03 mai 2012

La rupture Hollande


En 2007, Nicolas Sarkozy était le candidat de la rupture. Celle d'avec les années de stagnation, d'avec les atermoiements de gauche, d'avec la timidité française d'entrer dans la modernité et la mondialisation. Cette promesse de rupture en a séduit plus d'un, venus de tous horizons.
Cette rupture s'appuyait sur l'idée simple que la France était bloquée par ses tabous. Tabou sur le travail, la réussite, l'argent, tabou sur l'incapacité de regarder en face la réalité de l'immigration, tabou sur les acquis sociaux qui nous empêcheraient d'avancer.
Dès la première année de son quinquennat, le nouveau président a voulu attaquer ces tabous. La fête au Fouquet's, les vacances sur un yacht n'étaient pas une erreur. C'était une démonstration : non l'argent n'est pas sale, non la réussite n'est pas mauvaise. Nicolas Sarkozy a immédiatement voulu décomplexer la société française. Identité nationale, "travailler plus pour gagner plus", il s'attaquait à ce qu'il considérait comme des carcans, des inhibitions. Il voulait bousculer la France.
Il a réussi.
Et la France, apparemment, n'a pas aimé.
Vouloir ainsi bousculer un malade sous prétexte que la guérison l'exige ne fonctionne que si, au bout des cinq ans de traitement, une lueur de bien être apparaît, ou même une lueur d'espoir, ce qui n'est pas le cas. Un million de chômeur en plus, un endettement record, une précarité grandissante... le bilan est négatif.
Alors la crise est passé par là. Admettons. On se souvient du constat de François Fillon arrivé aux affaires : la France était en état de quasi faillite. La crise, donc, n'était pas une surprise. Et finalement on peut se demander si le programme de Nicolas Sarkozy pouvait finir autrement que par ce rejet qui semble massif. Faire la leçon à la France alors qu'elle s'engouffrait dans les difficultés ne pouvait qu'aboutir à cette colère qui s'exprime aujourd'hui.
Passons sur la stratégie de campagne du président sortant. Pathétique, indigne  ou audacieuse, elle semble vouée à l'échec. Elle ressemble à ce qu'il a été : brutal. Il semble finalement que rien ne peut être réparé, rien ne peut être expliqué. Nicolas Sarkozy n'est pas un visionnaire. c'est un idéologue. Et son quinquennat agressif ne pouvait susciter l'indulgence face à l'échec. 
Dimanche je ne voterai pas contre Sarkozy. Malgré sa campagne, je le préfère à d'autres qui auraient pu se présenter contre lui. Non je ne voterai pas contre Sarkozy. Je voterai pour François Hollande.
Je voterai pour François Hollande parce qu'il incarne à mes yeux une rupture, lui aussi. Rupture avec la philosophie du dernier quinquennat mais aussi rupture avec le style de présidence que l'on connaît depuis des décennies, rupture avec le style de relation au peuple.

J'ai rencontré personnellement François Hollande en 2004 alors qu'il était premier secrétaire du Parti Socialiste. Nous avions parlé quelques minutes. Je me souviens qu'après lui avoir serré la main, en m'éloignant, je me suis fait cette étrange réflexion : "Cet homme n'accédera jamais aux plus hautes fonction de l'Etat, il est trop sympathique". J'aurais pu dire: il est trop normal. Il m'avait surpris par cette proximité, cette simplicité, ces qualités qui me semblaient incompatible avec les monstruosité nécessaire aux grands destins, avec cet instinct de guerrier impitoyable propre aux hommes de pouvoir.
J'ai croisé des hommes politiques, j'ai croisé Nicolas Sarkozy, j'ai croisé Chevenement, Lang et Delanoe. J'ai tout de suite vu en eux l'animal politique. Cette façon qu'ils ont de vous parler sans que vous soyez leur interlocuteur. Vous n'êtes pour eux qu'un relais. Cette façon qu'ils ont de ne pas vous voir. Vous n'êtes pas de leur monde. Et malgré les mots que vous échangez avec eux, vous avez l'impression de n'être rien.
Avec François Hollande, c'est le contraire absolu. Vous êtes quelqu'un.
Il a dit au Bourget "j'aime les gens". C'est vrai. Ça n'est pas un slogan.
Alors on me dira que des hommes politiques sympathiques il y en a beaucoup et que tous ceux-là ne peuvent devenir président. Pour la présidence on veut un homme hors du commun. On veut un ogre. 
Là est la rupture. Car pour les qualités de ténacité, de responsabilité, d'autorité, la campagne de François Hollande parle pour lui. Elle a été d'une rectitude, d'une intelligence, d'une force incroyable. Et quoiqu'on pense de ses propositions, nous avons vu cet homme ne faire aucune erreur, tracer son chemin malgré les attaques. Rappelez vous celles de ses camarades. Malgré les remarques méprisantes dont il a été l'objet François Hollande est resté exactement le même qu'au début de sa campagne. Certes la campagne l'a grandi, galvanisé, mais il est resté le même. Ce qui me fait dire que le pouvoir ne le corrompra pas. Et la fonction le grandira encore.
La politique ? Il fera celle que lui autorise la conjoncture que l'on sait mauvaise. Ses marges de manoeuvre sont proches du néant et au bout du compte il fera probablement ce que ferait un Bayrou. Il ne révolutionnera pas la société. Il n'est pas là pour violenter la réalité. Il n'est pas prêt à sacrifier les gens au nom d'une quelconque idéologie. On peut s'en désoler. On peut encore croire qu'on peut forcer le monde à changer contre sa volonté. Pas lui.
Là où Hollande va faire rupture, c'est exactement là où on l'a moqué, méprisé. Il savait ce qu'il disait. Et il l'a dit très tôt : une présidence normale.
Une présidence normale cela signifie la fin de l'indécence, de l'injustice, de l'éloignement. On dit que c'est un oxymore. Non, c'est un équilibre. Car il s'agit ici de tempérer les menaces inhérentes à ce que peut être une personnalité présidentielle : la surdité, la brutalité, le mépris, l'entêtement voire le dogmatisme.
François Hollande ne promet pas grand chose en terme d'objectifs mais il promet beaucoup en terme de rapport au pouvoir et aux gens. La crise nous guette, elle sera dure et demandera des sacrifices. Oui il y a un réel risque que d'ici quelques années notre vie se dégrade. François Hollande est réaliste et pragmatique. Il l'a dit récemment : la gauche n'est appelée au pouvoir que dans les périodes difficiles, quand la droite a failli. On demande au réalisme de gauche de faire accepter aux gens des sacrifices difficiles. Parce qu'elle le fait sans mépris et sans irrespect. On vante l'Allemagne. Qui l'a amené là où elle est ? Un socialiste. Non pas que l'Allemagne soit un modèle. Mais cela confirme la règle. C'est rageant d'ailleurs. Et j'espère que l'élection de François Hollande sera une exception. J'espère qu'il réussira un peu. A quoi donc ? A protéger les français de la tempête dans une atmosphère apaisée. A parler à notre intelligence. A réhabiliter l'image qu'on a de nous même.
C'est son programme. Je n'en demande pas plus.

