22 juin 2022

Drama

  

Les médias ne fonctionnent qu’à un seul carburant, la dramatisation.

Aucun événement, aucune actualité n’a de valeur si elle n’est pas dramatisée. Sans dramatisation on ne vend pas, on n’attire pas, pire, on perd de l’audience, car les concurrents, eux, dramatisent.

 

Après l’ère de la communication, nous voici donc, et depuis quelques temps déjà, à l’ère du drama.

La dramatisation a ses règles, ses techniques, ses pièges et ses impasses. Celui qui les maîtrise, maîtrise le terrain.

Si un événement n’est pas dramatique en soi, les médias se chargeront de le dramatiser et s’ils n’y parviennent pas, l’événement n’existera pas.

 

La première règle de la dramatisation est l’enjeu narratif. Aucune actualité ne peut émerger si elle ne se présente pas avec un enjeu, un but à atteindre, un obstacle à éviter, bref un désir.

 

Créer le désir est la règle d’or de tous ceux qui veulent créer l’événement. Sans ce désir il n’y aura pas de médiatisation. 

 

Un désir c’est une tension vers quelque chose qui n’est pas encore là. Une tension positive comme un but à atteindre ou une tension négative comme un drame ou un obstacle à éviter.

 

Mais ce désir doit s’incarner. Il doit être concret, s’appréhender, se comprendre, se palper. Pas de désir sans objet du désir.

Donc pas de dramatisation sans objet du désir à posséder ou à éviter.

Dans une compétition de communication comme l’est inévitablement une élection, la dramatisation est l’unique moyen de gagner… les médias. Et avoir les médias avec soi, c’est avoir fait une bonne partie du chemin.

 

Créez un objet de désir positif ou négatif, les médias seront avec vous. 

 

On dramatise en posant une de ces deux questions : Notre héros va-t-il y arriver ? Ou notre héros va-t-il s’en sortir ?

 

Aucune actualité n’existera dans les médias si elle n’obéit pas à cette structure. 

Les médias se disputeront l’évènement « dramatisable ». 

La valeur médiatique d’un événement se mesure à sa dramatisabilité.

 

Il est paradoxal de réaliser que la couverture médiatique de la réalité est en fait un écran. Les médias ne découvrent pas le monde, ils le recouvrent d’un drap de drama.

La face du monde rendue visible par les médias n’a plus de rapport avec le monde lui-même. C’est une ombre portée sur le mur de la scénarisation. 

 

Livrez du drame – c’est-à-dire de l’objet du désir – et les médias vous couvriront d’or (médiatique), offrez-leur une réalité dramatisables et ils vous placeront en tête de gondole. 

 

EN 2012 nous avions eu le croisement des courbes (objet du désir), en 2017 la montée du petit nouveau (Va-t-il y arriver ?), en 2022 Mélenchon premier ministre (va-t-il y arriver ?)

 

Évidemment il ne suffit pas de poser un enjeu. Il faut que cet enjeu soit concret, simple, et si possible visuel, voire poétique. Personnel c'est encore mieux. Incarné c'est essentiel.

Parvenir à réduire le chômage, à juguler l’inflation, à réduire la dette… autant d’enjeux non dramatisables.

 

Mélenchon a compris le topo.

Il a immédiatement dramatisé l’élection législative, avant tout le monde, en posant l’objet du désir : élisez moi premier ministre.

Qu’importe que cette injonction n’ait rien à voir avec le réel. Les médias avaient leur pain. Ils n’ont cessé de traiter de ce désir. D’où la surmédiatisation de la France Insoumise.

 

Le problème avec cette nature médiatique c’est que le Réel, lui, joue en tâche de fond.

D’où son irruption en forme de claque dans la gueule.

A la fin, il surprend et s’impose et parfois vous assomme. Vous n’étiez pas préparé, car les médias ne vous ont pas décrit le vrai monde, mais uniquement une bonne histoire. Ça n’est pas le problème de les croire ou ne pas les croire, ils ne décrivent pas mais construisent un monde qui n’est pas réel. 

Pas toujours par malice ou idéologie. Par nature toujours. Et par paresse souvent.

 

A la fin, quand le film est terminé, on sort de la salle les yeux pleins de rêve et d’émotions et on réalise que dehors il pleut, c’est la tempête, il fait froid, ça brûle, la guerre en Ukraine fait rage, le Covid est de nouveau en augmentation exponentielle, et le RN a gagné.

C'est le réel.

 

 


05 avril 2022

Le vrai monde d’après

De nouveau le monde est sali.

Il a été sali par Hitler, par Staline, par Mao, par Pol Pot.

