Le film est né.
A l'issue d'une semaine ignoble où la fureur s'est mêlée au désespoir.
Insomnies, cauchemars, notes prises en pleine nuit, pensées torturées sous la douche. Le film a hanté notre vie. Il nous faisait mal.
Colères, doutes profonds, révolte. Il a fallu néanmoins avancer, malgré la tempête, avancer, mettre nos pas dans les traces que l'on entrevoyait dans le brouillard.
Ecoute flottante, incompréhension, illumination.
Rien de pire que d'essayer de dire quelque chose à quelqu'un quand le message ne passe pas.
On veut d'abord le faire passer à coups de massue, on hait celui qui résiste, mais ça ne passe pas.
On cherche alors en soi les ressources pour modifier la stratégie. On analyse, on décortique et on laisse aussi, encore, l'imagination faire son travail. On imagine de nouveau son film, on se le projette autrement, on en ré-écrit les noeuds dans sa tête.
C'est une horreur. Toujours la même à ce stade du montage. Sur tous mes films. Celui-là peut-être encore plus violemment parce qu'il est important, parce qu'il promet plus grand.
Une séquence supprimée (laquelle ? La bonne), une autre scindée en deux, inversées et déplacée. Un plan qui saute, un autre dont on change la prise (lequel ? C'est celui-là qui fait noeud ? Non, celui-ci, non l'autre encore).
Comment se fait-il qu'un bon scénario ne se retrouve pas ensuite tout simplement ?
Parce que si le scénario doit être la description du film à venir, on ne le décrit jamais parfaitement. Le film s'écrit aussi au tournage puis au montage. Et à la fin, on a un autre film. Obligatoirement. Sinon, j'aurais cette incroyable faculté d'imaginer mon film plan par plan, d'anticiper au détail de regard près le jeu des acteurs, de préjuger parfaitement de l'impact d'une position de caméra, de prévoir sans erreur l'émotion créée par la juxtaposition, dans le bon ordre, de deux plans.
Non, malheureusement, et heureusement le film s'écrit tout au long de sa fabrication, jusqu'à la fin du montage.
Après, il se peaufine.
Et effectivement la lutte est acharnée contre la dépréciation de l'écriture. A chaque étape il faut se battre. A chaque étape il faut monter une marche. A chaque étape on peut dégringoler de l'escalier.
Le film est né.
Pour la première fois j'ai eu les sentiment que dans les moindres détails, la plus fine intention narrative et dramatique, le message est passé. Le film m'a été restitué. La ré-écriture, comme un travail de traduction, de transposition dans une autre réalité, a rendu les intentions de départ du scénario.
Moment éprouvant.
Bien sûr il y a encore des choses à faire, couper par-ci, rajouter par là, changer telle phrase, tel plan.
Mais là, il s'agit de parfaire, seulement parfaire.
Le travail sur la musique a été ces derniers temps une oasis dans cette douleur. Le dialogue avec le compositeur est essentiel et profond. C'est la seule personne avec qui on est obligé de justifier, d'expliquer le sens profond de chaque scène. Et une nouvelle musique livrée permet toujours à une séquence de renaître. De lui redonner ou d'amplifier son sens ou même de lui offrir un nouveau sens. On re-découvre son film avec la musique. Chaque morceau livré, même en maquette permet d'avoir le recul qui manque si cruellement.
C'est encore long jusqu'a la livraison. Montage son, post-synchro, bruitages, mixage, étalonnage, doublage pour la version française. Pour parfaire, enrober, faire encore mieux. On peut encore tout gâcher, bien sûr. Il ne faut pas faire d'erreur, et saisir toutes les opportunités de rendre l'émotion encore plus forte. Ne rien écraser, ne pas se tromper sur le dosage ou la nature d'un son, d'une couleur.
Mais pour la première fois j'ai le sentiment d'avoir gagné la guerre menée contre moi-même.
Pourvu que ça dure... un peu.
26 octobre 2012
22 octobre 2012
Möbius Journal de Post Prod 4
Ça n'a pas duré.
En fait on arrive à un moment où je voudrais que ce soit fini.
Je rêverais qu'on projette le film et que ceux qui le "visionnent" (en général les producteurs, les co-producteurs et quelques intervenants dans la post prod) me disent : "c'est fini. Bravo. On part comme ça."
Mais non, à chaque fois on me dit : "c'est une bombe mais ce n'est pas fini" ou "C'est énorme mais il n'y a pas encore le film".
Et à l'issue de la projection, difficile de savoir pourquoi le film n'est pas encore là. On vous donne les raisons et vous les croyez à peine, elles sont en général toute fausses. On se demande même si le sentiment lui-même (que le le film n'est pas là) n'est pas faux, induit par l'angoisse du producteur, ou son fantasme de producteur (celui qui sait).
J'aimerais tellement que le film soit un chef-d'œuvre dès, disons, le second montage. Allez, on en fait un premier, on travaille un peu et hop ! C'est fini. C'est mon rêve sur chaque film. Comme d'ailleurs sur le scénario. C'est également le même processus. On me dit à chaque version ; "C'est beaucoup mieux, formidable, mais ce n'est pas encore là." Et moi à chaque version, j'espère, je prie pour que ce soit la dernière.
Bon, un chef-d'œuvre, peut-être pas, mais un bon film quoi, un truc bien.
Et je suis dans un état d'énervement maximum. Je les hais tous. Je ne leur reconnais pas le droit de me parler. C'est eux qui ont écrit pendant cinq ans ? Non, ils n'ont fait que lire et juger. C'est eux qui ont tourné ? Non, ils sont venus visiter le plateau, vu les rushes et fait leurs commentaires, qui sur le maquillage, qui sur le rythme du jeu. Ils ont produit le film, oui. Et alors, d'où me parlent ils ? De quel film produit me parlent-ils ? Que le Claude Berri de "Tess" vienne me parler, oui j' écouterai. Que le producteur de "Van Gogh" vienne me parler, mais eux, ils ont fait quoi pour me dire que le film n'est pas là ? Hein ?
A ce stade, je voudrais qu'on me dise que c'est bien (je crois que c'est bien); on ne me le dit pas assez. je voudrais qu'on me dise ce qui est bien, pourquoi c'est bien. Mais non, on ne me parle que de ce qui ne marche toujours pas. En quel nom ? Selon quel critère ? Le critère de ton oeil acéré de spectateur ? Ta surprenante faculté d'oublier que tu es dans le coup toi aussi ? Ta cinéphile exemplaire ? Ton "nez" infaillible ?
Je ne supporte aucune critique. Je prends tout mal. En fait pas tout, certaines sont judicieuses et comme par hasard elles sont toutes venues de JD. Mais les autres, je ne les comprends pas. Elles sonnent comme un manque de respect. Chaque mot qu'on me destine est un manque de respect. Et s'ils ont du respect, alors ils ne savent pas du tout l'exprimer. Les gens ne savent plus se comporter.
Et je sais parfaitement que cette phase est normale, habituelle, voire banale. Que les producteurs font leur job.
Que voulez-vous qu'ils me disent si ce n'est ce qu'ils ressentent ? Et moi ? Ce que je ressens n'est pas plus pertinent ? Pourquoi ce qu'ils ressentent serait plus juste ?
On ne fait pas un film tout seul. Mais là je ne supporte plus les autres. Ceux qui me disent que le film n'est pas terminé. Parce que j'aimerais tellement qu'il le soit. Je vais me mettre à le détester tellement il n'est pas terminé.
Je suis fatigué, c'est vrai. Pas pris de vacances depuis le début de la préparation. Pas fait de pause après le tournage. Ça se paie maintenant.
Je ne supporte pas l'autre en général, celui à qui je montre le film. Il est un ennemi s'il ne me dit pas que c'est génial. Il a une "petite gêne", ce con ? Qu'il aille se faire foutre; il n'y connait rien, il ne parle que de lui, je m'en fous de sa gêne, qu'il s'étrangle avec. Ce sont mes gênes qui comptent pas les leurs. Je suis le mieux placé et non pas le moins bien. Ce qu'ils voudraient me faire croire.
Pourquoi, à l'issue des projections, ne me demande-t-on pas tout simplement ce que je compte faire, ce qui ne me plaît pas encore, ce que je veux améliorer ? Pourquoi ne fait-on pas confiance à ce que je ressens moi avant toute chose ?
Etrange étape...
Pourtant je sais parfaitement quelle doit être ma démarche positive : l'écoute flottante. Ecouter vaguement tout ce qui se dit, ne rien retenir de spécial, ne croire aucune remarque en particulier mais être attentif à l'écho que ça provoque en soi. Voir si dans ce qui se dit nos propres réserves ne se confirment pas. Quelques fois on apprend quelque chose sur ce qu'on a fait. Mais c'est comme une illumination. On ne l'avait pas vu mais maintenant que c'est dit c'est évident. Ne retenir que l'évidence...
Voilà, attendre juste que ça fasse mouche dans le maelström de remarques qu'on me fait, toutes plus désobligeantes les unes que les autres. Passer sur l'ineptie et la vulgarité de ce que j'entends. Nous en servir, nous en inspirer pour tracer la voie qui est la notre. Notre voie. Pas la leur.
Piller dans les discours discourtois ce qui est bon pour le film selon notre vision à nous.
Cette semaine on retravaille encore, encore et toujours. On a vu des trucs à faire, à régler, à améliorer, on va essayer de contenter tout le monde. Faire en sorte que nos propres solutions règlent les problèmes des autres. Mes ennemis du moment.
Très très négatif, je sais. Exténué. Envie d'être méchant.
C'est une phase de la post-production.
J'espère que ça ne va pas durer... Ce n'est pas bien.
En fait on arrive à un moment où je voudrais que ce soit fini.
Je rêverais qu'on projette le film et que ceux qui le "visionnent" (en général les producteurs, les co-producteurs et quelques intervenants dans la post prod) me disent : "c'est fini. Bravo. On part comme ça."
Mais non, à chaque fois on me dit : "c'est une bombe mais ce n'est pas fini" ou "C'est énorme mais il n'y a pas encore le film".
Et à l'issue de la projection, difficile de savoir pourquoi le film n'est pas encore là. On vous donne les raisons et vous les croyez à peine, elles sont en général toute fausses. On se demande même si le sentiment lui-même (que le le film n'est pas là) n'est pas faux, induit par l'angoisse du producteur, ou son fantasme de producteur (celui qui sait).
J'aimerais tellement que le film soit un chef-d'œuvre dès, disons, le second montage. Allez, on en fait un premier, on travaille un peu et hop ! C'est fini. C'est mon rêve sur chaque film. Comme d'ailleurs sur le scénario. C'est également le même processus. On me dit à chaque version ; "C'est beaucoup mieux, formidable, mais ce n'est pas encore là." Et moi à chaque version, j'espère, je prie pour que ce soit la dernière.
Bon, un chef-d'œuvre, peut-être pas, mais un bon film quoi, un truc bien.
Et je suis dans un état d'énervement maximum. Je les hais tous. Je ne leur reconnais pas le droit de me parler. C'est eux qui ont écrit pendant cinq ans ? Non, ils n'ont fait que lire et juger. C'est eux qui ont tourné ? Non, ils sont venus visiter le plateau, vu les rushes et fait leurs commentaires, qui sur le maquillage, qui sur le rythme du jeu. Ils ont produit le film, oui. Et alors, d'où me parlent ils ? De quel film produit me parlent-ils ? Que le Claude Berri de "Tess" vienne me parler, oui j' écouterai. Que le producteur de "Van Gogh" vienne me parler, mais eux, ils ont fait quoi pour me dire que le film n'est pas là ? Hein ?
A ce stade, je voudrais qu'on me dise que c'est bien (je crois que c'est bien); on ne me le dit pas assez. je voudrais qu'on me dise ce qui est bien, pourquoi c'est bien. Mais non, on ne me parle que de ce qui ne marche toujours pas. En quel nom ? Selon quel critère ? Le critère de ton oeil acéré de spectateur ? Ta surprenante faculté d'oublier que tu es dans le coup toi aussi ? Ta cinéphile exemplaire ? Ton "nez" infaillible ?
Je ne supporte aucune critique. Je prends tout mal. En fait pas tout, certaines sont judicieuses et comme par hasard elles sont toutes venues de JD. Mais les autres, je ne les comprends pas. Elles sonnent comme un manque de respect. Chaque mot qu'on me destine est un manque de respect. Et s'ils ont du respect, alors ils ne savent pas du tout l'exprimer. Les gens ne savent plus se comporter.
Et je sais parfaitement que cette phase est normale, habituelle, voire banale. Que les producteurs font leur job.
Que voulez-vous qu'ils me disent si ce n'est ce qu'ils ressentent ? Et moi ? Ce que je ressens n'est pas plus pertinent ? Pourquoi ce qu'ils ressentent serait plus juste ?
On ne fait pas un film tout seul. Mais là je ne supporte plus les autres. Ceux qui me disent que le film n'est pas terminé. Parce que j'aimerais tellement qu'il le soit. Je vais me mettre à le détester tellement il n'est pas terminé.
Je suis fatigué, c'est vrai. Pas pris de vacances depuis le début de la préparation. Pas fait de pause après le tournage. Ça se paie maintenant.
Je ne supporte pas l'autre en général, celui à qui je montre le film. Il est un ennemi s'il ne me dit pas que c'est génial. Il a une "petite gêne", ce con ? Qu'il aille se faire foutre; il n'y connait rien, il ne parle que de lui, je m'en fous de sa gêne, qu'il s'étrangle avec. Ce sont mes gênes qui comptent pas les leurs. Je suis le mieux placé et non pas le moins bien. Ce qu'ils voudraient me faire croire.
Pourquoi, à l'issue des projections, ne me demande-t-on pas tout simplement ce que je compte faire, ce qui ne me plaît pas encore, ce que je veux améliorer ? Pourquoi ne fait-on pas confiance à ce que je ressens moi avant toute chose ?
Etrange étape...
Pourtant je sais parfaitement quelle doit être ma démarche positive : l'écoute flottante. Ecouter vaguement tout ce qui se dit, ne rien retenir de spécial, ne croire aucune remarque en particulier mais être attentif à l'écho que ça provoque en soi. Voir si dans ce qui se dit nos propres réserves ne se confirment pas. Quelques fois on apprend quelque chose sur ce qu'on a fait. Mais c'est comme une illumination. On ne l'avait pas vu mais maintenant que c'est dit c'est évident. Ne retenir que l'évidence...
Voilà, attendre juste que ça fasse mouche dans le maelström de remarques qu'on me fait, toutes plus désobligeantes les unes que les autres. Passer sur l'ineptie et la vulgarité de ce que j'entends. Nous en servir, nous en inspirer pour tracer la voie qui est la notre. Notre voie. Pas la leur.
Piller dans les discours discourtois ce qui est bon pour le film selon notre vision à nous.
Cette semaine on retravaille encore, encore et toujours. On a vu des trucs à faire, à régler, à améliorer, on va essayer de contenter tout le monde. Faire en sorte que nos propres solutions règlent les problèmes des autres. Mes ennemis du moment.
Très très négatif, je sais. Exténué. Envie d'être méchant.
C'est une phase de la post-production.
J'espère que ça ne va pas durer... Ce n'est pas bien.
17 octobre 2012
Möbius Journal de Post Prod 3
Le bout du tunnel.
Vendredi prochain, troisième projection du film.
Les dix jours qui ont suivi la dernière projection ont été tendus, douloureux, angoissants. Nous devions nous remettre en cause, remettre en question la plupart de nos choix, comprendre pourquoi certaines scènes ne fonctionnaient pas et comment les modifier en conséquence.
Ce qui est certain c'est qu'il fallait aborder le film autrement, cesser de l'admirer, de le cajôler. Il fallait lui faire violence sans pour autant abandonner ce qui nous plaisait, ce qui pour nous faisait son âme.
Semaine intense, difficile. Nous faisions face à des énigmes et des impasses. Le film nous a résisté terriblement. La matière nous a nargué.
Il m'a été nécessaire de comprendre, de mieux analyser les raisons qui expliquent l'écart entre un scénario et un film. Pourquoi une scène qui fonctionne à la lecture ne fonctionne plus du tout une fois filmée et montée. En tenant évidemment compte de l'aveuglement, du manque de recul qui peut nous faire perdre confiance. Revenir au scénario a été un des mouvements alors même qu'il fallait dans le même temps accepter ce qui ne marchait pas et donc parfois réécrire le scénario.
Réécrire le scénario quand le filmage n'a pas été conçu pour ça. Faire dire autre chose à la scène contre le filmage lui-même, contre le jeu des acteurs, au prix d'un appauvrissement de la mise en scène.
Moments douloureux, stressants.
Il y a plusieurs raisons au décalage entre le script et le film pour une scène donnée.
D'abord il y a le ratage de mise en scène. Mauvais filmage, que ce soit par manque de temps ou par manque d'inspiration. On n'a pas la matière pour dire les choses au mieux. Alors on contourne, on triche, on cache la misère. Mauvaise direction d'acteur. Ils ont été si dociles, si ouverts ! Et je les ai parfois mené là où il ne fallait pas, manqué de leur dire ce qu'il fallait.
Les acteurs peuvent parfois être en-dessous de ce qu'on pouvait espérer. Alors on fait au mieux, on contourne, on arrange, on masque, on répare, on rustine.
Et puis il y a la différence fondamentale entre le rythme de la lecture et celui de la vision. On lit mal les scénarios. Il faudrait à chaque scène fermer les yeux et se projeter le film à venir. Ce qui a l'air de passer si bien devient une punition une fois filmé. Parce que ça va plus vite. Parce qu'on a devant soi la chose même qui défile concrètement. Parce qu'il faut subir le temps au lieu de l'imaginer.
La logique cinématographique n'est pas littéraire. La transposition dans l'espace cinématographique réserve de bonnes et de mauvaises surprises. Je pense depuis longtemps qu'un scénario est la description d'un film à venir. Il faut l'écrire puis le lire comme ça. Mais la lecture a sa propre logique. L'écriture s'appuie sur ses effets propres qui ne sont pas ceux du cinéma. Ne jamais l'oublier quand on écrit. Ne jamais l'oublier quand on lit.
C'est une phase du montage bien connue. Il ne faut pas le prendre personnellement. Elle est absolument inévitable. C'est aussi le moment où l'on ne voit plus ce qui est réussi, où cela va sans dire et donc on ne le dit plus et on ne vous parle plus de ce qui ne marche pas. Etape dépressive.
Mais quels bonheur quand enfin, à force de nuits blanches, de cogitation anxieuse, on trouve les solutions pour rendre le film à lui même par et malgré les images.
Il n'y avait pas de raison de douter. Le scénario était solide et apprécié. Les acteurs ont élevé leurs personnages au-dessus de ce qui était écrit. Ils leur ont donné corps, les ont rendu touchants, intéressants, forts, fascinants, beaux.
Alors il fallait être à la hauteur et travailler la matière jusqu'à ce qu'elle rende ce qu'elle avait de plus précieux. Il fallait refuser qu'elle fasse la loi, parfois en lui faisant violence, parfois en étant diplomate avec elle, d'autres fois en acceptant simplement ce qu'elle était et en faisant le deuil de ce qu'on aurait voulu qu'elle soit.
Le bout du tunnel oui. Aujourd'hui je souffle et je tremble encore de cette bataille.
Vendredi on en saura un peu plus. Je ne crains plus les mauvaises surprises. Je pense qu'à l'issue de cette projection on pourra se dire que tout ce qui se fera ensuite sera du plus et non du moins, servira à faire briller l'objet et non plus à le modeler ou le réparer.