18 avril 2012

Du refus de choisir

Alors donc il y a des gens qui ne sont pas contents du choix qu'on leur propose.
"On"... la vie, le sort, le système, les politiques...
Difficile de savoir à qui exactement imputer cette malchance.
On peut d'abord désigner les partis politiques. Après tout, primaires ou non, c'est eux qui ont choisi leur candidat. On peut en vouloir à l'UMP d'avoir, le doigt sur la couture du pantalon, suivi leur "leader" sans avoir critiqué la pertinence de ce choix au regard de son bilan et de son impopularité. Nulle doute qu'en cas de défaite, les critiques tomberont comme des hallebardes mais ça sera trop tard et bien peu courageux. On peut en vouloir au PS d'avoir organisé ces "primaires citoyennes". Quoique dans ce cas, quand même, tout le monde pouvait voter. Du coup on ne peut plus en vouloir qu'aux électeurs d'avoir fait le mauvais choix, en vouloir donc à la démocratie. Quand on est mécontent du résultat d'une élection, on peut effectivement considérer qu'il est inutile de voter. "Ils votent toujours contre moi" pourrait-on se dire, "ils ne sont jamais d'accord avec moi", d'où un vrai découragement. "ils désignent toujours celui que je n'aime pas !". Mauvais perdants... et surtout grosse amertume d'être toujours à la marge. Je comprends. C'est un peu comme les artistes maudits. Il y a une vraie jouissance possible d'être ainsi seul contre tous.
On peut en vouloir au Verts... Quoiqu'ils nous aient habitués à faire des choix extravagants. Mais là... ils ont fait fort. C'est vrai qu'un électeur potentiellement écologiste peut avoir un sacré coup de blues devant la représentante qu'on lui a imposé.
J'arrête là. Les partis ont désigné leur candidat, d'une manière ou d'une autre, et on peut effectivement les tenir responsable de l'offre politique globale.
On peut aussi accuser le sort. Le sort a voulu qu'aucun homme politique d'envergure, charismatique, ne soit là au bon moment. Dommage. On aurait aimé un Mitterrand, un De Gaulle bien sûr, un Strauss Kahn... Non pas un Strauss Kahn.
Un père quoi, voire un Tonton. Une figure de chef de famille, protectrice, supposée savoir.
La faute à pas de chance, la vie ne nous en a pas dégoté un.
Il faut dire que la situation ne s'y prête pas. C'est vrai qu'il y a la crise économique mais elle n'est pas assez présente et tragique en France pour qu'une figure charismatique se lève. Ce sont les crises qui révèlent les grands hommes. Pas de crise, petits hommes. Ou homme normal. En revanche, une guerre, une récession majeure, un coup d'Etat... le Grantome apparaîtra. Il n'attend que ça. Mais ce Grantome là n'a que faire des périodes de calme, hors des crises, ses ailes de géant l'empêche de marcher.
Alors oui, pas de Grantome, c'est dégueulasse ! "Qu'ils se débrouillent sans moi alors !" C'est tout juste si on n'en vient pas à souhaiter une bonne guerre.

Ce qui est étrange tout de même, c'est que la frustration devant l'offre entraîne un refus de choisir. Comme si, par exemple, un soir, on avait le choix entre manger des pâtes au beurre pour la énième fois ou aller au restaurant et dépenser le peu d'argent qui nous reste et que devant ce choix pourri, on s'abstienne simplement de manger.
Pourquoi la pauvreté supposée de l'offre entraîne-t-elle le refus de choisir ?
Nous avons les romantiques. Probablement jeunes. Ceux qui veulent le parfait, le rêvé, l'idéal. Pas d'idéal ? Alors rien ! Ceux-là vivent dans un étrange monde qui n'est ni plein ni vide et entre le rien et le tout ils traversent une existence constamment frustrante. Le retrait du monde en est une conséquence, ce qui n'arrange rien. Il y a les révoltés bien sûr, romantiques eux aussi, qui sont vexés de ce que leur préférence ne soit pas plus populaire. Ceux-là, on l'a dit, jouissent de la marge et en pâtissent aussi.
Il y a les indifférents. "Tous pourris" ou "tous médiocres" ou "tous menteurs" ou "tous impuissants". Pourquoi choisir ? En fait on ne sert à rien. Ça, c'est l'abstention dépressive.

Alors entre l'abstention et le vote blanc il y a cette différence que la frustration s'exprime ou non. Il n'empêche que dans les deux cas cette frustration entraîne le refus de choisir.

La vie est mal faite. Elle propose souvent voire tout le temps des choix entre des options imparfaites. Ah si on pouvait décider de l'offre ! Mais non, on se heurte à un monde. L'objet objecte. Nous ne sommes pas Dieu, nous sommes fini et un monde nous est donné. Quelle misère !
Dans ce cas, on ne choisit pas ! L'offre ne nous plaît pas ? On s'abstient. Laissons aux autres la bassesse de choisir entre la peste et le choléra. Et puis comme ça, au moins, au saura à qui s'en prendre.

