28 août 2021

L'âge du non

 L’âge du non


Il y a un âge du non.

Tous les parents le connaissent.

Le bébé passe d’abord par une période d’assujettissement aux parents et puis bientôt, vers deux ans, découvre la joie du refus, presque souvent systématique aussi.

Il s’agit d’une affirmation de la position de sujet : je ne suis pas toi (discours tenu à la mère ou au père), je suis moi, je peux te dire non, quand bien même ce que tu me demandes est pour mon bien.

Le non comme écrasant le bien au nom du Je.


N’est-ce pas ce à quoi on assiste avec le refus de la vaccination et son corollaire, le refus du pass sanitaire ?

Mais le non est plus large aujourd’hui. Cet âge où il s’agit de contester une autorité, celle à laquelle on a d’abord consenti, cet âge est celui de nos sociétés.


Le non s’est d’abord adressé aux politiques, via l’abstention puis le « dégagisme ». Mais il s’est étendu en même temps à toute forme d’autorité, celle du policier, du législateur, celle du savoir, puis à l’autorité de l’expertise. Celle du prof, celle du scientifique.


Je pense que cet âge du non est lié à l’aliénation de la société aux réseaux sociaux.

Évidemment ce non est plus important que la raison. Mieux, il est un non à la raison.


Commençons par les stars de cinéma. Pas celles d’aujourd’hui, plutôt celles d’hier.

On a toujours dit qu’il fallait être avare de son image pour se faire désirer et faire perdurer le glamour, le fantasme. Les stars faisaient rêver si elles se faisaient rares. Trop apparaître dans les journaux, les émissions de télévision, participer à d’autres exercices que ceux de la promotion, parler à tort et à travers, bref s’humaniser d’une certaine manière,  vous enduisait d’une couleur de réel qui tuait le charisme, l’aura.

Les stars sont redescendues du ciel et se sont mêlées au commun des mortels. Et elles en sont mortes.


Certains reproches à Macron relèvent de la même problématique. De sa vidéo avec deux rappeurs, de son dialogue sur Tik Tok, on en retire une dégradation de la fonction présidentielle. On lui reproche d’être Jupiter mais on ne veut pas que Jupiter descende dans la rue. Et s’il le fait, on lui donne une baffe.


A trop se montrer, on devient comme les autres, comme les « gens normaux ». Et alors, on ne peut plus vraiment présider au destin du pays, on ne peut plus vraiment diriger.

Car pour cela il faut une certaine opacité, un certain mystère. Oui il y a encore les services secrets. Le pouvoir repose sur le secret. La transparence tue l’autorité. Il n’a existé aucun pouvoir sans secret, même les plus communistes de tous. Je dirais surtout les plus communistes de tous.


L’autorité repose sur quelque chose de mystérieux. On vous la concède, on vous la reconnait à condition de rester un peu derrière le rideau. Parlez trop et on ne vous écoutera plus, on ne vous croira plus.

Les politiques ont trop parlé. Ils ont cru aux micros qu’on leur tendait. Ils ont cru qu’il fallait être normal alors qu’on sait bien que le pouvoir ne l’est pas. Vouloir exercer un pouvoir politique n’est pas normal. C’est pour cela que les règles démocratiques, parfois complexes, ont été inventées.

Les politiques ont participé à toutes sortes d’émission de divertissement. Ils ont diverti. Ils se sont perdus.

Il en sera de même pour tous les experts.

Parlons des scientifiques.

La contestation de leur autorité est exactement proportionnelle à leur présence dans les médias. Plus ils parlent plus ils montrent leurs faiblesses et donc la faiblesse apparente de la science.

Après tout, s’ils parlent trop, ils se trompent, s’ils se trompent ils sont comme nous, alors nous aussi nous pouvons nous prévaloir du savoir.

On les a trop vus trop entendus. Leur parole vaut donc la nôtre.

C’est évidemment oublier la rigueur scientifique. Mais celle-ci s’exerce loin des plateaux de télévision. Les années d’études s’effacent dans l’immédiat médiatique.



Les manifestations anti-pass : 


Il ne faut pas être un grand sociologue pour comprendre, au-delà des récupérations et exploitations politiques par tous les extrémistes professionnels, qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un non à Macron. Autant dire d’un non au décideur, au maître, au père.

A celui qu’on traitera volontiers de dictateur au-delà de toute raison.


Que Macron fasse preuve d’autorité (quand on lui reprochait de n’en avoir aucune) et voilà qu’il déchaîne la révolte, il libère le non.


Il est bon de dire non au maître. C’est s’affirmer, affirmer sa position de sujet, de décideur autonome, en toute conscience.

Quand bien même il s’agirait ici de dire non à une solution à la crise mondiale.


La non au pass est un non au politique que l’on accuse d’être assujetti aux experts.

Le non au politique est un non au savoir, celui de l’expert en politique.

Tous les savoir y passent.


On nous dit : "qu’on nous prouve que ces vaccins sont efficaces".

Et, malgré la recommandation de la quasi-totalité des scientifiques (moins les gourous et quelques populistes), on voudrait des preuves.

De quelles sortes pourraient bien être ces fameuses preuves ? Tout le process de validation scientifique est mis en cause ! les publications dans les revues, les études, les données, tout est remis en cause. Donc de quelle preuve se satisferait-on quand la notion même de preuve est rejetée ?