Aujourd’hui nous sommes salis par Poutine.

Mais nous sommes salis et nous ne nous en remettrons pas.

Nous ne nous remettrons pas de notre impuissance. La Russie n’est pas la Serbie, n’est pas la Syrie. C’est une puissance nucléaire. On ne peut lui faire la guerre sans prendre le risque de nous détruire nous-mêmes. Une guerre nucléaire, personne ne la gagne. Tout le monde la perd. Pour plusieurs dizaines de générations probablement.

 

Alors on fait avec les moyens du bord. Des sanctions, de l’aide militaire, des menaces.

Les Ukrainiens nous en veulent. On les comprend. Eux, ils n’ont déjà plus rien à perdre. 

Mais on ne peut pas entrer dans la fournaise.

Ça m'évoque les appels incessants de Paul Reynaud auprès de Churchill pour lui demander toujours plus d’avions. Churchill ne pouvait les lui donner tous. Il voyait la France sombrer. Tous les avions qu’il donnait partaient se faire détruire. Il devait en garder un peu pour son pays qui allait bientôt se retrouver tout seul face à un continent entier occupé par les nazis.

 

Ils ont beau changer les sens des mots, appeler nazis les Ukrainiens qu’ils massacrent, le sens des mots leur échappe. Derrière le nazi il y a une réalité. Et aujourd’hui cette réalité est plus russe que n’importe quoi d’autre. Certainement pas ukrainienne.

 

Et après ? Quand ça sera fini ? La candidate du RN dit : on s’alliera avec Poutine contre le terrorisme.

Non, ça ne se fera pas. Il y aura peut-être des ennemis communs mais ça ne se fera pas.

 

C’est définitif. Il ne pourra plus être sur la photo. Et si jamais il l’est c’est que nous aurons changé de bord, passé sur l’autre rive. Celle de la damnation historique. C’est ce qu’elle nous propose. Elle propose de détruire ce qu’est la France.

 

Non, on parlera peut-être avec lui pour faire la paix, pour qu’il cesse ses massacres. Mais nous ne vivrons plus dans le même monde.

Poutine vient de faire de son pays une sorte de Corée du Nord. Il a baissé le rideau sur son peuple et son humanité.

Nous ne perdrons pas la nôtre à l’oublier ou à composer.

Nous préserverons la paix mondiale si c’est possible mais il ne fera plus partie de notre communauté de nations.

C’est pourquoi il n’y aura plus jamais de paix tant qu’il sera au pouvoir. 

Il y aura une cohabitation, la paix et la considération, non.

Et le peuple russe ? Le peuple russe est la victime de Poutine. S’il veut se sauver il doit se débarrasser de lui. Ou partir.

On ne reste pas dans l’Allemagne nazie. On ne reste pas dans la Russie de Poutine.

On peut encore quitter la Russie. En Corée du Nord on ne peut pas.


C’est fini.

Vous voyez s’écrouler votre monde. Vous le voyez se salir. Là, maintenant. Pas dans les livres d’histoire, pas dans les films historiques. 

Aujourd’hui, ici.

Vous pouvez en trembler. Nous pouvons en trembler.

Et le pire est à venir bien sûr. Il n’y a plus de paix envisageable. Il n’y aura plus que des pauses ou des accalmies. Ou une déflagration finale et définitive. Ça n’est pas improbable. On a des limites. L’esclavage ne sera pas notre destin.

Le pire est à venir car on ne peut plus rien effacer et seule la fuite en avant est son issue. Nous ne pouvons plus arrêter la justice, la honte, le dégoût.

 

Les jeunes peuvent aujourd’hui écrire les livres d’histoire de demain. 

Non il ne s’agit pas d’une actualité brûlante faisant la Une des journaux.

Il s’agit de l’écroulement d’un monde. Dans ces moments-là les bascules sont violentes.

Un pays comme la France peut changer de bord radicalement, sombrer aussi. Comme à l’époque de la collaboration, la France peut se saborder. Une crise de nerf nationale.

On a des figures pour l’incarner. Des figures qui se salissent déjà et nous saloperont avec elles. Des figures sans dignité toutes empêtrées dans leur volonté de puissance, leur aveuglement idéologique.

On ne s’en remettra pas non plus de ça. Peut-être prendront ils le pouvoir, peut-être prendra-t-elle le pouvoir. La France ne s’en remettra pas. Economiquement, socialement et aussi moralement.

Mais quoi qu’il arrive, la salissure du monde décidée par Poutine nous éclabousse déjà et les tâches ne disparaîtront jamais. La salissure nous engloutira pour longtemps.