Je n'aimerais pas avoir un de ces abstentionnistes (qui englobent pour moi le vote blanc) comme patron, comme responsable, comme guide, comme chef d'équipe. Avec eux on risque de se retrouver à chaque fois paralysé. Incapable de trancher, de décider, de sacrifier, bref de choisir, ils sont des éternels suiveurs, des suiveurs non assumés qui plus est, des suiveurs frustrés, refoulés.
Ils sont égarés parce qu'ils n'ont pas de père politique, de figure imposante, ils n'ont pas d'idole.
Moi, je n'ai pas besoin d'un père aujourd'hui en politique. Ni d'un oncle, ni même d'un grand frère.
j'ai juste besoin de quelqu'un qui d'abord veut faire le job, ensuite est capable de le faire et ne risque pas de me jeter dans le précipice. Si en plus il peut faire deux trois choses qui apaisent les plaies de la société et donc les miennes, tant mieux.
C'est moi qui suis un père aujourd'hui. Quand il y a une décision à prendre pour mes enfants, je la prends et je leur explique en quoi elle est la moins pire. Mais surtout, je ne m'abstiens pas. Car quand je m'abstiens, tout le monde le sait, en fait je me laisse imposer un choix. Toujours. Et pas obligatoirement le meilleur.
Souvent, quand il s'agit de choisir, le temps est compté. Et le refus de choisir a des conséquences car la vie, elle, ne s'arrête pas
C'est vrai que c'est douloureux de choisir. C'est vrai que parfois on n'a pas envie de cette douleur en plus. On a envie de fuir en courant sans se poser de question.
Mais il faut alors savoir ce qu'on fait, avec qui on le fait, de quel côté on se trouve et ne pas se raconter d'histoire.
Ne pas choisir lors de l'élection présidentielle c'est tout simplement s'en remettre à l'autre, pour mieux s'y soumettre puis le détester. C'est être un enfant, avec toute la nostalgie de douceur et d'irresponsablitité que cela implique. Ce n'est pas mal. Ce n'est pas glorieux non plus.

09 avril 2012

Sans langue de bois

Nicolas Sarkozy

Je suis libéral. je voudrais qu'on arrête avec tous ces carcans absurdes et contre-productifs. Le chômage par exemple est un problème. Le seul moyen de le traiter : faire en sorte que les entreprises embauchent. Pour ça, il faut qu'elles puissent licencier facilement, et qu'un emploi leur coûte moins cher. Il faut donc diminuer les charges sociales. Ça veut dire moins de recette pour l'Etat. Ça veut dire que l'Etat doit s'occuper de moins de choses. Ça tombe bien, je pense que l'Etat s'occupe mal de l'éducation, de la santé, des transports, bref. Il faut le réformer, réduire son champ d'intervention. Moins de fonctionnaires, un meilleur fonctionnement. L'Etat c'est comme une entreprise. C'est même comme un foyer.
De toute façon la crise aujourd'hui nous oblige à revoir notre budget de fonctionnement. De deux choses l'une : ou on fait des économies, ou on crève. Et comme on gère mal notre budget depuis si longtemps, empêtrés dans des habitudes obsolètes et romantiques, profitons de ce que la crise exige de nous pour nous réformer et moderniser la France.
Le problème c'est que la France n'est pas libérale. Elle ne veut pas du libéralisme. Et c'est vrai que le passage au libéralisme est douloureux. On peut imaginer que ça sacrifie une génération. Celle qui ne pourra pas s'adapter. Mais c'est la seule solution. Sinon, on va rater le train mondial. On va ralentir quand les autres accélèrent. je ne veux pas de cette dégénérescence. Parce que celle-là, elle sera autrement plus cruelle. Alors j'essaie.
Je sais que les français tiennent à leurs acquis sociaux, à la sécurité sociale, la retraite par répartition, l'école publique, l'assurance chômage. Moi aussi j'y tiens, bien sûr. Le problème c'est que ça ne tient plus. Le monde a choisi son camp. Et maintenant on a un choix simple : prendre ce train ou changer le monde. Je ne crois pas qu'on puisse changer le monde. A chaque fois qu'on a essayé ça a entraîné une catastrophe humaine. Non, on ne change pas le monde. On s'adapte en essayant bon an mal an de ne pas trop subir.
Ce sont mes convictions. On peut être contre. Et d'ailleurs tout le monde est plutôt contre. Je dois vendre ce programme. Pour le vendre je dois un peu le cacher et un peu le travestir. c'est normal. La démocratie est devenue ce jeu là. Nous sommes des commerciaux de la politique. Et je suis bon à ce jeu.
Mais je suis bêtement convaincu qu'on n'a pas le choix. Tout le reste n'est que déni de la réalité, romantisme dangereux. C'est fini l'Etat qui s'occupe de tout. L'histoire a montré qu'il s'en occupe mal. Il faut faire confiance en l'individu. Alors oui, ça peut être sauvage. Et l'Etat doit justement veiller à interdire la sauvagerie. Ce n'est pas facile, mais c'est l'évolution sociale. Il y a des soubresauts. Des crises. Mais c'est le sens de l'histoire. Et c'est ce qu'il y a de moins douloureux en fin de compte.
Alors quand je suis au pouvoir j'essaie d'avancer dans cette direction. Je suis parfois obligé de ralentir, de revenir en arrière, mais c'est une tendance. J'agis par petites touches. On peut me reprocher de ne pas y aller franco. Maintenant que je brigue mon dernier mandat, je vais peut-être y aller un plus plus fort. Mais je ne peux pas le dire. Parce que la France a peur, elle est timorée et je la comprends. Il y a beaucoup de gens qui souffrent. Alors je me cache un peu. Je suggère quelques trucs (passer outre la rigidité des syndicats qui eux aussi doivent vendre leur salade). Je vois si ça hurle. Quand ça hurle je fais machine arrière. Mais j'essaie quand même. J'essaie de convaincre la France que c'est le seul chemin. Vers quoi ?  Je ne dis pas la prospérité, la modernité ou des trucs un peu emphatiques comme ça. Non, juste s'opposer au dépérissement. J'ai vu l'Argentine, j'ai vu la Grèce. je ne veux pas ça pour la France. Ça fait longtemps que je le pense et que je le dis. je n'ai pas attendu la crise. Aujourd'hui ça devient plus visible. J'en profite mais c'est normal. On ne m'a pas trop entendu jusque là. Si on pouvait un peu plus m'entendre grâce à la crise, quel est le crime ? Quand il s'agit de sauver quelqu'un de malade, à un moment, tous les moyens sont bons. Et s'il faut lui faire un peu de mal, je n'hésite pas. Je suis comme ça. C'est ma qualité et cette qualité, on en a besoin aujourd'hui.