De même qu’on nous dit : il n’y a pas de recul.

Quel est le recul qui serait le bon ? Mis à part celui des millions de tests grandeur nature (maintenant le milliard), les années de recherche qui aboutissent à l’utilisation de l’ARN messager ?


C’est une mascarade, pas un débat. Des milliers de manifestants disent non au savoir au nom d’une liberté que le savoir limite.

C’est vrai, le savoir contraint parce qu’il est de l’ordre de la raison et la raison est une limite à mon désir.

On apprend aux enfants de ne pas voler les jouets d’un autre dans le jardin, de ne pas « se servir », et aussi de ne pas courir vers le précipice. On leur apprend les règles de la vie en société et les règles de la préservation de la vie.

Ce sont des règles. Oui, des limites à une liberté qui n’existera jamais que dans le fantasme.


Pourquoi l’âge du non est-il celui d’aujourd’hui ? Pourquoi sous Macron ? Pourquoi pas avant ? Sous Hollande ? Sous Sarkozy ?

Le sentiment de ne plus être totalement sujet existait déjà.

Mais depuis il y a eu le « dégagisme » pour l’incarner.

Et ensuite le retour normal, prévisible, logique, de la désillusion.


Non pas que Macron soit plus décevant que les autres. Mais l’idée c’est qu’une fois passée l’illusion qu’on pouvait changer, on revient à la frustration première, celle de vivre dans une misérable démocratie, un misérable monde de raison, un horripilant monde de règles.

Ça a pu s’appeler le Malaise dans la civilisation.


On peut espérer donner un grand coup de pied dans la fourmilière, on peut espérer tout casser, tout changer, même pour le pire, la désillusion sera toujours au bout du chemin, car au fond, le problème, c’est la vie en société, la vie avec les autres, la vie selon des règles. 

On ne peut vivre seul, on ne peut vivre selon ses propres lois.

L’intérêt de la démocratie c’est de pouvoir changer de parents. On a la main sur eux. C’est tout ce qu’on a trouvé comme solution. Ils fautent, hop on les change.

Mais le choix n’est pas toujours idéal. C’est vrai. Ça aussi il faut l’accepter.

Oui, on aimerait choisir un second tour à défaut d’un candidat. Choisir un duo de duellistes.

Choisir c’est être frustré de l’idéal.

On veut tout, comme les enfants, pas juste ce qui est possible, ce qui est réel.

On veut l’impossible.

Malheureusement, on ne peut avoir que le possible que le Réel nous offre.

Donc on crie, on violente. On s’affirme. 


On s’affirme contre le bien de la société c’est-à-dire contre la vie de nos parents, la santé de nos enfants, notre propre santé. 

Le non c’est le non à ce qui fait société, même si le plaisir de se retrouver (les manifestations en août, c’est nouveau), le besoin de faire groupe est très fort ici.

Faire groupe pour le non. Quoi qu’il en coûte.

Ici, le non est un oui à la mort et à la maladie. 


Nous avons tous une très grande responsabilité dans l’affirmation catastrophique d’un non mortifère.

24 mars 2021

La fin de la fin des idéologies

Le film « Un Monde sans pitié » est sorti en 1989, la même semaine que la chute du mur de Berlin…

Le communisme avait, contre toute attente, atteint sa limite. Ce régime totalitaire qui devait durer au-delà de ses gouvernants, à l’opposé des dictatures militaires d’Amérique du Sud, s’effondrait de lui-même, confronté à la mondialisation de l’époque, où les vidéocassettes et la télévision jouaient le rôle émancipateur d’Internet.

Il est toujours préférable de se couper du monde pour soumettre un peuple.


Les personnages y erraient dans un monde laissé à lui-même, où les idéologies avaient fait tellement de mal qu’il fallait s’en méfier. Les grandes idées généreuses n’étaient que des prétextes pour briser les âmes.

Du coup, plus d’idéologie, seulement le Grand Marché Européen et l’amour... Il n’y avait pas de quoi se réjouir.

On pouvait danser et fêter la fin des grandes illusions qui avaient fait des millions de morts, les yeux grands ouverts. 

Les yeux grands fermés diraient Kubrick.


Car la force de l’illusion est sans limite. L’existence nous angoisse trop pour ne pas lui imposer un sens, avec la violence qu’il faut, à la mesure de notre perdition.


Il suffisait d’attendre un peu, attendre que la foi dans le marché s’estompe.

Puis est née cette nouvelle idéologie, née de la misère peut-être, de la frustration plus sûrement, de l’humiliation, du sentiment d’avoir été floué et violenté : l’Islamisme.

Né en 1979, dix ans avant la fin de son grand Cousin. 


En un seul mot, l’Islam, cette grande religion monothéiste, était placé au cœur d’un projet politique voire révolutionnaire. On parlait de République… islamique.

Une idée, une religion et un projet politique de libération… et alors évidemment tout est possible, tout est permis.

Pour le bien de tous, le bonheur de chacun, on peut accepter tous les sacrifices. 

A cet égard le communisme était aussi une religion.