Le film est là. Il a déposé les armes et il s'est rendu. Il ne restera plus qu'à lui ajouter les milles petites choses, les milles petits détails qui feront l'excellence de sa finition.
La phase de combat est terminée.
C'est ce que je pense aujourd'hui. Espérons que ça dure un peu. Rien n'est acquis.
Vendredi prochain, troisième projection du film.
Les dix jours qui ont suivi la dernière projection ont été tendus, douloureux, angoissants. Nous devions nous remettre en cause, remettre en question la plupart de nos choix, comprendre pourquoi certaines scènes ne fonctionnaient pas et comment les modifier en conséquence.
Ce qui est certain c'est qu'il fallait aborder le film autrement, cesser de l'admirer, de le cajôler. Il fallait lui faire violence sans pour autant abandonner ce qui nous plaisait, ce qui pour nous faisait son âme.
Semaine intense, difficile. Nous faisions face à des énigmes et des impasses. Le film nous a résisté terriblement. La matière nous a nargué.
Il m'a été nécessaire de comprendre, de mieux analyser les raisons qui expliquent l'écart entre un scénario et un film. Pourquoi une scène qui fonctionne à la lecture ne fonctionne plus du tout une fois filmée et montée. En tenant évidemment compte de l'aveuglement, du manque de recul qui peut nous faire perdre confiance. Revenir au scénario a été un des mouvements alors même qu'il fallait dans le même temps accepter ce qui ne marchait pas et donc parfois réécrire le scénario.
Réécrire le scénario quand le filmage n'a pas été conçu pour ça. Faire dire autre chose à la scène contre le filmage lui-même, contre le jeu des acteurs, au prix d'un appauvrissement de la mise en scène.
Moments douloureux, stressants.
Il y a plusieurs raisons au décalage entre le script et le film pour une scène donnée.
D'abord il y a le ratage de mise en scène. Mauvais filmage, que ce soit par manque de temps ou par manque d'inspiration. On n'a pas la matière pour dire les choses au mieux. Alors on contourne, on triche, on cache la misère. Mauvaise direction d'acteur. Ils ont été si dociles, si ouverts ! Et je les ai parfois mené là où il ne fallait pas, manqué de leur dire ce qu'il fallait.
Les acteurs peuvent parfois être en-dessous de ce qu'on pouvait espérer. Alors on fait au mieux, on contourne, on arrange, on masque, on répare, on rustine.
Et puis il y a la différence fondamentale entre le rythme de la lecture et celui de la vision. On lit mal les scénarios. Il faudrait à chaque scène fermer les yeux et se projeter le film à venir. Ce qui a l'air de passer si bien devient une punition une fois filmé. Parce que ça va plus vite. Parce qu'on a devant soi la chose même qui défile concrètement. Parce qu'il faut subir le temps au lieu de l'imaginer.
La logique cinématographique n'est pas littéraire. La transposition dans l'espace cinématographique réserve de bonnes et de mauvaises surprises. Je pense depuis longtemps qu'un scénario est la description d'un film à venir. Il faut l'écrire puis le lire comme ça. Mais la lecture a sa propre logique. L'écriture s'appuie sur ses effets propres qui ne sont pas ceux du cinéma. Ne jamais l'oublier quand on écrit. Ne jamais l'oublier quand on lit.
C'est une phase du montage bien connue. Il ne faut pas le prendre personnellement. Elle est absolument inévitable. C'est aussi le moment où l'on ne voit plus ce qui est réussi, où cela va sans dire et donc on ne le dit plus et on ne vous parle plus de ce qui ne marche pas. Etape dépressive.
Mais quels bonheur quand enfin, à force de nuits blanches, de cogitation anxieuse, on trouve les solutions pour rendre le film à lui même par et malgré les images.
Il n'y avait pas de raison de douter. Le scénario était solide et apprécié. Les acteurs ont élevé leurs personnages au-dessus de ce qui était écrit. Ils leur ont donné corps, les ont rendu touchants, intéressants, forts, fascinants, beaux.
Alors il fallait être à la hauteur et travailler la matière jusqu'à ce qu'elle rende ce qu'elle avait de plus précieux. Il fallait refuser qu'elle fasse la loi, parfois en lui faisant violence, parfois en étant diplomate avec elle, d'autres fois en acceptant simplement ce qu'elle était et en faisant le deuil de ce qu'on aurait voulu qu'elle soit.
Le bout du tunnel oui. Aujourd'hui je souffle et je tremble encore de cette bataille.
Vendredi on en saura un peu plus. Je ne crains plus les mauvaises surprises. Je pense qu'à l'issue de cette projection on pourra se dire que tout ce qui se fera ensuite sera du plus et non du moins, servira à faire briller l'objet et non plus à le modeler ou le réparer.
Le film est là. Il a déposé les armes et il s'est rendu. Il ne restera plus qu'à lui ajouter les milles petites choses, les milles petits détails qui feront l'excellence de sa finition.
La phase de combat est terminée.
C'est ce que je pense aujourd'hui. Espérons que ça dure un peu. Rien n'est acquis.
10 octobre 2012
Möbius Journal de Post Prod 2
C'est le moment le pire dans la fabrication du film.
Celui que je veux à chaque fois éviter. Et je n'y parviens jamais car c'est inévitable.
C'est le moment où il n'y a plus de surprise, plus d'excitation. Fini le plaisir de découvrir les scènes qu'on a écrites jouées par des acteurs qui leur donnent corps, fini l'émotion de découvrir son propre film par la magie du montage qui lui donne le souffle de vie, fini le frisson d'être le capitaine du navire, seul aux commandes.
C'est le moment de dépossession. Celui où l'industrie commence à vouloir reprendre ses droits. C'est le début d'un combat âpre où il faudrait être sûr de soi alors que c'est impossible. Celui où les coups de l'adversaire portent à chaque fois et à chaque fois il faut recoudre la blessure.
C'est le moment où le film a son autonomie, sa logique propre au nom de laquelle chacun s'estime en droit d'y poser la main. C'est un corps offert que chacun palpe, tâte et voudrait transformer.
C'est le moment où l'on dit à l'auteur : tu n'es pas seul, notre avis compte. Le moment du douloureux débat intérieur pour savoir si ce que dit l'autre est pertinent ou seulement l'expression de son angoisse et de sa névrose.
C'est le moment où le fait de ne pas savoir ce qu'on a fait joue contre vous car vous êtes ainsi vulnérable face à toutes les tentatives d'intimidation qui se présentent sous le masque des avis, conseils et recommandations.
C'est le moment où l'on commence à vous menacer implicitement. Celui où vous devez faire entrer le film dans une machine qui est celle de l'industrie et du commerce, cette même machine qui a rendu votre film possible et qui maintenant réclame ses droits.
C'est le moment où les sirènes se mettent à chanter, le moment où vous devez vous attacher au mât afin de ne pas succomber.
Moment pénible où vous devez défendre votre propre matière sans savoir si votre cause est bonne.
Car évidemment les autres agissent pour votre bien. C'est difficile de refuser qu'on veuille vous faire du bien...
C'est le moment où chacun profite de votre fragilité pour prendre le pouvoir. Le moment où le film n'est pas terminé et où chacun voudrait le terminer à votre place. Le moment où la machine veut que vous deveniez son enfant, vous-même une petite machine à qui elle peut donner des instructions.
Ce moment terrible où étant incapable de discerner vos propres convictions, vous êtes enclin à suivre celles des autres.
Et ils en ont tous. Ils savent. Ils savent mieux que vous.
J'ai eu ça sur Les Patriotes. En pire même. J'ai eu ça sur tous les autres films. Et à chaque fois c'est une torture.
Il faut alors être fort et assumer sa propre faiblesse.
Il faut accepter d'être nu sur le champ de bataille mais refuser toutes les protections. Et on vous dit que les obus vont pleuvoir, que la tempête va se lever, et on vous propose une armure, un tank ou n'importe quoi d'autre qui parait-il vous épargnera la souffrance. Et vous devez refuser cette offre parce que sinon tout ce que vous avez entrepris n'a plus de sens.
J'ai perdu l'âme de Möbius dans ce sens que je ne sais plus où elle est. C'est normal. Ce film, c'est moi et ce n'est plus moi.
Mais je ne laisserai personne m'imposer une âme de remplacement, c'est à dire une âme artificielle.
C'est le moment où l'on doit se battre contre les amis, les collègues, les partenaires. Tous ceux qui vous veulent du bien et qui vous disent : repose toi maintenant, on prend les choses en main, tu as bien travaillé mais tu ne sais plus ce que tu fais, nous, on sait. On doit se battre dans la fumée, sans rien voir, rien entendre, sans même savoir si on n'est pas à deux doigts du précipice.
Möbius raconte cela à sa manière. Cet amour épais qui s'insinue dans la machine de l'espionnage, en vient remplir tous les interstices, gripper tous les mécanismes. Un combat entre la chair palpitante et la structure froide de la manipulation. Un combat entre le fluide charnel et la mécanique du pouvoir. Et comme dans Möbius, l'issue du combat est incertaine. La machine a des armes effroyables, celles de la distorsion, de l'illusion, de la tentation, celle de la masse contre l'individu, de la structure contre l'élément. Elle peut gagner. Elle peut aussi perdre. C'est au fond ce que raconte Möbius.
Celui que je veux à chaque fois éviter. Et je n'y parviens jamais car c'est inévitable.
C'est le moment où il n'y a plus de surprise, plus d'excitation. Fini le plaisir de découvrir les scènes qu'on a écrites jouées par des acteurs qui leur donnent corps, fini l'émotion de découvrir son propre film par la magie du montage qui lui donne le souffle de vie, fini le frisson d'être le capitaine du navire, seul aux commandes.
C'est le moment de dépossession. Celui où l'industrie commence à vouloir reprendre ses droits. C'est le début d'un combat âpre où il faudrait être sûr de soi alors que c'est impossible. Celui où les coups de l'adversaire portent à chaque fois et à chaque fois il faut recoudre la blessure.
C'est le moment où le film a son autonomie, sa logique propre au nom de laquelle chacun s'estime en droit d'y poser la main. C'est un corps offert que chacun palpe, tâte et voudrait transformer.
C'est le moment où l'on dit à l'auteur : tu n'es pas seul, notre avis compte. Le moment du douloureux débat intérieur pour savoir si ce que dit l'autre est pertinent ou seulement l'expression de son angoisse et de sa névrose.
C'est le moment où le fait de ne pas savoir ce qu'on a fait joue contre vous car vous êtes ainsi vulnérable face à toutes les tentatives d'intimidation qui se présentent sous le masque des avis, conseils et recommandations.
C'est le moment où l'on commence à vous menacer implicitement. Celui où vous devez faire entrer le film dans une machine qui est celle de l'industrie et du commerce, cette même machine qui a rendu votre film possible et qui maintenant réclame ses droits.
C'est le moment où les sirènes se mettent à chanter, le moment où vous devez vous attacher au mât afin de ne pas succomber.
Moment pénible où vous devez défendre votre propre matière sans savoir si votre cause est bonne.
Car évidemment les autres agissent pour votre bien. C'est difficile de refuser qu'on veuille vous faire du bien...
C'est le moment où chacun profite de votre fragilité pour prendre le pouvoir. Le moment où le film n'est pas terminé et où chacun voudrait le terminer à votre place. Le moment où la machine veut que vous deveniez son enfant, vous-même une petite machine à qui elle peut donner des instructions.
Ce moment terrible où étant incapable de discerner vos propres convictions, vous êtes enclin à suivre celles des autres.
Et ils en ont tous. Ils savent. Ils savent mieux que vous.
J'ai eu ça sur Les Patriotes. En pire même. J'ai eu ça sur tous les autres films. Et à chaque fois c'est une torture.
Il faut alors être fort et assumer sa propre faiblesse.
Il faut accepter d'être nu sur le champ de bataille mais refuser toutes les protections. Et on vous dit que les obus vont pleuvoir, que la tempête va se lever, et on vous propose une armure, un tank ou n'importe quoi d'autre qui parait-il vous épargnera la souffrance. Et vous devez refuser cette offre parce que sinon tout ce que vous avez entrepris n'a plus de sens.
J'ai perdu l'âme de Möbius dans ce sens que je ne sais plus où elle est. C'est normal. Ce film, c'est moi et ce n'est plus moi.
Mais je ne laisserai personne m'imposer une âme de remplacement, c'est à dire une âme artificielle.
C'est le moment où l'on doit se battre contre les amis, les collègues, les partenaires. Tous ceux qui vous veulent du bien et qui vous disent : repose toi maintenant, on prend les choses en main, tu as bien travaillé mais tu ne sais plus ce que tu fais, nous, on sait. On doit se battre dans la fumée, sans rien voir, rien entendre, sans même savoir si on n'est pas à deux doigts du précipice.
Möbius raconte cela à sa manière. Cet amour épais qui s'insinue dans la machine de l'espionnage, en vient remplir tous les interstices, gripper tous les mécanismes. Un combat entre la chair palpitante et la structure froide de la manipulation. Un combat entre le fluide charnel et la mécanique du pouvoir. Et comme dans Möbius, l'issue du combat est incertaine. La machine a des armes effroyables, celles de la distorsion, de l'illusion, de la tentation, celle de la masse contre l'individu, de la structure contre l'élément. Elle peut gagner. Elle peut aussi perdre. C'est au fond ce que raconte Möbius.
05 octobre 2012
Möbius journal de Post Prod
Lundi prochain nous nous projetons le film sur grand écran.
C'est la seconde projection. La première a eu lieu il y a quatre semaines en présence des producteurs et du compositeur Jonathan Morali (de Syd Matters).
Cette dernière projection nous avait permis de découvrir sur grand écran le premier montage du film dans son intégralité.
La vision sur grand écran est indispensable car de nouvelles informations apparaissent dans les images et changent la perception du rythme par rapport au petit écran du montage.
Nous avons depuis repris chaque séquence, chaque plan, et apporté toutes les modifications dont la nécessité est apparue lors de la projection. Nous avons également mis sous le feu de notre critique chaque choix de plan, cherché dans les doubles de meilleures prises, voire dans les "non U" (les prises non utilisées, celles qui n'avaient pas été à priori choisies pour constituer la listes des prises à monter). Nous avons re-travaillé chaque mouvement du film.
Et donc lundi nous nous projetons le résultat de ce travail.
A cette projection assisteront tous ceux qui doivent intervenir dans la post-production, quand le montage image sera déclaré terminé ; monteurs son, monteur parole, mixeur, chef opérateur (qui devra s'occuper de l'étalonnage), compositeur, responsables de la post production et des effets spéciaux. Il y aura aussi de nouveau les producteurs et enfin JD qui découvrira le film pour la première fois.
A ce stade, le film est loin d'être fini. Les fonds verts n'ont pas été remplacés par les "pelures", les Fx , quand ils sont faits, sont seulement "maquétés", il n'y a pas de montage son, et la musique (synchros (morceaux achetés) et scores (musique originale)) n'est ni définitive ni complète.
Mais enfin le film est là, avec son rythme, ses mouvements et les émotions qui s'en dégagent.
Et avec le sens qui apparaît aussi, son style, son identité.
Quel est ce sens ? Que est le style ? Qu'est-ce que ce film ?
Des questions auxquelles j'aimerais bien répondre mais dont je ne peux avoir qu'une vague idée, et encore, incertaine et probablement fausse.
Cette projection sert à me faire une opinion du film. Je sais que je ne le verrai pas. Je pense d'ailleurs que c'est une erreur de le montrer à ce stade aux autres. C'est alors le montrer pour les autres. Alors que je dois d'abord savoir ce que moi j'en pense afin de savoir ce que je peux encore y apporter.
Je ne le verrai pas et c'est un peu un drame. Je ne peux plus être spectateur de mon film. Je l'ai été, quand j'ai découvert les premiers montages. J'ai pu alors naître au film. Mais c'est fini.
Je vais m'efforcer d'oublier les autres à qui je le montre, m'extraire de ce qu'ils peuvent en penser parce qu'à ce stade, ce n'est pas encore utile. J'estime être le mieux placé pour en penser quoi que ce soit.
Mais la présence des autres va évidemment distordre ma propre vision.
Je pourrais refuser de partager cette projection et nous la réserver, à moi et à la monteuse, Pascale Fenouillet. Mais il faut que chacun sache sur quel film il va travailler, et en mesure le niveau d'exigence.
Je devrai donc faire un effort pour ne pas encore être dans cet état de "donner" le film à voir. J'espère que c'est possible.
L'histoire d'amour (donc l'histoire principale du film) fonctionne. Les personnages sont attachants, leur relation est émouvante. On aime leur amour et c'est le principal. On a donc peur pour cette relation et on est solidaire du jeu secret et dangereux qu'elle fait jouer aux personnages.
Nous avons je crois sauvé la scène de la bagarre dans l'ascenseur qui était mal barrée au tournage. Sauvé, c'est à dire que je pense que c'est une belle scène. Elle ne ressemble pas obligatoirement à ce que je voulais mais ce n'est pas grave. Je ne voulais pas la découper, j'ai été contraint de le faire.
La fameuse scène "Heat", où j'affirmais sans trop exagérer que j'étais le seul à comprendre ce qu'on faisait est aujourd'hui la scène que j'estime être la plus forte du film. Parce qu'elle n'est pas nécessaire à l'intrigue. Elle survient par surprise et elle est très émouvante. Et je ne cesses pas d'adorer les scènes entre JD et CdF. J'ai ce petit sourire niais quand je les vois. C'est bon signe je crois.
Il faut quand même se méfier de ses propres impressions. Se méfier au sens où elles ne présagent rien de ce que les autres vont percevoir.
J'ai été heureux de lire une réaction sur Twitter quand une bande annonce est passée au congrès des exploitants, réaction qui retrouvait "Les patriotes" dans ce qui avait été montré. Oui c'est l'ambition. Ce n'est pas le même sujet, ni le même thème. c'est le même projet cinématographique.
Et moi j'y retrouve quelque chose d'Un monde Sans Pitié. Je m'en expliquerai plus tard.
J'espère ne pas être trop déprimé à l'issue de la projection... Je ne suis pas à l'abris d'une mauvaise projection comme on dit. Je verrais tout en noir, trouverais tout raté. Mais je suis quand même confiant.
C'est la seconde projection. La première a eu lieu il y a quatre semaines en présence des producteurs et du compositeur Jonathan Morali (de Syd Matters).
Cette dernière projection nous avait permis de découvrir sur grand écran le premier montage du film dans son intégralité.
La vision sur grand écran est indispensable car de nouvelles informations apparaissent dans les images et changent la perception du rythme par rapport au petit écran du montage.
Nous avons depuis repris chaque séquence, chaque plan, et apporté toutes les modifications dont la nécessité est apparue lors de la projection. Nous avons également mis sous le feu de notre critique chaque choix de plan, cherché dans les doubles de meilleures prises, voire dans les "non U" (les prises non utilisées, celles qui n'avaient pas été à priori choisies pour constituer la listes des prises à monter). Nous avons re-travaillé chaque mouvement du film.
Et donc lundi nous nous projetons le résultat de ce travail.
A cette projection assisteront tous ceux qui doivent intervenir dans la post-production, quand le montage image sera déclaré terminé ; monteurs son, monteur parole, mixeur, chef opérateur (qui devra s'occuper de l'étalonnage), compositeur, responsables de la post production et des effets spéciaux. Il y aura aussi de nouveau les producteurs et enfin JD qui découvrira le film pour la première fois.
A ce stade, le film est loin d'être fini. Les fonds verts n'ont pas été remplacés par les "pelures", les Fx , quand ils sont faits, sont seulement "maquétés", il n'y a pas de montage son, et la musique (synchros (morceaux achetés) et scores (musique originale)) n'est ni définitive ni complète.