François Hollande

La gauche est morte à Maastricht. On n'a pas trouvé comment faire depuis. Le monde a choisi son système. Ce n'est pas le socialisme. C'est l'économie de marché. Et la loi du marché est rendue encore plus fluide avec la mondialisation. Alors la gauche... je ne sais plus ce que c'est, je ne sais plus ce qu'elle peut faire. On n'a pas réussi à trouver une solution réellement de gauche à la mondialisation. On dit : on change tout ou... ou quoi ? Je ne sais pas. D'ailleurs pourquoi je saurais ? Pourquoi je saurais résoudre une équation intellectuelle aussi difficile ?
Pourtant je sais qu'il y a un problème avec cette économie de marché et cette mondialisation. Quand je vois les chômeurs et surtout les travailleurs pauvres, il y a un truc qui me dérange. Quand je vois qu'aux Etats Unis, des vieux de plus de 65 ans sont encore debout à la caisse des super marchés pour faire les paquets, je suis quand même perplexe. Mais honnêtement, je n'ai pas de solution.
Quand je vois qu'il y a de plus en plus de gens par terre dans les rues des villes, littéralement par terre, je me dis quand même qu'il y a une fatalité qu'il faut refuser.
Alors j'essaie. J'essaie d'être de gauche. Non pas celle qui veut changer le monde, changer l'Europe et qui va mettre juste 100 ans à le faire. Non, celle qui veut essayer de tendre la main à ceux qui n'y arrivent pas. Ce ne sont pas des assistés, non. Ce ne sont pas des fainéants ou des profiteurs. C'est quand même dégueulasse de dire ça. Ce sont des gens à qui on demande beaucoup et qui n'ont juste pas les moyens d'y arriver. Et ce que je trouve incroyable c'est que c'est la société qui les a créés. Ils sont nés quelque part dans la société. Leur place leur a été préparée. Et on leur demande maintenant de s'en sortir tout seul. Il y a de l'injuste absolue dans cette situation. C'est pourquoi je pense que la société a le devoir de s'occuper des inégalités qu'elle crée elle-même.
Oui je sais que la droite pense que le monde repose sur l'inégalité. Oui il y a des différences de talent, de moyens, d'envie. Mais là on ne parle pas des différence naturelles. On parle des différences sociales, des inégalités créées par la structure sociale et même le politique. Celles-là, on doit les traiter, les compenser.
L'égalité des chances c'est ça. ce n'est pas de mettre hypocritement tout le monde sur la même ligne de départ. Désolé, ça ne peut pas être ça. Il y a des handicaps et il faut en tenir compte. Sinon, on assume d'être injuste voire cruel. Mais alors il ne faut pas s'étonner que cette violence faire aux gens nous revienne en boomerang.
Alors qu'est-ce que je peux proposer ? La justice. Je peux essayer simplement de la garantir. Oui il faut prendre le train de la mondialisation. Mais je ne me résous ni à sacrifier une génération comme Thatcher a pu le faire ni à ce que ça se fasse au détriment des habituelles victimes.
Pas facile d'assurer cette justice et en même temps de ne pas ralentir le mouvement. Non, et je dois dire que je n'ai pas beaucoup de solution. Je dis simplement : des efforts oui, mais mieux répartis. Et puis des efforts, oui mais pour quoi ? Je donne un sens. On en fait ce qu'on veut. Mais au moins je donne un sens : la jeunesse. La génération suivante. Je sais, je ne suis pas très précis. Il faut dire que la conjoncture est franchement indécise si ce n'est hostile.
Alors on me reproche de ne rien dire des économies à faire. Pourtant je le dis à chaque fois : partout ailleurs que dans la police, la gendarmerie et l'éducation. Mais où ? Partout ailleurs. Maintenant si je dis où tout le monde va me tomber dessus. Je ne vais pas me tirer une balle dans le pied quand même. Mais au moins, je dis où je n'en ferai pas.

Nous sommes des marchands. Nous mentons, nous exagérons et on sait, ce n'est pas glorieux.
Franchement on a quelques convictions, on a une vague idée de la situation et de ce qu'il faudrait faire. On a une histoire chacun, des traditions. Bon, on essaie de ne pas en être trop prisonniers et en même temps elles nous donnent un cadre d'analyse. On n'est pas si sûrs de nous. Et on doit avouer que le débat avec l'adversaire pourrait nous aider à y voir plus clair nous-même. Mais le monde médiatique nous oblige a respecter les règles du spectacle.
On n'est pas d'accord, ça c'est sûr. Mais au fond, on n'est pas très très loin l'un de l'autre. L'un de nous a une tendance libérale, une petite tendance à accepter la souffrance inéluctable d'une partie de la société mais propose d'épouser un mouvement et de s'en sortir en assumant ce mouvement. L'autre n'est pas opposé à ce mouvement. Il aimerait bien que ça se fasse sans trop de douleur. Il ne sait pas comment. Il n'a pas la solution, mais il essaie. Au risque de perdre en efficacité. c'est ce que l'autre lui reproche ; à force de tergiverser, on va rater le train. Et là, ça va faire vraiment mal. Vous êtes toujours comme ça, la gauche, vous avez des bons sentiments et à la fin tout le monde trinque. Non, dit le premier. Ce n'est pas ce que je propose. Je propose juste de faire gaffe. Eventuellement de réfléchir sur le train lui-même. Mais je suis d'accord pour le prendre. Mais pas à n'importe quel prix parce que sinon ça n'a pas de sens.

Au fait c'est vrai : la mondialisation d'accord, l'économie de marché, d'accord, les sacrifices d'accord, mais pour quoi ? Pour faire quoi ? Pour aller où ?
Eh bien nulle part ! Depuis quand on va quelque part ? Ce qu'il faut c'est simplement ne pas trop déguster. Ne nous racontez pas d'histoire, les gars.

23 mars 2012

Les trois jouissances du terroriste



Le terrorisme a trois objectifs : sidérer une société, contraindre une démocratie, imposer sa plainte et son existence.
La sidération d’une société passe par l’analyse de ses tabous les plus profonds. L’action terroriste, d’une certaine manière, révèle, en les attaquant, les tabous qui cimentent un peuple. A quoi servirait-il de tuer des enfants dans un pays qui, par exemple, les mettraient déjà en esclavage ?
Le terrorisme nous révèle donc les tabous qui nous agissent, nos intouchables fondamentaux : l’innocence, l’enfance, le corps, la vie.
A chaque époque ses tabous. A chaque époque son terrorisme.
Nous sommes attachés à la notion d’innocence ? Tuons des innocents. Nous chérissons plus que tout nos enfants, les innocents par excellence ? Tuons les enfants. Nous tenons à l’intégrité de notre corps ? Explosons les corps, déchiquetons les, découpons les. La préservation de la vie est une de nos valeurs les plus importantes ? Nous cherchons à la prolonger, la protéger, l’améliorer ? Suicidons, montrons que la vie n’est rien.
Le terrorisme est donc l’ennemi absolu d’une société, il attaque ce qui fait son fondement  en cherchant ainsi à la sidérer.
Nous restons sans voix devant ce que le terroriste de Toulouse a fait. Notre sidération a été sa première jouissance.

