18 avril 2017

Les deux erreurs

Il y a des erreurs que l’on paie des décennies plus tard.
Pour cette élection présidentielle, nous payons deux erreurs politiques majeures : celle de Chirac en 2002 et celle de Hollande en 2005.
En 2002, Jacques Chirac est élu président avec 80% des voix contre J.M. Le Pen. Le front républicain a été énorme. Au premier tour, Chirac avait obtenu 21% des suffrages. C’est dire à quel point il n’a pas été élu président sur son programme.
Et pourtant, refusant de tenir compte des circonstances exceptionnelles de son élection, il fut le président de droite qu’il avait promis d’être quand il aurait du être le président de la République, je dis bien : de la République.
Le risque de voir Le Pen présidente après un second tour où elle aurait été confrontée à un des trois autres possibles finalistes est une conséquence de cette erreur politique majeure. De très nombreux électeurs ont eu le sentiment de s’être « fait avoir » et on ne les y reprendra plus. Si malgré cet épisode de 2002, je ne suis pas d’accord avec l’idée de renvoyer dos à dos un candidat républicain et la représentante de l’extrême droite, héritière du pétainisme, je ne comprends pas moins ces électeurs qui craignent d’être floués de nouveau par un candidat qui leur devrait la victoire et transformerait en plébiscite personnel ce qui n’aurait été que celui de la République.
J’enjoins le candidat qui, passant le premier tour avec un maximum probable de 24 % des suffrages, serait élu président de la République avec donc plus de 50% des votants contre Le Pen, de ne pas tromper une fois de plus le peuple français qui aura fait preuve d’un esprit de résistance (qui a fait défaut aux américains et aux britanniques) et une fois de plus prouvé sa noblesse. J’enjoins ce candidat de trouver les moyens politiques et intellectuels de rester fidèle à l’esprit qui aura soufflé sur son élection.
Et ceci aussi afin de préserver l’avenir.

La seconde erreur, encore plus grave me semble-t-il partait probablement d’une orientation positive: L’effort de François Hollande pour préserver l’unité du PS alors que le parti venait de se déchirer sur le référendum relatif au traité européen en 2005.
En agissant de la sorte il a empêché l’aggiornamento nécessaire du PS et celui de la gauche française en général. Il a volontairement arasé les différences entre ces deux « gauches irréconciliables » qu’a pointées avec lucidité Manuel Valls.
Cette différence était si importante qu’il en a lui-même pâti une fois président. Cette gauche du « non » l’a empêché de gouverner. Il faut dire qu’il appartenait lui-même à l'autre gauche et que l’assemblée était dirigée par ce PS recousu à la va-vite, cette créature hybride qui se brise sous nos yeux aujourd’hui.
Une erreur qui nous envoie un Jean-Luc Mélenchon aussi dangereux pour la France que Marine Le Pen, même si son discours semble plus généreux. Une erreur que Hollande essaie aujourd’hui de réparer en dénonçant le danger populiste. Un danger directement issu de ce colmatage fautif qui a justement empêché l’émergence de cette force représentée par Emmanuel Macron, une force qui lui a fait cruellement défaut à l’assemblée et qui explique en partie son échec historique.