Mais enfin le film est là, avec son rythme, ses mouvements et les émotions qui s'en dégagent.
Et avec le sens qui apparaît aussi, son style, son identité.
Quel est ce sens ? Que est le style ? Qu'est-ce que ce film ?
Des questions auxquelles j'aimerais bien répondre mais dont je ne peux avoir qu'une vague idée, et encore, incertaine et probablement fausse.
Cette projection sert à me faire une opinion du film. Je sais que je ne le verrai pas. Je pense d'ailleurs que c'est une erreur de le montrer à ce stade aux autres. C'est alors le montrer pour les autres. Alors que je dois d'abord savoir ce que moi j'en pense afin de savoir ce que je peux encore y apporter.
Je ne le verrai pas et c'est un peu un drame. Je ne peux plus être spectateur de mon film. Je l'ai été, quand j'ai découvert les premiers montages. J'ai pu alors naître au film. Mais c'est fini.
Je vais m'efforcer d'oublier les autres à qui je le montre, m'extraire de ce qu'ils peuvent en penser parce qu'à ce stade, ce n'est pas encore utile. J'estime être le mieux placé pour en penser quoi que ce soit.
Mais la présence des autres va évidemment distordre ma propre vision.
Je pourrais refuser de partager cette projection et nous la réserver, à moi et à la monteuse, Pascale Fenouillet. Mais il faut que chacun sache sur quel film il va travailler, et en mesure le niveau d'exigence.
Je devrai donc faire un effort pour ne pas encore être dans cet état de "donner" le film à voir. J'espère que c'est possible.
L'histoire d'amour (donc l'histoire principale du film) fonctionne. Les personnages sont attachants, leur relation est émouvante. On aime leur amour et c'est le principal. On a donc peur pour cette relation et on est solidaire du jeu secret et dangereux qu'elle fait jouer aux personnages.
Nous avons je crois sauvé la scène de la bagarre dans l'ascenseur qui était mal barrée au tournage. Sauvé, c'est à dire que je pense que c'est une belle scène. Elle ne ressemble pas obligatoirement à ce que je voulais mais ce n'est pas grave. Je ne voulais pas la découper, j'ai été contraint de le faire.
La fameuse scène "Heat", où j'affirmais sans trop exagérer que j'étais le seul à comprendre ce qu'on faisait est aujourd'hui la scène que j'estime être la plus forte du film. Parce qu'elle n'est pas nécessaire à l'intrigue. Elle survient par surprise et elle est très émouvante. Et je ne cesses pas d'adorer les scènes entre JD et CdF. J'ai ce petit sourire niais quand je les vois. C'est bon signe je crois.
Il faut quand même se méfier de ses propres impressions. Se méfier au sens où elles ne présagent rien de ce que les autres vont percevoir.
J'ai été heureux de lire une réaction sur Twitter quand une bande annonce est passée au congrès des exploitants, réaction qui retrouvait "Les patriotes" dans ce qui avait été montré. Oui c'est l'ambition. Ce n'est pas le même sujet, ni le même thème. c'est le même projet cinématographique.
Et moi j'y retrouve quelque chose d'Un monde Sans Pitié. Je m'en expliquerai plus tard.
J'espère ne pas être trop déprimé à l'issue de la projection... Je ne suis pas à l'abris d'une mauvaise projection comme on dit. Je verrais tout en noir, trouverais tout raté. Mais je suis quand même confiant.
03 mai 2012
La rupture Hollande
En 2007, Nicolas Sarkozy était le candidat de la rupture. Celle d'avec les années de stagnation, d'avec les atermoiements de gauche, d'avec la timidité française d'entrer dans la modernité et la mondialisation. Cette promesse de rupture en a séduit plus d'un, venus de tous horizons.
Cette rupture s'appuyait sur l'idée simple que la France était bloquée par ses tabous. Tabou sur le travail, la réussite, l'argent, tabou sur l'incapacité de regarder en face la réalité de l'immigration, tabou sur les acquis sociaux qui nous empêcheraient d'avancer.
Dès la première année de son quinquennat, le nouveau président a voulu attaquer ces tabous. La fête au Fouquet's, les vacances sur un yacht n'étaient pas une erreur. C'était une démonstration : non l'argent n'est pas sale, non la réussite n'est pas mauvaise. Nicolas Sarkozy a immédiatement voulu décomplexer la société française. Identité nationale, "travailler plus pour gagner plus", il s'attaquait à ce qu'il considérait comme des carcans, des inhibitions. Il voulait bousculer la France.
Il a réussi.
Et la France, apparemment, n'a pas aimé.
Vouloir ainsi bousculer un malade sous prétexte que la guérison l'exige ne fonctionne que si, au bout des cinq ans de traitement, une lueur de bien être apparaît, ou même une lueur d'espoir, ce qui n'est pas le cas. Un million de chômeur en plus, un endettement record, une précarité grandissante... le bilan est négatif.
Alors la crise est passé par là. Admettons. On se souvient du constat de François Fillon arrivé aux affaires : la France était en état de quasi faillite. La crise, donc, n'était pas une surprise. Et finalement on peut se demander si le programme de Nicolas Sarkozy pouvait finir autrement que par ce rejet qui semble massif. Faire la leçon à la France alors qu'elle s'engouffrait dans les difficultés ne pouvait qu'aboutir à cette colère qui s'exprime aujourd'hui.
Passons sur la stratégie de campagne du président sortant. Pathétique, indigne ou audacieuse, elle semble vouée à l'échec. Elle ressemble à ce qu'il a été : brutal. Il semble finalement que rien ne peut être réparé, rien ne peut être expliqué. Nicolas Sarkozy n'est pas un visionnaire. c'est un idéologue. Et son quinquennat agressif ne pouvait susciter l'indulgence face à l'échec.
Dimanche je ne voterai pas contre Sarkozy. Malgré sa campagne, je le préfère à d'autres qui auraient pu se présenter contre lui. Non je ne voterai pas contre Sarkozy. Je voterai pour François Hollande.
Je voterai pour François Hollande parce qu'il incarne à mes yeux une rupture, lui aussi. Rupture avec la philosophie du dernier quinquennat mais aussi rupture avec le style de présidence que l'on connaît depuis des décennies, rupture avec le style de relation au peuple.
J'ai rencontré personnellement François Hollande en 2004 alors qu'il était premier secrétaire du Parti Socialiste. Nous avions parlé quelques minutes. Je me souviens qu'après lui avoir serré la main, en m'éloignant, je me suis fait cette étrange réflexion : "Cet homme n'accédera jamais aux plus hautes fonction de l'Etat, il est trop sympathique". J'aurais pu dire: il est trop normal. Il m'avait surpris par cette proximité, cette simplicité, ces qualités qui me semblaient incompatible avec les monstruosité nécessaire aux grands destins, avec cet instinct de guerrier impitoyable propre aux hommes de pouvoir.
J'ai croisé des hommes politiques, j'ai croisé Nicolas Sarkozy, j'ai croisé Chevenement, Lang et Delanoe. J'ai tout de suite vu en eux l'animal politique. Cette façon qu'ils ont de vous parler sans que vous soyez leur interlocuteur. Vous n'êtes pour eux qu'un relais. Cette façon qu'ils ont de ne pas vous voir. Vous n'êtes pas de leur monde. Et malgré les mots que vous échangez avec eux, vous avez l'impression de n'être rien.
Avec François Hollande, c'est le contraire absolu. Vous êtes quelqu'un.
Il a dit au Bourget "j'aime les gens". C'est vrai. Ça n'est pas un slogan.
Alors on me dira que des hommes politiques sympathiques il y en a beaucoup et que tous ceux-là ne peuvent devenir président. Pour la présidence on veut un homme hors du commun. On veut un ogre.
Là est la rupture. Car pour les qualités de ténacité, de responsabilité, d'autorité, la campagne de François Hollande parle pour lui. Elle a été d'une rectitude, d'une intelligence, d'une force incroyable. Et quoiqu'on pense de ses propositions, nous avons vu cet homme ne faire aucune erreur, tracer son chemin malgré les attaques. Rappelez vous celles de ses camarades. Malgré les remarques méprisantes dont il a été l'objet François Hollande est resté exactement le même qu'au début de sa campagne. Certes la campagne l'a grandi, galvanisé, mais il est resté le même. Ce qui me fait dire que le pouvoir ne le corrompra pas. Et la fonction le grandira encore.
La politique ? Il fera celle que lui autorise la conjoncture que l'on sait mauvaise. Ses marges de manoeuvre sont proches du néant et au bout du compte il fera probablement ce que ferait un Bayrou. Il ne révolutionnera pas la société. Il n'est pas là pour violenter la réalité. Il n'est pas prêt à sacrifier les gens au nom d'une quelconque idéologie. On peut s'en désoler. On peut encore croire qu'on peut forcer le monde à changer contre sa volonté. Pas lui.
Là où Hollande va faire rupture, c'est exactement là où on l'a moqué, méprisé. Il savait ce qu'il disait. Et il l'a dit très tôt : une présidence normale.
Une présidence normale cela signifie la fin de l'indécence, de l'injustice, de l'éloignement. On dit que c'est un oxymore. Non, c'est un équilibre. Car il s'agit ici de tempérer les menaces inhérentes à ce que peut être une personnalité présidentielle : la surdité, la brutalité, le mépris, l'entêtement voire le dogmatisme.
François Hollande ne promet pas grand chose en terme d'objectifs mais il promet beaucoup en terme de rapport au pouvoir et aux gens. La crise nous guette, elle sera dure et demandera des sacrifices. Oui il y a un réel risque que d'ici quelques années notre vie se dégrade. François Hollande est réaliste et pragmatique. Il l'a dit récemment : la gauche n'est appelée au pouvoir que dans les périodes difficiles, quand la droite a failli. On demande au réalisme de gauche de faire accepter aux gens des sacrifices difficiles. Parce qu'elle le fait sans mépris et sans irrespect. On vante l'Allemagne. Qui l'a amené là où elle est ? Un socialiste. Non pas que l'Allemagne soit un modèle. Mais cela confirme la règle. C'est rageant d'ailleurs. Et j'espère que l'élection de François Hollande sera une exception. J'espère qu'il réussira un peu. A quoi donc ? A protéger les français de la tempête dans une atmosphère apaisée. A parler à notre intelligence. A réhabiliter l'image qu'on a de nous même.
C'est son programme. Je n'en demande pas plus.
18 avril 2012
Du refus de choisir
Alors donc il y a des gens qui ne sont pas contents du choix qu'on leur propose.
"On"... la vie, le sort, le système, les politiques...
Difficile de savoir à qui exactement imputer cette malchance.
On peut d'abord désigner les partis politiques. Après tout, primaires ou non, c'est eux qui ont choisi leur candidat. On peut en vouloir à l'UMP d'avoir, le doigt sur la couture du pantalon, suivi leur "leader" sans avoir critiqué la pertinence de ce choix au regard de son bilan et de son impopularité. Nulle doute qu'en cas de défaite, les critiques tomberont comme des hallebardes mais ça sera trop tard et bien peu courageux. On peut en vouloir au PS d'avoir organisé ces "primaires citoyennes". Quoique dans ce cas, quand même, tout le monde pouvait voter. Du coup on ne peut plus en vouloir qu'aux électeurs d'avoir fait le mauvais choix, en vouloir donc à la démocratie. Quand on est mécontent du résultat d'une élection, on peut effectivement considérer qu'il est inutile de voter. "Ils votent toujours contre moi" pourrait-on se dire, "ils ne sont jamais d'accord avec moi", d'où un vrai découragement. "ils désignent toujours celui que je n'aime pas !". Mauvais perdants... et surtout grosse amertume d'être toujours à la marge. Je comprends. C'est un peu comme les artistes maudits. Il y a une vraie jouissance possible d'être ainsi seul contre tous.
On peut en vouloir au Verts... Quoiqu'ils nous aient habitués à faire des choix extravagants. Mais là... ils ont fait fort. C'est vrai qu'un électeur potentiellement écologiste peut avoir un sacré coup de blues devant la représentante qu'on lui a imposé.
J'arrête là. Les partis ont désigné leur candidat, d'une manière ou d'une autre, et on peut effectivement les tenir responsable de l'offre politique globale.
On peut aussi accuser le sort. Le sort a voulu qu'aucun homme politique d'envergure, charismatique, ne soit là au bon moment. Dommage. On aurait aimé un Mitterrand, un De Gaulle bien sûr, un Strauss Kahn... Non pas un Strauss Kahn.
Un père quoi, voire un Tonton. Une figure de chef de famille, protectrice, supposée savoir.
La faute à pas de chance, la vie ne nous en a pas dégoté un.
Il faut dire que la situation ne s'y prête pas. C'est vrai qu'il y a la crise économique mais elle n'est pas assez présente et tragique en France pour qu'une figure charismatique se lève. Ce sont les crises qui révèlent les grands hommes. Pas de crise, petits hommes. Ou homme normal. En revanche, une guerre, une récession majeure, un coup d'Etat... le Grantome apparaîtra. Il n'attend que ça. Mais ce Grantome là n'a que faire des périodes de calme, hors des crises, ses ailes de géant l'empêche de marcher.
Alors oui, pas de Grantome, c'est dégueulasse ! "Qu'ils se débrouillent sans moi alors !" C'est tout juste si on n'en vient pas à souhaiter une bonne guerre.
Ce qui est étrange tout de même, c'est que la frustration devant l'offre entraîne un refus de choisir. Comme si, par exemple, un soir, on avait le choix entre manger des pâtes au beurre pour la énième fois ou aller au restaurant et dépenser le peu d'argent qui nous reste et que devant ce choix pourri, on s'abstienne simplement de manger.
Pourquoi la pauvreté supposée de l'offre entraîne-t-elle le refus de choisir ?
Nous avons les romantiques. Probablement jeunes. Ceux qui veulent le parfait, le rêvé, l'idéal. Pas d'idéal ? Alors rien ! Ceux-là vivent dans un étrange monde qui n'est ni plein ni vide et entre le rien et le tout ils traversent une existence constamment frustrante. Le retrait du monde en est une conséquence, ce qui n'arrange rien. Il y a les révoltés bien sûr, romantiques eux aussi, qui sont vexés de ce que leur préférence ne soit pas plus populaire. Ceux-là, on l'a dit, jouissent de la marge et en pâtissent aussi.
Il y a les indifférents. "Tous pourris" ou "tous médiocres" ou "tous menteurs" ou "tous impuissants". Pourquoi choisir ? En fait on ne sert à rien. Ça, c'est l'abstention dépressive.
Alors entre l'abstention et le vote blanc il y a cette différence que la frustration s'exprime ou non. Il n'empêche que dans les deux cas cette frustration entraîne le refus de choisir.
La vie est mal faite. Elle propose souvent voire tout le temps des choix entre des options imparfaites. Ah si on pouvait décider de l'offre ! Mais non, on se heurte à un monde. L'objet objecte. Nous ne sommes pas Dieu, nous sommes fini et un monde nous est donné. Quelle misère !
Dans ce cas, on ne choisit pas ! L'offre ne nous plaît pas ? On s'abstient. Laissons aux autres la bassesse de choisir entre la peste et le choléra. Et puis comme ça, au moins, au saura à qui s'en prendre.
Je n'aimerais pas avoir un de ces abstentionnistes (qui englobent pour moi le vote blanc) comme patron, comme responsable, comme guide, comme chef d'équipe. Avec eux on risque de se retrouver à chaque fois paralysé. Incapable de trancher, de décider, de sacrifier, bref de choisir, ils sont des éternels suiveurs, des suiveurs non assumés qui plus est, des suiveurs frustrés, refoulés.
Ils sont égarés parce qu'ils n'ont pas de père politique, de figure imposante, ils n'ont pas d'idole.
Moi, je n'ai pas besoin d'un père aujourd'hui en politique. Ni d'un oncle, ni même d'un grand frère.
j'ai juste besoin de quelqu'un qui d'abord veut faire le job, ensuite est capable de le faire et ne risque pas de me jeter dans le précipice. Si en plus il peut faire deux trois choses qui apaisent les plaies de la société et donc les miennes, tant mieux.
C'est moi qui suis un père aujourd'hui. Quand il y a une décision à prendre pour mes enfants, je la prends et je leur explique en quoi elle est la moins pire. Mais surtout, je ne m'abstiens pas. Car quand je m'abstiens, tout le monde le sait, en fait je me laisse imposer un choix. Toujours. Et pas obligatoirement le meilleur.
Souvent, quand il s'agit de choisir, le temps est compté. Et le refus de choisir a des conséquences car la vie, elle, ne s'arrête pas
C'est vrai que c'est douloureux de choisir. C'est vrai que parfois on n'a pas envie de cette douleur en plus. On a envie de fuir en courant sans se poser de question.
Mais il faut alors savoir ce qu'on fait, avec qui on le fait, de quel côté on se trouve et ne pas se raconter d'histoire.
Ne pas choisir lors de l'élection présidentielle c'est tout simplement s'en remettre à l'autre, pour mieux s'y soumettre puis le détester. C'est être un enfant, avec toute la nostalgie de douceur et d'irresponsablitité que cela implique. Ce n'est pas mal. Ce n'est pas glorieux non plus.
"On"... la vie, le sort, le système, les politiques...
Difficile de savoir à qui exactement imputer cette malchance.
On peut d'abord désigner les partis politiques. Après tout, primaires ou non, c'est eux qui ont choisi leur candidat. On peut en vouloir à l'UMP d'avoir, le doigt sur la couture du pantalon, suivi leur "leader" sans avoir critiqué la pertinence de ce choix au regard de son bilan et de son impopularité. Nulle doute qu'en cas de défaite, les critiques tomberont comme des hallebardes mais ça sera trop tard et bien peu courageux. On peut en vouloir au PS d'avoir organisé ces "primaires citoyennes". Quoique dans ce cas, quand même, tout le monde pouvait voter. Du coup on ne peut plus en vouloir qu'aux électeurs d'avoir fait le mauvais choix, en vouloir donc à la démocratie. Quand on est mécontent du résultat d'une élection, on peut effectivement considérer qu'il est inutile de voter. "Ils votent toujours contre moi" pourrait-on se dire, "ils ne sont jamais d'accord avec moi", d'où un vrai découragement. "ils désignent toujours celui que je n'aime pas !". Mauvais perdants... et surtout grosse amertume d'être toujours à la marge. Je comprends. C'est un peu comme les artistes maudits. Il y a une vraie jouissance possible d'être ainsi seul contre tous.
On peut en vouloir au Verts... Quoiqu'ils nous aient habitués à faire des choix extravagants. Mais là... ils ont fait fort. C'est vrai qu'un électeur potentiellement écologiste peut avoir un sacré coup de blues devant la représentante qu'on lui a imposé.
J'arrête là. Les partis ont désigné leur candidat, d'une manière ou d'une autre, et on peut effectivement les tenir responsable de l'offre politique globale.
On peut aussi accuser le sort. Le sort a voulu qu'aucun homme politique d'envergure, charismatique, ne soit là au bon moment. Dommage. On aurait aimé un Mitterrand, un De Gaulle bien sûr, un Strauss Kahn... Non pas un Strauss Kahn.
Un père quoi, voire un Tonton. Une figure de chef de famille, protectrice, supposée savoir.
La faute à pas de chance, la vie ne nous en a pas dégoté un.