 

Votez qui vous voulez mais sachez qu’il n’y a pas d’issue de secours, pas d’échappatoire.

Il n’y aura que des regrets, des remords, des cris de rage si jamais vous pensez qu’il y a des réalités plus importantes que celle-là. Elle vous touchera, elle vous blessera plus que n’importe quelle autre. Elle emportera tout.

Il ne faut pas fermer les yeux sur l’histoire en train de se faire. Il faut la regarder en face et se préparer à la tempête.  

On parlait du monde d’après. Il devait être plus propre, plus juste, plus respectueux de la planète. Le monde d’après le virus…

Le vrai monde d’après est déjà sale, écorché. La planète n’est pas plus respectée que l’humain.

Le monde d’après est en train de naître sous nos yeux, dans une douleur intense. La seule interrogation, la seule mobilisation qui vaille est celle-là : comment faire avec ce monde où la barbarie a refait surface ? Comment faire avec cette nouvelle réalité qui balaiera toutes les autres ?

08 mars 2022

Le non-sens des mots

 

Il faut s’entendre sur le sens des mots sinon c’est le règne de la violence.

C’est ce qu’en substance disait Platon.

Que ces mots pointent vers des choses ou des concepts, si on ne parle pas de la même chose, on ne peut s’entendre. Et si on ne peut s’entendre alors on se bat.

C’est dire l’importance d’une langue commune au sein de laquelle les mots doivent avoir un sens, un sens sur lequel on peut s’accorder.

 

Nous vivons à une époque où la vérité, comme le disait Lacan, a structure de fiction.

La vérité peut être considérée comme une histoire parmi d’autres.

Pourtant la vérité se recoupe. C’est ce qui la différencie de la fiction. La vérité, le Réel la corrobore. Niez la vérité, le Réel viendra vous demander des comptes.

Niez la vérité de la pandémie du Covid, dites que ça n’est qu’une grippette, le Réel viendra vous démentir, et peut-être même vous punir.

Affirmez que le vaccin ne sert à rien et vous pouvez en mourir.

On peut dire ce qu’on veut. 

Les faits, on n’en fait pas ce qu’on veut.

On peut toujours les interpréter, en dire n’importe quoi, ils insistent, dans le temps et dans l’espace.

 

L’avenue du règne de l’image a consolidé dès les années 70 la structure de fiction de la vérité.

Voir pour croire.

A travers les images proposées par la télévision, nous avons pu penser que la vérité, la réalité, étaient mise en scène comme le reste. Tout n’était qu’une question de cadrage, de montage.

Avoir accès au monde seulement à travers l’image a été une première remise en cause de la vérité.

Les images en fait ne disent rien. Elles montrent.

La vérité ne se montre pas. Elle se dit, en relation avec la logique, la science, et elle ne se dit qu’à moitié comme le suggérait encore Lacan. D'où sa structure de mystère. Ce qui la caractérise, c'est qu'elle nous échappe. C'est bien pourquoi les théories du complot tournent toujours le dos à la vérité. La réalité qu'elles dépeignent ne nous échappe jamais, elles flattent toujours nos craintes ou nos désirs. Elles sont l'expression de notre fantasme.

 

Le second pas, plus important encore, a été celui du rejet des élites, précipité par les réseaux sociaux.

La revendication du droit à tout, de l’accès à tout, amplification d’un mouvement de démocratisation générale, est venu recouvrir le droit légitime de savoir, le droit de connaître puis celui d’être entendu de tous et enfin celui d’être reconnu comme sachant, comme expert.

La démocratisation de l’expertise, sa massification, a dégradé la vérité.

La science est rejetée au nom du droit au savoir, l’expertise scientifique, la connaissance qui résulte de nombreuses années d’étude sont rejetées comme autant d’obstacles au droit d’être ce que l’on rêve d’être. 

 

La vérité en pâtit. Les faits que l’on recoupe, ceux que le Réel confirme, ceux qui répondent à la logique, au raisonnement, ces faits ne sont plus aujourd’hui que le résultat d’un fantasme. Ils n’ont plus de sens ni de réalité en soi.

Et donc les mots n’ont plus de sens non plus.

On parle de dictature, de violence, de nazis… sans qu’aucune réalité ne vienne en valider la pertinence.

On dit ce qu’on veut. Plus rien n’est stable ni établi.

 

Quel est le but de tout ce mouvement, quelle est sa raison ?

Quand les mots n’ont plus de sens, la raison ne maîtrise plus rien et seule la loi du plus fort est valable.

Celui qui a raison est celui qui a le pouvoir.