Le terrorisme a des buts politiques. Il veut obtenir des résultats : libérer des prisonniers, évacuer des territoires, etc. Pour cela il terrorise la population en la sidérant (comment terroriser un dictateur ?) afin qu’elle fasse pression sur ses dirigeants, marquer l’opinion publique afin que ses représentants en tiennent compte.
Le terroriste veut soumettre la démocratie. Il veut pouvoir s’enorgueillir de l’avoir influencée. Lui, tout seul, avec ses armes et sa barbarie personnelle.
Que les sondages relatifs à l’élection présidentielle soient substantiellement modifiés, que les débats soient influencés, et le terroriste de Toulouse pourra dire « mission accomplie ». La France est à ses genoux. La démocratie est à ses pieds.
Entendre Coppé, le porte-flingue de Sarkozy, pitbuller l’opposition, voir Sarkozy, le visage grave et les trémolos dans la voix, se retenir, surtout se retenir ! d’exprimer une quelconque satisfaction de trouver enfin ici l’événement qui lui manquait pour faire oublier son bilan, bref, influer sur le processus démocratique engagé aujourd’hui en France a été la seconde jouissance du terroriste de Toulouse, avec l’assentiment de tous ceux qui en ont bénéficié.
La langue de bois hurlera le contraire. Qui en sera dupe ?

La troisième jouissance du terroriste est la pire à mes yeux.
La jouissance de la sidération, on ne peut rien y faire. Toute société se fonde sur ses interdits. Il est donc de l’essence d’une société d’être susceptibles d’être choquée, sidérée, terrorisée. 
La jouissance de soumettre une démocratie n’est pas toujours acquise. Si les dirigeants sont assez nobles, assez dignes, bref, si ce sont de vrais hommes d’Etat, le terroriste a peu de chance de les influencer. Il faut du courage et de la force de caractère, ce qui n’est pas le cas du président sortant. Mais on peut imaginer que le respect de la démocratie et de la République l’emporte chez d’autres.

Les trente heures accordées au terroriste de Toulouse n’ont pas eu pour but de le prendre vivant ou de permettre à ce que la société connaisse la vérité sur ses actes. C’est ridicule. On sait quelle tribune offre un procès à des fous comme ça. Il faut se rappeler le procès de Carlos, ou même d’un criminel comme celui du gang des barbares.
Non pas que ce type n’ait pas droit à un procès, mais le fait d’avoir tant attendu pour l’arrêter a coûté cher au regard des bénéfices espérés.
Car que s’est-il passé pendant ces trente heures qui ont été finalement trente heures de jouissance du terroriste ? Trente heure de spectacle, mis en scène par le pouvoir et le pouvoir seul.
Résultat : Le terroriste est devenu un proche. On connait son nom et son prénom, on l’a suivi pendant tout ce temps. Il est mort « les armes à la main », il a sidéré le RAID, bref…
Trente heures pour en faire un héros, qu’on le veuille ou non, pour en faire le personnage principal incarné d’un feuilleton.
Que ne connaît-on aussi bien les enfants qui sont tombés sous ses balles…

La troisième jouissance du terroriste est celle d’exister, exister mieux et plus que les autres, mieux et plus que ses victimes ou que les gens qu’il sidère. Et là, les complices sont évidents : les médias et le pouvoir.
Les médias l’ont fait exister car dans un spectacle, celui qu’on « adore haïr », c’est le méchant. Quand le méchant existe, le spectacle est bon. Les médias sont consubstantiels à cette jouissance du terroriste. Ils n’ont aucune morale et aucune réflexion éthique. Nous vivons de ce point de vue dans un monde bien crade.
Mais qu’on ne vienne pas me dire que le pouvoir fragilisé dans la campagne électorale, n’a pas fait le calcul de ce temps de médiatisation justement pour se mettre en scène lui-même et dramatiser le spectacle au maximum.
Le « gentil » n’est jamais aussi bien servi que par un bon méchant. Aucun bon film, aucune bonne histoire si le méchant n’est pas à la hauteur. Et ça sert aussi bien le vrai héros de l’histoire.
Le pouvoir avait besoin de temps pour bien imprimer son action. Tuer le terroriste trop vite aurait été trop expéditif, donc sans bénéfice, médiatiquement parlant.

Cette jouissance d’exister, d’imposer sa plainte, et somme toute son humanité – car, nom et prénom à l’appui, historique personnel, anecdotes et même photographies souriantes ! sont bien les signes de l’humanité dans nos livres d’images – cette jouissance n’a été permise et autorisée que par les médias qui ne savent plus depuis longtemps comment se comporter, et aussi par le pouvoir qui a tellement peur de perdre !

17 mars 2012

A mes amis de gauche, du centre et de droite

A mes amis de gauche : 
Je me souviens de l'élection présidentielle de 2002. J'en voulais a mort à ceux d'entre vous qui n'aviez pas voté Jospin. Vous aviez préféré envoyer  un message au candidat socialiste plutôt que choisir le changement. Le message à été bien reçu ! Et le changement n'a pas eu lieu. 
Aujourd'hui certains s'apprêtent à faire la même erreur : choisir le message contre le changement. Vous êtes certains de la présence de Hollande au second tour. 
Et pour vous, le bulletin de vote est plus un moyen de communiquer quelque chose, voire de faire pression que de choisir un candidat. Vous êtes dans la stratégie. Vous croyez maîtriser les règles du jeu politique.
Pourtant ce sont les sondages qui vous dictent votre conduite. Ces sondages qui vous assurent de la présence de Hollande au second tour. Ces même sondages qui mettent Sarkozy et Hollande à égalité. Vous êtes certains de leur véracité. 
Les électeurs de Le Pen reviennent vers Sarkozy, donc Marine Le Pen baisse dans les sondages, donc le spectre de 2002 s'éloigne, donc on peut voter à gauche du PS sans crainte.