Il faut un ennemi dont on contestera le pouvoir et il faut aussi une victime à défendre car sinon on ne se situe pas suffisamment du côté du Bien. 

Seul le Bien nous permet tranquillement de faire le mal.


Si on n’en trouve pas, il faut en inventer, élever les uns au statut de dictateur et les autres au statut de victime. C’est la force de l’idéologie qui se fonde sur le déni du Réel et la réalisation du fantasme.

La réalité n’est qu’une fiction qu’il faut détruire pour la remplacer par une autre. Une autre qui servira mieux notre volonté de pouvoir.


Ça a donc commencé le 11 septembre 2001 avec cette idée de « l’arme du pauvre » en parlant du terrorisme islamiste. L’arme du pauvre donc l’arme légitime.

Les terroristes (ceux qui se faisaient sauter dans les bus israéliens, ceux qui envoyaient les avions de ligne dans les tours du WTC, ceux qui posaient des bombes dans les trains ou métros de Madrid et Londres, avaient raison de tuer des innocents car personne n’est innocent (l’idée du mâle blanc coupable n’est pas très loin). Ils étaient en guerre contre bien plus puissant qu’eux. Ils avaient le droit de tuer au moins autant que les bombes US et comme ils étaient loin du compte, ils avaient le droit de tuer autant qu’ils le pouvaient. Chapitre 1.


Ça a continué avec les systématiques « pas d’amalgame » brandis à chaque attentat en France : Merah, Charlie, le Bataclan.

Le premier réflexe, avant la compassion (qui ne venait pas), avant la condamnation (de pure forme), était de prévenir une éventuelle et peut-être immédiate répression des musulmans consécutive à l’acte de terreur lui-même.

Tout de suite protéger les musulmans, comme s’il était si naturel de penser qu’ils allaient être les victimes collatérales d’attentats dans lesquels, déjà, nombre d’entre eux étaient tombés.

Etait-ce un fantasme ou était-ce un calcul ?

A chaque attentat islamiste, il s’agissait tout de suite d’évoquer une réaction contre les musulmans afin justement de dessiner un monde mûr pour tous les séparatismes.

C’est le projet des Islamistes eux-mêmes : monter la société contre les musulmans qui vivent en son sein afin de créer une dichotomie propice au renversement de pouvoir.

Chapitre 2


Et maintenant l'accusation d'islamophobie. 

Comme elle est utile ! Et efficace car elle joue sur la culpabilité (blanche).

Combattre ou critiquer l'islamisme politique radical serait faire preuve de racisme envers les musulmans.

Le concept d’islamophobie est la mise en œuvre de l’amalgame honni. Ce sont les accusateurs qui le pratiquent. Toujours le même projet. Puisque les attentats eux-mêmes ne parviennent pas à fracturer la société, l’accusation d’islamophobie prendra le relais. 


L’islamisme est un projet politique radical et souvent violent. Ça n'est pas une religion. Combattre l'islamisme n'est évidemment pas combattre l'Islam ni les musulmans.

Nous devons lutter contre ce projet politique qui tue, conteste les valeurs républicaines et rejette la démocratie.

Ceux qui parlent d’islamophobie à ce sujet, par calcul ou par naïveté, participent du projet islamiste en faisant justement l’amalgame qui permettrait à terme de diviser la société.


Les idiots utiles de l’islamisme sont autant de droite que de gauche. On y trouve des politiques cyniques, des intellectuels en perdition, des mouvements et associations instrumentalisées et radicalisées. 

Toute radicalité est bonne à prendre.

Le rêve des islamistes : que tout le monde soit d’extrême droite ou d’extrême gauche. Leur ennemi : la raison, la rationalité, la modération. Bref tout ce qui peut nous faire vivre en paix.


Là-dessus viennent s’adjoindre de nouvelles idéologies, celles des mouvement racialistes, indigénistes, décoloniaux, les wokes (les « éveillés »… Cela me fait penser au rôle d’avant-garde du parti communiste léniniste), bref les « intersectionnels ».

Ceux-là s’en prennent au mâle blanc qui est en nous, qui se niche aussi chez les femmes (les mauvaises féministes), les mauvais racisés (ceux qui ne comprennent pas et qui luttent trop simplement contre le racisme réel, concret).

Un mouvement qui se caractérise non par l’antiracisme mais par l’anti-antiracisme.

Un mouvement qui se caractérise par une lutte contre le langage plutôt que les actes. 

Un mouvement qui verse dans l’intimidation, le harcèlement, la censure. 

Un mouvement qui s’oppose aux universalistes antiracistes. Ceux-là il faudrait les éduquer comme il faut éduquer les blancs et leur faire comprendre à quel point ils ont le mal en eux. Ça commence par des ateliers et ça finit par des camps.


Que tant de jeunes soient impressionnés par cette idéologie participe de la générosité et du romantisme propre à la jeunesse. Cette générosité, ce souci de l’autre, s’est autrefois incarnée à travers des mouvements comme « touche pas à mon pote ».

Qu’on souhaite laisser tranquille son prochain, ne pas lui reprocher sa religion, sa couleur de peau, sa sexualité, c’est cette générosité de la jeunesse qui l’exprime.


Cette générosité est aujourd’hui instrumentalisée par une idéologie raciste, radicale, retorse et dangereuse à tous égards.