Nous payons ces deux erreurs qui nous mettent aujourd’hui en face de cette triste réalité : la possibilité de voir élire un fossoyeur de la France, de l’Europe et probablement du monde actuel.
A ceux qui la désirent, cette catastrophe, par dépit, aigreur ou plus simplement désespoir, je n’ai rien aujourd’hui à dire, si ce n’est qu’ils jouent avec un feu qui se retournera contre eux dès les premiers mois de la victoire des apprentis sorciers.
A ceux qui croient réellement au changement et non au chaos, et en particulier, à mes amis qui voudraient voter Mélenchon.
Souvenez vous du tournant de la rigueur de 1983. Deux ans après l’arrivée de la gauche au pouvoir il fallait se rendre à l’évidence : le monde était déjà interconnecté avant même l’arrivée d’Internet et on ne pouvait déjà plus changer la société d’un pays moderne comme la France sans changer le monde autour de lui. Résultat : la France allait à sa ruine, il fallait redresser la barre. La gauche devenait gouvernementale. Une gauche contre laquelle Mélenchon se positionne.
Souvenez-vous de la Grèce de Tsipras. Où en est-elle aujourd’hui ?
Deux expériences de gauche qui n’ont pas abouti à ce qu’elles avaient promis.
Il en sera de même avec Mélenchon. Il ne pourra rien faire de ce qu’il dit. Il le sait. Il n’avait pas prévu d’aller aussi loin.
Et si jamais il va jusqu’au bout ; si jamais il applique sa politique de repli sur soi sous le masque d’un renversement d’alliances (bolivariennes ? sérieux ?), la crise mondiale qui suivra immanquablement celle de l’Europe l’empêchera de faire quoi que ce soit. Mais le chaos sera à notre porte. Mélenchon n'aura pas les millards sur lesquels il mise pour appliquer sa politique insensée, ces millards feront défaut à tout le monde mais certainement plus à ceux qui auront décidé de faire défaut sur la dette.
Oui, voter Mélenchon c’est donner un coup de pied dans la fourmilière, oui c’est envoyer un message radical à ceux qui ont trop longtemps ignoré la fureur qui bruissait, oui c’est peut-être la revanche des laissés-pour-compte.
Mais ça n’aboutira à rien se ce n’est à plus de stupeur, de pauvreté, de précarité et d’injustice : comme au Venezuela justement.
C’est cela le populisme (qu’ils revendiquent comme étant une vertu) : parler facile et fuir la réalité, jouer avec le destin des gens pour son propre égo, jouer avec la vie des autres pour la jouissance de leur amour actuel.
Nous payons aujourd’hui deux erreurs du début des années 2000.

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Ne commettons pas la troisième qui sera irréparable.

02 avril 2017

Pourquoi je vote Macron

Pourquoi je vote Macron

C’est étonnant d’entendre dire que les français sont mécontents de l’offre politique actuelle. Le spectre politique n’a jamais été mieux représenté. De l’extrême droite (en plusieurs versions : débile, dangereuse, sournoise), à la droite (libérale) en passant par le centre (ni gauche ni droite pour une fois), la vraie gauche (tendance frondeurs) à l’extrême gauche (en plusieurs versions : puissante, dangereuse, débile), que manque-t-il ?
Les écologistes ? Ils sont un peu partout et plutôt bien représentés.
Cette année est l’année des clarifications.
Le Parti Socialiste paie son obstination à dénier ses contradictions. Une obstination incarnée par François Hollande. Il faut se rappeler la déloyauté extraordinaire d’un Laurent Fabius au moment du référendum sur le traité européen. Le PS aurait du éclater. Il faut se rappeler le déchirement entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Il faut se rappeler l’opposition frontale du PS à François Hollande.
Je persiste à penser que son échec est dû à son manque de majorité.  La gauche – par radicalité -  a refusé de le suivre. Il n’a pas su s’imposer à elle. Il n’a su que composer, tergiverser. Résultat : cinq ans pour rien. Dommage.
J’y ai cru quand il a nommé Valls premier ministre. Au moins, il clarifiait son positionnement politique.
Mais ça n’a rien donné. Pas de majorité pour voter les réformes. Alors les réformes ont été imposées ou votés sous une forme édulcorée, émoussée, inefficace. Après les deux ans d’impôts ridicules, la colère est montée. Impuissance et faiblesse ont toujours provoqué la violence.