Mais pourquoi voter à gauche du PS à la présidentielle ? La France ne sera jamais gouvernée à cette gauche là. C'est fini. Message reçu ou non. Car le monde n'est plus fait pour ça. Ça n'arrivera pas. Mélenchon ne sera jamais élu et Hollande, s'il est élu, n'appliquera jamais ce style de politique. Pression ou non. Parce que l'Europe nous l'interdit et parce qu'être de gauche ce n'est pas vouloir se retirer du monde ou subir le sort de la Grèce.
Alors pourquoi prendre le risque du message contre le changement ? Par radicalisme ? Très bien. Que ceux qui pensent réellement que Sarkozy vaut Hollande, quelle que soit la situation, que ceux-là "envoient un message" et choisissent la défaite. Mais pour les autres, mes amis qui votent à gauche, l'élection présidentielle sert à désigner le candidat que vous préférez, non pas celui que vous aimez. Elle sert à choisir la politique que vous préférez, non celle que vous désirez. Il s'agit de faire un choix, il ne s'agit pas de s'exprimer. Pour cela, il y a d'autres élections, d'autres moyens. Et si vous refusez cette réalité, vous prenez de nouveau le risque de remettre la droite au pouvoir, elle qui a très bien compris comment ça marche. 
Car la droite, c'est peut-être son tort, mais c'est aussi sa force lors d'une élection : elle ne rêve pas.


A mes amis du Centre  :
Je comprends que vous n'ayez pas voté Royal il y a cinq ans. Elle n'a pas fait les gestes qu'il fallait et elle vous a fait peur, vous qui ne rêvez pas mais qui ne renoncez pas aux valeurs humanistes et croyez encore à la justice sociale.
Vous aviez donc fait le choix de Sarkozy. Parce que Royal était trop extravagante, pas à la hauteur. Parce que la gauche est trop à gauche, trop peu réaliste. Pour vous, les trente-cinq heures sont le parfait exemple d'une gauche qui ne sait pas comment s'adapter au nouveau monde.
Etes-vous satisfait aujourd'hui de toujours finir à droite ? De toujours commencer par gouverner avec le RPR ou l'UMP et toujours finir par avoir le sentiment de vous être fait voler ?
Vous le savez parfaitement, Hollande est au centre gauche. Vous le savez parfaitement il ne sera pas l'otage d'une gauche plus radicale car non seulement la situation économique l'interdit mais Hollande est un des plus pragmatique au PS. Il sait quelle est sa responsabilité s'il est élu. Et cette responsabilité c'est de ne pas faire sombrer la France parce qu'elle se serait décrétée de gauche. C'est une responsabilité envers la France mais aussi envers la gauche. Sa responsabilité c'est de ne pas réitérer le coup des trente-cinq heures, c'est à dire un coup politique qui assure la victoire à court terme et la défaite systématique sur le long terme.
Vous auriez préféré Valls. Vous auriez préféré, en son temps, Delors.
Eh bien vous avez Hollande et si vous y pensez, rien aujourd'hui ne devrait raisonnablement vous retenir de le choisir. Si aujourd'hui vous ne choisissez pas Hollande contre Sarkozy (je parle de votre choix du second tour évidemment), cessez-donc de vous prétendre au centre et assumez définitivement votre positionnement de droite : vous ne choisirez jamais la gauche, toujours la droite. Hollande est plus proche de Bayrou que ne l'est Bayrou de Sarkozy. Et votre "centrisme" est finalement une imposture. A moins qu'il ne s'agisse aussi d'un rêve... comme quoi c'est parce que vous aussi  vous êtes des rêveurs que la droite passe à chaque fois.


A mes amis de droite : 
Des fois je pense comme vous : la gauche est trop romantique, ce qui la rend dangereuse. La gauche est trop idéologue, ce qui la rend dangereuse. Elle ne s'est pas adaptée au monde, ce qui la rend obsolète. Elle est devenue conservatrice. Cette incapacité à s'adapter intellectuellement au monde tel qu'il a évolué la rend nuisible pour la France. Avec elle, nous allons finalement régresser.
Vous avez cru en Sarkozy il y a cinq ans parce qu'il bousculait la société. Il bousculait les tabous. Ceux de l'argent, du pouvoir, de l'immigration, du travail. Il fonçait, il faisait rupture. 
Mais dites-moi donc : Depuis cinq ans, la France s'est elle modernisée ? Sommes nous dans un pays plus moderne qu'avant ? Sarkozy a-t-il fait avancer quelque chose de notable ?
Et dites moi autre chose : le ministère de l'identité nationale ? Je sais que vos n'étiez pas à l'aise avec ça. vous l'avez accepté parce que ça venait de votre candidat. Et ça a servi à quelque chose ? Mais alors pourquoi devoir encore parler d'immigration dans les mêmes termes ? Pourquoi dire encore qu'il y a trop d'immigrés en France ?
"Travailler plus pour gagner plus"... qu'en est-il du pouvoir d'achat aujourd'hui ? Meilleur qu'avant ? Et le chômage ? Le problème est-il réglé ? Et la sécurité ? Vous êtes plus en sécurité aujourd'hui ?
 Dites-moi mes amis de droite (si vous êtes mes amis c'est que vous êtes à droite d'une certaine façon et pas d'une autre), Sarkozy a-t-il réussi ? Vous a-t-il satisfait ? Ou vous a-t-il embarrassé ? 
Il est probable que vous n'accepterez pas de l'avouer. L'échec, au regard de ses principaux thèmes de campagne, est patent et vous faites preuve d'un aveuglement militant. Romantique, la gauche ? Vous l'êtes avec votre fantasme du Leader. Idéologue, la gauche ? Vous avez avalé toutes ses décisions idéologiques, celles qui n'ont servi à rien, qui n'ont rien fait avancer, celles qui n'étaient que symboliques et qui ont fait tant de mal. Sarkozy se pose en chef, met en avant ses capacités de commander, de décider, ses qualités d'autorité. C'est ça qui vous plaît ? Au prix d'un déni quasi stalinien de son échec  ? Quelle est cette autorité si nécessaire pour la France qu'elle doive se payer d'une société divisée, d'un peuple qui ne s'aime pas, qui en veut à ses chômeurs, à ses corps intermédiaires. Vous voulez tellement un leader que vous vous satisfaites d'un débat électoral proche du cirque, initié par votre candidat qui a besoin de faire spectacle afin que les médias l'aiment de nouveau.
Vous, vous ne rêvez pas, non. Vous avez rêvé d'une France libérale, d'une France moderne. Et vous avez une France qui a perdu son AAA, qui compte un million de chômeurs en plus, dont la dette publique est devenue rédhibitoire, un pays qui sort affaibli de ces cinq années. Vous ne rêvez pas. C'est la crise ! Et si Sarkozy n'avait pas été là ça serait encore pire !
Vous ne rêvez pas non. Vous êtes ceux qui sont lucides, rationnels, pragmatiques.
Pour ces trois raisons, vous devriez renoncer à Sarkozy. Dommage que ça ne soit pas Fillon votre candidat, ou même Juppé. Non, c'est Sarko et dans cinq ans ça sera Copé... Vous ne rêvez pas mais vous pourriez éventuellement vous réveiller de votre cauchemar. 

