28 août 2011

Pourquoi je vais voter François Hollande à la primaire socialiste.


Pourquoi je vais voter François Hollande à la primaire socialiste.
Je ne suis pas de droite. Je ne suis plus de gauche.
Je n’ai pas voté Sarkozy il y a cinq ans. Le bilan du président de la république n’est pas désastreux. Il n’est pas satisfaisant non plus. Ses slogans de campagne, en particulier, ses propositions qui lui ont valu la victoire, ont quasiment tous abouti à l’échec : sécurité, pouvoir d’achat (travailler plus pour gagner plus), fiscalité des plus aisés, ministère de l’identité nationale !
Je ne veux pas cinq ans de plus avec lui.
La gauche me déçoit depuis longtemps. Elle est devenue réactionnaire. Benoît Hamon en porte parole du PS quand Ségolène Royal avait presque gagné la bataille pour devenir première secrétaire. Cette bataille d’appareil douteuse et embarrassante.
J’avais l’intention de voter Strauss-Kahn…
Aujourd’hui, parmi les options offertes, celle de François Hollande me paraît être la meilleure.
Il a su sortir de cette logique d’appareil qui fait ressembler le parti socialiste à une structure d’un autre temps. Il s’est entouré des moins conservateurs : Moscovici, Dray, Peillon… Il propose une vision réaliste, sérieuse. Il est lui-même quelqu’un de très sympathique, intelligent.
Ce n’est pas un visionnaire, certes. Aujourd’hui sa campagne, son discours ne s’appuient pas sur quelques idées très fortes qui font vibrer. Pas encore, ai-je envie de dire. Mais à défaut, il ne dit pas de bêtise, il ne délire pas, il n’est pas soutenu par des gens qui nous ont habitué aux mauvais coups, à la démagogie, aux revirements malsains.
Je pense qu’il fera un bon président et qu’il saura résister à la corruption par le pouvoir.
Ça nous changera, ça nous apaisera.  Il est ouvert, à l’écoute. Ce n’est pas un idéologue.
Aujourd’hui, je pense qu’il est la meilleure solution pour l’élection présidentielle.
Je pense aussi que c’est celui qui a le plus de chance de gagner contre Sarkozy. La gauche votera à gauche. Mais ça ne suffit pas. Il faut aussi le centre. Et le centre ne votera pas Aubry. Sarkozy sera très fort quand il commencera la campagne.  Il saura parfaitement stigmatiser le conservatisme de gauche. Et Aubry, affublé de Fabius, Hamon et les autres aura bien du mal à le contrer. Hollande est armé pour cela. Il est clair et paradoxalement, il est neuf. Il représente la meilleure chance de ne pas rempiler pour cinq ans de sarkozy, de Guéant, de Besson.
S’il perd la primaire, je ne sais vraiment pas ce que je vais faire et je crois que je ne suis pas le seul. C’est pourquoi je le soutiens aujourd’hui. Je trouve bien qu’on puisse choisir notre candidat de l’alternance. Je ne veux pas rester sans rien faire et attendre qu’on m’impose une personnalité.
J’aimerais qu’au second tour, François Hollande parvienne à rallier Manuel Valls. Ça me semblerait logique et prometteur. Je ne doute pas qu’il y parvienne. Je ne vois pas Valls faire campagne derrière Aubry et ses soutiens.
Alors voilà. Je ne suis pas socialiste. Je n’ai pas de soucis à me proclamer sympathisant de gauche s’il le faut pour voter aux primaires, comme je n’ai pas eu de soucis pour voter Chirac contre Le Pen. Il n’y a pas de honte à ça. J’ai beaucoup de sympathie pour François Hollande qui vous regarde dans les yeux quand il vous serre la main sans chercher les photographes. C’est un signe. Il est sain.

23 août 2011

Un deuil violent (6 et fin)