Je peux dire que je dénazifie un pays au-delà de toute logique, au-delà de toute vérité, je peux dire que les Ukrainiens m’agressent quand je les attaque, je peux dire que je libère le peuple ukrainien quand je l’écrase, je peux dire que tout le monde est d’accord avec moi quand tout le monde pleure de ne pas pouvoir s'exrprimer, je peux dire tout ça parce que je suis le plus fort, ou du moins reconnu comme tel.

Le règne de la violence m’avantage parce que je domine. Jusqu’à preuve du contraire.

Rousseau disait que la loi du plus fort n’était justement pas une loi. Le pouvoir n’est pas stable. On trouve toujours plus fort que soi, un jour, quelque part.

 

Le non-sens des mots est l’avènement du règne de la violence et de la guerre. Et la guerre favorise pour un temps la privatisation du langage par le plus fort.

Pour un temps car ça ne dure jamais. 

En voulant imposer la loi du plus fort, Poutine a signé sa fin.

Il peut dire ce qu’il veut, le sens des mots lui échappera et le Réel viendra lui demander des comptes.

Un seul homme fait souffrir deux peuples, apporte la tragédie sur nous tous, un seul homme a arraisonné le langage pour lui faire dire ce qu’il veut. Mais le langage ne lui appartient pas. 

Les mots le boufferont un jour ou l’autre.

 


28 août 2021

L'âge du non

 L’âge du non


Il y a un âge du non.

Tous les parents le connaissent.

Le bébé passe d’abord par une période d’assujettissement aux parents et puis bientôt, vers deux ans, découvre la joie du refus, presque souvent systématique aussi.

Il s’agit d’une affirmation de la position de sujet : je ne suis pas toi (discours tenu à la mère ou au père), je suis moi, je peux te dire non, quand bien même ce que tu me demandes est pour mon bien.

Le non comme écrasant le bien au nom du Je.


N’est-ce pas ce à quoi on assiste avec le refus de la vaccination et son corollaire, le refus du pass sanitaire ?

Mais le non est plus large aujourd’hui. Cet âge où il s’agit de contester une autorité, celle à laquelle on a d’abord consenti, cet âge est celui de nos sociétés.


Le non s’est d’abord adressé aux politiques, via l’abstention puis le « dégagisme ». Mais il s’est étendu en même temps à toute forme d’autorité, celle du policier, du législateur, celle du savoir, puis à l’autorité de l’expertise. Celle du prof, celle du scientifique.


Je pense que cet âge du non est lié à l’aliénation de la société aux réseaux sociaux.

Évidemment ce non est plus important que la raison. Mieux, il est un non à la raison.


Commençons par les stars de cinéma. Pas celles d’aujourd’hui, plutôt celles d’hier.

On a toujours dit qu’il fallait être avare de son image pour se faire désirer et faire perdurer le glamour, le fantasme. Les stars faisaient rêver si elles se faisaient rares. Trop apparaître dans les journaux, les émissions de télévision, participer à d’autres exercices que ceux de la promotion, parler à tort et à travers, bref s’humaniser d’une certaine manière,  vous enduisait d’une couleur de réel qui tuait le charisme, l’aura.

Les stars sont redescendues du ciel et se sont mêlées au commun des mortels. Et elles en sont mortes.


Certains reproches à Macron relèvent de la même problématique. De sa vidéo avec deux rappeurs, de son dialogue sur Tik Tok, on en retire une dégradation de la fonction présidentielle. On lui reproche d’être Jupiter mais on ne veut pas que Jupiter descende dans la rue. Et s’il le fait, on lui donne une baffe.


A trop se montrer, on devient comme les autres, comme les « gens normaux ». Et alors, on ne peut plus vraiment présider au destin du pays, on ne peut plus vraiment diriger.

Car pour cela il faut une certaine opacité, un certain mystère. Oui il y a encore les services secrets. Le pouvoir repose sur le secret. La transparence tue l’autorité. Il n’a existé aucun pouvoir sans secret, même les plus communistes de tous. Je dirais surtout les plus communistes de tous.


L’autorité repose sur quelque chose de mystérieux. On vous la concède, on vous la reconnait à condition de rester un peu derrière le rideau. Parlez trop et on ne vous écoutera plus, on ne vous croira plus.

Les politiques ont trop parlé. Ils ont cru aux micros qu’on leur tendait. Ils ont cru qu’il fallait être normal alors qu’on sait bien que le pouvoir ne l’est pas. Vouloir exercer un pouvoir politique n’est pas normal. C’est pour cela que les règles démocratiques, parfois complexes, ont été inventées.

Les politiques ont participé à toutes sortes d’émission de divertissement. Ils ont diverti. Ils se sont perdus.

