gestion de crise suinte cette peur dans toutes leurs décisions.
Confinement trop tardif, mensonge sur les masques parce qu’ils ne croient pas à la maturité collective (et d’ailleurs, en France, ils ont probablement raison d’en douter).
L'ouverture des écoles est un bon exemple : décision légitime d'ouvrir les écoles. Mais refus de enseignants, refus des parents d'élèves, alors on fait machine arrière et on élabore des règles ultra contraignantes. Alors que la première décision était la bonne.
Même chose pour le premier tour des élections municipales.
La peur.
La peur se voient dans leurs yeux et s’entend dans leurs discours. Elle s'entend dans le ton contrit du President.


En rendant ingouvernables les régimes démocratiques les réseaux sociaux aspirent en fait à un régime autoritaire. C’est leur désir le plus secret et le plus puissant. Ils demandent un maître qui les fera taire. Car ils voudraient être gouvernés. Gouvernés par un "vrai" maître. Cette remise en cause permanente du pouvoir est une demande, celui du vrai pouvoir.

La parole issue de la cacophonie veut l'autorité qui l'écraserait enfin.
C’est ce qui va venir.
C’est le monde d’après.
Car le monde d’aujourd’hui n’a pas encore pris la mesure de son aliénation et ne sait pas comment résister à un élan que probablement personne ne souhaite.
Sauf le maître à venir et ses affidés.
Sauf les régimes autoritaires qui cherchent à imposer la loi du plus fort car ils se croient plus forts.
Sauf les imbéciles qui pensent pouvoir s'en sortir et dompter la bête.
La résistance passera par une éthique de notre parole et de nos discours.


27 avril 2020

Scier la branche


C’est ce qui se passe.
La France scie la branche sur laquelle elle est assise.
Nous avons un gouvernement qui a dû gérer une pénurie, qui ne l’a pas dit, qui a cru bon de mentir, qui s‘est battu et se bat encore contre les événements, l’incertitude, et gère deux crises monstrueuses, sanitaire et économique.
Nous avons une opposition qui croit ne se définir que de la critique, de l’injonction, qui ne fait rien pour nous aider, qui perd son sang-froid, qui panique et qui ne sert à rien.
Nous avons une communauté scientifique qui découvre le vedettariat et comme tout nouveau venu dans ce domaine perd parfois ses repères, pour ne pas dire son latin.
Nous avons eu un épisode de populisme médical qui nous a fait du mal, à nous, aux politiques et aux médecins. Heureusement de ce côté-là, le réel est en train de trancher et de ramener tout le monde à la raison.
Nous avons des médias qui croient ne se définir que d’être un contre-pouvoir dans une période où le pouvoir est entièrement dévoué à nous sauver (oui et maintenant sauver l’économie c’est nous sauver)
Nous avons des réseaux sociaux qui continuent comme si de rien n’était, comme si rien n’avait changé depuis un an, comme si la rage devait toujours être convoquée contre son prochain même s’il est menacé de mort.
Nous avons des trolls qui continuent de nous élever les uns contre les autres, cherchent à nous déstabiliser en injectant du doute et de la haine entre nous, pour mieux laisser leurs commanditaires ramasser les morceaux ensuite.
Nous avons une Europe qui essaie mais n’y parvient pas, avec une Allemagne tellement supérieure qu’elle se demande si son salut ne serait pas ailleurs. Elle sait que non. Elle sait qu’elle coulerait avec nous. Mais elle ne peut s’empêcher de nous en vouloir, nous les gens plus au sud.

Et pourtant, nous faisons tous la même chose, les politiques sont peu ou prou les mêmes, les courbes sont les mêmes, les méthodes les mêmes, les résultats certes meilleurs ici et pires là, mais il est encore trop tôt pour savoir vraiment, l’arrêt sur image ne vaut pas le film.
Mais notre caractéristique à nous c’est de ne pas dire qu’on aide (car dans les faits on aide), ne pas dire qu’on espère, ne pas dire qu’on apprécie, c’est dire qu’on en veut, qu’on déteste et qu’on se vengera.
« On fera les comptes… »