11 mars 2012

Un bilan déjà désastreux

A quelques heures du désormais fameux meeting de Villepinte, on peut faire un premier bilan de la campagne de Nicolas Sarkozy.
Avant la campagne, il y a eu la pré-campagne. C'est à dire l'utilisation de la crise financière à des fins électorales. Cette crise a représenté pour le président non déclaré l'espoir d'en finir avec la gauche. Il pouvait, si il était assez habile, tuer la gauche dans l'œuf en présentant et en martelant deux arguments :
- C'est à cause de la gauche qu'il y a la crise.
- Le seul moyen de sortir de la crise est de mettre en place des  mécanismes qui empêcheront définitivement la gauche de s'exprimer en tant que telle, de s'épanouir, bref, de faire une politique de gauche.
Passons sur tout ce que ce discours a pu impliquer de mauvaise foi. Il était tactique. Et il a échoué. Il a échoué parce qu'aujourd'hui peu de gens sont convaincus qu'effectivement la gauche est responsable de la crise, assez peu pour que le candidat lui-même revienne sur son argumentation : le responsable de la crise c'est la finance. Ce n'est pas Hollande qui le dit, mais Sarkozy lui-même. On ne l'entend plus trop mettre en avant la responsabilité de ce qui fait la gauche dans cette crise mais plutôt de ce que la gauche met aujourd'hui en avant, à savoir la finance (quand elle devient folle s'entend... ah ah). Et de vouloir taxer les transactions, les dividendes du Cac40 etc...
Donc échec de cette première tactique qui a quand même eu comme résultat de voir le président de la France exploiter, instrumentaliser à des fins électorales, une crise douloureuse pour les peuples. Une crise qui n'est pas terminée et dont on peut se demander si Sarkozy ne souhaite pas qu'elle rebondisse juste avant les élections, histoire de pouvoir s'en servir encore.

Ensuite il y a eu l'entrée en campagne. Et elle a été colorée par la proposition de référendum sur le thème du chômage et de l'immigration. Les thèmes sont importants pour la suite mais on peut surtout retenir de ce début de campagne la mise en cause de ce qu'on appelle "les corps intermédiaires". C'est à dire nous tous quand nous nous réunissons, quand nous nous organisons.
En tant que corps intermédiaires, nous sommes donc des obstacles à la réforme. C'est vrai qu'il est bien plus facile d'embobiner le "peuple" que les corps intermédiaires. Il est bien plus facile d'organiser une campagne de communication pour endormir les gens que de négocier avec les corps intermédiaires qui les représentent. Ces entités qui justement servent à ce que les gens se regroupent et réfléchissent ensemble, créent une expertise qui les empêchent de se faire berner.
Tout pouvoir autoritaire veut se passer des corps intermédiaires. Surtout quand ils sont indépendants. Le pouvoir autoritaire préfère avoir un accès direct au peuple parce que le peuple, on peut lui faire peur. Les corps intermédiaires, c'est plus difficile.
Passons sur les thèmes de ces référendums, l'articulation du chômage et de l'assistanat entre autre.

Une entrée en campagne qui a donc été lue par tout le monde comme un appel du pied à l'électorat lepeniste. Suivi par d'autres appels du pieds sur la viande halal et le nombre d'étrangers qu'il faudrait diviser par deux.
Ça ne gène personne finalement, cette "droitisation" du discours. Ça ne gêne pas parce qu'on la considère comme étant tactique. "Il ne le pense pas vraiment, il dit ça pour récupérer les électeurs du front national".
Donc en fait ce ne sont que des mots. Ça ne porte pas à conséquence. Ça n'existe que pour les gogos. Donc ce n'est pas dangereux.
Eh bien je pense le contraire. Cette droitisation du discours est une autorisation pour un discours xénophobe voire raciste. Une dé-responsabilisation.
On pourrait nous dire (et on nous le dit) : et pourquoi pas ? Pourquoi toujours se censurer ? On le pense alors disons le ! Sinon ce sont les fascistes qui vont le dire. La gauche est naïve, angélique, elle se cache derrière un romantisme dangereux. Les mots sont tabous. Non ! On doit les prononcer ! Il y a un problème avec les arabes ! Disons-le !
On le pense alors disons le...
Comme si la vie en société n'était pas un combat entre ce qu'on pense et ce qu'on peut dire. Comme si la notion de contrat social ne reposait pas justement sur une censure permanente, une censure qu'on appelle : l'éducation.
Mais il est évident que cette droitisation du discours va dans le sens d'une déculpabilisation générale.

(entre parenthèse : oui il y a un problème avec l'Islam. Depuis que l'Islam est devenu politique. Ce n'est que depuis qu'existe l'islam politique qu'il y a un problème avec l'islam. Il n'y a aucun problème avec l'islam religieux. Comme il y aurait un problème si les juifs se mettaient soudain en tête - en Israel - d'obliger les femmes à se raser les cheveux et à mettre des perruques et que du coup, des activistes juifs voudraient faire de même dans les quartiers en France. De même qu'il y a de gros problèmes avec le christianisme quand des activistes perpétuent des actions anti avortement. Bref, la religion est un problème  quand elle devient politique)