La vérité
La vérité judiciaire a été proclamée.
Certains s’en trouvent frustrés. « On ne saura jamais la vérité » disent-ils. Quelle vérité ? Celle qui peut-être essaiera de se frayer un chemin lors de l’hypothétique procès civil ? Il s’agira alors de la parole de l’une contre la parole de l’autre. La vérité éclatera-t-elle vraiment d’une confrontation de récits ? Il est probable que non. Deux scénarios s’affronteront et l’abandon des charges pour le procès pénal révèle qu’on ne saurait attendre des éléments matériels une quelconque aide pour savoir ce qui s’est réellement passé.
On dit aussi : « la vérité, seules deux personnes la connaissent. »
Est-ce si sûr ? On s’accroche parfois à ses propres mensonges. On y croit sans réserve et on pourrait parfois mourir pour eux. Quand le mensonge va si loin que la vérité peut être létale, le mensonge devient la vérité au nom de laquelle on luttera à mort.
Ce dont ils ont été les protagonistes, peut-être le savent-ils, peut-être ne le savent-ils plus. L’un ment peut-être, oui, c’est possible. On aimerait le croire finalement. Une illusion qui nous resterait après ce maelström de fantasmes. Mais rien n’est sûr et il est également possible que chacun croit à sa vérité sans avoir le sentiment de se mentir ni à soi-même ni aux autres.
Ce qui est sûr, c’est que la vérité judiciaire, elle, a été dite. C’est celle qu’on a aujourd’hui. Et elle nous place devant un immense gâchis, et une véritable honte de ce que peut nous offrir le monde médiatique contemporain.
Le père.
Il a été tué, sans aucun doute. Lui qui voulait toutes les femmes, lui qui pouvait s’offrir toutes les femmes. Lui qui avait le savoir de ce qu’on vit (économie mondiale), lui sur lequel reposaient tant d’espoirs en France. Un espoir de père, de quelqu’un qui nous protège de l’inévitable mondialisation, qui sait y faire et qui serait quand même bienveillant (de gauche).
Il a été tué et la jouissance qui a accompagné le meurtre était à la mesure du traumatisme. DSK était juste un homme ? Il a eu tort de le croire. Non, c’était le père. 
Nous ne voulons pas du père. Nous le voulons mais nous ne le voulons pas. Nous préférons l’un des nôtres. Même s’il nous laisse totalement insatisfait. Sarkozy, par exemple. Celui qui aime l’argent (en tous les cas qui n’en a pas honte), celui, parmi nous, qui a la volonté, la détermination, l’envie. Celui qui est ambitieux, autoritaire, colérique. Celui qui s’agite, parfois pour le succès, parfois pour l'échec. Sarkozy est des nôtres. C’est pourquoi on peut lui en vouloir d’ailleurs. Il a nos défauts. Alors qu'il a le pouvoir.
Mais le père… Celui qui va nous apaiser, celui sur qui on va se reposer, celui qui fort de l’autorité, du savoir, de l’expérience acquise au FMI allait revenir à la maison s’occuper de nous… Celui-là, il aime les femmes dit-on. C’est normal. Le père aime les femmes. Il n’est pas castré comme nous. C’est le père de la horde primitive de Freud.
Eh bien celui-là, on l’abat. C’est la curée. Il prête le flanc et on le coupe en deux.
Le plus cruel, bien sûr, c’est qu’il l’ignorait. Il ignorait ce qui se tramait. C’est peut-être sa faute. Sa vraie faute.

01 juillet 2011

Un deuil violent (5)


Les accusations contre DSK vont-elle s’effondrer ?
Non, ce n’est pas une sidération de plus. Cette possibilité était inscrite dans l’évènement lui-même.
Cet évènement prend un nouveau sens aujourd’hui. Et nous commençons à apercevoir quel monde se jouait dans cette chambre d’hôtel.
L’immédiateté de l’information et la négation de la pensée
Nous avons appris que nous pouvions être informé seconde par seconde grâce à Twitter. Les faits bruts : un homme devant le tribunal, la rumeur puis le discours de l’accusation, le seul discours audible alors. Nous étions façonnés par ces informations. Sommés de penser au rythme d’Internet, nous nous sommes essoufflés et nous avons commenté, au fil des minutes, une réalité fantasmée, manipulée, faite des désirs et des craintes de chacun.
La vertu d’Internet a une face cachée : la négation de la pensée. On ne pense pas un événement dont on suit le déroulement à la seconde. Les journalistes sont les penseurs d’aujourd’hui, ce qui est un drame.
La machine à blabla…
Elle s’est mise en route immédiatement. Pour calmer nos angoisses nous avons eu besoin de commenter, de débattre, de tout et de n’importe quoi : le viol, l’arrogance des puissants, le machisme des politiques.
J’ai dénoncé dans l’émission « Ce soir ou jamais » le caractère à charge de ces débats. Débattre du viol à l’occasion d’une affaire dont on ne savait rien était déjà condamner DSK. Le procès a été continuel.
Les médias ont surtout parlé d’eux-mêmes. Exercice d’égocentrisme exacerbé : le débat a essentiellement porté sur leur responsabilité. Et nous avons assisté médusés et impuissants à cette obscénité intellectuelle.
La jouissance d’abattre les puissants
Elle est universelle. La démocratisation de la parole libérée par Internet, la rapidité des échanges d’informations rend les puissants vulnérables dans la bataille de l’image. L’occasion ne saurait être manquée, fut-elle colorée de fantasme. Ce qui en dit long sur la frustration liée à la démocratie. Nous haïssons nos dirigeants, nous les haïssons de nous diriger alors même qu’ils nous doivent leur place. Nous ne voulons rien savoir de la difficulté de décider dans un monde complexe. Non. Nous voulons que ce soit simple et nous condamnons par avance l’esprit de responsabilité qui nous frustre de nos désirs et de nos illusions. Nous faisons payer cet esprit de responsabilité au prix fort : celui de pouvoir être détruit en une seconde dès que l’occasion de présente.
Le drame de l’absence d’éthique
L’éthique, tel était le véritable enjeu de toute cette affaire. Nous ne savions rien, nous n’entendions que l’accusation mais nous avions besoin de parler tant l’événement était traumatique. La suspension du jugement était alors une question d’éthique. Savoir de quoi on parle, faire attention aux mots : ce que les médias ne peuvent savoir faire. Cette affaire a été pour nous un vrai drame éthique.
L’avenir nous dira comment on se remet d’un tel événement. Nous, ceux qui avons été sidérés le jour de l’arrestation, qui avons été volés d’une perspective politique.
Les leçons a tirer sont multiples, complexes et essentielles. C’est un évènement majeur dans la conscience collective française. Et les conséquences en sont aujourd’hui incalculables. Mais ce qui est certain c’est que des comptes seront à rendre. Des comptes de la pensée. On n’est pas contemporain d’un tel événement sans rendre de comptes. C’est un nouvel enjeu éthique.



17 juin 2011

La métaphore cinématographique (introduction)


La métaphore cinématographique
Introduction

Convenons que le cinéma est un langage, c’est à dire une suite articulées de signes - disons pour faire simple de signes audio-visuels.
Convenons qu’un signe est une unité linguistique composée d’un signifiant (le support matériel du signe) et d’un signifié (le concept ou l’idée).
Que le signe cinématographique soit l’image, le plan, la séquence ou tout autre chose importe ici peu. Le signe cinématographique est complexe.
Il y a un débat aujourd’hui parmi les sémanticiens sur le sens des phrases. Ont-elles un sens « objectif », c’est à dire un sens déterminé par la structure sémantique (voire logique) de la phrase ou leur sens ne peut-il s’appréhender qu’en contexte (déterminé par des éléments extérieurs à la phrase) ?
Les contextualistes contestent la prédominance, voire même l’existence, d’un sens de la phrase hors du contexte, d’un sens objectif, bref d’un sens littéral.
Je pense également que n’importe quel mot peut prendre le sens qu’on veut selon la série dans laquelle il s’insère, selon la phrase, voire le discours, et sa place dans la phrase.
Le mot gifler peut prendre par exemple un sens élargi (« Le vent m’a giflé ») ou même éloigné de ce qu’on peut supposer être son sens littéral (donner une gifle, c’est à dire frapper le visage du plat de la main). Exemple : « l’amour m’a giflé ce jour-là. »
On peut même imaginer un contexte sémantique dans lequel le verbe « gifler » peut prendre le sens opposé de son sens conventionnel : « ses caresses giflaient littéralement mes sens, je voulais qu’elle me gifle encore ». Dans cet exemple la seconde occurrence de « gifler » signifie « caresser ».
Nous voyons ici qu’un mot n’a un sens déterminable qu’à se placer dans une série. (Une série de mots et d’éléments contextuels ).
Quelle que soit la définition du « mot » cinématographique, le langage cinématographique fonctionne de la même manière. Un signe, ou une unité signifiante cinématographique ne prend son sens qu’à l’intérieur d’une série et n’importe quel signe peut venir signifier n’importe quoi selon la nature de la série et la place où il s’y insère.
Ce phénomène, appelons-le métaphore cinématographique. La métaphore se définit comme étant la substitution d’un mot par un autre, ou d’une séquence linguistique par une autre à l’intérieur d’une série obéissant à une syntaxe.
« Qu’un sang impur abreuve nos sillons »
Le mot « abreuve » est une métaphore (cf Jakobson).  Là où on pourrait attendre « remplir » vient un autre mot qui a la même fonction - et surtout la même place -  tout en apportant un enrichissement de sens (personnifie le sillon, apporte la notion de soif, etc)
L’effet de surprise de la substitution enrichit le sens, et même crée un sens nouveau.
La métaphore restitue au rapport entre les mots et les choses la part d’énigme qui est garante de la vérité.
Si le but du cinéma est (comme la littérature) de dire la vérité sur la vie, l’existence ou toute chose qui la compose, les sentiments, les actes, les personnes), il ne peut le faire, comme dans la littérature ou la poésie, que par et malgré le langage.
Nous allons au cinéma pour – entre autre – en apprendre sur nous même. A travers le regard d’un autre, nous découvrons un nouveau sens à ce qui nous échappe sans cesse. Qu’est-ce que l’amour ? La cruauté ? La jalousie ? Qu’est-ce que vivre ? Espérer ? Qu’est-ce que l’ambition ? L’angoisse ?
Bref, nous allons chercher des réponses dans les livres et dans les films et ce n’est que grâce au pouvoir de la métaphore que nous les trouvons. La surprise de la substitution signifiante nous donne une nouvelle couleur, une nouvelle lumière et finalement un nouveau sens.
C’est pourquoi il me semble essentiel de définir et d’étudier la métaphore cinématographique pour qui veut user du cinéma pour atteindre une quelconque vérité.
Le concept de métaphore cinématographique est très puissant pour l’écriture d’un scénario et la réalisation d’un film.  Il doit être bien défini, délimité, analysé. C’est ce que je voudrais faire dans de prochaines contributions.

10 juin 2011

Hollande

L'enjeu véritable des primaires du parti socialiste est de choisir le candidat susceptible de faire gagner la gauche à l'élection présidentielle. Nulle doute que le candidat qui sortira victorieux de ces primaires sera celui qui aura le mieux convaincu de sa capacité à battre Sarkozy au seconde tour de la présidentielle (je considère comme acquis le fait qu'il batte Marine Le Pen dans le cas d'un 21 avril à l'envers).

On peut penser que l'effet de sidération provoqué par l'affaire DSK était à la mesure de cette conviction : la stature et le positionnement politique de DSK le faisait apparaître comme la meilleure chance d'alternance. Unanimement reconnu comme ayant été un bon ministre des finances, le passage de DSK à la présidence du FMI a achevé de le faire apparaître comme un homme d'Etat qui prend en compte les réalités sans abandonner ses convictions. Brillant technicien, volontaire, déterminé et doué d'une vision orientée à gauche sans verser dans le conservatisme. Son positionnement politique à la droite du PS lui permettait d'espérer rallier les centristes mécontents du président sortant, les électeurs séduits puis déçus par Sarkozy, ainsi que les électeurs de gauche qui préfèreront un homme de gauche - fut-il jugé trop à droite - plutôt que de donner une nouvelle victoire à Sarkozy.
La personnalité qui remportera la primaire du PS sera celle qui s'approchera au plus près de ce profil de gagnant.
Aujourd'hui, nous pouvons penser que cette primaire se jouera entre François Hollande et Martine Aubry si cette dernière se présente ce dont on ne saurait douter.
Je pense que les électeurs de gauche sont acquis au candidat socialiste pour le second tour de l'élection présidentielle. Le quinquennat extrêmement politique de Sarkozy (rappelons qu'une de ses premières mesures était une mesure idéologique : le bouclier fiscal) le disqualifie aujourd'hui pour prétendre échapper à une polarisation dure de l'électorat. Le peuple de gauche votera contre lui et les sondages favorables à DSK en attestaient.
Il semble clair que l'élection se jouera sur la capacité à séduire les électeurs qui se situent aux centres gauche et droit. Et si le rejet de Sarkozy peut jouer, il sera tempéré par l'habileté du président sortant et son dynamisme. Une fois déclaré, nulle doute qu'il remontera dans les sondages et la bataille sera rude.
Je ne crois pas aujourd'hui que l'électorat du centre puisse être séduit par Aubry, soutenue par l'appareil du parti socialiste, et en particulier son aile gauche et eurosceptique.
François Hollande, en revanche, s'il a été premier secrétaire du PS, possède l'atout de se situer à une place politique plus proche de celle de Strauss-Kahn. Ses faiblesses sont aujourd'hui toutes corrigibles ou surmontables. Qu'importe que les strauss-kahniens ne le soutiennent pas encore, qu'un Manuel Valls se présente contre lui, François Hollande est potentiellement un candidat susceptible de rallier le centre parce qu'il est aujourd'hui vierge de ce qui pourrait l'en dissuader.
Son travail sera donc de convaincre l'électorat de la primaire qu'il peut emmener tout le monde derrière lui, la gauche et le centre.
Cela peut ne pas suffire si l'argument du positionnement est pondéré par le manque de charisme et d'idées enthousiasmantes. Ce qui me paraît sûr, c'est que son image "normale" peut être autant un handicap qu'un atout. Là où François Hollande a une longueur d'avance sur tous les autres (exceptée Segolène Royal mais je crois qu'elle ne parviendra pas à réduire son retard) c'est sur le fait qu'il veut y aller. C'est le seul aujourd'hui au PS. Il veut y aller, il y croit, et depuis longtemps. Tous les autres ne sont pas crédibles sur ce point. Il a encore le temps de trouver son discours. Aucun aujourd'hui ne l'a trouvé, il n'a donc aucun retard sur personne dans ce domaine.
Tout ce jouera donc sur la force et le positionnement du discours de Hollande.
Je crois que si la gauche veut gagner l'élection présidentielle, elle doit espérer que Hollande corrige ses défauts, ce qui est faisable, et séduise le centre, ce qui est faisable aujourd'hui et ce qui n'est pas le cas d'Aubry.
La primaire du PS ira à celui qui peut gagner l'élection présidentielle. Hollande a trois mois pour transformer son potentiel de rassemblement au-delà de la gauche traditionnelle. Si les sondages lui sont favorables c'est parce que ce potentiel n'est pas entamé. A lui de trouver le discours qui le confirme, voire le renforce et aussi les deux trois idées fortes qui y ajouteraient l'enthousiasme (le thème de la jeunesse est trop bateau pour cela). Hollande doit affirmer son pragmatisme, sa capacité d'écoute et de synthèse, ses qualités de tolérance et d'apaisement, sa détermination mais il doit aussi être l'homme des innovations, d'une modernité positive et d'une lucidité inventive. S'il n'y parvient pas, il ne gagnera pas la primaire et la gauche perdra l'élection.
Tout se joue aujourd'hui.