Cette année, on clarifie : la gauche est éclatée parce qu’elle est encore dans l’ancien monde. Un monde qui ne se divise plus entre étatisation et privatisation, entre intervention de l’Etat et puissance du privé, entre droite libérale et gauche sociale, entre puissances de l’argent et puissance du travail.
La France n’a jamais été libérale ! La France a toujours été gouvernée au centre gauche dans un soucis permanent de la défense des acquis sociaux.
Le modèle social français n’a jamais été remis en cause, ni par la droite ni par la gauche.
Qu’a-t-il donné ce modèle social ? Chômage de masse, pauvreté, repli industriel. La seule réforme de gauche depuis 1997, ce sont les 35 heures. C’est une blague ? Où sont les résultats ? Et on propose 32 ?
Le déni de l’échec, voilà ce dont crève la gauche.
Quant à la droite, elle n’a cessé de donner des coups de mentons mais n’a jamais réussi à réformer non plus. Chirac et sa fracture sociale (slogan de gauche), Sarkozy et son « travailler plus pour gagner plus » qui n’a finalement rien fait pour changer la structure, ils n’ont jamais été libéraux.
Alors Fillon a été cette promesse. Enfin le grand soir libéral ! Plébiscité par les électeurs de droites. Outre qu’à ce ce grand soir j’ai bien peur que les français préfèrent le grand soir national (pas moi, je le dis, au second tour je voterais Fillon s’il était présent contre Le Pen, comme je voterais Hamon ou Mélenchon d'ailleurs), Fillon, l’homme, va peut-être simplement tuer la droite. C’est l’homme qui la fait perdre. Pas le programme. Au point que l’homme veut à tout prix s’effacer derrière le programme. Mais non, François Fillon, on élit un homme ! C’est ça la présidentielle.
Alors l’extrême droite va-t-elle prendre le pouvoir, pour la première fois depuis 1939 ??!!!
Les nervis du GUD vont-ils réellement entrer au ministère de l’Intérieur ? à la DGSE ? La DGSI ? Les gens en ont-ils tellement marre qu’ils vont réellement leur permettre de saisir tous les leviers ? Ceux de nous écouter, de nous surveiller, de nous contrôler ? De décider si on est français ou non ? De décider des films, des musiques, des spectacles, des livres avec lesquels on veut vivre ? De décider qui doit aimer qui, comment aimer ? Vraiment ? Va-t-on vraiment les laisser nous faire quitter l’Europe et obliger tout l’Europe à revenir à un système de nations qui contractent les unes avec les autres ? Va-t-on réellement les laisser nous faire revenir dans un monde qui a été celui de la guerre ?
C’est possible. C’est triste à mourir, mais c’est possible. Ceux qui n’y croient pas se cachent la tête dans la terre pour éviter un choix douloureux.