C’est pourquoi Un Monde Sans Pitié est bien loin.

Nous vivons depuis quelque temps la fin de la fin des idéologies.

Et le retour de tous les dangers qu’elles peuvent de nouveau créer.

01 mars 2021

2022

Aujourd’hui l’incapacité de la gauche comme de la droite à présenter un candidat d’alternance crédible donne à la confrontation entre Macron et Le Pen un caractère quasi inévitable, ce qui ne manque pas de déprimer tous ceux qui ne souhaitent ni l’un ni l’autre.

Il semblerait que la déception relative à Macron rende la victoire de Le Pen plus possible que jamais, et cela par le biais d’une abstention massive d’un côté et d’une mobilisation solide de l’autre.


Finalement, et ça se sent autour de moi, ça se lit sur les réseaux sociaux et ça s’entend un peu partout, la gauche va faire défaut à Macron.

« On ne m’y reprendra plus » est l’argument souvent entendu.

Ce qu’il y a d’excessif, et même d’intellectuellement contestable voire malhonnête à renvoyer dos à dos l’extrême droite et ce que représente Macron ne saurait masquer la puissance d’un sentiment nourri de toutes parts, par les colères, les incompréhensions, les calculs aussi.


Certains sont prêts à laisser gagner l’ignoble pour mieux en récupérer les suites. Un bon coup de balais, cinq ans à serrer les dents, et nous retrouverons le chemin du pouvoir, tel pourrait être le crédo de quelques opportunistes. D’autant plus qu’il y aurait quelque chose à gagner à être opposant à Le Pen. La bataille à ce titre serait rude et peut-être pervertie mais la gauche serait probablement la mieux placée pour jouer cette pièce dangereuse.


Il n’empêche qu’au-delà des calculs politiciens méprisables parce que méprisant la République, au-delà de la confusion qui empêche de hiérarchiser les frustrations et fait confondre deux forces qui ne se situent pas sur le même terrain (celui du respect des valeurs républicaines), le danger d’une victoire de l’extrême droite est réel et s’appuie sur la faiblesse de la proposition qui s’y opposera.


Malheureusement, en termes de proposition, ni la gauche, ni l’écologie, ni la droite modérée ne sont aujourd’hui crédibles, faute pour les uns de ne pas savoir dépasser les idéologies d’hier, pour les autres de ne pas savoir faire preuve de responsabilité, et pour les derniers de ne pas savoir quel leader pourrait mettre de l’ordre dans leurs errements politiques et leurs batailles d'égo.


Pour faire barrage à Le Pen, nous n’avons aujourd’hui que Macron. Il faut faire avec.

Mais si ledit Macron ne pense pas correctement la situation et ce qu'elle implique, nous n’aurons personne.


D’avoir fait table rase dans le paysage politique français, d’avoir dégagé les uns et les autres, donne une responsabilité.

On a traité Macron de président des riches, de technocrate, de banquier, d’ultra-libéral.

Les réalités sociales et économiques d’aujourd’hui contredisent tous ces jugements mais aucune ne peut compenser une autre réalité : Macron, au centre, a fait le plein des critiques et des oppositions et même des haines. Il a constitué un petit carré qui s’est rétréci au fil du temps et s’est transformé en îlot assiégé par toutes les forces possibles.


Séduire une partie de ces forces est son challenge.

La crise du Covid peut lui en fournir occasion et possibilité. Car la crise l’a conduit à se réformer lui-même et à réformer sa vision de l’avenir.

Oui les écologistes voudraient plus d’écologie, oui la gauche voudrait plus de justice sociale et d’ouverture sociétale, oui la droite voudrait plus de liberté économique et de fermeté régalienne, mais tout ceci n’est juste que la revendication d’avoir plus quand tout est déjà en œuvre.


La protection sociale offerte en France par rapport à la crise n’a que peu d’équivalent dans le monde, les avancées écologiques sont peut-être insuffisantes mais elles sont réelles, la volonté de réforme économique ne peut être remise en cause.

Tout le monde veut plus, les revendications sont contradictoires et le plus petit dénominateur commun de toutes ces frustrations sera Le Pen si Macron n’y prend pas garde.


Chirac n’avait pas tenu compte des raisons de sa victoire en 2002.

Macron doit proposer un pacte social et politique aux Français, doit leur proposer une équipe crédible pour le mettre en œuvre.

Il s’agit ici de reconstruction, de réparation des dégâts après la crise.

Une crise qui a révélé les faiblesses françaises. C’est un nouveau chantier de réforme et ça n’a plus rien à voir avec l’ancien.

Tout le monde sera d’accord pour travailler à nous mettre à l’abris. Cette mise à l’abris implique la réforme, implique des sacrifices, des renouvellements, des mises à jour, mais elle peut être comprise de tout le monde.

Car il est vrai que la crise sanitaire concerne tout le monde et les raisons pour lesquelles la France a faibli ici ou là pour y répondre (et faiblit encore), ne sont pas très difficiles à analyser.


Macron doit proposer un nouveau contrat aux Français, il doit leur proposer un nouveau chemin, un chemin qui ne doit rien au précédent. Il n’a pas le choix.


S’il n’y parvient pas alors oui, il sera responsable de sa défaite, autant qu’en sera responsable la mauvaise foi de ceux qui feignent d’ignorer la signification de leur abstention, il sera responsable de notre défaite à tous.

Mais aujourd’hui il peut encore relever ce défi : nous proposer un nouveau chemin de reconstruction et de protection.


Ça sera le sens du choix à faire si les équilibres ne changent pas d’ici là : Qui va le mieux reconstruire, qui va le mieux nous protéger des catastrophes à venir ? Qui va transformer notre vieux pays, lent à la détente, hésitant, englué dans une Europe inévitable mais si difficile à bouger, qui va réformer cette dame vieillissante et presque dépassée qui ne parvient plus à nous convaincre qu’elle peut être un abris contre les menaces de ce monde ?


Au-delà des préférences politiques et des calculs politiciens, voilà le sens des questions auxquelles on aura besoin de trouver réponse.



13 février 2021

La jouissance médiatique des scientifiques

 Ils se sont presque tous faits avoir.

Comme à chaque fois que sévit une crise (catastrophes aéronautiques, climatiques, criminelles) les experts (de la société civile) sont convoqués sur les plateaux de télévision et de radio pour nous expliquer ce qui se passe.

Et en général ça se passe bien. On est content de comprendre, content d’apprendre. Ils ne dissipent pas l’angoisse qui nous submerge (Fukushima, Daesh) mais la circonscrivent, lui donnent un nom et de temps à autres la relativisent.

Ils nous permettent de mieux connaître ce qui nous sidère. On peut dire que leur fonction médiatique est de nous dé-sidérer.


Pour la crise du Covid, ça s’est passé comme ça. Ils sont venus au début, avec leurs spécialités respectives, épidémiologistes, réanimateurs, virologues, urgentistes (ce sont les plus pertinents mais on a eu aussi n’importe qui pourvu qu’il soit médecin) et ont commencé à apporter leur expertise.

Leur expertise en quoi ? On a bien vu que tout se mélangeait et déjà les discours étaient confus.

J’ai vu des urgentistes ou des réanimateurs nous expliquer avec le sourire irritant du sujet supposé savoir que les masques ne servaient à rien, je les ai vus ensuite se retourner contre le gouvernement pour lui reprocher d’avoir tenu le même discours.

Le mélange des genres a dégradé l’expertise.

Tout d’un coup la rigueur scientifique n’était plus de rigueur. Il suffisait de se nommer scientifique pour apporter son éclairage sur une pandémie totalement inédite (parce qu’intervenant dans un nouveau monde globalisé, le monde des réseaux sociaux et des échanges mondiaux). La spécialité de chacun n’avait plus aucune importance.

Mais ces scientifiques étaient invités sur les plateaux, invités à parler, à parler de leurs problèmes, de la situation dégradée qui était la leur, et ils sont venus, pour la bonne cause. 

On peut les comprendre. Ils n’étaient pas formés pour ça, pas aguerris. Ils se sont perdus.

Tant pis pour les néophytes qui ont commencé à se perdre avec eux et à se sidérer un peu plus.


Puis on a affronté l’inévitable : le glissement de fonction, de position, l’effet média sur ceux qui participent à l’information. On a vu venir leur information à eux c’est-à-dire leur mise en forme par les médias, on a vu venir la désinformation.


On a vu cette cohorte de médecins, d’épidémiologistes, de modélisateurs qui se sont bientôt transformés en conseils en gouvernance et gestion de la crise, on a vu leurs paroles éclairantes se transformer en revendications et critiques, dans un domaine qui n’étaient pas du tout le leur.

C’est devenu très ambigu. Les experts ont fini par se présenter en experts de gestion de crise, d’opinion et finalement de peuple.

Évidemment ces experts sont aussi des citoyens, mais pas plus que vous ou moi. Mon opinion n’est pas relayée par les grands médias car elle n’a pas grand intérêt aux yeux de tous. En revanche l’éclairage des experts est intéressant en tant que tel, pas en tant qu’opinion de citoyen.


Certain de ces experts sont aussi politisés, voire engagés. On ne l’a pas vu tout de suite. Leur critique du gouvernement, appuyée sur leur expertise, semblait argumentée, objectives, quand elle était en fait calculée, quand elle participait d’un agenda qui nous échappait.

La bataille des experts est devenue aussi une bataille politique. Masqués par un langage scientifique et médical, les discours étaient politiques et parfois électoraux.


Comme toujours. Ils ont servi d’abord la cause médiatique, c’est-à-dire celle du sensationnel, celle de l’émotion. Et l’émotion négative est toujours la plus forte, sauf au moment de la victoire en coupe du monde de football. Là, l’enthousiasme l’emporte. Sinon, il faut tabler sur la colère et l’angoisse, c’est plus vendeur.

C’est la nature des médias de trouver des auditeurs, spectateurs, de trouver une audience. Certains le font quoi qu’il en coûte. Mais la concurrence n’arrange rien et le quoi qu’il en coûte médiatique est comme un variant qui prend peu à peu la place de tout le reste et aussi de l’éthique.


Personne n’y résiste. La jouissance d’être vu par tous, entendu par tous, est le moteur de la machine. Sans cette jouissance ça ne fonctionnerait pas. 