23 mai 2011

Ethique (Un deuil violent - 4)

Sommes nous des juges ?
Nous aimerions l’être, à n’en pas douter. Nous aimerions connaître les faits, entendre les témoins et en finir une bonne fois pour toutes : déclarer DSK coupable ou au contraire l’acquitter, l’innocenter, le blanchir.
L’incertitude nous pèse. Nous ne pouvons nous révolter réellement, nous sommes là appendus à la moindre rumeur, le moindre bout d’information, pris dans les filets de la communication de l’accusation, frustrés de ne pouvoir entendre la défense, englués dans les débats que nous imposent les médias.
Nous ne pouvons savoir qu’en penser et nous errons alors d’une hypothèse à l’autre, chaque hypothèse ouvrant sur un monde différent. Le trouble est à la mesure de cette insaisissabilité du sens de l’événement. Nous ne savons pas dans quel monde nous vivons. Est-ce le monde où DSK est coupable ? Ou est-ce celui où il est innocent ? Et coupable de quoi exactement ? Innocent de quoi ?

En quoi cela nous regarde-t-il finalement ? Que DSK soit un terrible pervers, un fou, un homme qui a un instant perdu la raison, une victime de sa maladresse, d’un piège improvisé, d’une machination, qu’avons-nous à y voir ?
C’est que nous sommes impliqués dans cette affaire et donc dans les mondes qui en dépendent.
DSK était probablement celui pour qui nous allions voter ou que nous allions combattre. Il était celui qui nous mobilisait et dont tout le monde, partisans ou adversaires, pouvait espérer, craindre ou simplement imaginer qu’il devienne le prochain président de la république française.
DSK n’est pas un homme politique comme les autres. DSK c’est nous qui l’avons fait.

Car ce n’est évidemment pas la pauvre créature humaine DSK qui est en cause. Celle-là, nous la savons aussi misérable que chacun de nous ou même de la femme de chambre, capable du meilleur comme du pire, névrosée, angoissée, et mortelle. Une créature humaine avec laquelle la justice humaine devra se débrouiller, américaine ou non, pour savoir quoi faire de ce que les hommes se font.
Le DSK qui nous intéresse - pour nous avoir convoqué dans son destin - c’est celui que nous avons fait et que nous sommes.
SI cette affaire nous arraisonne tant c’est parce que c’est nous qui étions dans la chambre d’hôtel et nous aimerions bien savoir ce que nous y avons fait. Nous aimerions bien savoir quelle est finalement notre propre responsabilité. Responsabilité d’électeur, de citoyen donc mais d’homme (au sens de mâle) aussi, et même de femme.