Ça n’est pas pour ça que je vote Macron.
Je vote Macron parce que dans la nouvelle division politique qui se correspond au monde numérisé, globalisé qui est le nôtre aujourd’hui, je suis de son bord.
Les anciennes structures politiques pensent un monde qui a trop changé pour leur correspondre. Leurs outils ne sont plus les bons. Ils peuvent le redevenir, quand le monde actuel aura été stabilisé, s’il doit l’être un jour, et quand le débat ne sera plus d’accompagner ou refuser les transformations.
Aujourd’hui le débat est celui-là : ouverture contre fermeture, pari de la paix contre risque de la guerre, travailler le monde tel qu’il est ou revenir à celui qui n’est plus.
A droite on reproche à Macron d’être la continuation de Hollande. C’est  stupide. Hollande a échoué de n’avoir pas suivi Macron. Macron s’est présenté de n’avoir pas été écouté par Hollande.
A gauche, on accuse Macron d’être de droite.
Il est pour l’Europe (malgré tout), je le suis aussi, il est pour libérer le travail, je le suis aussi car, le modèle social français n’est plus qu’une machine à produire du chômage et de la précarité.
Mais surtout, il n’accuse pas ceux qui ont et ne les oppose pas à ceux qui n’ont pas, il n’a pas cette idée stupide de vouloir prendre aux riches, de les faire payer, de leur faire rendre leur argent. Ça n’a jamais marché dans l’histoire, jamais, nulle part. Et c’est pourtant ce qu’on nous ressort aujourd’hui à gauche.
Non, en revanche, être pour les règles, les lois qui empêchent la triche, qui impose l’honnêteté (économique), de jouer le jeu social, ça c’est le libéralisme de gauche.
Ça signifie : libérer le travail (et tout le reste d’ailleurs, au nouveau sociétal, c’est là aussi que pourraient se reconnaître les gens de gauche) tout en se souciant des effets néfastes. Mais la somme des effets positifs sera supérieure à celle des effets négatifs, pris en charge par l’Etat.
Le libéralisme de gauche, c’est le libéralisme avec le soucis des effets négatifs. Le libéralisme de droite, c’est le libéralisme qui mise sur la réduction naturelle des effets négatifs (ce qui n’arrive jamais).
J’ai toujours voté à gauche. Mitterrand, Jospin, Royal, Hollande. Aujourd’hui la gauche s’éloigne de moi, s’éloigne du monde dans lequel je vis, du monde dans lequel vont vivre mes enfants.
Et puisqu’il faudra choisir, et non s’en laver les mains, puisqu’il faudra prendre ses responsabilités, je voterai pour la révolution libérale de Macron contre la révolution nationale de Le Pen, contre les pétainistes, les munichois, les poutinistes, ceux qui feront de notre société un monde sombre, triste, laid, honteux, ceux qui vont dégrader la France et en faire un anti-modèle.
Oui je préfère Macron à l’extrême droite, et ceux qui pensent que c’est le même mal, ceux-là se mentent à eux-mêmes et nous précipiteront dans l’abîme.
Je le dis à mes amis de gauche qui ne veulent pas de ce monde où les plus pauvres vont encore payer pour les plus riches. Ça n’est plus cette analyse qui doit guider nos actes politiques car elle n’a jamais rien produit depuis quarante ans. Elle a toujours échoué et il faut en faire le constat. 
La justice sociale passe par d’autres chemins que ni Hamon ni Mélenchon ne savent emprunter. Ils la veulent, ils la souhaitent. Mais ils ne savent plus comment y arriver. Ils appartiennent à un monde qui est derrière nous.
Que la gauche et la droite accusent Macron de défauts qui se contredisent révèle leur erreur ou leur calcul. Ils s’annulent, se neutralisent et montrent leur impuissance à penser le nouveau monde.
Je ne connais pas Macron et j’espère que l’homme saura être à la hauteur de ce qu’il défend. Tout choix comporte un risque.
Révolution libérale (de droite ou de gauche) contre révolution nationale (d’extrême droite), c’est la vérité de notre situation politique en France.
Et dans cette opposition de révolutions, j’ai fait mon choix.

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15 mars 2017

Résister


C’est un nouveau monde. Il change trop vite. Nous sommes précipités dans de nouvelles structures sociales, économiques, sociologiques.
Un monde ou la révolution numérique vient contester les frontières physiques ou mentales.
Le monde où les mœurs sont bousculées par l’émergence de nouveaux droits, d’une demande accrue de liberté. Partout les barrières s’effondrent, les limites sont repoussées.
C’est effrayant pour beaucoup car l’ancien monde est en train de mourir, d’atteindre sa limite quand le nouveau est encore trop neuf pour être maîtrisé.
D’autant plus angoissant que la pauvreté et la précarité, elles, ne reculent pas.
Un train à grande vitesse est en marche pour ce monde totalement transformé. Un train qui n’attend personne, qui ne s’arrête jamais.
D’où cette réaction négative partagée par beaucoup selon laquelle il faut arrêter ce train. Il faut s’arrêter, descendre et revenir en arrière. Fermer les frontières, revenir à notre ancienne monnaie, rester entre nous, en finir avec les « autres ».
La nostalgie est là à la mesure de l’angoisse de l’inconnu.