Il faut dire que la situation ne s'y prête pas. C'est vrai qu'il y a la crise économique mais elle n'est pas assez présente et tragique en France pour qu'une figure charismatique se lève. Ce sont les crises qui révèlent les grands hommes. Pas de crise, petits hommes. Ou homme normal. En revanche, une guerre, une récession majeure, un coup d'Etat... le Grantome apparaîtra. Il n'attend que ça. Mais ce Grantome là n'a que faire des périodes de calme, hors des crises, ses ailes de géant l'empêche de marcher.
Alors oui, pas de Grantome, c'est dégueulasse ! "Qu'ils se débrouillent sans moi alors !" C'est tout juste si on n'en vient pas à souhaiter une bonne guerre.
Ce qui est étrange tout de même, c'est que la frustration devant l'offre entraîne un refus de choisir. Comme si, par exemple, un soir, on avait le choix entre manger des pâtes au beurre pour la énième fois ou aller au restaurant et dépenser le peu d'argent qui nous reste et que devant ce choix pourri, on s'abstienne simplement de manger.
Pourquoi la pauvreté supposée de l'offre entraîne-t-elle le refus de choisir ?
Nous avons les romantiques. Probablement jeunes. Ceux qui veulent le parfait, le rêvé, l'idéal. Pas d'idéal ? Alors rien ! Ceux-là vivent dans un étrange monde qui n'est ni plein ni vide et entre le rien et le tout ils traversent une existence constamment frustrante. Le retrait du monde en est une conséquence, ce qui n'arrange rien. Il y a les révoltés bien sûr, romantiques eux aussi, qui sont vexés de ce que leur préférence ne soit pas plus populaire. Ceux-là, on l'a dit, jouissent de la marge et en pâtissent aussi.
Il y a les indifférents. "Tous pourris" ou "tous médiocres" ou "tous menteurs" ou "tous impuissants". Pourquoi choisir ? En fait on ne sert à rien. Ça, c'est l'abstention dépressive.
Alors entre l'abstention et le vote blanc il y a cette différence que la frustration s'exprime ou non. Il n'empêche que dans les deux cas cette frustration entraîne le refus de choisir.
La vie est mal faite. Elle propose souvent voire tout le temps des choix entre des options imparfaites. Ah si on pouvait décider de l'offre ! Mais non, on se heurte à un monde. L'objet objecte. Nous ne sommes pas Dieu, nous sommes fini et un monde nous est donné. Quelle misère !
Dans ce cas, on ne choisit pas ! L'offre ne nous plaît pas ? On s'abstient. Laissons aux autres la bassesse de choisir entre la peste et le choléra. Et puis comme ça, au moins, au saura à qui s'en prendre.
Je n'aimerais pas avoir un de ces abstentionnistes (qui englobent pour moi le vote blanc) comme patron, comme responsable, comme guide, comme chef d'équipe. Avec eux on risque de se retrouver à chaque fois paralysé. Incapable de trancher, de décider, de sacrifier, bref de choisir, ils sont des éternels suiveurs, des suiveurs non assumés qui plus est, des suiveurs frustrés, refoulés.
Ils sont égarés parce qu'ils n'ont pas de père politique, de figure imposante, ils n'ont pas d'idole.
Moi, je n'ai pas besoin d'un père aujourd'hui en politique. Ni d'un oncle, ni même d'un grand frère.
j'ai juste besoin de quelqu'un qui d'abord veut faire le job, ensuite est capable de le faire et ne risque pas de me jeter dans le précipice. Si en plus il peut faire deux trois choses qui apaisent les plaies de la société et donc les miennes, tant mieux.
C'est moi qui suis un père aujourd'hui. Quand il y a une décision à prendre pour mes enfants, je la prends et je leur explique en quoi elle est la moins pire. Mais surtout, je ne m'abstiens pas. Car quand je m'abstiens, tout le monde le sait, en fait je me laisse imposer un choix. Toujours. Et pas obligatoirement le meilleur.
Souvent, quand il s'agit de choisir, le temps est compté. Et le refus de choisir a des conséquences car la vie, elle, ne s'arrête pas
C'est vrai que c'est douloureux de choisir. C'est vrai que parfois on n'a pas envie de cette douleur en plus. On a envie de fuir en courant sans se poser de question.
Mais il faut alors savoir ce qu'on fait, avec qui on le fait, de quel côté on se trouve et ne pas se raconter d'histoire.
Ne pas choisir lors de l'élection présidentielle c'est tout simplement s'en remettre à l'autre, pour mieux s'y soumettre puis le détester. C'est être un enfant, avec toute la nostalgie de douceur et d'irresponsablitité que cela implique. Ce n'est pas mal. Ce n'est pas glorieux non plus.
09 avril 2012
Sans langue de bois
Nicolas Sarkozy
Je suis libéral. je voudrais qu'on arrête avec tous ces carcans absurdes et contre-productifs. Le chômage par exemple est un problème. Le seul moyen de le traiter : faire en sorte que les entreprises embauchent. Pour ça, il faut qu'elles puissent licencier facilement, et qu'un emploi leur coûte moins cher. Il faut donc diminuer les charges sociales. Ça veut dire moins de recette pour l'Etat. Ça veut dire que l'Etat doit s'occuper de moins de choses. Ça tombe bien, je pense que l'Etat s'occupe mal de l'éducation, de la santé, des transports, bref. Il faut le réformer, réduire son champ d'intervention. Moins de fonctionnaires, un meilleur fonctionnement. L'Etat c'est comme une entreprise. C'est même comme un foyer.
De toute façon la crise aujourd'hui nous oblige à revoir notre budget de fonctionnement. De deux choses l'une : ou on fait des économies, ou on crève. Et comme on gère mal notre budget depuis si longtemps, empêtrés dans des habitudes obsolètes et romantiques, profitons de ce que la crise exige de nous pour nous réformer et moderniser la France.
Le problème c'est que la France n'est pas libérale. Elle ne veut pas du libéralisme. Et c'est vrai que le passage au libéralisme est douloureux. On peut imaginer que ça sacrifie une génération. Celle qui ne pourra pas s'adapter. Mais c'est la seule solution. Sinon, on va rater le train mondial. On va ralentir quand les autres accélèrent. je ne veux pas de cette dégénérescence. Parce que celle-là, elle sera autrement plus cruelle. Alors j'essaie.
Je sais que les français tiennent à leurs acquis sociaux, à la sécurité sociale, la retraite par répartition, l'école publique, l'assurance chômage. Moi aussi j'y tiens, bien sûr. Le problème c'est que ça ne tient plus. Le monde a choisi son camp. Et maintenant on a un choix simple : prendre ce train ou changer le monde. Je ne crois pas qu'on puisse changer le monde. A chaque fois qu'on a essayé ça a entraîné une catastrophe humaine. Non, on ne change pas le monde. On s'adapte en essayant bon an mal an de ne pas trop subir.
Ce sont mes convictions. On peut être contre. Et d'ailleurs tout le monde est plutôt contre. Je dois vendre ce programme. Pour le vendre je dois un peu le cacher et un peu le travestir. c'est normal. La démocratie est devenue ce jeu là. Nous sommes des commerciaux de la politique. Et je suis bon à ce jeu.
Mais je suis bêtement convaincu qu'on n'a pas le choix. Tout le reste n'est que déni de la réalité, romantisme dangereux. C'est fini l'Etat qui s'occupe de tout. L'histoire a montré qu'il s'en occupe mal. Il faut faire confiance en l'individu. Alors oui, ça peut être sauvage. Et l'Etat doit justement veiller à interdire la sauvagerie. Ce n'est pas facile, mais c'est l'évolution sociale. Il y a des soubresauts. Des crises. Mais c'est le sens de l'histoire. Et c'est ce qu'il y a de moins douloureux en fin de compte.
Alors quand je suis au pouvoir j'essaie d'avancer dans cette direction. Je suis parfois obligé de ralentir, de revenir en arrière, mais c'est une tendance. J'agis par petites touches. On peut me reprocher de ne pas y aller franco. Maintenant que je brigue mon dernier mandat, je vais peut-être y aller un plus plus fort. Mais je ne peux pas le dire. Parce que la France a peur, elle est timorée et je la comprends. Il y a beaucoup de gens qui souffrent. Alors je me cache un peu. Je suggère quelques trucs (passer outre la rigidité des syndicats qui eux aussi doivent vendre leur salade). Je vois si ça hurle. Quand ça hurle je fais machine arrière. Mais j'essaie quand même. J'essaie de convaincre la France que c'est le seul chemin. Vers quoi ? Je ne dis pas la prospérité, la modernité ou des trucs un peu emphatiques comme ça. Non, juste s'opposer au dépérissement. J'ai vu l'Argentine, j'ai vu la Grèce. je ne veux pas ça pour la France. Ça fait longtemps que je le pense et que je le dis. je n'ai pas attendu la crise. Aujourd'hui ça devient plus visible. J'en profite mais c'est normal. On ne m'a pas trop entendu jusque là. Si on pouvait un peu plus m'entendre grâce à la crise, quel est le crime ? Quand il s'agit de sauver quelqu'un de malade, à un moment, tous les moyens sont bons. Et s'il faut lui faire un peu de mal, je n'hésite pas. Je suis comme ça. C'est ma qualité et cette qualité, on en a besoin aujourd'hui.
François Hollande
La gauche est morte à Maastricht. On n'a pas trouvé comment faire depuis. Le monde a choisi son système. Ce n'est pas le socialisme. C'est l'économie de marché. Et la loi du marché est rendue encore plus fluide avec la mondialisation. Alors la gauche... je ne sais plus ce que c'est, je ne sais plus ce qu'elle peut faire. On n'a pas réussi à trouver une solution réellement de gauche à la mondialisation. On dit : on change tout ou... ou quoi ? Je ne sais pas. D'ailleurs pourquoi je saurais ? Pourquoi je saurais résoudre une équation intellectuelle aussi difficile ?
Pourtant je sais qu'il y a un problème avec cette économie de marché et cette mondialisation. Quand je vois les chômeurs et surtout les travailleurs pauvres, il y a un truc qui me dérange. Quand je vois qu'aux Etats Unis, des vieux de plus de 65 ans sont encore debout à la caisse des super marchés pour faire les paquets, je suis quand même perplexe. Mais honnêtement, je n'ai pas de solution.
Quand je vois qu'il y a de plus en plus de gens par terre dans les rues des villes, littéralement par terre, je me dis quand même qu'il y a une fatalité qu'il faut refuser.
Alors j'essaie. J'essaie d'être de gauche. Non pas celle qui veut changer le monde, changer l'Europe et qui va mettre juste 100 ans à le faire. Non, celle qui veut essayer de tendre la main à ceux qui n'y arrivent pas. Ce ne sont pas des assistés, non. Ce ne sont pas des fainéants ou des profiteurs. C'est quand même dégueulasse de dire ça. Ce sont des gens à qui on demande beaucoup et qui n'ont juste pas les moyens d'y arriver. Et ce que je trouve incroyable c'est que c'est la société qui les a créés. Ils sont nés quelque part dans la société. Leur place leur a été préparée. Et on leur demande maintenant de s'en sortir tout seul. Il y a de l'injuste absolue dans cette situation. C'est pourquoi je pense que la société a le devoir de s'occuper des inégalités qu'elle crée elle-même.
Oui je sais que la droite pense que le monde repose sur l'inégalité. Oui il y a des différences de talent, de moyens, d'envie. Mais là on ne parle pas des différence naturelles. On parle des différences sociales, des inégalités créées par la structure sociale et même le politique. Celles-là, on doit les traiter, les compenser.
L'égalité des chances c'est ça. ce n'est pas de mettre hypocritement tout le monde sur la même ligne de départ. Désolé, ça ne peut pas être ça. Il y a des handicaps et il faut en tenir compte. Sinon, on assume d'être injuste voire cruel. Mais alors il ne faut pas s'étonner que cette violence faire aux gens nous revienne en boomerang.
Alors qu'est-ce que je peux proposer ? La justice. Je peux essayer simplement de la garantir. Oui il faut prendre le train de la mondialisation. Mais je ne me résous ni à sacrifier une génération comme Thatcher a pu le faire ni à ce que ça se fasse au détriment des habituelles victimes.
Pas facile d'assurer cette justice et en même temps de ne pas ralentir le mouvement. Non, et je dois dire que je n'ai pas beaucoup de solution. Je dis simplement : des efforts oui, mais mieux répartis. Et puis des efforts, oui mais pour quoi ? Je donne un sens. On en fait ce qu'on veut. Mais au moins je donne un sens : la jeunesse. La génération suivante. Je sais, je ne suis pas très précis. Il faut dire que la conjoncture est franchement indécise si ce n'est hostile.
Alors on me reproche de ne rien dire des économies à faire. Pourtant je le dis à chaque fois : partout ailleurs que dans la police, la gendarmerie et l'éducation. Mais où ? Partout ailleurs. Maintenant si je dis où tout le monde va me tomber dessus. Je ne vais pas me tirer une balle dans le pied quand même. Mais au moins, je dis où je n'en ferai pas.
Nous sommes des marchands. Nous mentons, nous exagérons et on sait, ce n'est pas glorieux.
Franchement on a quelques convictions, on a une vague idée de la situation et de ce qu'il faudrait faire. On a une histoire chacun, des traditions. Bon, on essaie de ne pas en être trop prisonniers et en même temps elles nous donnent un cadre d'analyse. On n'est pas si sûrs de nous. Et on doit avouer que le débat avec l'adversaire pourrait nous aider à y voir plus clair nous-même. Mais le monde médiatique nous oblige a respecter les règles du spectacle.
On n'est pas d'accord, ça c'est sûr. Mais au fond, on n'est pas très très loin l'un de l'autre. L'un de nous a une tendance libérale, une petite tendance à accepter la souffrance inéluctable d'une partie de la société mais propose d'épouser un mouvement et de s'en sortir en assumant ce mouvement. L'autre n'est pas opposé à ce mouvement. Il aimerait bien que ça se fasse sans trop de douleur. Il ne sait pas comment. Il n'a pas la solution, mais il essaie. Au risque de perdre en efficacité. c'est ce que l'autre lui reproche ; à force de tergiverser, on va rater le train. Et là, ça va faire vraiment mal. Vous êtes toujours comme ça, la gauche, vous avez des bons sentiments et à la fin tout le monde trinque. Non, dit le premier. Ce n'est pas ce que je propose. Je propose juste de faire gaffe. Eventuellement de réfléchir sur le train lui-même. Mais je suis d'accord pour le prendre. Mais pas à n'importe quel prix parce que sinon ça n'a pas de sens.
Au fait c'est vrai : la mondialisation d'accord, l'économie de marché, d'accord, les sacrifices d'accord, mais pour quoi ? Pour faire quoi ? Pour aller où ?
Eh bien nulle part ! Depuis quand on va quelque part ? Ce qu'il faut c'est simplement ne pas trop déguster. Ne nous racontez pas d'histoire, les gars.
Je suis libéral. je voudrais qu'on arrête avec tous ces carcans absurdes et contre-productifs. Le chômage par exemple est un problème. Le seul moyen de le traiter : faire en sorte que les entreprises embauchent. Pour ça, il faut qu'elles puissent licencier facilement, et qu'un emploi leur coûte moins cher. Il faut donc diminuer les charges sociales. Ça veut dire moins de recette pour l'Etat. Ça veut dire que l'Etat doit s'occuper de moins de choses. Ça tombe bien, je pense que l'Etat s'occupe mal de l'éducation, de la santé, des transports, bref. Il faut le réformer, réduire son champ d'intervention. Moins de fonctionnaires, un meilleur fonctionnement. L'Etat c'est comme une entreprise. C'est même comme un foyer.
De toute façon la crise aujourd'hui nous oblige à revoir notre budget de fonctionnement. De deux choses l'une : ou on fait des économies, ou on crève. Et comme on gère mal notre budget depuis si longtemps, empêtrés dans des habitudes obsolètes et romantiques, profitons de ce que la crise exige de nous pour nous réformer et moderniser la France.
Le problème c'est que la France n'est pas libérale. Elle ne veut pas du libéralisme. Et c'est vrai que le passage au libéralisme est douloureux. On peut imaginer que ça sacrifie une génération. Celle qui ne pourra pas s'adapter. Mais c'est la seule solution. Sinon, on va rater le train mondial. On va ralentir quand les autres accélèrent. je ne veux pas de cette dégénérescence. Parce que celle-là, elle sera autrement plus cruelle. Alors j'essaie.
Je sais que les français tiennent à leurs acquis sociaux, à la sécurité sociale, la retraite par répartition, l'école publique, l'assurance chômage. Moi aussi j'y tiens, bien sûr. Le problème c'est que ça ne tient plus. Le monde a choisi son camp. Et maintenant on a un choix simple : prendre ce train ou changer le monde. Je ne crois pas qu'on puisse changer le monde. A chaque fois qu'on a essayé ça a entraîné une catastrophe humaine. Non, on ne change pas le monde. On s'adapte en essayant bon an mal an de ne pas trop subir.
Ce sont mes convictions. On peut être contre. Et d'ailleurs tout le monde est plutôt contre. Je dois vendre ce programme. Pour le vendre je dois un peu le cacher et un peu le travestir. c'est normal. La démocratie est devenue ce jeu là. Nous sommes des commerciaux de la politique. Et je suis bon à ce jeu.
Mais je suis bêtement convaincu qu'on n'a pas le choix. Tout le reste n'est que déni de la réalité, romantisme dangereux. C'est fini l'Etat qui s'occupe de tout. L'histoire a montré qu'il s'en occupe mal. Il faut faire confiance en l'individu. Alors oui, ça peut être sauvage. Et l'Etat doit justement veiller à interdire la sauvagerie. Ce n'est pas facile, mais c'est l'évolution sociale. Il y a des soubresauts. Des crises. Mais c'est le sens de l'histoire. Et c'est ce qu'il y a de moins douloureux en fin de compte.
Alors quand je suis au pouvoir j'essaie d'avancer dans cette direction. Je suis parfois obligé de ralentir, de revenir en arrière, mais c'est une tendance. J'agis par petites touches. On peut me reprocher de ne pas y aller franco. Maintenant que je brigue mon dernier mandat, je vais peut-être y aller un plus plus fort. Mais je ne peux pas le dire. Parce que la France a peur, elle est timorée et je la comprends. Il y a beaucoup de gens qui souffrent. Alors je me cache un peu. Je suggère quelques trucs (passer outre la rigidité des syndicats qui eux aussi doivent vendre leur salade). Je vois si ça hurle. Quand ça hurle je fais machine arrière. Mais j'essaie quand même. J'essaie de convaincre la France que c'est le seul chemin. Vers quoi ? Je ne dis pas la prospérité, la modernité ou des trucs un peu emphatiques comme ça. Non, juste s'opposer au dépérissement. J'ai vu l'Argentine, j'ai vu la Grèce. je ne veux pas ça pour la France. Ça fait longtemps que je le pense et que je le dis. je n'ai pas attendu la crise. Aujourd'hui ça devient plus visible. J'en profite mais c'est normal. On ne m'a pas trop entendu jusque là. Si on pouvait un peu plus m'entendre grâce à la crise, quel est le crime ? Quand il s'agit de sauver quelqu'un de malade, à un moment, tous les moyens sont bons. Et s'il faut lui faire un peu de mal, je n'hésite pas. Je suis comme ça. C'est ma qualité et cette qualité, on en a besoin aujourd'hui.
François Hollande
La gauche est morte à Maastricht. On n'a pas trouvé comment faire depuis. Le monde a choisi son système. Ce n'est pas le socialisme. C'est l'économie de marché. Et la loi du marché est rendue encore plus fluide avec la mondialisation. Alors la gauche... je ne sais plus ce que c'est, je ne sais plus ce qu'elle peut faire. On n'a pas réussi à trouver une solution réellement de gauche à la mondialisation. On dit : on change tout ou... ou quoi ? Je ne sais pas. D'ailleurs pourquoi je saurais ? Pourquoi je saurais résoudre une équation intellectuelle aussi difficile ?