Oui le pouvoir a failli. Moins dans les actes que dans le discours. Mais le discours fait acte. Car les deux grands mensonges qu’on lui reproche à juste titre ont sapé la confiance et ça, c’est une réalité qui pèse sur nous. Nous ne sommes plus derrière lui comme il aurait fallu, nous ne voulons pas « jouer le jeu » alors qu’il serait vital de le faire. Les mensonges du pouvoir nous ont jetés dans un doute suicidaire. Le premier mensonge sur les masques (ne pas dire ouvertement la pénurie et nous faire croire qu’il ne servait à rien d’en porter) n’a pas servi de leçon. Aussitôt avoué qu’en émergeait un autre : le mensonge sur les tests. Nous n’en avions pas, pas assez, nous n’avons pas su en fabriquer, pas assez tôt. Pourquoi ne pas le dire au lieu de nous dire d'abord qu'il y en aurait suffisamment puis ensuite qu'il ne servait à rien que ce soit massif ?
Les parents ne veulent jamais avouer leurs faiblesses à leurs enfants, ne pas leur dire qu’ils fument, qu’ils mentent, qu’ils ne savent pas, qu’ils ont peur eux-aussi.
Nous ne sommes pas des enfants.
Et de nous avoir pris pour tels le pouvoir a failli et peut-être ne s’en remettra-t-il pas.
Il faut dire qu’on ne l’a pas aidé. La crise des gilets jaunes, les grèves contre les retraites, autant de preuves que nous ne sommes pas adultes. Nous voulons tout casser.
Non, nous ne les avons pas aidés. Certains avalent de la chloroquine en prévention ! Certains hommes politiques ont supplié d’en faire un traitement national ! Il faudra se souvenir de leur sang-froid à ceux-là.

L’opposition n’en a aucun de sang-froid. Seuls ceux qui se taisent aujourd’hui (Baroin ? Hollande ?) semblent avoir compris que c’était la seule façon de faire preuve de responsabilité. Non, il faudrait aider, participer, proposer des solutions non pas contre mais avec le pouvoir ! Ça, c’est de la responsabilité. Les mutiques se préparent pour 2022.
Les autres tempêtent, critiquent, réagissent à des événements qui n’ont pas encore eu lieu. Ils s’opposent, les braves, ils ne pensent et ne se réduisent qu’à ça, s’opposer.
Quand ils seront au pouvoir ils s’opposeront encore et probablement ne supporteront pas qu’on s’oppose à eux, crieront encore au scandale.
Ils sont calculateurs, démagogues, ne font rien pour nous sortir de la crise, ne nous servent à rien. L’opposition française est aujourd'hui notre double peine.

Les médias boursoufflent leur rôle de contre-pouvoir. France-Info à l’avant-poste. Derrière elle, les chaînes d’information en continu. On pourrait penser que tel le scorpion qui pique la grenouille, ils n’y peuvent rien : c’est leur nature.
Le bashing habituel est tout simplement contre-productif aujourd’hui. La branche vacille.
Quelle vanité !
Le vrai contre-pouvoir des médias n’est pas la critique, c’est l’information. C’est la présentation du réel contre l’idéologie ou la raison d’État. C’est la présentation du monde tel qu’il est.
Heureusement dans le fourmillement incessant des news, il y a encore moyen de choisir le sérieux et le fiable. Mais quelle énergie ! Quel combat quotidien pour échapper à la médiocrité et à la malhonnêteté !
Les médias ne nous aident pas, c’est nous qui aidons les médias en faisant notre choix et notre opinion par nous-mêmes. Ça nous épuise.

Le gouvernement peut parfois prendre de mauvaises décisions mais jusqu’à maintenant il n’a eu surtout qu’un mauvais discours. 
A l’opposition nous ne devons rien. Ni notre salut, ni nos espoirs.
Les médias publics nous abreuvent de commentaires et nous désespèrent. Nous avons nos opinions, nous n’avons pas besoin des leurs.
Les réseaux sociaux nous aident à tenir. Nous nous envoyons des messages, nous nous voyons malgré notre enfermement, nous nous écoutons mais la somme des interventions anonymes ou protégées par le nombre continue d’être l’expression d’une agressivité qui nous esquinte.

Nous ne sommes pas idiots. Nous savons qu’il faut en sortir. Nous savons que la crise économique va nous abimer encore plus que la crise sanitaire. Nous savons que nous avons fait ce choix pour préserver surtout la vie de nos parents. Car qu’est-ce que serait notre vie si nous avions fait un autre choix ? 
Nous savons que nous n’avons pas d'autre choix que de changer de vie. Nous pouvons râler, critiquer, nous opposer : nous n’avons d’autre choix que de sortir prudemment. Quelle que soit la date exacte, le nombre d’enfants par classe, de voyageurs par rame, de clients par magasin, nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter notre destin en le faisant nôtre comme pour le confinement.
Nous avons envie d’exprimer notre angoisse, de la transformer en colère. Après tout nous ne sommes pas en charge. Mais les politiques qui sont en charge ou qui aspirent à l’être ? Les députés, les sénateurs, ont-ils ce droit-là ? Les avons-nous élus pour ça ?
Les avons-nous élus pour scier la branche sur laquelle nous sommes assis ?

« Nous ferons les comptes ». La phrase à la mode.
Certains les font déjà
Eh bien nous les ferons.
Nous évaluerons le Président et le gouvernement à l’aune de ce qu’ont fait les autres, des résultats des autres, de la planète entière. Et nous dirons : L’Allemagne a fait mieux ? Mieux contre la crise sanitaire et mieux probablement contre la crise économique. Et nous chercherons le parti politique qui propose de prendre l’Allemagne comme modèle. Nous deviendrons fédéralistes et partisans de la rigueur budgétaire ?

Nous évaluerons les idéologies face à cette crise. Nous évaluerons la responsabilité de cette gauche qui n’a pas réussi à convaincre les électeurs de la pertinence de sa vision. Pourquoi n’est-elle pas au pouvoir ? Nous évaluerons la responsabilité de l’extrême gauche sur son incapacité éternelle à convaincre plus qu’un tout petit nombre, elle qui veut pourtant le bonheur de tous. N’est-elle pas responsable de sa propre impuissance ? Nous évaluerons la responsabilité de cette droite qui crie au meurtre et qui prône la chloroquine et de cette autre qui a demandé que soient maintenues les élections municipales, nous évaluerons la responsabilité de l’extrême droite qui a proposé comme seule solution la fermeture des frontières, comme les États-Unis l’ont fait avec les résultats que l’on sait.
Tous ceux-là, nous ont-ils aidés ?
Au niveau local, au niveau des mairies, on veut bien le croire. Redevenus bêtement humains en charge des affaires ils ont dû batailler eux-aussi. Mais politiques, ils nous ont juste infligé une double punition.
Alors oui nous ferons les comptes à la fin. Qui a scié la branche ? Qui a tout fait pour qu’elle ne tombe pas ?
Et nous nous poserons la question à nous-mêmes.
Nous qui ne sommes pas des enfants.

13 avril 2020

La double peine

La double peine.

La double peine : ‪Enfermés chez nous, en pleine crise sanitaire et économique majeure nous devons également subir la bassesse des opposants populistes et leurs avatars (Ciotti). Aucune compassion. Aucun dépassement. Une cohorte de petits politiciens calculateurs qui ajoutent à la punition.

Chloroquine et démagogie scientifique. Les résultats des études engagées sont d'ores et déjà contestés s’ils s’avéraient négatifs. Preuve qu'il s'agit ici d'une théorie du complot qui ne reconnaitra aucune objection de la réalité. Le populisme médical valide sa science par referendum.

Macron rend visite à Raoult…
Uniquement pour désamorcer le complotisme que toute cette pathétique histoire alimente.

Aujourd’hui on gouverne comme ça : en fonction des réseaux sociaux. Raoult parle aux réseaux sociaux.
Lisez sa tribune dans les Échos, édifiant !
Il accuse les laboratoires d’avoir favorisé l’addiction chez les malades du Sida…
Rien n’y fera, il aura toujours raison, quels que soient les résultats des études sérieuses. Elles auront été mal menées, mal pensées, il y aura des erreurs d’interprétation. Et les résultats auront été trafiqués.
Double peine.

On va avoir droit au révisionnisme médiatique.
Le fantasme a toujours raison contre la réalité. Car il ne s’appuie pas sur les faits. Il s’appuie sur le désir.

On abreuve les gens d’un message : « Y est X »
On martèle jour après jours ce message.
Puis on fait un sondage.
Question :  Pensez-vous que Y est X ?
65% des Français le pensent…
CQFD
Double peine.

Le cercle vicieux de l’inanité intellectuelle.
Le règne des réseaux sociaux.
Les décisions sont prises au grand café du commerce universel.

Etait-ce si difficile de dire : "nous n’avons pas de masque. Il faut garder le peu que nous avons pour le personnel soignant" ?
Ne pas oublier que leur message a été relayé par certains représentant du personnel de santé. Je me souviens très bien, à la télévision, on nous expliquait que les masques étaient inutiles voire dangereux si on ne savait pas les mettre.
Ce discours était une stratégie perdante à moyen terme. Elle a gagné des masques pour les hôpitaux, elle a perdu la confiance.

La leçon : ne pas dire toute la vérité obligatoirement, car il y a toujours un moment pour la vérité. Le bon moment.
Mais ne dire que la vérité.

Les stocks de masques n’ont pas été renouvelés depuis 2011. Il fallait faire des économies. Qui aurait contesté cette politique ? Qui a dit, à l’époque : nous avons échappé aux épidémies du SRAS, de H1N1 parce que nous avons eu de la chance et non pas parce que nous étions préparés. Un jour nous n’aurons plus cette chance. Préparons-nous. Ce sont des avertissements.
Qui a dit ça ?
Quel est le politique qui une fois élu en 2017 à la place de Macron aurait décidé de renouveler les stocks de masques ?

Il n’empêche ! On nous a infantilisé.
Péché d’aliénation à la stupidité de la meute.
Double peine.

On nous a confondu avec les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, ça n’est pas nous, ça n’est pas les gens.  On a préféré nous vendre une fake news plutôt que nous dire la vérité.
Elle était criante pourtant ! Sommes-nous si stupides et naïfs ?
Nous savions bien que les masques servaient à quelque chose : Nous pouvons être porteur du virus sans le savoir. Porter un masque qui protège l’autre a absolument du sens.
Nous le savions bien mais nous avons accepté ce discours suspect.
Car nous en avions compris le sens : pénurie de masques, priorité à l’hôpital.
Nous avons accepté parce que nous savions.

Le rapport de LFI avec les réseaux sociaux est un rapport passionnel.
Critiquez Mélenchon et une vague d’insultes vous submerge. On vous traite de connard et de bobo macroniste. « On » ? Certains viennent du milieu du cinéma ou de la télévision, des gens célèbres…
La vague est massive et violente. Jamais aucun argument, toujours des attaques personnelles.
Aidés par les trolls russes qui ont pour mission d’attiser les haines et les divisions.
C’est la stratégie de la Russie : diviser l’Europe, qu’elle tombe en morceaux. C’est Poutine qui les ramassera. La Russie ne fait pas le poids face à une Europe unie. La Russie sera plus forte que n’importe laquelle des nations isolées qui la composent.

Les médias jouent un jeu dangereux.
Le Macron-bashing, après le Hollande-bashing de Radio France est d’une stupidité sans nom.
Ils ont l’obsession d’être un contre-pouvoir. A ce titre ils ne peuvent JAMAIS dire ce qui va bien.
Ils ne diront jamais, par exemple, que l’hôpital a aussi été sauvé par l’organisation logistique des déplacements de malades.
Ça a fonctionné. C’est ça qui aussi a permis à l’hôpital de tenir au plus gros de la vague. C’est ça qui a aussi sauvé des vies.
Ne pas l’avouer non, ne pas le mettre en avant.
J’entends encore ces professeurs répondre aux interviews : « c’est dur mais on y arrive, on trouve nos marques » en parlant des cours à distance.
Mais non, avouez que vous n’y arrivez pas ! Avouez que les inégalités se creusent ! Avouez-donc que ça va mal !
Il faut désespérer les Français contre leur gouvernement.
« Nous ne sommes pas des godillots» : le grand principe de la radio publique qui confine à la bêtise et interdit finalement l’information.
L’information doit être comme la réalité. Elle peut être négative ou positive. C’est ça l’information contre l’idéologie.
A les entendre, le pouvoir est toujours mauvais, toujours menteur, toujours incompétent.
Cette absence de mesure, d’honnêteté prépare l’arrivée du populisme au pouvoir.
Mais quand le populisme sera au pouvoir, auront-ils encore le pouvoir et la liberté de le critiquer ?