Ce mouvement est déjà en œuvre aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Il menace aux Pays-Bas, en Allemagne, et chez nous, en France. Les partisans du demi-tour sont aux portes du pouvoir.
Ce retour en arrière, c’est la guerre.
Les structures de décision et d’organisation collectives ont été imaginées pour empêcher les conflits d’embraser la planète.  Avec l’enfermement dans les frontières, c’est le risque de la guerre qui revient. Les conflits commerciaux qui se transforment en conflits tout court, c’est cela qu’on prépare pour nos enfants. Rien d’autre.

Alors je le dis à mes amis de gauche comme de droite, à ceux que je connais qui n’en peuvent plus de la stagnation économique, d’un modèle social obsolète qui ne sait plus protéger ou à ceux qui ne veulent pas de ce monde injuste et inégalitaire qui les révolte : vous ne connaissez pas celui qui vous attend. Demandez à vos parents, à vos grands-parents, demandez à ceux qui viennent d’ailleurs et qui vous ont permis de vivre ici, comparez les projets culturels des différents candidats, étudiez ce qu’ils vont faire de la liberté de créer, de la liberté d’opinion, de la liberté de circuler, d’aimer comme on veut. Et vous verrez alors qu’on ne peut pas renvoyer dos à dos ceux que vous détestez par réflexe idéologique dépassé et ceux qui veulent vous précipiter dans le désastre.
On ne peut renvoyer dos à dos les partisans de l’ouverture, quels qu’ils soient, de gauche ou de droite et ceux de la fermeture (quels qu’ils soient, de gauche ou de droite).
Voyez aux Etats-Unis, c’est une dictature rampante qui est en train de s’installer. La dictature qui commence toujours par la production d’une vérité officielle et se termine par l’arrestation des journalistes et des opposants. C’est la Russie d’aujourd’hui.
Voulons-nous cela en France ? C’est ce qui va arriver quand l’extrême droite sera au pouvoir. Voter Le Pen c’est aligner la France sur l’Amérique de Trump et la Russie de Poutine.

Lors de la prochaine l’élection présidentielle, Vous n’aurez pas à choisir entre des candidats plus ou moins honnêtes, des politiques plus ou moins efficaces.
Vous n’aurez pas à choisir entre la gauche et la droite.
Ce débat est obsolète. La crise de la droite à travers l’affaire Fillon et la crise de la gauche sont des symptômes. Les symptômes d’un bouleversement qui s’opère sans que personne n’ait voulu s’y préparer.
La vérité est ailleurs. La vérité de notre époque c’est : ouverture contre fermeture. Refuser la marche du monde ou tenter de la maîtriser.
Ouverture contre fermeture cela signifie aussi le risque de la guerre contre le risque de la paix.
Nous aurons à choisir devant l’histoire entre une pulsion de mort et une pulsion de vie.
Mes amis, battez-vous pour un monde meilleur mais ne regardez pas en arrière.
Quels que soit la couleur des partisans de l’ouverture au monde, quelle que soit la piètre opinion que vous pouvez avoir d’eux, vous pouvez faire de la France la première nation qui résistera à cette marche ténébreuse vers la fermeture, promesse d’une violence globale.


J’enjoins tout le monde à RESISTER.

23 janvier 2017

Le PS était mort mais il ne le savait pas.


 En 2005 le referendum sur le Traité établissant une constitution pour l’Europe avait déchiré le parti socialiste.  La ligne officielle prônait le oui, certains dirigeants du parti s’en étaient désolidarisés à l’exemple de Laurent Fabius qui milita pour le non vainqueur.   A l’issue de cette campagne où les fractures du Parti Socialiste s’étaient étalées au grand jour, après cet acte incroyable de déloyauté où l’on vit un homme politique faire campagne contre son propre parti, on pouvait penser qu’une clarification allait avoir lieu. Le PS allait devoir choisir entre une ligne pragmatique et la ligne politicienne des idéologues. Cette clarification n’a jamais eu lieu. Et c’est tout le talent de François Hollande d’avoir su restaurer l’unité du Parti.
Ce fut tout son talent et son erreur historique.
Car cette unité retrouvée n’était qu’une unité de façade, une unité de bois, repoussant pour des lendemains de crise bien plus profonde cette refondation qui était nécessaire. Ce travail de compromis (un art qui se révèle aujourd’hui bien maléfique) a empêché le parti socialiste de penser sa place dans le nouveau monde. Et c’est le même François Hollande qui, une fois élu président, s’attacha à rouvrir cette plaie en faisant quoi ?  Simplement en prenant parti. En prenant parti contre un parti unifié autour de rien. Les frondeurs étaient toujours là et leur déloyauté n’a eu d’égale que celle de Laurent Fabius en 2005. Le PS n’a pas supporté que la ligne de Hollande et Valls gouverne la France. Le PS et après lui le pays entier paie aujourd’hui ce colmatage malheureux de 2005.