Car le mâle humain était aussi dans cette chambre d’hôtel à travers DSK et il attend fébrile de savoir ce que le pouvoir lui fait, s’il doit une nouvelle fois se couvrir de la honte d’être un barbare. Il veut savoir si réellement une pauvre pulsion prend les rênes de l’âme contre l’éducation, l’instruction, la morale, l’ambition, un prestigieux destin. Oui, le mâle humain voudrait savoir ce qu’il est et à quoi il doit s’en tenir ici.
Les femmes étaient dans la chambre également. Les femmes qui ont côtoyé DSK, qui l’ont séduit, qu’il a séduites, celles qui ont fantasmé sur lui (comme les hommes d’ailleurs), celles qui se révoltent contre le harcèlement, comme celles qui s’y résignent. Elles veulent savoir également car c’est d’elles dont on parle aussi. DSK c’est elles aussi car elles l’ont fait aussi.
Les citoyens et électeurs étaient dans la chambre avec les autres et ils veulent savoir à quel point ils sont humiliés d’avoir participé soit à l’ignominie soit aujourd’hui à la curée. Car si DSK est innocent, tous ceux qui étaient dans la chambre avec lui vont devoir affronter une nouvelle culpabilité. Celle de n’avoir pas attendu avant de penser.

Oui nous aimerions juger et en finir.
Mais c’est notre destin, finalement, de ne jamais savoir et de devoir décider dans le noir de ce que nous sommes.
Notre réaction aujourd’hui, ce que nous disons, notre précipitation ou notre attente, notre prudence ou nos affirmations, nous en serons comptables un jour.
Ce qui se joue maintenant, avant le jugement, avant de savoir dans quel monde nous vivons et qui nous sommes, c’est notre éthique.

20 mai 2011

Un deuil violent (3)

J'ai déjà eu l'occasion de rencontrer François Hollande. C'était dans son bureau de Solferino alors qu'il était premier secrétaire du PS. Je livrais la pub que j'avais réalisée pour la campagne électorale du PS aux élections européennes de 2004. Etaient présents Pierre Moscovici (grippé, austère) et Bartolone (Jovial, roublard).

Tout le monde était satisfait du film. C'était une des toutes premières fois qu'un parti politique s'apprêtait à diffuser un véritable film publicitaire conçu d'ailleurs par une agence de pub.
J'avais alors lancé une petite provocation quand nous devisions après le visionnage, disant que j'aurais tout aussi bien accepté de travailler pour le RPR si on me l'avait demandé. Moscovici l’avait plutôt mal pris (d’austère il est devenu raide mais encore une fois il était vraiment très grippé – j’avais même la trouille d’attraper sa crève), et François Hollande s’en était amusé.

Il m’a ensuite raccompagné jusqu’à la grille du siège et nous avons discuté tout au long du chemin (couloir, escalier, cour). Quand il m’a serré la main sur le trottoir, une main chaleureuse, sympathique, simple, je me suis dit alors : « Cet homme ne fera jamais une grande carrière politique, il est trop gentil».
J’ai rencontré d’autres hommes politiques. Ils ne vous parlent pas normalement, ils parlent à travers vous. Ils ne vous regardent pas, ils se montrent avec vous. Si vous n’êtes pas un proche, vous n’êtes qu’une occasion de lancer un message ou au mieux de tester un discours.

François Hollande, lui, était juste normal. D’où ma réserve quant à son avenir. J’ai toujours pensé que pour réussir en politique il faut être un monstre. Tous les présidents de la république sont de véritables animaux politiques. Ils ne font pas partie du même univers que nous.
Se pourrait-il que cette simplicité et cette sympathie que j’ai vues en François Hollande deviennent aujourd’hui une vertu ?
C’est possible. Et l’affaire DSK viendrait en confirmer l’hypothèse. Car si aujourd’hui les médias s’essoufflent à parler d’eux-mêmes en s’interrogeant sur leur responsabilité, le débat devrait plutôt porter sur le pouvoir. Au delà du fait divers qui alimente les discussions scabreuses, il est certain que la réputation de DSK, quel que soit son degré de culpabilité (de 0 à 100), pose le problème de la corruption de la vie privée par l’arrogance du pouvoir politique. Et de ce point de vue, la poignée de main de François Hollande me fait penser que le manque d’arrogance peut de faiblesse devenir atout.

Un atout pour quoi ? FH peut-il récupérer les endeuillés de DSK ? Rien n’est moins sûr aujourd’hui. Parmi les électeurs potentiels de DSK il y avait les gens qui de toute façon allaient voter à gauche, la mort dans l’âme peut-être, mais avec la farouche volonté d’éviter un second mandat de Sarkozy. Mais il y avait aussi ceux qui voulaient voter DSK, c’est-à-dire contre Sarkozy et aussi contre la gauche, ou malgré la gauche. Ceux-là ne voteront pas Aubry.
François Hollande peut-il les décourager de se tourner vers un Bayrou ou un Borloo si ce dernier se présente ? La question est bien là. Car il pourrait aussi bien conserver la position qui était la sienne, c’est-à-dire une position médiane entre Aubry/Hamon et DSK, ce qui ne l’assure pas de séduire les réfractaires à une gauche obsolète voire réactionnaire, et aussi bien se rapprocher – moins l’arrogance – du positionnement politique réaliste de l’ex directeur du FMI.
Je pense que l'alternance se joue maintenant et sur ce terrain.