La célébrité… la publicité… devenir un personnage public : le rêve de chacun (sinon les réseaux sociaux n’auraient pas cette importance).


Je ne parlerai pas ici du comble de tout ça : le populisme médical. C’est la même logique poussée à l’extrême, la même logique qui rencontre l’ego et la frustration. Ça n’est pas joli. 


Les scientifiques ont ici finalement perdu une bataille. Comme tout un chacun qui risque d’y mettre la main, ils ont été mangés, mâchouillés, avalés par la machine.

Ils ont desservi leur cause qui était d’éclairer.

Mais la conséquence est plus importante encore. Ils ont rejoint ceux qui s’étaient abimés avant eux dans la même mer : les politiques.

Leur discours n’est plus aussi audible, n’est plus aussi fiable. On se méfie d’eux. La preuve, non seulement ils ne sont pas d’accord entre eux (comme les politiques), non seulement ils semblent former un espace de connivence (comme les politiques), non seulement ils se trompent (comme les politiques) mais aussi, ils ne savent plus nous mettre en confiance.

Ils se sont déconsidérés faute de nous avoir dé-sidérés.

Les scientifiques sont rentrés dans le rang des pauvres victimes de la machine médiatique. Personne ne peut lui résister. C’est une broyeuse acéphale et sans âme. Elle n’a qu’un algorithme propre qui la met en mouvement. Parfois cela va dans le sens de l’intérêt général, par hasard, mais souvent ça va dans le sens contraire, dans le sens de l’exacerbation des émotions, des colères, des antagonismes, car c’est le fuel de l’intérêt qu’on porte à la représentation du monde.


Les scientifiques - pas tous heureusement mais, hélas, ils sont bien nombreux parmi ceux qui parlent dans les médias - ont rejoint les politiques, d’avoir joui de parler au peuple ils se sont reniés comme les politiques. Sauf que les politiques, leur métier, leur tâche, c’est de représenter et de parler au peuple, de le guider éventuellement. Ce faisant ils restent dans leur domaine. Ils le font bien ou mal, ils sont sanctionnés de toute façon par le peuple sauf s’ils sont assez habiles pour le berner ou assez forts pour le contraindre.

Les scientifiques, eux, ne seront sanctionnés que par une déconsidération de ce qu’ils peuvent apporter. Ils ont raté le coche.

La décision de Macron, si commentée depuis quelques semaines, de dire « non » aux scientifiques, est jugée audacieuse, téméraire. On la qualifie de pari risqué, de quitte ou double.

Dire non à la jouissance des médecins médiatiques qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas (la gouvernance d’un pays en temps de crise) n’est pas un pari risqué. C’est probablement une remise à l’endroit du processus de décision. C’est une réaffirmation du politique non pas sur le scientifique mais sur le médiatique. 


Les leçons de la crise seront nombreuses à devoir être tirées. S’il y en a une que les médecins et scientifiques devraient méditer est celle-là : restez rigoureux, quoi qu’il en coûte. L’exposition médiatique, c’est-à-dire l’adresse au peuple, est le lieu d’un primat de la jouissance sur la rigueur. C’est une situation que vous ne maîtrisez pas. Soyez humbles quand vous devez l’affronter car vous risquez d’être les victimes de votre échec. Et nous avec.




15 décembre 2020

Faire corps

 

Le réel attaque nos corps quand nous aspirions à n’être qu’esprit, voire parole, voire image.

Nous aspirions à être virtuels, à pouvoir nous réduire à ce qui transite via des câbles sous-marins.

Nous aspirions à mettre nos corps à l’abris, communiquant via les réseaux, appréhendant le monde via les images.

L’intelligence artificielle devait récolter tout ce data qui allait rendre compte de nous mieux que nous-mêmes.

C’était sans compter le Réel, celui du corps, celui de l’Autre, l’Autre du langage, du logos, de la logique et même l’Autre du fantasme.

Le Réel qui ne se laisse pas saisir. Et c’est bien pourquoi l’art est éternel.

On ne saurait saisir le Réel que par la métaphore, le détour, la représentation.

Les mots sont pauvres, ils ne peuvent rendre compte de la vérité. Atteindre cette vérité par et malgré les mots, par et malgré les images, par et malgré la représentation, voilà notre destin. Nous sommes des êtres voués à la poésie.

Le Réel qui ne se laisse pas réduire à un algorithme , à une équation, à une liste de « « j’aime et de « j’aime pas ».

Le Réel nous échappe et parfois se laisse apprivoiser. Par hasard. On croit alors avoir la clef. Et voilà que, tel le furet, il repart et passe par ici ou par là. On croit que les chiffres vont baisser et voilà qu’ils remontent.


Le réel s’est rappelé à nous. Ce virus nous attaque et se révèle bien pire, pour l’instant, que les virus informatiques.

Ce ne sont pas les hackers qui réussiraient aujourd’hui à nous confiner, à mettre en berne nos économies.

Le Réel du vivant. Le réel de l’hiver. Le réel de la nature.


Pour lui répliquer il fallait faire corps. Corps social.

Il fallait se considérer comme un seul corps et accepter différents sacrifices, différentes mises à l’écart.