Le PS aurait probablement du à la suite de ce référendum meurtrier se scinder entre une ligne Valls (Macron) et une ligne Hamon (Melenchon). Cette division n’a pas eu lieu, n’a pas été pensée, n’a pas été possible, c’est pourquoi aujourd’hui elle devient un déchirement d’autant plus violent qu’il est tardif.
Il est à parier qu’après cette primaire  de la « Belle Alliance » (quelle ironie) où la ligne de gauche à l’ancienne triomphe car la ligne pragmatique n’a pas su s’imposer (mais comment s’imposer sans majorité ?), il est à parier que le Parti Socialiste va mourir. Et nous dirons « enfin !» car il est en fait mort en 2005, afin que se renouvelle une offre de gauche contemporaine.
La clarification est violente, brutale et cruelle. Le même homme est responsable de ce qu’elle n’a pas eu lieu quand il le fallait et de ce qu’elle s’impose dans la douleur aujourd’hui. Il n’empêche que cette clarification va se faire pour le bien de la gauche comme pour le bien de la politique en France.
Benoit Hamon va gagner la primaire, il sera le candidat socialiste à la présidentielle pour ne pas la gagner mais pour prendre le Parti Socialiste.
Ce qui laisse libre la voie à l’autre partie du PS pour accompagner Emmanuel Macron.
Ce dernier a eu raison de ne pas attendre une clarification qui ne pouvait avoir lieu. Quand on dénie la réalité, la réalité s’impose quand même sans aucune pitié.

02 décembre 2016

La curée

Depuis trente ans la gauche attend que la droite devienne libérale.
Après avoir abandonné le terrain de l’ordre moral, la droite restait attachée au modèle social français. La gauche qui, elle, avait renoncé à son algorithme marxiste, acceptait tant bien que mal l’économie de marché et ne savait donc plus comment se démarquer de cette droite qui empiétait sur ses terres.
La fracture sociale de Chirac avait poussé la gauche vers une sorte d’extrême donc Jean-Luc Mélenchon est le porte parole aujourd’hui. Impossible de se situer au centre gauche, là où la droite française prenait toute ses aises. 
Il faut se souvenir que la ligne libérale d’un Alain Madelin avait été écartée par Chirac en 1997 alors même que Lionel Jospin se frottait les mains devant ce qu’il appelait un « choix de civilisation ».
Le choix de civilisation n’a pas eu lieu, ni cette année là ni en 2007 quand Sarkozy renonça finalement à changer la société, de peur de renoncer aussi à ses électeurs.

La France n’est pas libérale. La droite le sait et ne gouverne jamais en ce sens au grand dam de la gauche qui ne sait plus comment être de gauche, obligée d’inventer des machins étranges comme les trente-cinq heures pour gagner un scrutin.
C’est pourquoi, en France, le libéralisme est une proposition révolutionnaire. C’est pourquoi aussi, dans ce désir général de tout changer parce que rien ne va, la proposition libérale se range parmi les offres attrayantes.
C’est pourquoi enfin cette proposition peut concurrencer l’autre proposition révolutionnaire, celle de l’extrême droite.
Tout cela dans un monde où l’offre de changement à gauche a marqué le pas. Les soubresauts impuissants de Syriza en Grèce ou de Podemos en Espagne le confirment.
C’est pourquoi aujourd’hui la gauche aurait enfin sa chance.
Et malheureusement pour elle il est trop tard.