Pourtant je sais qu'il y a un problème avec cette économie de marché et cette mondialisation. Quand je vois les chômeurs et surtout les travailleurs pauvres, il y a un truc qui me dérange. Quand je vois qu'aux Etats Unis, des vieux de plus de 65 ans sont encore debout à la caisse des super marchés pour faire les paquets, je suis quand même perplexe. Mais honnêtement, je n'ai pas de solution.
Quand je vois qu'il y a de plus en plus de gens par terre dans les rues des villes, littéralement par terre, je me dis quand même qu'il y a une fatalité qu'il faut refuser.
Alors j'essaie. J'essaie d'être de gauche. Non pas celle qui veut changer le monde, changer l'Europe et qui va mettre juste 100 ans à le faire. Non, celle qui veut essayer de tendre la main à ceux qui n'y arrivent pas. Ce ne sont pas des assistés, non. Ce ne sont pas des fainéants ou des profiteurs. C'est quand même dégueulasse de dire ça. Ce sont des gens à qui on demande beaucoup et qui n'ont juste pas les moyens d'y arriver. Et ce que je trouve incroyable c'est que c'est la société qui les a créés. Ils sont nés quelque part dans la société. Leur place leur a été préparée. Et on leur demande maintenant de s'en sortir tout seul. Il y a de l'injuste absolue dans cette situation. C'est pourquoi je pense que la société a le devoir de s'occuper des inégalités qu'elle crée elle-même.
Oui je sais que la droite pense que le monde repose sur l'inégalité. Oui il y a des différences de talent, de moyens, d'envie. Mais là on ne parle pas des différence naturelles. On parle des différences sociales, des inégalités créées par la structure sociale et même le politique. Celles-là, on doit les traiter, les compenser.
L'égalité des chances c'est ça. ce n'est pas de mettre hypocritement tout le monde sur la même ligne de départ. Désolé, ça ne peut pas être ça. Il y a des handicaps et il faut en tenir compte. Sinon, on assume d'être injuste voire cruel. Mais alors il ne faut pas s'étonner que cette violence faire aux gens nous revienne en boomerang.
Alors qu'est-ce que je peux proposer ? La justice. Je peux essayer simplement de la garantir. Oui il faut prendre le train de la mondialisation. Mais je ne me résous ni à sacrifier une génération comme Thatcher a pu le faire ni à ce que ça se fasse au détriment des habituelles victimes.
Pas facile d'assurer cette justice et en même temps de ne pas ralentir le mouvement. Non, et je dois dire que je n'ai pas beaucoup de solution. Je dis simplement : des efforts oui, mais mieux répartis. Et puis des efforts, oui mais pour quoi ? Je donne un sens. On en fait ce qu'on veut. Mais au moins je donne un sens : la jeunesse. La génération suivante. Je sais, je ne suis pas très précis. Il faut dire que la conjoncture est franchement indécise si ce n'est hostile.
Alors on me reproche de ne rien dire des économies à faire. Pourtant je le dis à chaque fois : partout ailleurs que dans la police, la gendarmerie et l'éducation. Mais où ? Partout ailleurs. Maintenant si je dis où tout le monde va me tomber dessus. Je ne vais pas me tirer une balle dans le pied quand même. Mais au moins, je dis où je n'en ferai pas.
Nous sommes des marchands. Nous mentons, nous exagérons et on sait, ce n'est pas glorieux.
Franchement on a quelques convictions, on a une vague idée de la situation et de ce qu'il faudrait faire. On a une histoire chacun, des traditions. Bon, on essaie de ne pas en être trop prisonniers et en même temps elles nous donnent un cadre d'analyse. On n'est pas si sûrs de nous. Et on doit avouer que le débat avec l'adversaire pourrait nous aider à y voir plus clair nous-même. Mais le monde médiatique nous oblige a respecter les règles du spectacle.
On n'est pas d'accord, ça c'est sûr. Mais au fond, on n'est pas très très loin l'un de l'autre. L'un de nous a une tendance libérale, une petite tendance à accepter la souffrance inéluctable d'une partie de la société mais propose d'épouser un mouvement et de s'en sortir en assumant ce mouvement. L'autre n'est pas opposé à ce mouvement. Il aimerait bien que ça se fasse sans trop de douleur. Il ne sait pas comment. Il n'a pas la solution, mais il essaie. Au risque de perdre en efficacité. c'est ce que l'autre lui reproche ; à force de tergiverser, on va rater le train. Et là, ça va faire vraiment mal. Vous êtes toujours comme ça, la gauche, vous avez des bons sentiments et à la fin tout le monde trinque. Non, dit le premier. Ce n'est pas ce que je propose. Je propose juste de faire gaffe. Eventuellement de réfléchir sur le train lui-même. Mais je suis d'accord pour le prendre. Mais pas à n'importe quel prix parce que sinon ça n'a pas de sens.
Au fait c'est vrai : la mondialisation d'accord, l'économie de marché, d'accord, les sacrifices d'accord, mais pour quoi ? Pour faire quoi ? Pour aller où ?
Eh bien nulle part ! Depuis quand on va quelque part ? Ce qu'il faut c'est simplement ne pas trop déguster. Ne nous racontez pas d'histoire, les gars.
23 mars 2012
Les trois jouissances du terroriste
Le terrorisme a trois objectifs : sidérer une société,
contraindre une démocratie, imposer sa plainte et son existence.
La sidération d’une société passe par l’analyse de ses
tabous les plus profonds. L’action terroriste, d’une certaine manière, révèle,
en les attaquant, les tabous qui cimentent un peuple. A quoi servirait-il de
tuer des enfants dans un pays qui, par exemple, les mettraient déjà en
esclavage ?
Le terrorisme nous révèle donc les tabous qui nous agissent,
nos intouchables fondamentaux : l’innocence, l’enfance, le corps, la vie.
A chaque époque ses tabous. A chaque époque son terrorisme.
Nous sommes attachés à la notion d’innocence ? Tuons
des innocents. Nous chérissons plus que tout nos enfants, les innocents par
excellence ? Tuons les enfants. Nous tenons à l’intégrité de notre
corps ? Explosons les corps, déchiquetons les, découpons les. La
préservation de la vie est une de nos valeurs les plus importantes ? Nous
cherchons à la prolonger, la protéger, l’améliorer ? Suicidons, montrons
que la vie n’est rien.
Le terrorisme est donc l’ennemi absolu d’une société, il attaque
ce qui fait son fondement en cherchant
ainsi à la sidérer.
Nous restons sans voix devant ce que le terroriste de
Toulouse a fait. Notre sidération a été sa première jouissance.
Le terrorisme a des buts politiques. Il veut obtenir des
résultats : libérer des prisonniers, évacuer des territoires, etc. Pour
cela il terrorise la population en la sidérant (comment terroriser un
dictateur ?) afin qu’elle fasse pression sur ses dirigeants, marquer
l’opinion publique afin que ses représentants en tiennent compte.
Le terroriste veut soumettre la démocratie. Il veut pouvoir
s’enorgueillir de l’avoir influencée. Lui, tout seul, avec ses armes et sa
barbarie personnelle.
Que les sondages relatifs à l’élection présidentielle soient
substantiellement modifiés, que les débats soient influencés, et le terroriste
de Toulouse pourra dire « mission accomplie ». La France est à ses
genoux. La démocratie est à ses pieds.
Entendre Coppé, le porte-flingue de Sarkozy, pitbuller
l’opposition, voir Sarkozy, le visage grave et les trémolos dans la voix, se
retenir, surtout se retenir ! d’exprimer une quelconque satisfaction de
trouver enfin ici l’événement qui lui manquait pour faire oublier son bilan, bref,
influer sur le processus démocratique engagé aujourd’hui en France a été la
seconde jouissance du terroriste de Toulouse, avec l’assentiment de tous ceux
qui en ont bénéficié.
La langue de bois hurlera le contraire. Qui en sera
dupe ?
La troisième jouissance du terroriste est la pire à mes
yeux.
La jouissance de la sidération, on ne peut rien y faire.
Toute société se fonde sur ses interdits. Il est donc de l’essence d’une
société d’être susceptibles d’être choquée, sidérée, terrorisée.
La jouissance de soumettre une démocratie n’est pas toujours
acquise. Si les dirigeants sont assez nobles, assez dignes, bref, si ce sont de
vrais hommes d’Etat, le terroriste a peu de chance de les influencer. Il faut
du courage et de la force de caractère, ce qui n’est pas le cas du président
sortant. Mais on peut imaginer que le respect de la démocratie et de la
République l’emporte chez d’autres.
Les trente heures accordées au terroriste de Toulouse n’ont
pas eu pour but de le prendre vivant ou de permettre à ce que la société
connaisse la vérité sur ses actes. C’est ridicule. On sait quelle tribune offre
un procès à des fous comme ça. Il faut se rappeler le procès de Carlos, ou même
d’un criminel comme celui du gang des barbares.
Non pas que ce type n’ait pas droit à un procès, mais le
fait d’avoir tant attendu pour l’arrêter a coûté cher au regard des bénéfices
espérés.
Car que s’est-il passé pendant ces trente heures qui ont été
finalement trente heures de jouissance du terroriste ? Trente heure de
spectacle, mis en scène par le pouvoir et le pouvoir seul.
Résultat : Le terroriste est devenu un proche. On
connait son nom et son prénom, on l’a suivi pendant tout ce temps. Il est mort
« les armes à la main », il a sidéré le RAID, bref…
Trente heures pour en faire un héros, qu’on le veuille ou
non, pour en faire le personnage principal incarné d’un feuilleton.
Que ne connaît-on aussi bien les enfants qui sont tombés
sous ses balles…
La troisième jouissance du terroriste est celle d’exister,
exister mieux et plus que les autres, mieux et plus que ses victimes ou que les
gens qu’il sidère. Et là, les complices sont évidents : les médias et le
pouvoir.
Les médias l’ont fait exister car dans un spectacle, celui
qu’on « adore haïr », c’est le méchant. Quand le méchant existe, le
spectacle est bon. Les médias sont consubstantiels à cette jouissance du
terroriste. Ils n’ont aucune morale et aucune réflexion éthique. Nous vivons de
ce point de vue dans un monde bien crade.
Mais qu’on ne vienne pas me dire que le pouvoir fragilisé
dans la campagne électorale, n’a pas fait le calcul de ce temps de
médiatisation justement pour se mettre en scène lui-même et dramatiser le
spectacle au maximum.
Le « gentil » n’est jamais aussi bien servi que
par un bon méchant. Aucun bon film, aucune bonne histoire si le méchant n’est
pas à la hauteur. Et ça sert aussi bien le vrai héros de l’histoire.
Le pouvoir avait besoin de temps pour bien imprimer son
action. Tuer le terroriste trop vite aurait été trop expéditif, donc sans
bénéfice, médiatiquement parlant.
Cette jouissance d’exister, d’imposer sa plainte, et somme
toute son humanité – car, nom et prénom à l’appui, historique personnel, anecdotes
et même photographies souriantes ! sont bien les signes de l’humanité dans
nos livres d’images – cette jouissance n’a été permise et autorisée que par les
médias qui ne savent plus depuis longtemps comment se comporter, et aussi par
le pouvoir qui a tellement peur de perdre !
17 mars 2012
A mes amis de gauche, du centre et de droite
A mes amis de gauche :
Je me souviens de l'élection présidentielle de 2002. J'en voulais a mort à ceux d'entre vous qui n'aviez pas voté Jospin. Vous aviez préféré envoyer un message au candidat socialiste plutôt que choisir le changement. Le message à été bien reçu ! Et le changement n'a pas eu lieu.
Aujourd'hui certains s'apprêtent à faire la même erreur : choisir le message contre le changement. Vous êtes certains de la présence de Hollande au second tour.
Et pour vous, le bulletin de vote est plus un moyen de communiquer quelque chose, voire de faire pression que de choisir un candidat. Vous êtes dans la stratégie. Vous croyez maîtriser les règles du jeu politique.
Pourtant ce sont les sondages qui vous dictent votre conduite. Ces sondages qui vous assurent de la présence de Hollande au second tour. Ces même sondages qui mettent Sarkozy et Hollande à égalité. Vous êtes certains de leur véracité.
Les électeurs de Le Pen reviennent vers Sarkozy, donc Marine Le Pen baisse dans les sondages, donc le spectre de 2002 s'éloigne, donc on peut voter à gauche du PS sans crainte.
Mais pourquoi voter à gauche du PS à la présidentielle ? La France ne sera jamais gouvernée à cette gauche là. C'est fini. Message reçu ou non. Car le monde n'est plus fait pour ça. Ça n'arrivera pas. Mélenchon ne sera jamais élu et Hollande, s'il est élu, n'appliquera jamais ce style de politique. Pression ou non. Parce que l'Europe nous l'interdit et parce qu'être de gauche ce n'est pas vouloir se retirer du monde ou subir le sort de la Grèce.
Alors pourquoi prendre le risque du message contre le changement ? Par radicalisme ? Très bien. Que ceux qui pensent réellement que Sarkozy vaut Hollande, quelle que soit la situation, que ceux-là "envoient un message" et choisissent la défaite. Mais pour les autres, mes amis qui votent à gauche, l'élection présidentielle sert à désigner le candidat que vous préférez, non pas celui que vous aimez. Elle sert à choisir la politique que vous préférez, non celle que vous désirez. Il s'agit de faire un choix, il ne s'agit pas de s'exprimer. Pour cela, il y a d'autres élections, d'autres moyens. Et si vous refusez cette réalité, vous prenez de nouveau le risque de remettre la droite au pouvoir, elle qui a très bien compris comment ça marche.
Car la droite, c'est peut-être son tort, mais c'est aussi sa force lors d'une élection : elle ne rêve pas.
A mes amis du Centre :
Je comprends que vous n'ayez pas voté Royal il y a cinq ans. Elle n'a pas fait les gestes qu'il fallait et elle vous a fait peur, vous qui ne rêvez pas mais qui ne renoncez pas aux valeurs humanistes et croyez encore à la justice sociale.
Vous aviez donc fait le choix de Sarkozy. Parce que Royal était trop extravagante, pas à la hauteur. Parce que la gauche est trop à gauche, trop peu réaliste. Pour vous, les trente-cinq heures sont le parfait exemple d'une gauche qui ne sait pas comment s'adapter au nouveau monde.
Etes-vous satisfait aujourd'hui de toujours finir à droite ? De toujours commencer par gouverner avec le RPR ou l'UMP et toujours finir par avoir le sentiment de vous être fait voler ?
Vous le savez parfaitement, Hollande est au centre gauche. Vous le savez parfaitement il ne sera pas l'otage d'une gauche plus radicale car non seulement la situation économique l'interdit mais Hollande est un des plus pragmatique au PS. Il sait quelle est sa responsabilité s'il est élu. Et cette responsabilité c'est de ne pas faire sombrer la France parce qu'elle se serait décrétée de gauche. C'est une responsabilité envers la France mais aussi envers la gauche. Sa responsabilité c'est de ne pas réitérer le coup des trente-cinq heures, c'est à dire un coup politique qui assure la victoire à court terme et la défaite systématique sur le long terme.
Vous auriez préféré Valls. Vous auriez préféré, en son temps, Delors.
Eh bien vous avez Hollande et si vous y pensez, rien aujourd'hui ne devrait raisonnablement vous retenir de le choisir. Si aujourd'hui vous ne choisissez pas Hollande contre Sarkozy (je parle de votre choix du second tour évidemment), cessez-donc de vous prétendre au centre et assumez définitivement votre positionnement de droite : vous ne choisirez jamais la gauche, toujours la droite. Hollande est plus proche de Bayrou que ne l'est Bayrou de Sarkozy. Et votre "centrisme" est finalement une imposture. A moins qu'il ne s'agisse aussi d'un rêve... comme quoi c'est parce que vous aussi vous êtes des rêveurs que la droite passe à chaque fois.
A mes amis de droite :
Des fois je pense comme vous : la gauche est trop romantique, ce qui la rend dangereuse. La gauche est trop idéologue, ce qui la rend dangereuse. Elle ne s'est pas adaptée au monde, ce qui la rend obsolète. Elle est devenue conservatrice. Cette incapacité à s'adapter intellectuellement au monde tel qu'il a évolué la rend nuisible pour la France. Avec elle, nous allons finalement régresser.
Vous avez cru en Sarkozy il y a cinq ans parce qu'il bousculait la société. Il bousculait les tabous. Ceux de l'argent, du pouvoir, de l'immigration, du travail. Il fonçait, il faisait rupture.
Mais dites-moi donc : Depuis cinq ans, la France s'est elle modernisée ? Sommes nous dans un pays plus moderne qu'avant ? Sarkozy a-t-il fait avancer quelque chose de notable ?
Et dites moi autre chose : le ministère de l'identité nationale ? Je sais que vos n'étiez pas à l'aise avec ça. vous l'avez accepté parce que ça venait de votre candidat. Et ça a servi à quelque chose ? Mais alors pourquoi devoir encore parler d'immigration dans les mêmes termes ? Pourquoi dire encore qu'il y a trop d'immigrés en France ?
"Travailler plus pour gagner plus"... qu'en est-il du pouvoir d'achat aujourd'hui ? Meilleur qu'avant ? Et le chômage ? Le problème est-il réglé ? Et la sécurité ? Vous êtes plus en sécurité aujourd'hui ?
Dites-moi mes amis de droite (si vous êtes mes amis c'est que vous êtes à droite d'une certaine façon et pas d'une autre), Sarkozy a-t-il réussi ? Vous a-t-il satisfait ? Ou vous a-t-il embarrassé ?
Il est probable que vous n'accepterez pas de l'avouer. L'échec, au regard de ses principaux thèmes de campagne, est patent et vous faites preuve d'un aveuglement militant. Romantique, la gauche ? Vous l'êtes avec votre fantasme du Leader. Idéologue, la gauche ? Vous avez avalé toutes ses décisions idéologiques, celles qui n'ont servi à rien, qui n'ont rien fait avancer, celles qui n'étaient que symboliques et qui ont fait tant de mal. Sarkozy se pose en chef, met en avant ses capacités de commander, de décider, ses qualités d'autorité. C'est ça qui vous plaît ? Au prix d'un déni quasi stalinien de son échec ? Quelle est cette autorité si nécessaire pour la France qu'elle doive se payer d'une société divisée, d'un peuple qui ne s'aime pas, qui en veut à ses chômeurs, à ses corps intermédiaires. Vous voulez tellement un leader que vous vous satisfaites d'un débat électoral proche du cirque, initié par votre candidat qui a besoin de faire spectacle afin que les médias l'aiment de nouveau.
Vous, vous ne rêvez pas, non. Vous avez rêvé d'une France libérale, d'une France moderne. Et vous avez une France qui a perdu son AAA, qui compte un million de chômeurs en plus, dont la dette publique est devenue rédhibitoire, un pays qui sort affaibli de ces cinq années. Vous ne rêvez pas. C'est la crise ! Et si Sarkozy n'avait pas été là ça serait encore pire !
Vous ne rêvez pas non. Vous êtes ceux qui sont lucides, rationnels, pragmatiques.
Pour ces trois raisons, vous devriez renoncer à Sarkozy. Dommage que ça ne soit pas Fillon votre candidat, ou même Juppé. Non, c'est Sarko et dans cinq ans ça sera Copé... Vous ne rêvez pas mais vous pourriez éventuellement vous réveiller de votre cauchemar.