Il en sera de même pour tous les experts.

Parlons des scientifiques.

La contestation de leur autorité est exactement proportionnelle à leur présence dans les médias. Plus ils parlent plus ils montrent leurs faiblesses et donc la faiblesse apparente de la science.

Après tout, s’ils parlent trop, ils se trompent, s’ils se trompent ils sont comme nous, alors nous aussi nous pouvons nous prévaloir du savoir.

On les a trop vus trop entendus. Leur parole vaut donc la nôtre.

C’est évidemment oublier la rigueur scientifique. Mais celle-ci s’exerce loin des plateaux de télévision. Les années d’études s’effacent dans l’immédiat médiatique.



Les manifestations anti-pass : 


Il ne faut pas être un grand sociologue pour comprendre, au-delà des récupérations et exploitations politiques par tous les extrémistes professionnels, qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un non à Macron. Autant dire d’un non au décideur, au maître, au père.

A celui qu’on traitera volontiers de dictateur au-delà de toute raison.


Que Macron fasse preuve d’autorité (quand on lui reprochait de n’en avoir aucune) et voilà qu’il déchaîne la révolte, il libère le non.


Il est bon de dire non au maître. C’est s’affirmer, affirmer sa position de sujet, de décideur autonome, en toute conscience.

Quand bien même il s’agirait ici de dire non à une solution à la crise mondiale.


La non au pass est un non au politique que l’on accuse d’être assujetti aux experts.

Le non au politique est un non au savoir, celui de l’expert en politique.

Tous les savoir y passent.


On nous dit : "qu’on nous prouve que ces vaccins sont efficaces".

Et, malgré la recommandation de la quasi-totalité des scientifiques (moins les gourous et quelques populistes), on voudrait des preuves.

De quelles sortes pourraient bien être ces fameuses preuves ? Tout le process de validation scientifique est mis en cause ! les publications dans les revues, les études, les données, tout est remis en cause. Donc de quelle preuve se satisferait-on quand la notion même de preuve est rejetée ?

De même qu’on nous dit : il n’y a pas de recul.

Quel est le recul qui serait le bon ? Mis à part celui des millions de tests grandeur nature (maintenant le milliard), les années de recherche qui aboutissent à l’utilisation de l’ARN messager ?


C’est une mascarade, pas un débat. Des milliers de manifestants disent non au savoir au nom d’une liberté que le savoir limite.

C’est vrai, le savoir contraint parce qu’il est de l’ordre de la raison et la raison est une limite à mon désir.

On apprend aux enfants de ne pas voler les jouets d’un autre dans le jardin, de ne pas « se servir », et aussi de ne pas courir vers le précipice. On leur apprend les règles de la vie en société et les règles de la préservation de la vie.

Ce sont des règles. Oui, des limites à une liberté qui n’existera jamais que dans le fantasme.


Pourquoi l’âge du non est-il celui d’aujourd’hui ? Pourquoi sous Macron ? Pourquoi pas avant ? Sous Hollande ? Sous Sarkozy ?

Le sentiment de ne plus être totalement sujet existait déjà.

Mais depuis il y a eu le « dégagisme » pour l’incarner.

Et ensuite le retour normal, prévisible, logique, de la désillusion.


Non pas que Macron soit plus décevant que les autres. Mais l’idée c’est qu’une fois passée l’illusion qu’on pouvait changer, on revient à la frustration première, celle de vivre dans une misérable démocratie, un misérable monde de raison, un horripilant monde de règles.

Ça a pu s’appeler le Malaise dans la civilisation.


On peut espérer donner un grand coup de pied dans la fourmilière, on peut espérer tout casser, tout changer, même pour le pire, la désillusion sera toujours au bout du chemin, car au fond, le problème, c’est la vie en société, la vie avec les autres, la vie selon des règles. 

On ne peut vivre seul, on ne peut vivre selon ses propres lois.

L’intérêt de la démocratie c’est de pouvoir changer de parents. On a la main sur eux. C’est tout ce qu’on a trouvé comme solution. Ils fautent, hop on les change.

Mais le choix n’est pas toujours idéal. C’est vrai. Ça aussi il faut l’accepter.

Oui, on aimerait choisir un second tour à défaut d’un candidat. Choisir un duo de duellistes.

Choisir c’est être frustré de l’idéal.

On veut tout, comme les enfants, pas juste ce qui est possible, ce qui est réel.

On veut l’impossible.

Malheureusement, on ne peut avoir que le possible que le Réel nous offre.

Donc on crie, on violente. On s’affirme. 


On s’affirme contre le bien de la société c’est-à-dire contre la vie de nos parents, la santé de nos enfants, notre propre santé. 