Trop tard parce que la gauche a préféré taper sur celui qui voulait la réformer en même temps que réformer la France. Erreur fatale de Francois Hollande. Il a préféré gagner d'abord et réfléchir ensuite. Le contraire de françois Fillon. Il n'empêche ! Les Montebourg, les Hamon auraient pu accepter le coup de force et agréer au changement de positionnement proposé par Hollande avec Valls et Macron, ils auraient pu l’amplifier, le protéger, l’améliorer au lieu de le combattre et de s'opposer ainsi à la seule issue pour une gauche qui n'a jamais su se moderniser. 
Non le Parti socialiste a préféré tuer son président et se suicider avec lui. Dommage car aujourd'hui, face à Fillon, elle retrouverait enfin son espace. 
Dommage car elle est en lambeaux. 
Dommage car elle laisse la place à l'extrême droite. 

Il est logique que les deux offres qui seront probablement présentes au second tour de l’élection présidentielle soient les deux véritables offres de changement. Le changement pour un monde replié sur lui-même, sombre et régressif et le changement pour un monde inquiétant pour beaucoup, celui de la remise en cause du fameux modèle social français, ce modèle qui ne produit  plus aujourd’hui que du chômage, du déclassement, de l’angoisse.

Aujourd’hui, la révolution numérique, l’uberisation de l’économie, la globalisation, laissent des gens sur le carreau. Ça va trop vite, ça change trop vite. La technique et les sciences nous étourdissent. Il faut s’accrocher pour suivre et beaucoup ne suivent pas. Pas le temps, pas les moyens, pas l’énergie. Ceux-là en ont assez que le monde file sans eux. Ils veulent l’arrêter. Ils veulent qu’on s’arrête pour s’occuper d’eux, pour les rattraper. Alors ils refusent que ça file encore plus loin. Ils refusent l’Europe, ils refusent de changer de modèle social alors qu’ils souffrent de son obsolescence, ils veulent faire une pause, ils veulent revenir en arrière.
Ceux-là votent pour le Brexit, votent Trump, et vont voter Le Pen.
La gauche a failli. Elle n’a pas su se renouveler. Elle n’a pas su saisir l’occasion que lui offrait François Hollande. C’est aussi de sa faute à lui. Il n’a pas su faire. Trop tard, trop peu, trop mal. Et aujourd’hui nous allons devoir choisir entre le changement à la Fillon et le changement à la Le Pen. 
Je choisirai Fillon, sans hésiter. Mais pour notre malheur à tous, parce que nous sommes aveuglés par l’idéologie, parce que nous ne sommes pas assez pragmatiques, parce que nous avons oublié les périodes les plus sombres de notre histoire, parce que nous ne savons plus comment penser, parce que nous avons peur et que nous croyons encore au père Noel, nous aurons Le Pen.
Et ça sera la curée.



04 mai 2016

LBDL S2 Livraison-évaluation

Hier j'ai visionné et validé les derniers VFX de l'épisode 10. L'épisode devrait être livré ce soir au diffuseur. Ça devient chaud. Les 10 épisodes doivent être disponibles en téléchargement je crois dès le lundi 9 mai. Soit dans moins d'une semaine. Pas de panique, l'année dernière c'était comme ça aussi.
Donc lundi ça sort. Les deux premiers épisodes sont diffusés sur la chaîne et les dix épisodes disponibles en téléchargement.
La presse commence à sortir. Elle est bonne.

Nous planchons sur les épisodes de 5 à 8 de la saison 3. Nous fonctionnons par ligne narrative. Il y a plusieurs lignes. Certaines concernent des personnages, certaines concernent un thème. Je n'en dirai pas plus pour ne rien spoiler de la saison 2 qui va sortir.