19 mai 2011

Un deuil violent (2)

La rumeur selon laquelle la défense de DSK s'apprêterait à plaider un rapport consenti est très énervante. Si elle était avérée (ce qui n'est pas du tout acquis) :
- Cela confirmerait ce que nous savions déjà, c'est que la thèse du piège n'est définitivement plus crédible (en tous les cas du piège global, genre : il ne s'est rien passé et tout a été inventé. Il reste encore la thèse du piège partiel) si tant est qu'elle l'ai été plus de cinq minutes un jour (quoique... on peut en reparler)
- Cela signifierait que DSK renonce définitivement à un retour dans la vie politique confirmant ainsi notre deuil déjà bien entamé. En effet si rapport consenti il y a eu, la situation n'en reste pas moins grotesque pour le Directeur du FMI.
- Le soupçon qu'il y a bien eu tentative de viol, voire brutalités, n'en serait pas plus levé et je dirais au contraire tant cette "parade" est souvent invoquée par les violeurs. Donc non seulement nous serions dans le grotesque mais nous resterions dans l'effroi.

Bref si cette rumeur était avérée, nous serions juste témoin de la tentative par DSK d'échapper aux poursuites ou de les minorer, ce qui interdirait toute possibilité d'être blanchi et donc perpétuerait l'humiliation d'avoir cru en lui. Il troquerait ainsi son honneur pour un confort de vie. Pourquoi pas, s'il ne lui reste plus que ça ?
Et tant pis pour nous.
Nous resterions dans la cadre de "la pulsion terrasse l'ambition", pensifs au sujet de cette pulsion toute puissante, dégoûtés par le semblant de laisser-passer que lui octroierait la position de pouvoir, et admiratifs devant la force du réel qui vient toujours vous asséner des coups de massue aux moments les plus inattendus ( définition du réel).

18 mai 2011

Un deuil violent (1)

DSK au FMI c'est quoi ? C'est un réalisme et une intelligence mise au service d'une tendance de gauche dans le contexte de la mondialisation. Et c'est ça que certains attendaient pour la France. Ni une gauche velléitaire et obsolète, ni une droite méprisante et abusive, mais une certaine volonté de réduire les inégalités sociales, de se soucier des plus humbles, intégrant la prise en compte lucide de la globalisation et des réalités économiques mondiales.
DSK dans la chambre d’hôtel c’est quoi exactement ? Aujourd’hui, avant le procès, les débats contradictoires, donc simplement avant la connaissance des faits, c’est la trahison brutale ou l’abandon sauvage des gens qui avaient investi dans cette perspective politique pour la France.
C’est un avion rempli de millions d’électeurs potentiels qui vient de s’écraser.
Il est là le choc ! A moins de condamner l’homme avant la justice, et de connaître les faits avant la police.
Qu’une pulsion misérable se révèle capable de terrasser une immense ambition, qu’un odieux (et illusoire) sentiment d’impunité vienne mettre un terme définitif à la promesse d’un destin grandiose, ou qu’une naïveté criminelle baisse la garde devant une adversité soit insidieuse soit impitoyable mais quoiqu’il arrive brillante et redoutable (thèse du piège latent ou patent), le résultat est aujourd’hui le même et le seul susceptible de commentaire : Ce n’est pas le PS qui est humilié, ce n’est pas la France, ce n’est pas la victime supposée (car supposée), ce sont tous ceux qui voyaient en DSK une perspective. Ce sont eux qui sont humiliés.
Que l’on saisisse ici l’occasion de parler de la condition des femmes, de la brutalité des hommes, du drame vécu par les victimes de viols ou d’agressions sexuelle est tout à fait légitime, mais c’est dès aujourd’hui condamner un présumé innocent, trancher avant la justice, juger à l’aveugle sur la foi des rumeurs et sous la pression de l’extraordinaire machine à fantasme qu’est Internet.
Aujourd’hui, ce qui est tangible, et ce au sujet de quoi la colère peut monter, c’est bien qu’avec le suicide politique de DSK, ou le meurtre politique de DSK, les premières victimes réelles et identifiables sont ceux qui s’apprêtaient à voter pour lui.
(suite à venir)