Je me souviens de l'élection présidentielle de 2002. J'en voulais a mort à ceux d'entre vous qui n'aviez pas voté Jospin. Vous aviez préféré envoyer un message au candidat socialiste plutôt que choisir le changement. Le message à été bien reçu ! Et le changement n'a pas eu lieu.
Aujourd'hui certains s'apprêtent à faire la même erreur : choisir le message contre le changement. Vous êtes certains de la présence de Hollande au second tour.
Et pour vous, le bulletin de vote est plus un moyen de communiquer quelque chose, voire de faire pression que de choisir un candidat. Vous êtes dans la stratégie. Vous croyez maîtriser les règles du jeu politique.
Pourtant ce sont les sondages qui vous dictent votre conduite. Ces sondages qui vous assurent de la présence de Hollande au second tour. Ces même sondages qui mettent Sarkozy et Hollande à égalité. Vous êtes certains de leur véracité.
Les électeurs de Le Pen reviennent vers Sarkozy, donc Marine Le Pen baisse dans les sondages, donc le spectre de 2002 s'éloigne, donc on peut voter à gauche du PS sans crainte.
Mais pourquoi voter à gauche du PS à la présidentielle ? La France ne sera jamais gouvernée à cette gauche là. C'est fini. Message reçu ou non. Car le monde n'est plus fait pour ça. Ça n'arrivera pas. Mélenchon ne sera jamais élu et Hollande, s'il est élu, n'appliquera jamais ce style de politique. Pression ou non. Parce que l'Europe nous l'interdit et parce qu'être de gauche ce n'est pas vouloir se retirer du monde ou subir le sort de la Grèce.
Alors pourquoi prendre le risque du message contre le changement ? Par radicalisme ? Très bien. Que ceux qui pensent réellement que Sarkozy vaut Hollande, quelle que soit la situation, que ceux-là "envoient un message" et choisissent la défaite. Mais pour les autres, mes amis qui votent à gauche, l'élection présidentielle sert à désigner le candidat que vous préférez, non pas celui que vous aimez. Elle sert à choisir la politique que vous préférez, non celle que vous désirez. Il s'agit de faire un choix, il ne s'agit pas de s'exprimer. Pour cela, il y a d'autres élections, d'autres moyens. Et si vous refusez cette réalité, vous prenez de nouveau le risque de remettre la droite au pouvoir, elle qui a très bien compris comment ça marche.
Car la droite, c'est peut-être son tort, mais c'est aussi sa force lors d'une élection : elle ne rêve pas.
A mes amis du Centre :
Je comprends que vous n'ayez pas voté Royal il y a cinq ans. Elle n'a pas fait les gestes qu'il fallait et elle vous a fait peur, vous qui ne rêvez pas mais qui ne renoncez pas aux valeurs humanistes et croyez encore à la justice sociale.
Vous aviez donc fait le choix de Sarkozy. Parce que Royal était trop extravagante, pas à la hauteur. Parce que la gauche est trop à gauche, trop peu réaliste. Pour vous, les trente-cinq heures sont le parfait exemple d'une gauche qui ne sait pas comment s'adapter au nouveau monde.
Etes-vous satisfait aujourd'hui de toujours finir à droite ? De toujours commencer par gouverner avec le RPR ou l'UMP et toujours finir par avoir le sentiment de vous être fait voler ?
Vous le savez parfaitement, Hollande est au centre gauche. Vous le savez parfaitement il ne sera pas l'otage d'une gauche plus radicale car non seulement la situation économique l'interdit mais Hollande est un des plus pragmatique au PS. Il sait quelle est sa responsabilité s'il est élu. Et cette responsabilité c'est de ne pas faire sombrer la France parce qu'elle se serait décrétée de gauche. C'est une responsabilité envers la France mais aussi envers la gauche. Sa responsabilité c'est de ne pas réitérer le coup des trente-cinq heures, c'est à dire un coup politique qui assure la victoire à court terme et la défaite systématique sur le long terme.
Vous auriez préféré Valls. Vous auriez préféré, en son temps, Delors.
Eh bien vous avez Hollande et si vous y pensez, rien aujourd'hui ne devrait raisonnablement vous retenir de le choisir. Si aujourd'hui vous ne choisissez pas Hollande contre Sarkozy (je parle de votre choix du second tour évidemment), cessez-donc de vous prétendre au centre et assumez définitivement votre positionnement de droite : vous ne choisirez jamais la gauche, toujours la droite. Hollande est plus proche de Bayrou que ne l'est Bayrou de Sarkozy. Et votre "centrisme" est finalement une imposture. A moins qu'il ne s'agisse aussi d'un rêve... comme quoi c'est parce que vous aussi vous êtes des rêveurs que la droite passe à chaque fois.
A mes amis de droite :
Des fois je pense comme vous : la gauche est trop romantique, ce qui la rend dangereuse. La gauche est trop idéologue, ce qui la rend dangereuse. Elle ne s'est pas adaptée au monde, ce qui la rend obsolète. Elle est devenue conservatrice. Cette incapacité à s'adapter intellectuellement au monde tel qu'il a évolué la rend nuisible pour la France. Avec elle, nous allons finalement régresser.
Vous avez cru en Sarkozy il y a cinq ans parce qu'il bousculait la société. Il bousculait les tabous. Ceux de l'argent, du pouvoir, de l'immigration, du travail. Il fonçait, il faisait rupture.
Mais dites-moi donc : Depuis cinq ans, la France s'est elle modernisée ? Sommes nous dans un pays plus moderne qu'avant ? Sarkozy a-t-il fait avancer quelque chose de notable ?
Et dites moi autre chose : le ministère de l'identité nationale ? Je sais que vos n'étiez pas à l'aise avec ça. vous l'avez accepté parce que ça venait de votre candidat. Et ça a servi à quelque chose ? Mais alors pourquoi devoir encore parler d'immigration dans les mêmes termes ? Pourquoi dire encore qu'il y a trop d'immigrés en France ?
"Travailler plus pour gagner plus"... qu'en est-il du pouvoir d'achat aujourd'hui ? Meilleur qu'avant ? Et le chômage ? Le problème est-il réglé ? Et la sécurité ? Vous êtes plus en sécurité aujourd'hui ?
Dites-moi mes amis de droite (si vous êtes mes amis c'est que vous êtes à droite d'une certaine façon et pas d'une autre), Sarkozy a-t-il réussi ? Vous a-t-il satisfait ? Ou vous a-t-il embarrassé ?
Il est probable que vous n'accepterez pas de l'avouer. L'échec, au regard de ses principaux thèmes de campagne, est patent et vous faites preuve d'un aveuglement militant. Romantique, la gauche ? Vous l'êtes avec votre fantasme du Leader. Idéologue, la gauche ? Vous avez avalé toutes ses décisions idéologiques, celles qui n'ont servi à rien, qui n'ont rien fait avancer, celles qui n'étaient que symboliques et qui ont fait tant de mal. Sarkozy se pose en chef, met en avant ses capacités de commander, de décider, ses qualités d'autorité. C'est ça qui vous plaît ? Au prix d'un déni quasi stalinien de son échec ? Quelle est cette autorité si nécessaire pour la France qu'elle doive se payer d'une société divisée, d'un peuple qui ne s'aime pas, qui en veut à ses chômeurs, à ses corps intermédiaires. Vous voulez tellement un leader que vous vous satisfaites d'un débat électoral proche du cirque, initié par votre candidat qui a besoin de faire spectacle afin que les médias l'aiment de nouveau.
Vous, vous ne rêvez pas, non. Vous avez rêvé d'une France libérale, d'une France moderne. Et vous avez une France qui a perdu son AAA, qui compte un million de chômeurs en plus, dont la dette publique est devenue rédhibitoire, un pays qui sort affaibli de ces cinq années. Vous ne rêvez pas. C'est la crise ! Et si Sarkozy n'avait pas été là ça serait encore pire !
Vous ne rêvez pas non. Vous êtes ceux qui sont lucides, rationnels, pragmatiques.
Pour ces trois raisons, vous devriez renoncer à Sarkozy. Dommage que ça ne soit pas Fillon votre candidat, ou même Juppé. Non, c'est Sarko et dans cinq ans ça sera Copé... Vous ne rêvez pas mais vous pourriez éventuellement vous réveiller de votre cauchemar.
11 mars 2012
Un bilan déjà désastreux
A quelques heures du désormais fameux meeting de Villepinte, on peut faire un premier bilan de la campagne de Nicolas Sarkozy.
Avant la campagne, il y a eu la pré-campagne. C'est à dire l'utilisation de la crise financière à des fins électorales. Cette crise a représenté pour le président non déclaré l'espoir d'en finir avec la gauche. Il pouvait, si il était assez habile, tuer la gauche dans l'œuf en présentant et en martelant deux arguments :
- C'est à cause de la gauche qu'il y a la crise.
- Le seul moyen de sortir de la crise est de mettre en place des mécanismes qui empêcheront définitivement la gauche de s'exprimer en tant que telle, de s'épanouir, bref, de faire une politique de gauche.
Passons sur tout ce que ce discours a pu impliquer de mauvaise foi. Il était tactique. Et il a échoué. Il a échoué parce qu'aujourd'hui peu de gens sont convaincus qu'effectivement la gauche est responsable de la crise, assez peu pour que le candidat lui-même revienne sur son argumentation : le responsable de la crise c'est la finance. Ce n'est pas Hollande qui le dit, mais Sarkozy lui-même. On ne l'entend plus trop mettre en avant la responsabilité de ce qui fait la gauche dans cette crise mais plutôt de ce que la gauche met aujourd'hui en avant, à savoir la finance (quand elle devient folle s'entend... ah ah). Et de vouloir taxer les transactions, les dividendes du Cac40 etc...
Donc échec de cette première tactique qui a quand même eu comme résultat de voir le président de la France exploiter, instrumentaliser à des fins électorales, une crise douloureuse pour les peuples. Une crise qui n'est pas terminée et dont on peut se demander si Sarkozy ne souhaite pas qu'elle rebondisse juste avant les élections, histoire de pouvoir s'en servir encore.
Ensuite il y a eu l'entrée en campagne. Et elle a été colorée par la proposition de référendum sur le thème du chômage et de l'immigration. Les thèmes sont importants pour la suite mais on peut surtout retenir de ce début de campagne la mise en cause de ce qu'on appelle "les corps intermédiaires". C'est à dire nous tous quand nous nous réunissons, quand nous nous organisons.
En tant que corps intermédiaires, nous sommes donc des obstacles à la réforme. C'est vrai qu'il est bien plus facile d'embobiner le "peuple" que les corps intermédiaires. Il est bien plus facile d'organiser une campagne de communication pour endormir les gens que de négocier avec les corps intermédiaires qui les représentent. Ces entités qui justement servent à ce que les gens se regroupent et réfléchissent ensemble, créent une expertise qui les empêchent de se faire berner.
Tout pouvoir autoritaire veut se passer des corps intermédiaires. Surtout quand ils sont indépendants. Le pouvoir autoritaire préfère avoir un accès direct au peuple parce que le peuple, on peut lui faire peur. Les corps intermédiaires, c'est plus difficile.
Passons sur les thèmes de ces référendums, l'articulation du chômage et de l'assistanat entre autre.
Une entrée en campagne qui a donc été lue par tout le monde comme un appel du pied à l'électorat lepeniste. Suivi par d'autres appels du pieds sur la viande halal et le nombre d'étrangers qu'il faudrait diviser par deux.
Ça ne gène personne finalement, cette "droitisation" du discours. Ça ne gêne pas parce qu'on la considère comme étant tactique. "Il ne le pense pas vraiment, il dit ça pour récupérer les électeurs du front national".
Donc en fait ce ne sont que des mots. Ça ne porte pas à conséquence. Ça n'existe que pour les gogos. Donc ce n'est pas dangereux.
Eh bien je pense le contraire. Cette droitisation du discours est une autorisation pour un discours xénophobe voire raciste. Une dé-responsabilisation.
On pourrait nous dire (et on nous le dit) : et pourquoi pas ? Pourquoi toujours se censurer ? On le pense alors disons le ! Sinon ce sont les fascistes qui vont le dire. La gauche est naïve, angélique, elle se cache derrière un romantisme dangereux. Les mots sont tabous. Non ! On doit les prononcer ! Il y a un problème avec les arabes ! Disons-le !
On le pense alors disons le...
Comme si la vie en société n'était pas un combat entre ce qu'on pense et ce qu'on peut dire. Comme si la notion de contrat social ne reposait pas justement sur une censure permanente, une censure qu'on appelle : l'éducation.
Mais il est évident que cette droitisation du discours va dans le sens d'une déculpabilisation générale.
(entre parenthèse : oui il y a un problème avec l'Islam. Depuis que l'Islam est devenu politique. Ce n'est que depuis qu'existe l'islam politique qu'il y a un problème avec l'islam. Il n'y a aucun problème avec l'islam religieux. Comme il y aurait un problème si les juifs se mettaient soudain en tête - en Israel - d'obliger les femmes à se raser les cheveux et à mettre des perruques et que du coup, des activistes juifs voudraient faire de même dans les quartiers en France. De même qu'il y a de gros problèmes avec le christianisme quand des activistes perpétuent des actions anti avortement. Bref, la religion est un problème quand elle devient politique)
Revenons à la déculpabilisation, ce crédo sarkozyste permanent. Car c'est la couleur du troisième temps de cette campagne. Il a été marqué par le grand mea Culpa tant attendu.
Il faudrait croire que le début du quinquennat a été marqué par des erreurs de jugement dues à une situation personnelle difficile.
Si c'était vrai ça poserait un vrai problème.
Mais en plus c'est faux.
Si c'était vrai cela signifierait que Sarkozy n'était pas prêt. Il n'a pas compris la force des symboles. Et on peut quand même se demander s'il n'est pas dangereux de réélire quelqu'un dont la situation personnelle peut peser à ce point sur les décisions du président. On se prend à prier pour que le nouveau couple Sarkozy n'explose pas de nouveau en plein milieu d'un second mandat !
On attend de celui qui veut être président, justement, qu'il soit assez fort pour mettre sa vie privée de côté. Et pitié ! pour que son comportement et ses décision n'en soient pas tributaires !
Mais de toute façon, c'est faux.
Ces premiers actes du quinquennats étaient parfaitement maîtrisés. Ils participaient à cette entreprise typiquement sarkozyenne de déculpabilisation. Ici non face aux étrangers mais face à l'argent. Le comportement de Sarkozy à l'époque était calculé, assumé, il consistait à dire : pas de honte à être riche, à réussir. Arrêtons cette contrition permanente, cette honte de l'argent en France. Je donne l'exemple. La réussite est bonne. La fortune est bonne. Au lieu de pourchasser les riches, au lieu de les culpabiliser, faisons les revenir, aidons-les (paquet fiscal), envoyons leur des signes que la France a changé et qu'ils ne sont pas nos ennemis. Vous aspirez tous à être riches alors cessons là la mascarade de gauche.
C'était le discours du nouveau président. Ce n'était pas une erreur. C'était une idéologie.
Donc bilan : Instrumentalisation de la crise, mise en cause des corps intermédiaires en début de campagne, lepenisation du discours en général puis faux mea culpa enfin, sans compter la dramatisation personnelle de l'enjeu aujourd'hui mise en scène.
Sarkozy veut être réélu. Il le veut à n'importe quel prix.
Mais pourquoi le serait-il ? Pour continuer ce qu'il a fait ? Pour réparer ce qu'il a fait ?
C'est à Villepinte qu'il va nous le dire. Pourquoi il doit gagner. A part pour lui-même, s'entend.
Avant la campagne, il y a eu la pré-campagne. C'est à dire l'utilisation de la crise financière à des fins électorales. Cette crise a représenté pour le président non déclaré l'espoir d'en finir avec la gauche. Il pouvait, si il était assez habile, tuer la gauche dans l'œuf en présentant et en martelant deux arguments :
- C'est à cause de la gauche qu'il y a la crise.
- Le seul moyen de sortir de la crise est de mettre en place des mécanismes qui empêcheront définitivement la gauche de s'exprimer en tant que telle, de s'épanouir, bref, de faire une politique de gauche.
Passons sur tout ce que ce discours a pu impliquer de mauvaise foi. Il était tactique. Et il a échoué. Il a échoué parce qu'aujourd'hui peu de gens sont convaincus qu'effectivement la gauche est responsable de la crise, assez peu pour que le candidat lui-même revienne sur son argumentation : le responsable de la crise c'est la finance. Ce n'est pas Hollande qui le dit, mais Sarkozy lui-même. On ne l'entend plus trop mettre en avant la responsabilité de ce qui fait la gauche dans cette crise mais plutôt de ce que la gauche met aujourd'hui en avant, à savoir la finance (quand elle devient folle s'entend... ah ah). Et de vouloir taxer les transactions, les dividendes du Cac40 etc...
Donc échec de cette première tactique qui a quand même eu comme résultat de voir le président de la France exploiter, instrumentaliser à des fins électorales, une crise douloureuse pour les peuples. Une crise qui n'est pas terminée et dont on peut se demander si Sarkozy ne souhaite pas qu'elle rebondisse juste avant les élections, histoire de pouvoir s'en servir encore.
Ensuite il y a eu l'entrée en campagne. Et elle a été colorée par la proposition de référendum sur le thème du chômage et de l'immigration. Les thèmes sont importants pour la suite mais on peut surtout retenir de ce début de campagne la mise en cause de ce qu'on appelle "les corps intermédiaires". C'est à dire nous tous quand nous nous réunissons, quand nous nous organisons.
En tant que corps intermédiaires, nous sommes donc des obstacles à la réforme. C'est vrai qu'il est bien plus facile d'embobiner le "peuple" que les corps intermédiaires. Il est bien plus facile d'organiser une campagne de communication pour endormir les gens que de négocier avec les corps intermédiaires qui les représentent. Ces entités qui justement servent à ce que les gens se regroupent et réfléchissent ensemble, créent une expertise qui les empêchent de se faire berner.
Tout pouvoir autoritaire veut se passer des corps intermédiaires. Surtout quand ils sont indépendants. Le pouvoir autoritaire préfère avoir un accès direct au peuple parce que le peuple, on peut lui faire peur. Les corps intermédiaires, c'est plus difficile.
Passons sur les thèmes de ces référendums, l'articulation du chômage et de l'assistanat entre autre.
Une entrée en campagne qui a donc été lue par tout le monde comme un appel du pied à l'électorat lepeniste. Suivi par d'autres appels du pieds sur la viande halal et le nombre d'étrangers qu'il faudrait diviser par deux.
Ça ne gène personne finalement, cette "droitisation" du discours. Ça ne gêne pas parce qu'on la considère comme étant tactique. "Il ne le pense pas vraiment, il dit ça pour récupérer les électeurs du front national".
Donc en fait ce ne sont que des mots. Ça ne porte pas à conséquence. Ça n'existe que pour les gogos. Donc ce n'est pas dangereux.
Eh bien je pense le contraire. Cette droitisation du discours est une autorisation pour un discours xénophobe voire raciste. Une dé-responsabilisation.
On pourrait nous dire (et on nous le dit) : et pourquoi pas ? Pourquoi toujours se censurer ? On le pense alors disons le ! Sinon ce sont les fascistes qui vont le dire. La gauche est naïve, angélique, elle se cache derrière un romantisme dangereux. Les mots sont tabous. Non ! On doit les prononcer ! Il y a un problème avec les arabes ! Disons-le !
On le pense alors disons le...