Le non c’est le non à ce qui fait société, même si le plaisir de se retrouver (les manifestations en août, c’est nouveau), le besoin de faire groupe est très fort ici.

Faire groupe pour le non. Quoi qu’il en coûte.

Ici, le non est un oui à la mort et à la maladie. 


Nous avons tous une très grande responsabilité dans l’affirmation catastrophique d’un non mortifère.

24 mars 2021

La fin de la fin des idéologies

Le film « Un Monde sans pitié » est sorti en 1989, la même semaine que la chute du mur de Berlin…

Le communisme avait, contre toute attente, atteint sa limite. Ce régime totalitaire qui devait durer au-delà de ses gouvernants, à l’opposé des dictatures militaires d’Amérique du Sud, s’effondrait de lui-même, confronté à la mondialisation de l’époque, où les vidéocassettes et la télévision jouaient le rôle émancipateur d’Internet.

Il est toujours préférable de se couper du monde pour soumettre un peuple.


Les personnages y erraient dans un monde laissé à lui-même, où les idéologies avaient fait tellement de mal qu’il fallait s’en méfier. Les grandes idées généreuses n’étaient que des prétextes pour briser les âmes.

Du coup, plus d’idéologie, seulement le Grand Marché Européen et l’amour... Il n’y avait pas de quoi se réjouir.

On pouvait danser et fêter la fin des grandes illusions qui avaient fait des millions de morts, les yeux grands ouverts. 

Les yeux grands fermés diraient Kubrick.


Car la force de l’illusion est sans limite. L’existence nous angoisse trop pour ne pas lui imposer un sens, avec la violence qu’il faut, à la mesure de notre perdition.


Il suffisait d’attendre un peu, attendre que la foi dans le marché s’estompe.

Puis est née cette nouvelle idéologie, née de la misère peut-être, de la frustration plus sûrement, de l’humiliation, du sentiment d’avoir été floué et violenté : l’Islamisme.

Né en 1979, dix ans avant la fin de son grand Cousin. 


En un seul mot, l’Islam, cette grande religion monothéiste, était placé au cœur d’un projet politique voire révolutionnaire. On parlait de République… islamique.

Une idée, une religion et un projet politique de libération… et alors évidemment tout est possible, tout est permis.

Pour le bien de tous, le bonheur de chacun, on peut accepter tous les sacrifices. 

A cet égard le communisme était aussi une religion.

Il faut un ennemi dont on contestera le pouvoir et il faut aussi une victime à défendre car sinon on ne se situe pas suffisamment du côté du Bien. 

Seul le Bien nous permet tranquillement de faire le mal.


Si on n’en trouve pas, il faut en inventer, élever les uns au statut de dictateur et les autres au statut de victime. C’est la force de l’idéologie qui se fonde sur le déni du Réel et la réalisation du fantasme.

La réalité n’est qu’une fiction qu’il faut détruire pour la remplacer par une autre. Une autre qui servira mieux notre volonté de pouvoir.


Ça a donc commencé le 11 septembre 2001 avec cette idée de « l’arme du pauvre » en parlant du terrorisme islamiste. L’arme du pauvre donc l’arme légitime.

Les terroristes (ceux qui se faisaient sauter dans les bus israéliens, ceux qui envoyaient les avions de ligne dans les tours du WTC, ceux qui posaient des bombes dans les trains ou métros de Madrid et Londres, avaient raison de tuer des innocents car personne n’est innocent (l’idée du mâle blanc coupable n’est pas très loin). Ils étaient en guerre contre bien plus puissant qu’eux. Ils avaient le droit de tuer au moins autant que les bombes US et comme ils étaient loin du compte, ils avaient le droit de tuer autant qu’ils le pouvaient. Chapitre 1.


Ça a continué avec les systématiques « pas d’amalgame » brandis à chaque attentat en France : Merah, Charlie, le Bataclan.

Le premier réflexe, avant la compassion (qui ne venait pas), avant la condamnation (de pure forme), était de prévenir une éventuelle et peut-être immédiate répression des musulmans consécutive à l’acte de terreur lui-même.

Tout de suite protéger les musulmans, comme s’il était si naturel de penser qu’ils allaient être les victimes collatérales d’attentats dans lesquels, déjà, nombre d’entre eux étaient tombés.

Etait-ce un fantasme ou était-ce un calcul ?

A chaque attentat islamiste, il s’agissait tout de suite d’évoquer une réaction contre les musulmans afin justement de dessiner un monde mûr pour tous les séparatismes.