Revenons à la déculpabilisation, ce crédo sarkozyste permanent. Car c'est la couleur du troisième temps de cette campagne. Il a été marqué par le grand mea Culpa tant attendu.
Il faudrait croire que le début du quinquennat  a été marqué par des erreurs de jugement dues à une situation personnelle difficile.
Si c'était vrai ça poserait un vrai problème.
Mais en plus c'est faux.
Si c'était vrai cela signifierait que Sarkozy n'était pas prêt. Il n'a pas compris la force des symboles. Et on peut quand même se demander s'il n'est pas dangereux de réélire quelqu'un dont la situation personnelle peut peser à ce point sur les décisions du président. On se prend à prier pour que le nouveau couple Sarkozy n'explose pas de nouveau en plein milieu d'un second mandat !
On attend de celui qui veut être président, justement, qu'il soit assez fort pour mettre sa vie privée de côté. Et pitié ! pour que son comportement et ses décision n'en soient pas tributaires !
Mais de toute façon, c'est faux.
Ces premiers actes du quinquennats étaient parfaitement maîtrisés. Ils participaient à cette entreprise typiquement sarkozyenne de déculpabilisation. Ici non face aux étrangers mais face à l'argent. Le comportement de Sarkozy à l'époque était calculé, assumé, il consistait à dire : pas de honte à être riche, à réussir. Arrêtons cette contrition permanente, cette honte de l'argent en France. Je donne l'exemple. La réussite est bonne. La fortune est bonne. Au lieu de pourchasser les riches, au lieu de les culpabiliser, faisons les revenir, aidons-les (paquet fiscal), envoyons leur des signes que la France a changé et qu'ils ne sont pas nos ennemis. Vous aspirez tous à être riches alors cessons là la mascarade de gauche.
C'était le discours du nouveau président. Ce n'était pas une erreur. C'était une idéologie.

Donc bilan : Instrumentalisation de la crise, mise en cause des corps intermédiaires en début de campagne, lepenisation du discours en général puis faux mea culpa enfin, sans compter la dramatisation personnelle de l'enjeu aujourd'hui mise en scène.
Sarkozy veut être réélu. Il le veut à n'importe quel prix.
Mais pourquoi le serait-il ? Pour continuer ce qu'il a fait ? Pour réparer ce qu'il a fait ?
C'est à Villepinte qu'il va nous le dire. Pourquoi il doit gagner. A part pour lui-même, s'entend.

28 février 2012

Le spectacle de la politique

Le nouveau jeu consiste donc à obliger les autres à tourner autour de vous.
Vous lancez une proposition ou simplement une remarque, dans l'objectif  :
1 - d'être repris par tous les médias
2 - d'être donc commenté par tous les autres
Que ce soit d'une imbécilité notoire, d'une extravagante mauvaise foi, bref que ça ne passe pas la barre du raisonnement, n'a strictement aucune importance. Ce qu'il faut c'est que l'adversaire soit pris dans le filet. C'est la figure de l'hystérie. Prendre les autres dans les rets de son propre désir, les arraisonner, les polariser, les amener à ne vivre - un moment - que pour et par vous, autour de vous.
Parce qu'il faut que "ça" parle de vous.
C'est un principe de base : qu'importe que la publicité soit de bonne qualité ou non, qu'importe que la critique soit favorable ou non, ce qui importe, c'est l'espace. Il faut prendre l'espace, tout l'espace si possible avec la complicité forcée de vos adversaires.
Mais que s'est-il passé pour que la campagne en arrive là ?
Nicolas Sarkozy est entré en campagne.
Il est donné perdant, il doit remonter vite la pente.
Alors il a donné l'artillerie lourde de la communication politique.

Boris Eltsine en 96 partait de quelque chose comme 5% dans les sondages. Les oligarques ont cessé de se faire la guerre entre eux et se sont unis pour le faire réélire. L'adversaire, donné gagnant par les sondages, était Ziouganov le communiste. Celui qui allait probablement pendre... les oligarques. Ces derniers avaient les télévisions et l'argent. Ils ont tapé dans la même direction pendant des mois. Et Eltsine a été réélu.

On peut s'en défendre, on peut le déplorer mais c'est une réalité :
les gens pensent ce que les médias disent.

Le nombre de gens qui m'ont dit par exemple : François Hollande, oui, mais il est un peu mou, non?
Et quand je leur demandais ce qui leur faisait dire ça : pas de réponse.
Alors on me dira : les médias l'ont simplement repris parce que ça se disait autour de Hollande lui-même.
Non, les médias l'ont repris parce que ça vend : c'est simple, c'est drôle, c'est proche, ça vend.
Les médias opposent Le Pen à Mélenchon parce que ça vend.
Les médias jouent le jeu de Sarkozy consistant à égrener ses propositions unes à unes parce que ça vend, ça fait spectacle, ça fait événement.
Qu'importe que, comme l'a dit très justement Hollande, ce soit un jeu avec les français et qu'au lieu de leur présenter un programme cohérent, que l'on soumettrait à la réflexion avant l'élection, on les appâte, on les nourrit d'une proposition à chaque moment, émission, meeting, afin de toujours les tenir en haleine. Qu'importe finalement que ce soit au détriment du débat démocratique, de la dignité, du respect des électeurs et des citoyens : ça vend.

C'est bien parce que les médias doivent vendre, doivent faire spectacle de la politique pour la vendre, que Sarkozy se plie avec son habileté légendaire, à l'exercice.
Ce faisant il oblige les autres à venir sur le même terrain. Il n'y a pas d'alternative. Soit vous existez dans les médias, soit vous crevez. Donc il faut jouer le jeu de l'occupation de l'espace. Jouer le jeu...
Sarkozy est en train de transformer l'élection en un jeu. Il ne gagnera qu'à ce prix. Car c'est le meilleur joueur. Qu'importe que ce jeu nous fasse passer du statut d'électeur, de citoyen, en cible, en "target", bref en bon con. La victoire sera à ce prix. Au prix de nous piéger plutôt que de nous rassembler.

François Hollande peut-il résister ? Peut-il refuser le jeu que lui impose Sarkozy ?
Difficile. La proposition sur les riches d'hier soir en est le symptôme. Faire les titres. Occuper l'espace. Comme pour dire ; je sais le faire moi aussi, si je veux, je peux. Si la victoire doit m'en faire passer par là, j'en ai aussi les moyens.
Et alors l'Express fait sa une : "Lequel des deux ment le plus ?"
François Hollande est déjà entraîné dans les profondeurs. Il est éclaboussé par Sarkozy. L'un oblige l'autre à se salir les mains : la politique, c'est de la boue, c'est de la sueur, c'est dégueulasse. On ne peut pas en faire en restant propre sur soi. Voilà le message de Sarkozy à Hollande : rejoins moi dans l'arène. regarde de toute façon tu n'as pas le choix. Cette arène, c'est celle du cirque médiatique.
Les gens pensent ce que les médias disent.
Refuser totalement cette aliénation est la garantie de perdre l'élection.
L'accepter est une véritable compromission dans l'opération d'avilissement de la vie politique française.
Il faut la dénoncer.
Jusqu'à ce que les médias le disent (ils n'ont aucun amour propre).
Pour que les gens le pensent.
Mais je pense qu'ils le pensent déjà. Du moins je l'espère.