Comme si la vie en société n'était pas un combat entre ce qu'on pense et ce qu'on peut dire. Comme si la notion de contrat social ne reposait pas justement sur une censure permanente, une censure qu'on appelle : l'éducation.
Mais il est évident que cette droitisation du discours va dans le sens d'une déculpabilisation générale.
(entre parenthèse : oui il y a un problème avec l'Islam. Depuis que l'Islam est devenu politique. Ce n'est que depuis qu'existe l'islam politique qu'il y a un problème avec l'islam. Il n'y a aucun problème avec l'islam religieux. Comme il y aurait un problème si les juifs se mettaient soudain en tête - en Israel - d'obliger les femmes à se raser les cheveux et à mettre des perruques et que du coup, des activistes juifs voudraient faire de même dans les quartiers en France. De même qu'il y a de gros problèmes avec le christianisme quand des activistes perpétuent des actions anti avortement. Bref, la religion est un problème quand elle devient politique)
Revenons à la déculpabilisation, ce crédo sarkozyste permanent. Car c'est la couleur du troisième temps de cette campagne. Il a été marqué par le grand mea Culpa tant attendu.
Il faudrait croire que le début du quinquennat a été marqué par des erreurs de jugement dues à une situation personnelle difficile.
Si c'était vrai ça poserait un vrai problème.
Mais en plus c'est faux.
Si c'était vrai cela signifierait que Sarkozy n'était pas prêt. Il n'a pas compris la force des symboles. Et on peut quand même se demander s'il n'est pas dangereux de réélire quelqu'un dont la situation personnelle peut peser à ce point sur les décisions du président. On se prend à prier pour que le nouveau couple Sarkozy n'explose pas de nouveau en plein milieu d'un second mandat !
On attend de celui qui veut être président, justement, qu'il soit assez fort pour mettre sa vie privée de côté. Et pitié ! pour que son comportement et ses décision n'en soient pas tributaires !
Mais de toute façon, c'est faux.
Ces premiers actes du quinquennats étaient parfaitement maîtrisés. Ils participaient à cette entreprise typiquement sarkozyenne de déculpabilisation. Ici non face aux étrangers mais face à l'argent. Le comportement de Sarkozy à l'époque était calculé, assumé, il consistait à dire : pas de honte à être riche, à réussir. Arrêtons cette contrition permanente, cette honte de l'argent en France. Je donne l'exemple. La réussite est bonne. La fortune est bonne. Au lieu de pourchasser les riches, au lieu de les culpabiliser, faisons les revenir, aidons-les (paquet fiscal), envoyons leur des signes que la France a changé et qu'ils ne sont pas nos ennemis. Vous aspirez tous à être riches alors cessons là la mascarade de gauche.
C'était le discours du nouveau président. Ce n'était pas une erreur. C'était une idéologie.
Donc bilan : Instrumentalisation de la crise, mise en cause des corps intermédiaires en début de campagne, lepenisation du discours en général puis faux mea culpa enfin, sans compter la dramatisation personnelle de l'enjeu aujourd'hui mise en scène.
Sarkozy veut être réélu. Il le veut à n'importe quel prix.
Mais pourquoi le serait-il ? Pour continuer ce qu'il a fait ? Pour réparer ce qu'il a fait ?
C'est à Villepinte qu'il va nous le dire. Pourquoi il doit gagner. A part pour lui-même, s'entend.
28 février 2012
Le spectacle de la politique
Le nouveau jeu consiste donc à obliger les autres à tourner autour de vous.
Vous lancez une proposition ou simplement une remarque, dans l'objectif :
1 - d'être repris par tous les médias
2 - d'être donc commenté par tous les autres
Que ce soit d'une imbécilité notoire, d'une extravagante mauvaise foi, bref que ça ne passe pas la barre du raisonnement, n'a strictement aucune importance. Ce qu'il faut c'est que l'adversaire soit pris dans le filet. C'est la figure de l'hystérie. Prendre les autres dans les rets de son propre désir, les arraisonner, les polariser, les amener à ne vivre - un moment - que pour et par vous, autour de vous.
Parce qu'il faut que "ça" parle de vous.
C'est un principe de base : qu'importe que la publicité soit de bonne qualité ou non, qu'importe que la critique soit favorable ou non, ce qui importe, c'est l'espace. Il faut prendre l'espace, tout l'espace si possible avec la complicité forcée de vos adversaires.
Mais que s'est-il passé pour que la campagne en arrive là ?
Nicolas Sarkozy est entré en campagne.
Il est donné perdant, il doit remonter vite la pente.
Alors il a donné l'artillerie lourde de la communication politique.
Boris Eltsine en 96 partait de quelque chose comme 5% dans les sondages. Les oligarques ont cessé de se faire la guerre entre eux et se sont unis pour le faire réélire. L'adversaire, donné gagnant par les sondages, était Ziouganov le communiste. Celui qui allait probablement pendre... les oligarques. Ces derniers avaient les télévisions et l'argent. Ils ont tapé dans la même direction pendant des mois. Et Eltsine a été réélu.
On peut s'en défendre, on peut le déplorer mais c'est une réalité :
les gens pensent ce que les médias disent.
Le nombre de gens qui m'ont dit par exemple : François Hollande, oui, mais il est un peu mou, non?
Et quand je leur demandais ce qui leur faisait dire ça : pas de réponse.
Alors on me dira : les médias l'ont simplement repris parce que ça se disait autour de Hollande lui-même.
Non, les médias l'ont repris parce que ça vend : c'est simple, c'est drôle, c'est proche, ça vend.
Les médias opposent Le Pen à Mélenchon parce que ça vend.
Les médias jouent le jeu de Sarkozy consistant à égrener ses propositions unes à unes parce que ça vend, ça fait spectacle, ça fait événement.
Qu'importe que, comme l'a dit très justement Hollande, ce soit un jeu avec les français et qu'au lieu de leur présenter un programme cohérent, que l'on soumettrait à la réflexion avant l'élection, on les appâte, on les nourrit d'une proposition à chaque moment, émission, meeting, afin de toujours les tenir en haleine. Qu'importe finalement que ce soit au détriment du débat démocratique, de la dignité, du respect des électeurs et des citoyens : ça vend.
C'est bien parce que les médias doivent vendre, doivent faire spectacle de la politique pour la vendre, que Sarkozy se plie avec son habileté légendaire, à l'exercice.
Ce faisant il oblige les autres à venir sur le même terrain. Il n'y a pas d'alternative. Soit vous existez dans les médias, soit vous crevez. Donc il faut jouer le jeu de l'occupation de l'espace. Jouer le jeu...
Sarkozy est en train de transformer l'élection en un jeu. Il ne gagnera qu'à ce prix. Car c'est le meilleur joueur. Qu'importe que ce jeu nous fasse passer du statut d'électeur, de citoyen, en cible, en "target", bref en bon con. La victoire sera à ce prix. Au prix de nous piéger plutôt que de nous rassembler.
François Hollande peut-il résister ? Peut-il refuser le jeu que lui impose Sarkozy ?
Difficile. La proposition sur les riches d'hier soir en est le symptôme. Faire les titres. Occuper l'espace. Comme pour dire ; je sais le faire moi aussi, si je veux, je peux. Si la victoire doit m'en faire passer par là, j'en ai aussi les moyens.
Et alors l'Express fait sa une : "Lequel des deux ment le plus ?"
François Hollande est déjà entraîné dans les profondeurs. Il est éclaboussé par Sarkozy. L'un oblige l'autre à se salir les mains : la politique, c'est de la boue, c'est de la sueur, c'est dégueulasse. On ne peut pas en faire en restant propre sur soi. Voilà le message de Sarkozy à Hollande : rejoins moi dans l'arène. regarde de toute façon tu n'as pas le choix. Cette arène, c'est celle du cirque médiatique.
Les gens pensent ce que les médias disent.
Refuser totalement cette aliénation est la garantie de perdre l'élection.
L'accepter est une véritable compromission dans l'opération d'avilissement de la vie politique française.
Il faut la dénoncer.
Jusqu'à ce que les médias le disent (ils n'ont aucun amour propre).
Pour que les gens le pensent.
Mais je pense qu'ils le pensent déjà. Du moins je l'espère.
Vous lancez une proposition ou simplement une remarque, dans l'objectif :
1 - d'être repris par tous les médias
2 - d'être donc commenté par tous les autres
Que ce soit d'une imbécilité notoire, d'une extravagante mauvaise foi, bref que ça ne passe pas la barre du raisonnement, n'a strictement aucune importance. Ce qu'il faut c'est que l'adversaire soit pris dans le filet. C'est la figure de l'hystérie. Prendre les autres dans les rets de son propre désir, les arraisonner, les polariser, les amener à ne vivre - un moment - que pour et par vous, autour de vous.
Parce qu'il faut que "ça" parle de vous.
C'est un principe de base : qu'importe que la publicité soit de bonne qualité ou non, qu'importe que la critique soit favorable ou non, ce qui importe, c'est l'espace. Il faut prendre l'espace, tout l'espace si possible avec la complicité forcée de vos adversaires.
Mais que s'est-il passé pour que la campagne en arrive là ?
Nicolas Sarkozy est entré en campagne.
Il est donné perdant, il doit remonter vite la pente.
Alors il a donné l'artillerie lourde de la communication politique.
Boris Eltsine en 96 partait de quelque chose comme 5% dans les sondages. Les oligarques ont cessé de se faire la guerre entre eux et se sont unis pour le faire réélire. L'adversaire, donné gagnant par les sondages, était Ziouganov le communiste. Celui qui allait probablement pendre... les oligarques. Ces derniers avaient les télévisions et l'argent. Ils ont tapé dans la même direction pendant des mois. Et Eltsine a été réélu.
On peut s'en défendre, on peut le déplorer mais c'est une réalité :
les gens pensent ce que les médias disent.
Le nombre de gens qui m'ont dit par exemple : François Hollande, oui, mais il est un peu mou, non?
Et quand je leur demandais ce qui leur faisait dire ça : pas de réponse.
Alors on me dira : les médias l'ont simplement repris parce que ça se disait autour de Hollande lui-même.
Non, les médias l'ont repris parce que ça vend : c'est simple, c'est drôle, c'est proche, ça vend.
Les médias opposent Le Pen à Mélenchon parce que ça vend.
Les médias jouent le jeu de Sarkozy consistant à égrener ses propositions unes à unes parce que ça vend, ça fait spectacle, ça fait événement.
Qu'importe que, comme l'a dit très justement Hollande, ce soit un jeu avec les français et qu'au lieu de leur présenter un programme cohérent, que l'on soumettrait à la réflexion avant l'élection, on les appâte, on les nourrit d'une proposition à chaque moment, émission, meeting, afin de toujours les tenir en haleine. Qu'importe finalement que ce soit au détriment du débat démocratique, de la dignité, du respect des électeurs et des citoyens : ça vend.
C'est bien parce que les médias doivent vendre, doivent faire spectacle de la politique pour la vendre, que Sarkozy se plie avec son habileté légendaire, à l'exercice.
Ce faisant il oblige les autres à venir sur le même terrain. Il n'y a pas d'alternative. Soit vous existez dans les médias, soit vous crevez. Donc il faut jouer le jeu de l'occupation de l'espace. Jouer le jeu...
Sarkozy est en train de transformer l'élection en un jeu. Il ne gagnera qu'à ce prix. Car c'est le meilleur joueur. Qu'importe que ce jeu nous fasse passer du statut d'électeur, de citoyen, en cible, en "target", bref en bon con. La victoire sera à ce prix. Au prix de nous piéger plutôt que de nous rassembler.
François Hollande peut-il résister ? Peut-il refuser le jeu que lui impose Sarkozy ?
Difficile. La proposition sur les riches d'hier soir en est le symptôme. Faire les titres. Occuper l'espace. Comme pour dire ; je sais le faire moi aussi, si je veux, je peux. Si la victoire doit m'en faire passer par là, j'en ai aussi les moyens.
Et alors l'Express fait sa une : "Lequel des deux ment le plus ?"
François Hollande est déjà entraîné dans les profondeurs. Il est éclaboussé par Sarkozy. L'un oblige l'autre à se salir les mains : la politique, c'est de la boue, c'est de la sueur, c'est dégueulasse. On ne peut pas en faire en restant propre sur soi. Voilà le message de Sarkozy à Hollande : rejoins moi dans l'arène. regarde de toute façon tu n'as pas le choix. Cette arène, c'est celle du cirque médiatique.
Les gens pensent ce que les médias disent.
Refuser totalement cette aliénation est la garantie de perdre l'élection.
L'accepter est une véritable compromission dans l'opération d'avilissement de la vie politique française.
Il faut la dénoncer.
Jusqu'à ce que les médias le disent (ils n'ont aucun amour propre).
Pour que les gens le pensent.
Mais je pense qu'ils le pensent déjà. Du moins je l'espère.
24 février 2012
L'appauvrissement du débat
Quelque chose se passe dans cette campagne depuis que Nicolas Sarkozy s'est déclaré.
Un appauvrissement du débat, un changement de domaine.
Avant, il y avait la crise, de gauche ou de droite, chacun devait se déterminer.
Sarkozy espérait que cette crise soit celle de la gauche, qu'elle signe la fin d'un certain romantisme social. La gauche, elle, devait préciser sa position sur la mondialisation : qu'en faire, comment faire ?
Malgré tout, il y a quelques mois, quelques semaines, un vrai débat de société pouvait avoir lieu. Il est certain que si Juppé ou Fillon avaient été candidat plutôt que Sarkozy, ce débat réellement politique aurait eu lieu, obligeant les uns et les autres à réellement penser leur positionnement, leurs idéaux, leurs objectifs idéologiques et politiques.
Malheureusement ce n'est pas cas. C'est le président sortant qui se présente, avec son bilan.
Cette entrée en campagne se fait sous le signe de la tactique politique.
Sarkozy, dit-on, est obligé de frapper fort, de "lâcher ses coups" comme disent certains journalistes (ce qui montre le niveau de leur réflexion), de créer l'événement s'il veut inverser une tendance que les sondages indiquent comme défavorables.
Et c'est là que la campagne prend un tournant désagréable. Elle est devenue médiatique, événementielle. Et c'est jusqu'aux propositions (une par jour ?) du candidat sortant qui exhalent un parfum sinon d'arnaque en tous les cas de jeu politicien, loin d'une réflexion approfondie sur la situation et le positionnement politique.
Les attaques de Sarkozy, relayées par ses "warriors", le couteau entre le dents, induisent une nouvelle campagne. Une campagne de coups, un concours d'habileté.
Le soucis c'est que François Hollande n'a pas le choix que de le suivre sur le même terrain. Pourquoi ? Parce que c'est le terrain des médias. Il n'y a qu'à voir Marine Le Pen invitée à débattre contre Mélenchon. Elle a raison de s'offusquer. Pourquoi la confronter à Melenchon alors que le vrai débat s'articule autour de la République. Il aurait fallu la confronter à ceux qu'elle attaque vraiment : les tenants du "système", les républicains.
Mais non. Le spectacle commande et le cirque a commencé.
L'entrée de Sarkozy en campagne oblige Hollande à se situer sur ce terrain du spectacle et entraîne un véritable appauvrissement du débat. Pire ! Il fait de nouveau écran à la réflexion, au vrai bilan politique qu'est une élection présidentielle.
L'honnêteté ou la victoire, voilà le vrai slogan de Sarkozy aujourd'hui.
Mais on pourrait le compléter de :
La pensé ou la victoire
La responsabilité (politique) ou la victoire.
Le résultat sera un probable affaissement des deux candidats dans les intentions de vote. J'en suis convaincu. Le cirque médiatique va les affaiblir tous les deux. Car je pense que les gens ne seront pas dupes. Et du coup aucune propositions, même intéressante, ne sera crédible.
La campagne va devenir assourdissante et donc malsaine, inintéressante.
Sarkozy aura une responsabilité dans cette situation.
Mais Hollande peut-il refuser ce diktat ? Il le devrait mais le risque est de disparaître dans les médias. Il est aliéné donc à la tactique de Sarkozy.
Que n'approfondit-il pas ses propositions sur l'éducation ! Parce que si crise il y a, si efforts il doit y avoir, il avait raison de dire que cela implique des priorités, de donner "un sens à la rigueur". cent fois raisons. Mais il est à craindre qu'il ne puisse développer. Pas le temps. Pas médiatique. Et en rester à cette ébauche de proposition consistant à réduire cet objectif prioritaire à un seul slogan : embaucher 60 000 personnes en plus. Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas à la hauteur de l'objectif.
Mais la hauteur n'est plus à l'ordre du jour depuis que le président sortant a décidé de sortir les griffes pour garder sa place.
Dommage.
Comme d'habitude.
Un appauvrissement du débat, un changement de domaine.
Avant, il y avait la crise, de gauche ou de droite, chacun devait se déterminer.
Sarkozy espérait que cette crise soit celle de la gauche, qu'elle signe la fin d'un certain romantisme social. La gauche, elle, devait préciser sa position sur la mondialisation : qu'en faire, comment faire ?
Malgré tout, il y a quelques mois, quelques semaines, un vrai débat de société pouvait avoir lieu. Il est certain que si Juppé ou Fillon avaient été candidat plutôt que Sarkozy, ce débat réellement politique aurait eu lieu, obligeant les uns et les autres à réellement penser leur positionnement, leurs idéaux, leurs objectifs idéologiques et politiques.
Malheureusement ce n'est pas cas. C'est le président sortant qui se présente, avec son bilan.
Cette entrée en campagne se fait sous le signe de la tactique politique.
Sarkozy, dit-on, est obligé de frapper fort, de "lâcher ses coups" comme disent certains journalistes (ce qui montre le niveau de leur réflexion), de créer l'événement s'il veut inverser une tendance que les sondages indiquent comme défavorables.
Et c'est là que la campagne prend un tournant désagréable. Elle est devenue médiatique, événementielle. Et c'est jusqu'aux propositions (une par jour ?) du candidat sortant qui exhalent un parfum sinon d'arnaque en tous les cas de jeu politicien, loin d'une réflexion approfondie sur la situation et le positionnement politique.
Les attaques de Sarkozy, relayées par ses "warriors", le couteau entre le dents, induisent une nouvelle campagne. Une campagne de coups, un concours d'habileté.
Le soucis c'est que François Hollande n'a pas le choix que de le suivre sur le même terrain. Pourquoi ? Parce que c'est le terrain des médias. Il n'y a qu'à voir Marine Le Pen invitée à débattre contre Mélenchon. Elle a raison de s'offusquer. Pourquoi la confronter à Melenchon alors que le vrai débat s'articule autour de la République. Il aurait fallu la confronter à ceux qu'elle attaque vraiment : les tenants du "système", les républicains.
Mais non. Le spectacle commande et le cirque a commencé.
L'entrée de Sarkozy en campagne oblige Hollande à se situer sur ce terrain du spectacle et entraîne un véritable appauvrissement du débat. Pire ! Il fait de nouveau écran à la réflexion, au vrai bilan politique qu'est une élection présidentielle.
L'honnêteté ou la victoire, voilà le vrai slogan de Sarkozy aujourd'hui.
Mais on pourrait le compléter de :
La pensé ou la victoire
La responsabilité (politique) ou la victoire.
Le résultat sera un probable affaissement des deux candidats dans les intentions de vote. J'en suis convaincu. Le cirque médiatique va les affaiblir tous les deux. Car je pense que les gens ne seront pas dupes. Et du coup aucune propositions, même intéressante, ne sera crédible.
La campagne va devenir assourdissante et donc malsaine, inintéressante.
Sarkozy aura une responsabilité dans cette situation.
Mais Hollande peut-il refuser ce diktat ? Il le devrait mais le risque est de disparaître dans les médias. Il est aliéné donc à la tactique de Sarkozy.