C’est le projet des Islamistes eux-mêmes : monter la société contre les musulmans qui vivent en son sein afin de créer une dichotomie propice au renversement de pouvoir.

Chapitre 2


Et maintenant l'accusation d'islamophobie. 

Comme elle est utile ! Et efficace car elle joue sur la culpabilité (blanche).

Combattre ou critiquer l'islamisme politique radical serait faire preuve de racisme envers les musulmans.

Le concept d’islamophobie est la mise en œuvre de l’amalgame honni. Ce sont les accusateurs qui le pratiquent. Toujours le même projet. Puisque les attentats eux-mêmes ne parviennent pas à fracturer la société, l’accusation d’islamophobie prendra le relais. 


L’islamisme est un projet politique radical et souvent violent. Ça n'est pas une religion. Combattre l'islamisme n'est évidemment pas combattre l'Islam ni les musulmans.

Nous devons lutter contre ce projet politique qui tue, conteste les valeurs républicaines et rejette la démocratie.

Ceux qui parlent d’islamophobie à ce sujet, par calcul ou par naïveté, participent du projet islamiste en faisant justement l’amalgame qui permettrait à terme de diviser la société.


Les idiots utiles de l’islamisme sont autant de droite que de gauche. On y trouve des politiques cyniques, des intellectuels en perdition, des mouvements et associations instrumentalisées et radicalisées. 

Toute radicalité est bonne à prendre.

Le rêve des islamistes : que tout le monde soit d’extrême droite ou d’extrême gauche. Leur ennemi : la raison, la rationalité, la modération. Bref tout ce qui peut nous faire vivre en paix.


Là-dessus viennent s’adjoindre de nouvelles idéologies, celles des mouvement racialistes, indigénistes, décoloniaux, les wokes (les « éveillés »… Cela me fait penser au rôle d’avant-garde du parti communiste léniniste), bref les « intersectionnels ».

Ceux-là s’en prennent au mâle blanc qui est en nous, qui se niche aussi chez les femmes (les mauvaises féministes), les mauvais racisés (ceux qui ne comprennent pas et qui luttent trop simplement contre le racisme réel, concret).

Un mouvement qui se caractérise non par l’antiracisme mais par l’anti-antiracisme.

Un mouvement qui se caractérise par une lutte contre le langage plutôt que les actes. 

Un mouvement qui verse dans l’intimidation, le harcèlement, la censure. 

Un mouvement qui s’oppose aux universalistes antiracistes. Ceux-là il faudrait les éduquer comme il faut éduquer les blancs et leur faire comprendre à quel point ils ont le mal en eux. Ça commence par des ateliers et ça finit par des camps.


Que tant de jeunes soient impressionnés par cette idéologie participe de la générosité et du romantisme propre à la jeunesse. Cette générosité, ce souci de l’autre, s’est autrefois incarnée à travers des mouvements comme « touche pas à mon pote ».

Qu’on souhaite laisser tranquille son prochain, ne pas lui reprocher sa religion, sa couleur de peau, sa sexualité, c’est cette générosité de la jeunesse qui l’exprime.


Cette générosité est aujourd’hui instrumentalisée par une idéologie raciste, radicale, retorse et dangereuse à tous égards.


C’est pourquoi Un Monde Sans Pitié est bien loin.

Nous vivons depuis quelque temps la fin de la fin des idéologies.

Et le retour de tous les dangers qu’elles peuvent de nouveau créer.

01 mars 2021

2022

Aujourd’hui l’incapacité de la gauche comme de la droite à présenter un candidat d’alternance crédible donne à la confrontation entre Macron et Le Pen un caractère quasi inévitable, ce qui ne manque pas de déprimer tous ceux qui ne souhaitent ni l’un ni l’autre.

Il semblerait que la déception relative à Macron rende la victoire de Le Pen plus possible que jamais, et cela par le biais d’une abstention massive d’un côté et d’une mobilisation solide de l’autre.


Finalement, et ça se sent autour de moi, ça se lit sur les réseaux sociaux et ça s’entend un peu partout, la gauche va faire défaut à Macron.

« On ne m’y reprendra plus » est l’argument souvent entendu.

Ce qu’il y a d’excessif, et même d’intellectuellement contestable voire malhonnête à renvoyer dos à dos l’extrême droite et ce que représente Macron ne saurait masquer la puissance d’un sentiment nourri de toutes parts, par les colères, les incompréhensions, les calculs aussi.


Certains sont prêts à laisser gagner l’ignoble pour mieux en récupérer les suites. Un bon coup de balais, cinq ans à serrer les dents, et nous retrouverons le chemin du pouvoir, tel pourrait être le crédo de quelques opportunistes. D’autant plus qu’il y aurait quelque chose à gagner à être opposant à Le Pen. La bataille à ce titre serait rude et peut-être pervertie mais la gauche serait probablement la mieux placée pour jouer cette pièce dangereuse.