Mais non. Nous ne faisons pas corps social. Nous ne faisons pas système. Nous appelons sacrifice ce qui devrait s’appeler soutien. Les cafetiers, les restaurateurs, le monde de la nuit, de la culture. Nous regardons ce qu’il en est de l’autre sans se penser comme en étant solidaire.

Il faudrait que ce corps collectif souffre le moins possible. On en arrête une partie pour sauver le tout. Pour le ménager au mieux.

Mais non, ne n’acceptons pas de faire corps.

L’interdiction ? D’accord. Mais pour tout le monde !

Le confinement ? d’accord, mais pour tout le monde !

On ne SE pense pas système, on ne pense pas que le système souffrira moins si une partie seulement est mise en repos. 

Le système n’a le droit de s’arrêter qu’en son entier. 

On entend souvent : c’est injuste ! C’est incompréhensible, c’est incohérent !

C’est parce que nous ne faisons pas corps car la justice ne concerne pas le système uniquement ses parties.


Nous ne faisons plus corps. La faute à qui ? A l’individualisme ? Au libéralisme ?

Peut-être que pour faire corps faut-il un sentiment collectif fort, un affect puissant. Comme la peur. La peur du gendarme.

Peut-être faut-il de l’amour. L’amour du leader, du petit père des peuples.

Peut-être faut-il du sacré.

Mais le sacré a été expulsé des machines. Tout est encartable, algorithmisable.

Nous nous réduisons à notre profil, nos like, les endroits où nous allons, les objets que nous aimons.

Ce qu’il y a de sacré en nous a été expulsé de notre profil car on ne peut en rendre compte.

Alors il revient. Violemment.


De ne pas, de ne plus savoir faire corps ensemble, nous ne pouvons lutter contre ce virus.

Plus simplement : l’union fait la force.

Aucun gouvernement finalement ne parvient à convaincre son peuple de faire corps.

Ça râle, ça résiste, ça contourne, ça se réfracte. 

C’est de ne plus savoir être solidaire que nous nous en remettons à un stop and go épuisant.

Jusqu’au vaccin dit-on.

Les scientifiques ont-ils fait corps pour aller si vite ?

C’est probable. Toute la communauté s’y est mise.

Nous ne sommes pas foutus.


07 novembre 2020

Malaise dans la décivilisation

A l’heure de la rédaction de ce texte, Joe Biden semble en passe de l’emporter de justesse dans la course à la Maison Blanche mais tout le monde va retenir le score de Donald Trump, qui confirme un changement majeur et durable dans notre monde.

Freud avait proposé dans « malaise dans la civilisation » une explication de l’émergence, chez l’être humain, des névroses et des psychoses. Il s’agissait selon lui de la réaction de l’homme à la contrainte sociale.

Vivre dans un monde civilisé demande le respect de contraintes qui font ciment entre les hommes. Il faut se départir d’un certain nombre de pulsions afin qu’une existence en commun soit possible. On a pu appeler le respect de ces contraintes le surmoi, on peut aussi l’appeler la raison ou même le principe de réalité.


Lacan, dans sa relecture de Freud a proposé une nouvelle version de la même idée. La contrainte, c’est le langage.

Par le langage nous entrons dans un monde où les pulsions sont domptées, voire refoulées.

Mais avec le langage nous entrons aussi dans un monde de logique, de non-contradiction et donc de raison.

Ce qui n’est pas compatible avec ces règles logiques est rejeté hors de la conscience. Le rêve, formation royale de l’inconscient, est le règne de la contradiction où les contraires peuvent parfaitement cohabiter. La règle du tiers exclu n’y est pas admise.


Le malaise dans la civilisation, serait donc cela : une réaction à la dureté de la loi, aux contraintes nécessaires à la vie en société. Toute société a ses règles, ses lois, dont les lois du langage, et donc ses contraintes et limites.

Mais toutes ces règles produisent aussi un malaise, un refus, un déni, une angoisse. Ce malaise est refoulé et revient à travers le symptôme, le rêve, le lapsus et parfois un défoulement de violence plus ou moins accepté (dans les stades par exemple).

Le malaise s'exprime aussi souvent à travers l'art et le langage peut être détourné pour exprimer l'inexprimable.


Néanmoins, il n’était pas prévu qu’une réponse globale à ce malaise serait la suivante : Ces règles nous ennuient, nous irritent et nous n’en pouvons plus. Affranchissons-nous de ces règles. Et en particulier de celles qui imposent le respect de l’autre, l’écoute, la raison, la bienséance. Tout ce qui nous corsète et qui pourtant nous permet de vivre ensemble.


On ne veut plus modérer ses propos, retenir sa langue, on ne veut plus retenir sa haine personnelle, on ne veut plus de la logique, de la vérité. On ne veut plus du Réel.


Cette nouvelle réponse trouve son origine dans les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, d’abord grâce à l’anonymat, mais pas seulement, ont l’avantage de permettre une vie virtuelle. Le corps n’y est pas engagé. Et donc le danger d’une transgression des règles, parfois danger physique, est évité.

Dans cet espace virtuel on peut se « lâcher », libérer sa parole d’un surmoi encombrant.


Ces millions de personnes qui trouvent ainsi une nouvelle voie de défoulement s’agrègent les uns aux autres dans une communion non pas de contenu mais de type.