Que n'approfondit-il pas ses propositions sur l'éducation ! Parce que si crise il y a, si efforts il doit y avoir, il avait raison de dire que cela implique des priorités, de donner "un sens à la rigueur". cent fois raisons. Mais il est à craindre qu'il ne puisse développer. Pas le temps. Pas médiatique. Et en rester à cette ébauche de proposition consistant à réduire cet objectif prioritaire à un seul slogan : embaucher 60 000 personnes en plus. Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas à la hauteur de l'objectif.
Mais la hauteur n'est plus à l'ordre du jour depuis que le président sortant a décidé de sortir les griffes pour garder sa place.
Dommage.
Comme d'habitude.
L'honnêteté ou la victoire ?
C’est bien la campagne électorale, on apprend des choses.
On apprend par exemple que la France s’est trop endettée, au
point de ne plus pouvoir dépenser un seul sou. Les nouveautés, il faudra les
financer avec des économies.
On apprend également que l’industrie française est quasiment
morte, que la France ne produit plus grand chose si ce n’est des services et
qu’il n’y a probablement rien à faire à court et moyen terme.
C’est bien parce qu’on ne le savait pas. On ne nous l’avait
pas dit.
Alors oui, il y en a un ou deux qui le disaient mais quand
tout le monde le dit, à droite comme à gauche, ça devient plus audible. Quand
même, on n’est pas sourd. Ce n’est que depuis quelques mois que tout ça est
vraiment articulé, montré, démontré.
Evidemment, on se demande pourquoi on ne nous l’avait pas
dit avant. Pourquoi, par exemple, le pouvoir actuel, qui est en charge depuis
dix ans, ne l’a pas crié haut et fort s’il le savait et pourquoi il ne le découvre
que maintenant s’il le ne savait pas.
On pourrait aussi se demander pourquoi l’opposition ne l’a
pas dit pendant tout ce temps. Mais il est vrai qu’elle est mal en point depuis
longtemps.
Alors comment expliquer ce phénomène ?
Tous les cinq ans nous faisons un bilan à l’occasion de
l’élection présidentielle. On arrête la course, l’action et on regarde en
arrière puis en avant. En arrière c’est le bilan, et en avant c’est le
programme.
Mais que se passe-t-il pendant la mandature ? Le
pouvoir avance-t-il tête baissée sans regarder autour de lui ? Il avance,
il avance et il ne relève la tête que quand il s’agit de conserver son mandat
au moment où il doit être renouvelé ?
Le début du mandat est occupé à faire ce qu’on a dit.
Ensuite à essayer d’avancer dans la direction indiquée. Et puis on gère les
aléas (les guerres, les crises).
Qu’est-ce qu’on a dit ? Des trucs sur le bilan d’avant
(rien ne se passait, il fallait agir, faire la rupture contre Chirac) et
proposer un programme (travailler plus pour gagner plus, combattre
l’assistanat, l’insécurité, etc.)
Il y a quand même un soucis : ce qui fait le cœur du
débat aujourd’hui : la dette, la désindustrialisation, ça ne date pas
d’hier. Et donc il faut quand même faire le constat soit d’un aveuglement dû à l’idéologie,
soit à de l’incompétence, due à l’idéologie aussi.
Rien ne prouve que l’opposition, menée par François
Hollande, soit moins idéologue, c‘est à dire moins aveugle ou moins
incompétente.
On imagine aisément Hollande, une fois élu, foncer tête baissée
à créer 60 000 emplois dans l’éducation et ne pas relever la tête sur les
problèmes qu’on ne verra que cinq ans plus tard.
Mais quand même, d’un côté on fait le constat d’incompétence
de l’autre il s’agit au pire d’un soupçon d’incompétence. Le soupçon est
préférable à la certitude.
Suis-je injuste, cruel ? Idéologue moi-même ?
Qu’est-ce que la culture du résultat ? Qu’est-ce que la
philosophie de la réussite ?
Où sont les résultats comparés aux objectifs ?
Sécurité, pouvoir d’achat, rang économique de la France… Où est la
réussite ? Chômage, pauvreté, délinquance…
Depuis quand, à droite, estime-t-on qu’il faille excuser
l’échec ? Voire le récompenser ?
Alors oui il y a eu la crise…
La France a mieux résisté à la crise. C’est peut-être vrai.
Mais c’est surtout dû à la structure de notre système bancaire. C’est à dire
que nos banques étaient moins exposées aux produits dits toxiques. Alors c’est
vrai que des choses ont été faites. Mais qui ne les auraient pas faites ?
Exactement les mêmes ?
Je ne crois pas qu’on puisse imputer à la crise l’échec du
pouvoir actuel.
On peut penser que l’opposition, ne sera pas mieux, ni pire,
ça sera la même chose. Mais on n’en est pas sûr.
Je trouverais incroyable, inouï, inédit que Sarkozy soit
réélu. Je trouverais extrêmement injuste que Hollande ne devienne pas le
prochain président de la République.
Ça serait le résultat d’une campagne électorale. C’est à
dire d’un combat tactique, d’une propagande habile, d’un discours travaillé
comme un slogan publicitaire.
La réussite de l’intelligence politicienne et non pas celle
de l’intelligence politique. Le succès du sophiste. Le succès du plus pur
cynisme.
C’est contre ce cynisme là qu’il faut également voter.
Car si la politique de François Hollande risque de ne pas
être vraiment différente, sur le plan économique et social, de celle de
Sarkozy, car la marge de manœuvre du politique aujourd’hui est très réduite, il
reste que la campagne à laquelle nous assistons montre une chose : l’image
que chaque candidat a de nous.
Et celle que nous renvoie Sarkozy n’est réellement pas
glorieuse.
S’il l’emportait, nous serions alors les enfants, les
jouets, et les victimes d’une mascarade qui aura définitivement signé l’échec
de la pensée et de la politique.
Je pense que notre vote a cet enjeu également. Celui de
décider quel peuple on a envie d’être.
Ne nous méprenons pas, François Hollande n’est pas exempt de
reproches. Quand il désigne la finance comme son seul ennemi, quand il ne cesse
de stigmatiser les « riches » sans distinction, il fait de la
politique politicienne lui aussi. Il fait une « campagne de premier
tour ».
Chacun sait que s’il ne le faisait pas, il serait pour lui
inutile de s’engager dans la bataille. Son sort serait simplement celui de
Jospin.
Comme si la gauche n’avait d’autre choix que : l’honnêteté
ou la victoire.
Je crois qu’il s’agit de ça aujourd’hui, il s’agit vraiment
de savoir s’il ne nous reste plus que cette alternative : l’honnêteté ou
la victoire.
Et cette alternative, ce choix forcé, bref cette figure de
l’aliénation, c’est bien Nicolas Sarkozy qui nous l’impose.
Il faut la refuser.
05 février 2012
Le conflit des fantasmes et le visage de la République
La confrontation qui s'annonce entre la droite représentée par Nicolas Sarkozy et la gauche représentée par François Hollande a des allures de jeu de dupe politique.
Chaque camp a ses fantasmes et ce sont ces fantasmes qui caractérisent chaque camps.
La droite française est depuis des années animée du fantasme libéral : réduire l'intervention de l'Etat au maximum, laisser les entreprises libres de faire ce qu'elles veulent, remettre en cause le droit du travail, le droit de grève, remettre en cause les services publics et la protection sociale.
La gauche française est animée du fantasme socialiste : renforcer l'intervention de l'Etat, étendre les services publics, comprendre chaque revendication, accepter tout le monde, égaliser les statuts.
Ce sont des horizons. Le soleil libéral brille au loin, l'étoile socialiste éclaire le chemin.
Mais ces fantasmes se heurtent évidemment au principe de réalité.
La réalité c'est que la France ne veut pas du libéralisme. Elle ne veut pas qu'on casse l'éducation nationale, la sécurité sociale etc... La réalité, c'est que la mondialisation interdit le socialisme. Le monde a choisi son système économique pour un bon bout de temps et changer le système, c'est changer le monde et non pas la France seule.
Le jeu de l'accession au pouvoir induit donc un savant mélange entre fantasme et réalité. Les discours se musclent au son du fantasme et les actes s'accomplissent à la lumière de la réalité.
Il ne faut pas croire que les fantasmes en restent aux discours.
Sarkozy a fait le paquet fiscal, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, l'allègement de charge des heures supplémentaires, la limitation du droit de grève. On peut quand même dire que la dose de libéralisme dans sa politique a été cosmétique. Disons qu'il y a eu et il y a dans ses positions une tendance.
De même pour la gauche au pouvoir ou en campagne. Les trente cinq heures surtout ont été un coup électoral quand la question du chômage structurel était la question numéro un. Partager le temps de travail comme si le gâteau des emplois était stable et ne s'adaptait pas à la conjoncture. On peut se demander si les socialistes y ont vraiment cru. En revanche, à l'époque, c'était la seule proposition nouvelle et concrète pour s'attaquer au problème du chômage. Et les législatives ont été gagnées sur ce thème.
Mais les socialistes aujourd'hui savent que leur marge de manoeuvre est proche de zéro. La crise rend encore plus aigüe ce manque de souplesse. Ils savent aussi qu'idéologiquement ils n'ont jamais trouvé la parade à la mondialisation. Maastricht leur a porté un coup fatal. L'idéal socialiste n'a pas su s'adapter au monde nouveau.
Alors finalement, nous allons assister à une bataille de fantasmes. Tout sera clair sur les tendances de chacun. Mais au final, les fantasmes sont des restes d'idéologie, et aucun des deux candidat n'est dupe de ces illusions.
Sarkozy va se défendre d'être libéral, Hollande va se défendre d'être socialiste alors que chacun va mettre en avant qui son libéralisme, qui son socialisme.
Oui, la différence entre les deux est une différence d'horizon, une différence de tendance mais dans la réalité, les deux se situent dans un mouchoir de poche politique.
Les extrémistes de tout bord, les rêveurs et les idéalistes s'en offusqueront, s'en scandaliseront.
Ce n'est pas mon cas. Je trouve ça plutôt très bien. Je voterai toujours Sarkozy contre Mélenchon, je voterai toujours Hollande contre Le Pen.
Je préfère que le fantasme reste à sa place.
Ce qui est gênant c'est que ces fantasmes empêchent les uns et les autres d'adopter les bonnes idées de chacun. L'augmentation de la TVA, Hollande pourrait le faire, plus ciblée, plus "juste", mais c'est dommage qu'il se l'interdise. La remise en cause du "dégraissage" de la fonction publique, Sarkozy pourrait y renoncer dans son côté bêtement systématique et en particulier dans l'éducation nationale ou la police. c'était aussi stupide que les trente-cinq heures.
Les fantasmes restent à leur place mais colorent quand même les actions et sclérosent un peu les positions.
Alors quel sera le vrai choix si les politiques seront finalement, à quelque détail près, les mêmes ?
Evidemment une certaine conception du pouvoir.
C'est là que la personnalité du président entre en jeu.
Quelle que soit la pertinence de quelques propositions de Sarkozy, et en admettant qu'il cesse d'être un idéologue en campagne, je crois que le président sortant est grillé. Il n'est plus crédible. Il peut s'agiter de nouveau, se révolutionner de nouveau, rompre avec lui-même, c'est fini. Il a été trop loin dans sa pratique stupide et ostentatoire du pouvoir. Oui il a voulu décomplexer la droite. Oui il a affirmé aimer l'argent, la réussite et le pouvoir. Il le paie aujourd'hui et je pense qu'il perdra l'élection à cause de ça. Je n'imagine pas les électeurs être dupe de ses confessions, de ses regrets et de ses nouvelles propositions. Je ne crois pas un seul instant qu'un animal politique aussi doué et aussi féroce que Sarkozy puisse avoir réellement changé.
C'est sa pratique du pouvoir qui doit et va être sanctionnée.
Donc Hollande a ses chances d'autant plus qu'il vend, au travers de sa personnalité, une pratique du pouvoir toute différente : normale, à l'écoute, bienveillante. Et depuis le Bourget et son passage sur France 2, nous savons aujourd'hui que ça n'est pas au détriment de la pugnacité, de la détermination, de la fermeté.
De quoi pouvons nous avoir peur ? De ce qu'il applique une politique que la droite, dans la conviction qui est la sienne que le pouvoir lui appartient de droit, qualifie de folie ?
Aucun risque. Chez Hollande comme chez Sarkozy, le fantasme reste à sa place.
Non, nous n'avons rien à craindre de Hollande, au contraire. Il sera pragmatique.
Mais surtout, je pense qu'il est quelqu'un que le pouvoir ne peut corrompre, dont le pouvoir ne peut pervertir ni la bienveillance ni l'intelligence.
Et à pragmatisme égal, à politique égale, à marge de manoeuvre égale, le choix est finalement facile.
Que ceux qui croient au changement de système ou de société se détournent de ces deux candidats. C'est naturel, c'est compréhensible.
Mais que ceux qui croient plutôt au dur labeur d'adapter la société française à la mondialisation, de garder la France dans le rang des pays modernes, démocratiques, travaillant toujours à ne pas sacrifier la justice à l'efficacité, que ceux-là n'aient pas peur de préférer Hollande à Sarkozy. Car à volonté égale, il donnera un visage bien plus apaisé, bien plus agréable et bien plus proche de nous à la République.
Chaque camp a ses fantasmes et ce sont ces fantasmes qui caractérisent chaque camps.
La droite française est depuis des années animée du fantasme libéral : réduire l'intervention de l'Etat au maximum, laisser les entreprises libres de faire ce qu'elles veulent, remettre en cause le droit du travail, le droit de grève, remettre en cause les services publics et la protection sociale.
La gauche française est animée du fantasme socialiste : renforcer l'intervention de l'Etat, étendre les services publics, comprendre chaque revendication, accepter tout le monde, égaliser les statuts.
Ce sont des horizons. Le soleil libéral brille au loin, l'étoile socialiste éclaire le chemin.
Mais ces fantasmes se heurtent évidemment au principe de réalité.
La réalité c'est que la France ne veut pas du libéralisme. Elle ne veut pas qu'on casse l'éducation nationale, la sécurité sociale etc... La réalité, c'est que la mondialisation interdit le socialisme. Le monde a choisi son système économique pour un bon bout de temps et changer le système, c'est changer le monde et non pas la France seule.
Le jeu de l'accession au pouvoir induit donc un savant mélange entre fantasme et réalité. Les discours se musclent au son du fantasme et les actes s'accomplissent à la lumière de la réalité.
Il ne faut pas croire que les fantasmes en restent aux discours.
Sarkozy a fait le paquet fiscal, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, l'allègement de charge des heures supplémentaires, la limitation du droit de grève. On peut quand même dire que la dose de libéralisme dans sa politique a été cosmétique. Disons qu'il y a eu et il y a dans ses positions une tendance.
De même pour la gauche au pouvoir ou en campagne. Les trente cinq heures surtout ont été un coup électoral quand la question du chômage structurel était la question numéro un. Partager le temps de travail comme si le gâteau des emplois était stable et ne s'adaptait pas à la conjoncture. On peut se demander si les socialistes y ont vraiment cru. En revanche, à l'époque, c'était la seule proposition nouvelle et concrète pour s'attaquer au problème du chômage. Et les législatives ont été gagnées sur ce thème.
Mais les socialistes aujourd'hui savent que leur marge de manoeuvre est proche de zéro. La crise rend encore plus aigüe ce manque de souplesse. Ils savent aussi qu'idéologiquement ils n'ont jamais trouvé la parade à la mondialisation. Maastricht leur a porté un coup fatal. L'idéal socialiste n'a pas su s'adapter au monde nouveau.
Alors finalement, nous allons assister à une bataille de fantasmes. Tout sera clair sur les tendances de chacun. Mais au final, les fantasmes sont des restes d'idéologie, et aucun des deux candidat n'est dupe de ces illusions.
Sarkozy va se défendre d'être libéral, Hollande va se défendre d'être socialiste alors que chacun va mettre en avant qui son libéralisme, qui son socialisme.
Oui, la différence entre les deux est une différence d'horizon, une différence de tendance mais dans la réalité, les deux se situent dans un mouchoir de poche politique.
Les extrémistes de tout bord, les rêveurs et les idéalistes s'en offusqueront, s'en scandaliseront.
Ce n'est pas mon cas. Je trouve ça plutôt très bien. Je voterai toujours Sarkozy contre Mélenchon, je voterai toujours Hollande contre Le Pen.
Je préfère que le fantasme reste à sa place.
Ce qui est gênant c'est que ces fantasmes empêchent les uns et les autres d'adopter les bonnes idées de chacun. L'augmentation de la TVA, Hollande pourrait le faire, plus ciblée, plus "juste", mais c'est dommage qu'il se l'interdise. La remise en cause du "dégraissage" de la fonction publique, Sarkozy pourrait y renoncer dans son côté bêtement systématique et en particulier dans l'éducation nationale ou la police. c'était aussi stupide que les trente-cinq heures.
Les fantasmes restent à leur place mais colorent quand même les actions et sclérosent un peu les positions.
Alors quel sera le vrai choix si les politiques seront finalement, à quelque détail près, les mêmes ?
Evidemment une certaine conception du pouvoir.
C'est là que la personnalité du président entre en jeu.
Quelle que soit la pertinence de quelques propositions de Sarkozy, et en admettant qu'il cesse d'être un idéologue en campagne, je crois que le président sortant est grillé. Il n'est plus crédible. Il peut s'agiter de nouveau, se révolutionner de nouveau, rompre avec lui-même, c'est fini. Il a été trop loin dans sa pratique stupide et ostentatoire du pouvoir. Oui il a voulu décomplexer la droite. Oui il a affirmé aimer l'argent, la réussite et le pouvoir. Il le paie aujourd'hui et je pense qu'il perdra l'élection à cause de ça. Je n'imagine pas les électeurs être dupe de ses confessions, de ses regrets et de ses nouvelles propositions. Je ne crois pas un seul instant qu'un animal politique aussi doué et aussi féroce que Sarkozy puisse avoir réellement changé.
C'est sa pratique du pouvoir qui doit et va être sanctionnée.
Donc Hollande a ses chances d'autant plus qu'il vend, au travers de sa personnalité, une pratique du pouvoir toute différente : normale, à l'écoute, bienveillante. Et depuis le Bourget et son passage sur France 2, nous savons aujourd'hui que ça n'est pas au détriment de la pugnacité, de la détermination, de la fermeté.
De quoi pouvons nous avoir peur ? De ce qu'il applique une politique que la droite, dans la conviction qui est la sienne que le pouvoir lui appartient de droit, qualifie de folie ?
Aucun risque. Chez Hollande comme chez Sarkozy, le fantasme reste à sa place.
Non, nous n'avons rien à craindre de Hollande, au contraire. Il sera pragmatique.
Mais surtout, je pense qu'il est quelqu'un que le pouvoir ne peut corrompre, dont le pouvoir ne peut pervertir ni la bienveillance ni l'intelligence.
Et à pragmatisme égal, à politique égale, à marge de manoeuvre égale, le choix est finalement facile.
Que ceux qui croient au changement de système ou de société se détournent de ces deux candidats. C'est naturel, c'est compréhensible.
Mais que ceux qui croient plutôt au dur labeur d'adapter la société française à la mondialisation, de garder la France dans le rang des pays modernes, démocratiques, travaillant toujours à ne pas sacrifier la justice à l'efficacité, que ceux-là n'aient pas peur de préférer Hollande à Sarkozy. Car à volonté égale, il donnera un visage bien plus apaisé, bien plus agréable et bien plus proche de nous à la République.
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