Quelle est la différence avec le cinéma ? Il n'y a pas cette angoisse lamentable liée à la "séance de 14h". La séance de 14h où le nombre de spectateur donne par extrapolation quasi certaine le nombre final. Vous faites 2500 vous savez que vous irez au million ou au-delà.
Vous faites 300 et vous êtes mort.
En une séance tout se joue. Bon film ou mauvais film, c'est joué comme ça.
Et on en oublie la question principale (et abyssale) : Ce que j'ai fait, est-ce c'est bien?
Est-ce que c'est bien ? Les chiffres sont là pour écraser masquer, supprimer cette question bien plus angoissante que celle de savoir si "ça marche".
Est-ce que c'est bien ? C'est la question qui vous concerne, celle qui vous plonge dans l'abîme. La seule qui vous intéresse au bout du compte et la seule à laquelle vous n'aurez pas de réponse.
Les chiffres, eux, ils parlent au moins. Ils ne disent rien mais ils parlent.

Les chiffres...
Les gens s'intéressent beaucoup plus aux chiffres qu'avant. Des gens qui ne sont pas du tout dans le cinéma me demandent souvent si "ça marche".
C'est une question que je me posais pas du tout quand j'étais plus jeune, quand j'étais étudiant à la l'IDHEC.
Il y a avait les films commerciaux (parmi lesquels on rangeait "Le Parrain ou "Voyage au bout de l'enfer") qui pouvaient être néanmoins des chef-d'œuvre et les films disons d'art et d'essai. Je ne dis pas film d'auteur car évidemment Cimino était un auteur.
Les films commerciaux marchaient ou pas on s'en foutait. Ça n'était pas une question pertinente.
Maintenant c'est devenu important pour tout le monde (alors qu'en réalité tout le monde s'en fout).

Nous somme à l'ère de l'évaluation.
Je suis toujours sidéré de voir les petits slogans du genre "le meilleur film de l'année" ou "le meilleur film de machin depuis 10 ans".
Ça devient même complètement absurde maintenant. On se retrouve à lire : "le meilleur film français de cette fin d'année"...
Ou "la meilleur comédie française de la semaine" (quand il n'y en a qu'une)
La critique s'inspire maintenant du commentaire sportif. C'est la compétition permanente.

Comble de la compulsion à l'évaluation. On ne critique pas un film on l'évalue. D'où cette hémorragie pitoyable de petites étoiles pour noter les films dans les blogs, les articles des critiques en herbe ou non. Chacun y va de sa note. Comme si le fantasme de tous ces gens qui se précipitent pour écrire sur les films ou les séries étaient celui de l'instituteur. "Celui-là je l'ai sacqué, je lui ai mis 1/5, et là je mets 4 étoiles !"

Epoque de l'évaluation... Liée à l'époque de l'algorithme. De l'encartage. Il faut pouvoir trier, sérier, organiser. Si on ne peut pas en faire l'algorithme on ne peut pas le ranger, le chercher, le retrouver selon des critères. Alors on tagge les articles, on note les films.
C'est du Facebook. Une personne doit bien se résumer à son profil : Ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas, ses amis, ses relations, ses itinéraires, ses recherches, ses clics. On encarte ça, on le rentre dans l'algorithme, on l'ordonne et du coup c'est transmissible, vendable, ça a un prix. C'est même évaluable.

Nos critiques ne savent pas à quoi ils participent quand ils notent un film. Il n'en veulent rien savoir. Ils participent de l'époque de l'évaluation. Donc celle de l'ordre, du rangement et de la vente. Tout est en ordre, tout est vendable.

Première action éthique : ne pas noter. Ne pas évaluer. C'est un geste de résistance. Revenir au sens. Au sens non évaluable, juste analysable. C'est plus compliqué, c'est plus lent, et c'est surement inutile.
Et c'est ça qui est sain.

Bref...
Je m'égare j'imagine. Bientôt la livraison, donc bientôt la plongée dans le monde de l'évaluation.
Je vais compter les petites étoiles...
Mais je ne saurai pas (avant longtemps) si c'est bien.