C’est notre double peine : Ces politique et ces médias, plus audibles que les autres, comme les grandes gueules, qui sont aliénés aux réseaux sociaux, à ce discours de la meute, toujours furieux, toujours simpliste, toujours paranoïaque.
Le discours de l’angoisse faite rage.

Où sont les politiques de bonne volonté ? La plupart se taisent. Ils n’osent rien dire.  Quand ils parlent c’est toujours en ajoutant un : « il sera toujours temps de faire les comptes ».
Un petit gage donné aux enragés.

Les experts, les élites, les sachant… on leur crache dessus. Ils ne savent pas assez ! Ils ne sont pas sûrs d’eux, ils hésitent ! C’est leur crime.
Les médecins ne savent pas, les épidémiologistes ne savent pas, les politiques ne savent pas.
C’est un scandale ! La réalité les a terrassés. C’est inacceptable. Incompétents ! Bouffons ! Assassins !
Nous voulons un leader tout puissant, un leader, un sachant, que la réalité ne puisse terrasser, ne puisse même surprendre ! Un leader plus fort que cette science lente et impuissante. Un leader plus fort que les statistiques.

Un leader qui fasse la loi au réel.

L’appel à ce leader, qui perce à travers la parole populiste, à travers le discours des réseaux sociaux, qui réponds à la logique folle des médias aliénés au sensationnel et à la fureur, cet appel qui monte aujourd’hui autant que la courbe des contaminations…
C’est notre double peine.

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26 mars 2020

Les populistes au pied du mur


Les populistes sont ceux qui disent ce que le peuple veut entendre.
Quel peuple ? Non pas celui qui s’exprime à intervalles réguliers dans les urnes mais celui qui s’exprimerait, dit-on, à travers « l’opinion publique ».
Hier on avait le café du commerce, aujourd’hui on a quelque chose de bien plus massif : les réseaux sociaux.

Les populistes sont très populaires quand ils sont dans l’opposition car ils se réduisent à ce qu’ils disent. Ils ne sont pas ce qu’ils font, contrairement aux dirigeants.
Le ministère de la parole. On râle, on critique, on invective. Les solutions sont simples.
On accuse. Ça fait du bien.
Le discours populiste c’est l’indécence, la démesure : c’est drôle, ça venge, ça change. Ça « dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas » (parce qu’on sait ce que tout le monde pense).
L’indécence et la démesure, ça fait spectacle. Bien plus que la décence, la mesure, le souci de rendre compte de la complexité des choses. Pas sexy. Pas vendeur. Pas drôle.
C’est pourquoi la parole populiste est plus forte que les autres paroles. Elle est formatée pour les réseaux sociaux. Elle est formatée pour les médias qui ont besoin d’émotion et de tension.
Elle gagne les combats, les débats, la bataille de la communication.
Et elle permet aujourd’hui de prendre le pouvoir.

La parole populiste va trouver aujourd’hui, je le pense et je l’espère, sa limite.
Sa limite, c’est la réalité.
La réalité ne se laisse pas faire, elle est là où on ne l’attend pas, bref : elle ne correspond pas au fantasme.
Au pouvoir, la parole populiste peut faire figure de volonté politique de fer. La réalité nous résiste ? On passe en force ! Ça résiste encore ? On force encore ! Ça résiste trop ? On cède, on râle, on accuse les opposants, on accuse le voisin.

Le populiste au pouvoir parle au peuple du Coronavirus. Il lui dit ce qu’il veut entendre : pas grave, gripette, complot, étrangers…
Encore faut-il que le Coronavirus veuille l’entendre aussi…

Mais l’épidémie de Covid-19 n’est pas un fantasme. L’épidémie est comme le furet pour la parole populiste.
On voudrait bien que sa trajectoire soit simple et pouvoir dire : « C’est simple ! Il suffisait de faire ceci ou cela !»
Mais non, le virus est imprédictible. Seule la science peut essayer de le circonscrite. Et la science, c’est la mesure, la raison, la prudence… Ça n’est pas formaté pour les réseaux sociaux. Ça n’est pas sexy et ça n’est pas drôle.
Pour le populiste : on ne peut pas ne pas savoir ! On ne peut pas observer, suspendre le jugement, s’adapter. Non. L’ignorance n’est pas ce que le peuple veut. Le peuple veut le savoir. Mais encore faut-il l’avoir ce savoir, quand de ce savoir réel dépend le sort du peuple.