Il n’empêche qu’au-delà des calculs politiciens méprisables parce que méprisant la République, au-delà de la confusion qui empêche de hiérarchiser les frustrations et fait confondre deux forces qui ne se situent pas sur le même terrain (celui du respect des valeurs républicaines), le danger d’une victoire de l’extrême droite est réel et s’appuie sur la faiblesse de la proposition qui s’y opposera.


Malheureusement, en termes de proposition, ni la gauche, ni l’écologie, ni la droite modérée ne sont aujourd’hui crédibles, faute pour les uns de ne pas savoir dépasser les idéologies d’hier, pour les autres de ne pas savoir faire preuve de responsabilité, et pour les derniers de ne pas savoir quel leader pourrait mettre de l’ordre dans leurs errements politiques et leurs batailles d'égo.


Pour faire barrage à Le Pen, nous n’avons aujourd’hui que Macron. Il faut faire avec.

Mais si ledit Macron ne pense pas correctement la situation et ce qu'elle implique, nous n’aurons personne.


D’avoir fait table rase dans le paysage politique français, d’avoir dégagé les uns et les autres, donne une responsabilité.

On a traité Macron de président des riches, de technocrate, de banquier, d’ultra-libéral.

Les réalités sociales et économiques d’aujourd’hui contredisent tous ces jugements mais aucune ne peut compenser une autre réalité : Macron, au centre, a fait le plein des critiques et des oppositions et même des haines. Il a constitué un petit carré qui s’est rétréci au fil du temps et s’est transformé en îlot assiégé par toutes les forces possibles.


Séduire une partie de ces forces est son challenge.

La crise du Covid peut lui en fournir occasion et possibilité. Car la crise l’a conduit à se réformer lui-même et à réformer sa vision de l’avenir.

Oui les écologistes voudraient plus d’écologie, oui la gauche voudrait plus de justice sociale et d’ouverture sociétale, oui la droite voudrait plus de liberté économique et de fermeté régalienne, mais tout ceci n’est juste que la revendication d’avoir plus quand tout est déjà en œuvre.


La protection sociale offerte en France par rapport à la crise n’a que peu d’équivalent dans le monde, les avancées écologiques sont peut-être insuffisantes mais elles sont réelles, la volonté de réforme économique ne peut être remise en cause.

Tout le monde veut plus, les revendications sont contradictoires et le plus petit dénominateur commun de toutes ces frustrations sera Le Pen si Macron n’y prend pas garde.


Chirac n’avait pas tenu compte des raisons de sa victoire en 2002.

Macron doit proposer un pacte social et politique aux Français, doit leur proposer une équipe crédible pour le mettre en œuvre.

Il s’agit ici de reconstruction, de réparation des dégâts après la crise.

Une crise qui a révélé les faiblesses françaises. C’est un nouveau chantier de réforme et ça n’a plus rien à voir avec l’ancien.

Tout le monde sera d’accord pour travailler à nous mettre à l’abris. Cette mise à l’abris implique la réforme, implique des sacrifices, des renouvellements, des mises à jour, mais elle peut être comprise de tout le monde.

Car il est vrai que la crise sanitaire concerne tout le monde et les raisons pour lesquelles la France a faibli ici ou là pour y répondre (et faiblit encore), ne sont pas très difficiles à analyser.


Macron doit proposer un nouveau contrat aux Français, il doit leur proposer un nouveau chemin, un chemin qui ne doit rien au précédent. Il n’a pas le choix.


S’il n’y parvient pas alors oui, il sera responsable de sa défaite, autant qu’en sera responsable la mauvaise foi de ceux qui feignent d’ignorer la signification de leur abstention, il sera responsable de notre défaite à tous.

Mais aujourd’hui il peut encore relever ce défi : nous proposer un nouveau chemin de reconstruction et de protection.


Ça sera le sens du choix à faire si les équilibres ne changent pas d’ici là : Qui va le mieux reconstruire, qui va le mieux nous protéger des catastrophes à venir ? Qui va transformer notre vieux pays, lent à la détente, hésitant, englué dans une Europe inévitable mais si difficile à bouger, qui va réformer cette dame vieillissante et presque dépassée qui ne parvient plus à nous convaincre qu’elle peut être un abris contre les menaces de ce monde ?


Au-delà des préférences politiques et des calculs politiciens, voilà le sens des questions auxquelles on aura besoin de trouver réponse.