Ainsi ces paroles font masse et exercent sur la société une nouvelle pression.

Cette pression induit les politiques qui doivent y répondre ainsi que les médias qui y sont aliénés.


Cela a créé un discours, un rapport au monde. Et ce rapport au monde a permis l’émergence d’un nouveau comportement : sans surmoi, sans les contraintes de la raison.

Ce rapport au monde induit un comportement qui ne serait pas engagé dans une recherche de la vérité mais plutôt dans une recherche de jouissance à travers la réalisation des fantasmes.


La vérité prend structure de fiction. Et la fiction a le visage de la vérité.

On peut se contredire, on peut éructer, insulter, dire ce qui nous passe par la tête on peut nier la réalité.

C’est notre nouvelle civilisation, notre « décivilisation » dans la mesure où il s’agit ici de s’affranchir des règles qui font ciment dans notre société.


C’est tellement massif que ça ne pouvait pas ne pas déborder dans la rue, le concret, le physique. Manifestations, violences, rejet des recommandations sanitaires…


Quand ce discours des Réseaux sociaux prend corps, par exemple dans un mouvement social ou sociétal tel que celui des Gilets Jaunes, on se rend compte qu'il ne permet pas l’unité ni même l’entente. 

Le mouvement des Gilets Jaunes s’est caractérisé de ne supporter aucune unité.

Car rien ne faisait ciment en dehors de la colère et de quelques revendications, en dehors surtout d’un refus. Mais d’un refus de quoi ? des règles qui permettent généralement à un mouvement d’humeur de devenir un mouvement politique. Et ce en s’inscrivant dans un rapport de logique et de raison.

Les règles permettent l’ordre, même dans un mouvement contestataire, et pour avoir l’ordre il faut une raison.


La victoire ou la défaite très serrée de Trump confirme notre plongeon dans cette décivilisation. La moitié de l’Amérique y affirme qu’elle préfère le refus des règles à la raison du monde ancien.


Trump incarne parfaitement cette affirmation. A travers lui, le malaise cherche à s’estomper. Et c’est pourquoi malgré le refus du Réel qui a caractérisé son action (en particulier du Réel de la pandémie) et qui a causé tant de dommages), malgré ses mensonges et ses insultes, Trump a été et restera, lui et ceux qui lui ressemblent, une solution au malaise, une solution par la fuite et par le mirage.


Ce qui a coïncidé également avec cette émergence des Réseaux Sociaux est justement ce qui a pu leur donner vie : la mondialisation par la virtualisation.


La virtualisation du monde, des échanges, du regard et la massification de l’accès aux biens et services (les voyages par exemple) a élargi notre champ d’action, notre domaine de vie.


Nous vivons désormais dans un monde trop vaste pour nous. Ça n'est plus à notre dimension, ça n'est plus à la mesure de notre corps et de l'espace qu'il occupe, ça n'est plus dans le scope de notre regard physique.

L’homme est attaché à l’endroit où il vit. La maison, le village, la ville, la région, éventuellement le pays. Avec ses voisins, ses compatriotes, avec qui il partage la terre et la langue.

Avec qui il partage les contraintes.


Dites-lui qu’il habite la planète, dites-lui que son espace est aussi vaste que l’univers virtuel d’Internet, qu’il est aussi proche de son voisin que de quelqu’un qui habite de l’autre côté de la terre et alors ça ne va plus, il y a une perte de repères et une bouffée d’angoisse.

Cet homme se noie dans la mondialisation. Il y perd pied.

Alors la civilisation n’a peut-être plus l’attrait nécessaire à une acceptation des règles. Elle est encore plus angoissante et m'éloigne encore plus de moi-même.


Évidemment cette émancipation n’est pas tenable car elle désagrège la société. Elle en est l’opposé. Le ciment crée le malaise ? Détruisons-le. Nous nous détruirons avec.

C’est une mascarade. Ça ne tiendra pas. Sous réserve… de s’en remettre à un autre.


Ce monde nouveau n’est possible qu’à accepter un leader, voire un furher.

Sinon il aboutit à l’anarchie et à l’impuissance qui ont caractérisé le mouvement des Gilets Jaunes.

On veut un leader fort afin de vivre sous sa protection et à condition qu’il exprime lui-même notre volonté de rejeter les règles et la raison.

Nous pouvons bien, entre nous, en famille ou entre voisins, conserver ces règles.

A condition que socialement, nous puissions nous en remettre à ce leader qui ment, refuse le Réel, ment aux autres et à nous même, mais nous venge.


Cette réaction au malaise dans la civilisation ne résous rien, elle se ment à elle-même puisqu’elle s’en remet à une autre loi autrement plus coercitive, la loi du leader qui lui aussi voudrait s’affranchir de toutes les règles et en particulier des règles de la démocratie.


C’est un mouvement de fond pourtant, lié à l’élargissement de notre monde et à la virtualisation de nos échanges.

Déni du Réel, refus de la vérité, prééminence du fantasme, affranchissement des règles qui cimentent une société, rejet de l’autre trop lointain, trop abstrait, et acceptation d’un leader qui incarne cette révolte, envers et contre tout, malgré la maladie et la mort, oui ce malaise dans la décivilisation est destiné à perdurer.