Les populistes dans l’opposition ne voudraient pas être au pouvoir. Les populistes au pouvoir s’accrochent à leur parole en priant pour que la réalité ou le virus les entende : la chaleur le fera reculer, le médicament sera trouvé à temps… sauvés par le gong !
Johnson, Trump, Bolsonaro : ils regardent le ciel. Ils ont encore une chance. Mais ils sont quand même au pied du mur.

Le populiste dans l’opposition dit au peuple ce que le peuple voudrait qu’on fasse. Fermer les frontière (comme aux USA tiens, où New York est en passe de devenir un énorme foyer), distribuer des masques et des tests à tout le monde !
Et puis : on va punir, on va leur faire rendre des comptes. Ils sont incapables, fourbes, menteurs. Ça fait du bien c’est sexy.
Le populiste épouse le fantasme. On nous ment, on nous cache les choses.
Le populiste dans l’opposition est bien à l’abris, il peut refuser l’union nationale. Ouf ! Dieu merci il n’a pas été élu.

Le populisme se nourrit du rejet des élites. On se veut tous capable de décider, de savoir, de comprendre. Pourquoi serait-ce réservé à une minorité éclairée et privilégiée ?
On veut des assemblées populaires, on veut du référendum !
Mais quand le pouvoir écoute les oppositions pour savoir s’il faut ou non annuler les élections, quand il décide en tenant compte de leur avis, on lui reproche ensuite de les avoir écoutés ! Ils ne sont pas de vrais décideurs !
On ne veut plus de démocratie participative dans ce cas, non. On veut quelqu’un qui sait, qui sait quoi faire, à l’avance, qui sait mobiliser les moyens, contre notre désir ! Surtout qu’il ne nous écoute pas ! Qu’il envoie l’armée pour nous empêcher de sortir ! Nous sommes trop déraisonnables !
On veut un pouvoir qui ne nous écoute pas. Car on ne sait pas.
Le populiste dans l’opposition ne sait plus très bien où il est. Il est troublé. Il râlote encore un peu mais ça n’est plus son heure.
Car c’est l’heure du réel.

Le populisme accouche aujourd’hui d’autres figures que celles du politique.
La figure du scientifique.
Nous avons un médecin renommé qui dit aujourd’hui ce que les réseaux sociaux veulent entendre ; on a un médicament qui marche depuis le début ! Et ceux qui proposent simplement de prendre le temps de l’évaluer, ceux-là sont contre nous. Ils sont méchants, ils défendent leur pré-carré, ce sont les élites.
Nouvelle créature des réseaux sociaux : le populisme scientifique.
Il se heurtera ou non à la réalité. Car vous savez quoi ? Quelques fois la réalité va dans le sens de notre désir. Il n’y a pas de règle.
Mais les statistiques sont mauvaises. Ça s’appelle même la loi de Murphy.
Le populisme accouchera d’autres créatures à n’en pas douter. Il y a eu les climatologues, les philosophes, les sociologues populistes avant les médecins. Il y aura les physiciens, les ingénieurs, les informaticiens spécialistes de l’intelligence artificielle…
Aujourd’hui nous avons le populisme médical.

La parole populiste nous divertit, nous venge. Elle est indécente et déraisonnable comme nous voudrions l’être. Dans ce monde corseté par le respect mutuel, par le surmoi, par la tolérance. Marre de la tolérance !

Il y a une parole plus indécente, plus déraisonnable, plus agressive, plus radicale, plus intolérante que la parole populiste : La parole du Covid-19.
C’est elle qui maîtrise le débat aujourd’hui, c’est elle qui gagne la bataille. C’est elle qui occupe le champ naguère investi par la parole populiste.
La parole populiste, au pouvoir ou dans l’opposition a trouvé son maître, sa limite.
Après la crise, je l'espère, elle déposera les armes.