06 mai 2009

Hadopi contre Internet

La loi Hadopi est probablement une des lois les plus stupides qui ait été données au parlement d’adopter. Elle contient des dispositions injustes comme, par exemple, la nécessité pour le contrevenant de fournir la preuve de son innocence. Il devra pour cela fournir les données recueillies par le logiciel espion qu’il aura du acheter et installer sur son ordinateur, faute de quoi, si sa ligne aura été piratée ou simplement utilisée par ses enfants, voisins ou amis, il sera puni de n’avoir pas su ou voulu empêcher le drame. La punition ? La coupure de sa connexion, coupure qui n’entraînera pas la suspension des paiements dus au titre de l’abonnement. Car le délit sanctionné n’est pas le téléchargement illégal mais l’absence de sécurisation de l’ordinateur lui-même.
Aujourd’hui le contenu du texte n’est plus vraiment le seul enjeu de la bataille parlementaire puisque la majorité le proclame elle-même : il s’agit juste de laver son honneur perdu un jour d’absentéisme caractérisé, fut-ce au prix d’une loi absurde.
Des artistes de gauche reprochent aux socialistes de n’être plus de leur côté et soutiennent sans critique la pire des réponses à un problème peut-être réel mais certainement mal circonscrit et mal analysé. Ce n’est pas important, c’est juste un des nombreux symptômes qui frappe la gauche française depuis… le Non à l’Europe.
D’autres artistes s’inquiètent du manque à gagner, voir du vol dont ils seraient les victimes du fait de ce qu’on appelle le piratage. Sans être tout à fait certain que ce manque à gagner soit avéré car c’est bien mal comprendre le phénomène du téléchargement que de croire qu’il se substitue simplement à l’achat. Si je suis ce qu’on peut appeler un artiste, je ne suis nullement solidaire de ceux qui défendent cette loi idiote et scandaleuse, quand bien même mes droits d’auteurs seraient mis à mal.
Laissons enfin de côté ce qui dans la loi flirte avec l’appel à la délation en direction des fournisseurs d’accès et, plus amusant évidemment, ce qui est très certainement obsolète sur le plan technique.
Ces aspects ne doivent pas cacher ce qui me semble plus essentiel dans cet épisode effarant.
Cette loi va simplement contre Internet. Contre ce qui faisait, ce qui fera toujours d’Internet une véritable révolution dans la façon dont l’homme accède à sa propre production. Le soi-disant piratage n’est en fait qu’un des nouveaux comportements qui exigerait, non pas qu’on le qualifie de délictueux, mais que soit au contraire repensé un certain rapport au savoir et à la création et à leur diffusion. La défense d’intérêts privés pousse au crime de ne pas réfléchir sur l’évolution du monde. Cette manie de l’interdiction, de la dénonciation, de la sanction collective rappelle l’attitudes de certains maîtres d’école raidis par leur impuissance à évoluer avec la société. Cette loi est le symptôme d’un aveuglement, d’une stupidité archaïque face à l’angoissante vitesse du changement qui s’est opéré depuis quelques dizaines d’années. Aller contre Internet de la sorte, avec le bâton, le casque et les ciseaux, c’est aller contre la jeunesse, l’avenir, l’enthousiasmante créativité qu’Internet a libérée.
Et voilà que nos parlementaires, d’anciens ministres de la culture, le gouvernement français, la France, quoi, s’avance, imbue d’elle-même, certaine de toujours tenir le flambeau de la défense des droits divers, certaine d’être originale, inventive et supérieure, dans son rapport à la culture et à la création, la France donc, vient se ringardiser, tant au niveau technique qu’intellectuel, vient suggérer que désormais le monde peut avancer sans elle, ou plutôt malgré elle. Bref, nous venons aujourd’hui annoncer que nous sommes vieux, fatigués, affaiblis, apeurés mais que – Ô gloire – nous pouvons encore donner quelques coups de matraques.
Cette loi, non seulement ne protège pas les droits des créateurs, non seulement attente à la liberté sous de nombreux aspects, mais surtout agresse voire insulte cette partie de la population qui– jeune peut-être - vit la mondialisation sans états d’âme, celle qui épouse le mouvement de l’histoire avec gaieté, curiosité, effronterie, qui utilise, crée, exploite, détourne l’outil du siècle, la génération de Facebook, YouTube, Deezer et du P2P, celle qui échappe à tant de monde, qui n’est évidemment pas sans morale ni respect malgré ce que suggère Hadopi et qui invente aujourd’hui le monde de demain.