18 juin 2017

L'événement

C’était révolution nationale contre révolution libérale.
Les deux propositions étaient effectivement révolutionnaires par rapport à une situation politique française. Quoiqu’en dise une gauche dépitée, le libéralisme n’a jamais été essayé en France. Chirac était quasiment de gauche et Sarkozy n’a jamais osé.
Le choix de la révolution, quelle qu’elle soit, a été évident après l’échec du quinquennat de Hollande et la catastrophe Fillon. Il a fallu une situation politique spécifique à gauche, soit l’élection d’un homme qui n’était pas en cohérence avec son camp, et une situation humaine spécifique à droite, soit la candidature d’un homme qui n’a pas su se retirer à temps après la déconsidération dont il a fait l’objet. Cette concordance laissait la place à l’élan révolutionnaire, c’est à dire la volonté d’essayer autre chose car les idées anciennes, comme les hommes anciens, avaient échoué.
Il faudra donc qu’on se pose la question de savoir pourquoi la révolution sociale (et constitutionnelle) préconisée par Mélenchon n’a pas été concurrentielle. Les idées de gauche, radicales ou non, ont-elle été jetées avec l’eau du bain hollandais, ou le phénomène est-il plus profond ? Je pense que la gauche n’a jamais pensé le nouveau monde. C’est pourquoi elle est souvent menacée d’être conservatrice (sans que ce soit une fatalité). Je pense aussi que le mouvement des insoumis est trop soumis à une personnalité, celle de Mélenchon, qu’on devine instable, parfois exaltée parfois mélancolique, revanchard poète et calculateur, bref, une personnalité de petit père des peuples, penchant vers l’autocrate. L’homme Mélenchon est la chance de la gauche et aussi son impasse.

Donc la révolution libérale a été préférée à la révolution nationale.
Comme toute révolution, elle balaie tout sur son passage.
Que le libéralisme passe par le centre est une bonne chose. Par la droite il risquerait d’être bien plus sauvage, par la gauche, l’expérience de Hollande nous a prouvé qu’il était impossible.
Par le centre on peut penser que les effets négatifs en seront compensés.
On en attend d’abord des résultats, sur le front économique et social (particulièrement celui du chômage).
Si dans les deux ans c’est un succès, cette révolution pourra être challengée à droite comme à gauche. Chacun pourra se débattre dans des problèmes de riches : comment faire mieux, comment faire moins douloureux, comment ajuster.  C’est ce qu’on appelle la concurrence : le produit peut être différent mais le marché est le même.
Si c’est un échec, la majorité démesurée qui la représente à l’assemblée se décomposera, chacun ira soit vers sa droite soit vers sa gauche, les nouveaux députés ne se sentiront pas tenus par la discipline de parti. Car il n’y a pas de parti. Et leur amateurisme servira l’alternance car ils n’auront pas des années de privilèges à préserver. Je redoute donc moins qu'avant cette menace d’une alternance sur l’extrême par rapport à un pouvoir au centre.

Oui Macron est condamné au succès. Après lui ça ne sera pas le déluge (national), pas obligatoirement. Mais la démesure le menace à l’image de sa majorité. Il faut être d’une force surhumaine pour ne pas être dupe de son succès.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire