11 octobre 2020

Une nouvelle approche pour se protéger de l'épidémie

Quelques recommandations pour une nouvelle approche de la lutte contre l’épidémie de Covid19.


Ces recommandations sont imaginées pour Paris mais ont évidemment vocation à être déclinées et mises à jour dans d’autres grandes villes. Elles devraient probablement être valables jusqu’à la baisse significative des contaminations et plus vraisemblablement jusqu’à la disponibilité d’un vaccin.


Ces recommandations sont destinées à la « population à risques » : les plus de 60 ans, les gens présentant les comorbidités identifiées comme facteurs de fragilité (surpoids, diabète, etc.) Les membres de cette population peuvent être identifiés comme tels par les médecins traitants si jamais ils ne savent pas très bien comment se situer. 


1 – Distribution par les médecins traitants de masques N95 à raison de 7 par semaine. Ces masques devraient être fournis par l’État et/ou par tout citoyen ayant les moyens d’en commander. Je suis évidemment moi-même prêt à participer à des commandes groupées dans mon quartier par exemple pour fournir les médecins traitants en N95.


2 – Quand vous allez au café ou au restaurant :

  • - N’allez jamais à l’intérieur, toujours en terrasse (protégées et/ou chauffées quand il pleut) 
  • - Portez le masque entre les plats et dès les boissons terminées (le ridicule ne tue pas, la Covid si)
  • - Si les tables voisines ne vous semblent pas être à la bonne distance (1 mètre n’est pas suffisant et quasiment jamais respecté. Il faut 1m50 au minimum), exigez qu’elles soient éloignées. Si l’établissement refuse quittez l’établissement. D’autres se feront une joie de vous accueillir dans les bonnes conditions.
  • - Ne vous installez jamais à une terrasse bondée où les tables sont trop proches les unes des autres.


3 – Chez vous :

  • - Ne recevez plus les gens qui ne font pas partie de votre cercle proche de famille ou d’amis.
  • - Ne recevez pas plus de cinq ou six personnes à la fois.
  • - Gardez toujours le masque chirurgical et exigez des autres qu’ils fassent de même. Si l’un d’eux n’en a pas ou refuse d’en porter, portez un masque N95.
  • - Gardez toujours le masque même avec les enfant petits ou grands. Ils sont habitués à voir des adultes masqués maintenant.
  • - A table, mangez à distance de tout le monde. 1,50m si possible.
  • - Gardez toujours une fenêtre ouverte, deux si possible.
  • - Ne partagez l’ascenseur avec personne. Portez toujours votre masque dans l’ascenseur même si vous êtes seuls.


4 – Magasins et transport :

  • - Portez un N95 dans les transports si possible. 
  • - Si c'est possible, Descendez du bus ou du métro si un usager n’est pas masqué.
  • - N’entrez pas dans les petites boutiques s’il y a du monde.
  • - Sortez du magasin si un client n’est pas masqué.
  • - Ne fréquentez plus les magasins dont le gérant ne porte pas de masque. 

5 – Au travail :

  • - Exercez votre droit de retrait si vous estimez que les règles ne sont pas respectées soit par l’employeur, soit par vos collègues, quelles que soient les circonstances, même temporaires (réunion, cuisine, pause, etc.)
  • - J’appelle les avocats à se regrouper et proposer leurs services pour défendre ces droits de retrait justifiés si jamais ils sont contestés ou sanctionnés.
  • - Demandez le télétravail s’il est possible. Si c’est refusé, portez plainte avec l’aide d’un avocat. J’appelle les pouvoir publics et les avocats à soutenir ces démarches.


En règle générale : protégez-vous, évitez autant que possible ceux qui ne se protègent pas, contestez toutes les règles et situations qui ne sont pas sécurisantes. 

Ne craignez ni la critique ni le ridicule. Ne comptez plus sur les autres.


Je peux oublier des recommandations, et je vous invite à compléter cette liste.

Elles sont destinées à protéger ceux qui doivent/veulent l’être dans le contexte d’une société qui ne veut plus payer le prix fort de la solidarité.

Il s’agit aussi de ne plus culpabiliser personne et de laisser ceux qui ne risquent rien vivre le plus normalement possible, dans les limites de contraintes très légères (qui devraient être mieux contrôlées) qu’impose aujourd’hui le gouvernement. 



Ce nouveau mode d’appréhension de la lutte contre l’épidémie fait appel à la responsabilité individuelle pour se protéger soi-même et non les autres. Et du coup de protéger le système de santé – donc en fin de compte les autres – et la société d’un effondrement dont tout le monde pâtirait. 

Il demande des moyens qui doivent être mis à disposition par les pouvoir publics, les collectivités locales et aussi la population qui le peut.


Je suis prêt à participer à tout initiative qui irait dans ce sens et en particulier à la commande de masques N95 comme à l’éventuelle prise en charge de la protection judiciaire qui serait parfois sollicitée. On peut s’organiser par quartier ou arrondissement.

08 octobre 2020

Deux sociétés face au virus

 Il faut se rendre à l’évidence : Le rapport de notre société à l’épidémie a changé et nous n’en avons pas tenu compte pour établir la nouvelle stratégie de lutte contre la dissémination du virus.

Cela fait maintenant plus de deux mois que le masque est obligatoire dans tous les lieux publics clos et plus d’un mois qu’il est obligatoire en extérieur dans de nombreuses agglomérations.


Nous marchions avec nos masques docilement portés, nous nous croisions, protégés par la distance et le tissu, avec ce sentiment d’être tous égaux devant la mort, comme sous l’uniforme… et nous avons tous traversé ces terrasses de café bondées, où les clients, jeunes pour la plupart, s’entassaient sans masque et sans distance, ce qui rendait notre discipline bien dérisoire.


Nous avons eu vent de ces fêtes, de ces roof tops, de ces raves, de ces mariages, de ces anniversaires, alors que tout le monde le disait : les clusters, c’est là. Nous les avons vues se tenir, impuissants, avec nos gentils petits masques.

Et nous avons vu les hôpitaux se remplir consciencieusement, les services de réanimation repartir tranquillement vers la saturation, le nombre de morts rebondir.

Nous le disions : ceux qui ne craignent rien vont refiler le virus à leurs parents, grands-parents, voisins, amis obèses ou diabétiques, ou juste à quelqu’un qui ne le supportera pas, sans fragilité spécifique, peut-être à cause de la stupide génétique. 


Rien n’y a fait. Tout était prévu et tout arrive comme prévu.


Il faut se rendre à l’évidence, donc, il y a une population qui ne se sent pas concernée : ceux qui ne développent presque pas de symptômes, ceux qui ont peu de risques d’avoir plus qu’une grippe.

Ceux-là, il faut se le dire, qu’on le comprenne ou qu’on le déplore, on ne peut compter sur eux. Ils sont dans le refus, le déni, la bravoure ou la provocation. Ils sont dans la lassitude aussi, le ras-le-bol et la renonciation.

Qu’ils soient indifférents ou révoltés, qu’importe. On ne peut compter sur eux.


Et pour cause : Emmanuel Macron les a encouragés à vivre la situation ainsi

Il a fait le choix de préserver leur vie, leur mode de vie pour compenser peut-être d’une part la rigueur du confinement et d’autre part leur avenir réellement assombri par la catastrophe économique.


Nous étions nombreux, simples citoyens comme moi avec juste des yeux pour voir, mais surtout médecins, épidémiologistes, à alerter dès le mois de juin de ce qui allait arriver. 


Le gouvernement n’a pas pu ne pas entendre, n’a pas pu ne pas étudier les modèles et les projections. Ils ont fait un choix. Je pense que Macron a fait un choix : il faut laisser vivre et surtout la jeunesse, laisser se dérouler les vacances après le confinement.

Et quand certains lui disaient : la rentrée va être terrible, il répondait probablement : alors préparons-nous mais vivons. Laissons-les vivre, nous, eux, les asymptomatiques, les forces vives de la nation. Laissons vivre la société (c’est ce que dit Trump au fond) et naviguons entre ces deux contraintes : préserver au maximum la vie économique et sociale et sauver les meubles sanitaires. Nous mourrions tous d’un second confinement.


Comment blâmer la jeunesse de suivre ce choix et de ne pas se discipliner ? Elle est encouragée à le faire, elle est même quasiment sommée de le faire. 


Il faut se rendre à l’évidence, sauf à fermer tous les bars et tous les restaurants dans toutes les grandes villes, sauf à interdire les réunions de famille ou d’amis dans le privé (ce que fait l’Allemagne très en amont d’une seconde vague, autre choix), donc sauf à avoir le courage d’affronter les colères et la mauvaise foi, il faut lutter contre cette épidémie sans la collaboration de ceux qui ne risquent pas grand-chose.


Encore en ce moment des fêtes, des anniversaires en intérieur s’organisent à tout va, des bars-restaurants ne parviennent pas à faire respecter les règles.

On aura mis les moyens, discours, masques, tests… C’est la réalité d’aujourd’hui. Aucune campagne de communication, bonne ou mauvaise, ne semble pouvoir la changer. 


Alors je suppose qu’il faut organiser la société différemment.

Il faut protéger les uns en renonçant à la contribution des autres. 


Se protéger tout seul, se prendre en charge, refuser les visites tout seuls, porter et payer des masques (il faudrait distribuer gratuitement des N95), être en télétravail tout seuls, se démerder tout seuls.  


Emmanuel Macron a fait le choix de nous faire vivre séparément pour préserver l’économie et l’avenir. Toutes ces incertitudes, ces confusions, cette navigation à vue en sont les conséquences. 


La société solidaire a fait son temps. C’était celui du confinement. Celui où on sortait sur nos balcons pour applaudir le personnel soignant. Ce temps-là est révolu. On estime qu’il a coûté trop cher. C’est peut-être vrai.

Deux sociétés doivent maintenant cohabiter le temps de trouver un vaccin. 

Les jeunes sans les moins jeunes peut-être, les jeunes sans d’autres jeunes, les inconscients sans les inquiets, les insouciants sans les informés… 


Je traverse Paris aujourd’hui : il n’y a quasiment aucune différence entre avant et après le passage en alerte maximale. Tous les bars font restaurant aujourd’hui. Les tables sont toujours vaguement à un mètre les unes des autres, et à six places par table, souvent plus. Donc rien n’a changé. Seuls quelques bars qui ne savent même pas servir un sandwiche avec des chips ont fermé.



Il faut se préparer à ce que ça ne fléchisse pas de si tôt à Paris...

Nous payons aujourd’hui cher le ressentiment envers les élites, la défiance envers les politiques. Les unes et les autres n’ont plus aucune autorité. A qui la faute ? Aux politiques eux-mêmes ? Sûrement. Aux scientifiques ? Aux médecins ? Certainement pas.


Aujourd’hui les récalcitrants, les sceptiques, les élus démagogues, les enragés populistes partagent la responsabilité de l'accélaration épidémique avec ce gouvernement qui a peur de son ombre, incapable d’imposer une mesure sans la renier dès le lendemain. Aucune fermeté. Aucune autorité. 

Tous sont responsables : maires politicards, élus calculateurs et sans noblesse, scientifiques de plateau ivres de notoriété facile, journalistes démissionnaires, artistes et intellectuels qui versent de la poésie, des slogans et de la littérature sur le corps des malades et des morts.






26 septembre 2020

Gestion de crise

Après l’épisode des masques, il semble que nous vivions un nouvel épisode de dysfonctionnement, de mauvaise gestion, celui relatif aux tests.

Revenons un instant aux masques. 

Longtemps j’ai pensé qu’il y avait eu matière sinon à scandale, du moins à interrogation qui a justifié les différentes commissions d’enquête. Cela dit, ces commissions étant politiques elles ne sont pas du tout satisfaisantes. 

Seule la justice pourrait-elle faire la vérité sur ce qui s’est passé ? Non pas pour sanctionner mais pour nous aider à comprendre ?

Là n’est pas mon sujet d’aujourd’hui.


Longtemps donc j’ai pensé que le mensonge de l’État avait été patent : on nous avait dit que le masque porté par toute la population ne servait à rien. Et ceci pour éviter que le personnel soignant en manque. Il y avait pénurie, on nous le cachait, mais on agissait pour y pallier.

Si tel a été le cas, alors oui il y a eu mensonge, mais oui aussi l’action du gouvernement consistant à réserver les masques pour ceux qui en avaient le plus besoin était justifiée.

Le scandale était juste de nous avoir pris pour des imbéciles.

La conséquence est très grave car elle a émoussé la confiance, cette même confiance dont nous avons aujourd’hui besoin pour suivre les recommandations du gouvernement et appliquer les mesures destinées à nous épargner.

Si la population ne croit plus en la parole publique alors la discipline collective nécessaire pour lutter contre la pandémie sera très faible.

Elle l’est ici ou là et c’est le résultat désastreux de ce premier mensonge originel.

On nous dit : dans l’état de nos connaissances d’alors, le discours était justifié.

Je ne le pense pas. 


Imaginons quand même ce qu’aurait donné une attitude moins soupçonneuse de la part du gouvernement. Après l’épisode brutal de rejet des élites qu’a constitué le mouvement des gilets jaunes et les grèves menées contre la réforme des retraites, le gouvernement a pensé qu’il n’était pas possible de dire la vérité, une vérité qui avait toutes les chances d’être rejetée et surtout dont la communication avait toutes les chances d’être inefficace.

Face à un peuple « réfractaire » et infantile, le gouvernement aurait fait son choix.


Quel aurait été le discours de vérité ?

« Nous avons réalisé que nous n’avons plus de stock de masque, nous devons le réserver au personnel soignant, donc n’en achetez pas, et si vous en avez, donnez-les. Quand nous aurons reconstitué ces stocks, vous pourrez de nouveau vous en procurer ».


Ne voit-on pas l’impossibilité de tenir un tel discours ?

« Les masques sont utiles – parce que ce virus est dangereux – mais nous ne pouvons pas vous demander de vous protéger car il faut avant tout protéger le personnel soignant » ?

Aurions-nous renoncé alors à nous procurer des masques ? Non.

Inefficace, ce discours aurait aussi été odieux.

Devant une telle impossibilité on peut penser que le pouvoir a choisi sciemment de tenir un autre discours et a pris son risque.

On peut aussi penser qu’il a choisi un autre discours COMPTE TENU en plus des incertitudes relatives à l’efficacité d’une prescription massive du port de masque.

Il y a eu un arbitrage. Il n’est pas certain qu’avec un arbitrage différent, qui aurait probablement encore plus affaibli le système de santé français (pénurie partagée), les conséquences de défiance, voire de colère, à long terme auraient été différentes.

Je pense que loin des certitudes sur une faute éventuelle du pouvoir, le débat et la réflexion sont en tous les cas ouverts et justifiés.


Les tests


Cela sautait aux yeux dès le début du mois de juin : La France se relâchait.

J’étais en Italie fin juin et c’était patent. Dans les supermarchés français très peu de gens portaient le masque (alors qu’il n’y avait plus ni pénurie, ni restriction) alors qu’en Italie, tout le monde en portait partout et même à l’extérieur.

Résultat : aujourd’hui l’Italie est épargnée par cette nouvelle flambée épidémique. Traumatisée lors de la première flambée, elle n’a jamais relâché la vigilance.


« Vigilance » … le mot magique martelé à cette époque par le gouvernement. Une pudeur ridicule quand il fallait dire : portez un masque, respectez les distances. Mais non, il fallait être « vigilant ». Je n’ai jamais compris ce que ça pouvait vouloir dire.

Le gouvernement a péché dans sa communication. Dès le mois de juin, combien étions-nous à alerter sur les premiers signes inquiétant d’une reprise de l’épidémie ? Il suffit de relire mes tweets de l’époque à partir du 6 juin par exemple (moi qui ne suis pas spécialiste mais qui juste m’informe) et de se souvenir de l’appel alerté des médecins du 13 juillet appelant au port systématique du masque. Un appel motivé par une inquiétude évidemment née quelques semaines auparavant.

Le gouvernement était-il aveugle et sourd ?

Non. Il avait déjà fait son choix, un choix d’équilibre précaire : vivre avec le virus. Vivre le plus possible. 

Un choix risqué.

Un choix qu’Emmanuel Macron a justifié et illustré encore ces derniers jours : journées du patrimoine, choix de la responsabilité contre les restrictions.

Aujourd’hui, bien trop tard, on siffle la fin de la récréation. Une récréation que le gouvernement avait organisée sciemment.

Peut-être se sont-ils dit : laissons les français souffler et profiter de l’été, de toute façon, la rentrée et l’automne seront, quoi qu’il arrive, déprimants. Il sera toujours temps de rajouter à une déprime déjà présente.


Quoi qu’il en soit vient aujourd’hui le dysfonctionnement sur les tests.

Ces dysfonctionnements participent aujourd’hui de la flambée épidémique. Le thermomètre étant cassé on ne sait plus très bien en temps réel quelle est la température.

Le manque d’anticipation des conséquences d’une massification des tests est patent.

Ce qui est encore plus patent c’est l’inertie de la réaction du gouvernement qui est depuis plusieurs semaines conscient du problème.

Pourquoi ne reviennent-ils pas sur cette massification ? Pourquoi ne réservent-ils pas les tests aux personnes symptomatiques et à leurs cas contacts ?

Fierté politique mal placée ? Impossibilité de reconnaître une erreur en temps réel ?

On a l’impression qu’ils s’entêtent dans leur choix et que ce faisant ils en amplifient les effets collatéraux désastreux.


Certes ils ne sont pas aidés. Pas aidés par le populisme scientifique (dont Raoult est un exemple parmi d’autre) qui fait de cette pandémie un nouveau cas d’école : une pandémie aliénée elle aussi au discours des réseaux sociaux, comme la politique, les médias, la culture.

Pas aidés par le rejet des élites dont le discours et le raisonnement scientifique, qui ne peuvent se synchroniser avec le temps de l’opinion sans s’abimer, font aussi les frais.

Pas aidés par les politiciens opportunistes qui pensent plus à s’opposer qu’à agir en responsabilité (sauf quelques exceptions qu’il faudra soigneusement noter).

Pas aidés non plus par le coup inaugural de Macron qui a réussi à placer le dégagisme au centre (quand il s’est plutôt situé à droite et à l’extrême droite dans les autres pays).

Au centre, on se retrouve au centre de toutes les critiques, de toutes les oppositions. A droite comme à gauche, la tartufferie est multipliée par au moins deux. C’était son risque politique. 

La crise sanitaire amplifie toutes les tendances sourdes de la société, du social, de sociétal et de l’économie. Tout est éclairé d’une lumière quasi aveuglante. Et ce qui gisait dans l’ombre devient évident, et nous saute à la gueule. La crise n’a rien créé. Elle a tout exacerbé. 

A la fin elle désignera les princes et les bouffons.


Il est encore (peut-être) temps de revenir à une communication efficace et juste. A revenir sur ces erreurs et manquements.

En temps normal, nous jugeons les dysfonctionnements, les mauvais choix, et attendons les élections pour réagir (Parfois on est enclin à ne pas les attendre mais c’est à mon sens une faute démocratique).

En temps de crise nous les payons ici et maintenant, c’est pourquoi seule la gestion de crise dit la vérité sur la force d’une autorité, que ce soit dans nos métiers ou dans la société.

Force est de constater qu’aujourd’hui le bilan est mitigé.

Je pense que personne en France n’aurait vraiment fait mieux (je pense aussi que Macron est trop jeune pour une telle crise, mais c’est un autre sujet), sauf peut-être sur la communication, ce qui n’est pas rien.

Mais si la crise des tests n’est pas réglée dans les prochains, on pourra vraiment dire que le gouvernement a non seulement failli mais aussi fauté.

Si nous sommes tous, en vérité, responsables collectivement de la reprise de l’épidémie, et donc collectivement responsables de l’issue de cette crise historique, nous pourrions être soutenus ou non, conseillés ou non, par ceux qui sont en charge. 

On fait avec ou on fait sans. Les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui peuvent faire avec.

03 septembre 2020

Réponse à BHL

Réponse à la tribune de Bernard-Henri Levy parue dans le Figaro du 30/08/2020.


BHL : Cette fois, nous y sommes.

Moi : Oui

Nous regardions, interloqués, au début de l’épidémie, les lointains pays d’Asie porter le masque comme un seul homme.

Pas seulement au début de l’épidémie. Le port du masque est répandu et fait partie de la culture en Chine, au Japon… Nous regardions amusés ou intrigués, en tous les cas extérieurs à cette « coquetterie » asiatique. C’est notre sentiment de supériorité, notre condescendance, notre nombrilisme aussi.

Et nous nous disions que leurs traditions de discipline favorisaient cette mesure extrême qui, dans nos contrées, était inconcevable.

Oui

Or est-ce l’effet d’une psychose?

Que nous « y soyons » ? Psychose est un terme très fort. Si c’en est une elle peut s’expliquer. La fouille systématique à l’entrée des salles de concert après le Bataclan était-il l’effet d’une psychose ? Sommes nous en train de surréagir au traumatisme de mars ? Les hôpitaux en passe d’être submergés, le personnel soignant en état de rupture, les morts (j’en connais et des jeunes), les malades, les séquelles ? Nous y reviendrons mais c’est exactement là que l’argumentaire de BHL ne tient pas.

De la grande misère épistémique d’un pouvoir médical qui n’a jamais étalé si naïvement ses revirements et ses doutes?

On pourrait croire ici que les « revirements » et « doutes » ne sont pas censés faire partie de la science. Mais il n’est ici stigmatisé que l’étalement. Dans ce cas où est la misère épistémique ? La misère épistémique se nicherait plutôt selon moi dans la certitude du populisme scientifique qu’on a vu naître pendant cette crise.

Est-ce l’obligation que se sont infligée les gouvernements de faire quelque chose, et de le faire coûte que coûte, face à une épidémie exponentielle mais qui ne voit croître, pour le moment, ni le nombre des morts ni celui des hospitalisés?

Nous y sommes. Défaut de logique ? Malhonnêteté intellectuelle ? Sophisme certainement. On ne voit croître ni le nombre de morts ni celui des hospitalisés justement parce qu’il y a eu une première vague (ou début de vague, premier mouvement, qu’importe) traumatisante et que les leçons en ont été tirées. Tout ce qui a été décidé et en particulier les injonctions critiquées dans ce texte sont justement ce qui permet d’éviter une nouvelle catastrophe. BHL, n’avez-vous réellement pas compris ?  Si nous voyions le nombre d’hospitalisés et de mort augmenter alors il serait trop tard !  

Les masques se sont abattus, cruels et laids, comme un fatum, sur les visages de chacun.

« Cruels et laids »… On appréciera en Asie.

Et nous ne pouvons plus marcher dans une rue, flâner ou nous affairer, sortir sur un coup de tête ou poussés par la nécessité, sans nous mettre sur les lèvres et le nez ce bout de tissu chirurgical.

Quelle horreur ! Quelle tragédie ! A bas le froid par la même occasion qui nous oblige à mettre des écharpes, des chapeaux…

Tous masqués.

Oui. Pour protéger nos parents entre autres.

Tous dissimulés.

Non, pas dissimulés. C’est une poésie bien pauvre que celle-là.

Et, au fond, tous muselés.

Ah… nous y voilà encore. Le retournement sophistique s’annonce encore avec sa traîne d’effets potentiels désastreux.

Oh! ce n’est pas notre liberté qui est bridée.

Non.

Ni, comme le disent les «anti-masque», notre parole.

Vous en faites partie des anti-masques qui d'ailleurs n’ont pas un discours homogène. Le vôtre vient se ranger dans les travées de cette réaction (dans tous les sens du terme) affligeante.

Mais c’est l’éloquence des visages qui n’ont plus à partager que les yeux.

C’est déjà pas mal. Mais vous avez peut-être raison, sacrifions une partie de la population et l’économie tout entière pour préserver l’éloquence des visages.

C’est le reste de la bouche (celle qui ne se contente pas d’émettre des sons mais qui traduit les émotions avant de les articuler, qui exprime une tendresse, qui se crispe dans une grimace ou s’autorise une ambiguïté) qui s’est brusquement tu.

Mise en lumière de la contextualisation du langage à travers le seul son… cela peut avoir certaines vertus. Abreuvés d’image, nous devons nous comprendre sans nous « voir » vraiment… Peut-être serait-ce une opportunité finalement ? J’utilise des arguments aussi sophistes que les vôtres ici. Il reste à la vision la gestuelle, les yeux… c’est une amputation bien petite. Tout juste une ectopie.

C’est la Joconde qui, en chacune et chacun, n’a plus l’air ni de sourire ni de s’en abstenir.

Terrible !

Et c’est, pour parler comme Emmanuel Levinas, l’éthique du visage qui se voit amputée de sa part d’infini.

Eh bien non car cette éthique ne passe pas uniquement par la bouche. Mais au fait ? Quid des masques transparents que l’on va voir fleurir de ci de là ? Cela atténuerait-il votre plainte ?

Alors, on nous dit qu’il s’agit d’une mesure d’exception et, par définition, provisoire.

Et, si tel était le cas, je serais le premier à le comprendre.

Mais n’est-ce pas, précisément, le contraire?

Non.

Et si l’on dégaine la plus radicale des mesures alors que l’on compte, encore une fois, beaucoup de cas mais peu de morts

J’ai répondu à ce sophisme.

 et que l’on craint une deuxième vague que nul, pour l’heure, ne voit venir,

On ne la voit pas venir parce qu’on la prévient.

cela ne veut-il pas dire que nous nous installons dans un monde où l’anormal devient normal - et ce en situation, non de crise, mais de crainte?

Le principe de précaution serait donc un symptôme de crainte ? Voire de panique ? Il y a ici un basculement terrifiant. Terrifiant pour tous ceux qui sont victimes des crises, sanitaires ou sociales.

Voilà la perspective qui me hantait dans Ce virus qui rend fou (ouh... ce texte finalement n'est-il pas juste une publicité pour un livre  ? Nous y reviendrons): le masque se banalise ; il devient une seconde peau, un vêtement qui va de soi et que l’on enfile sans y penser ; c’est sans lui que d’aucuns, de plus en plus nombreux, se sentent démunis et nus ; et je ne vois pas, à partir de là, pourquoi l’on ne continuerait pas de le porter au moment de la prochaine grippe saisonnière, et encore de la prochaine - et pourquoi cette condamnation au masque ne serait pas à perpétuité.

Oui comme au Japon, signe d’un véritable respect de l’autre et non d’une soumission coupable à un impératif de sociabilité catégorique. Qui n’a jamais vécu cette situation où on se précipite sur vous pour vous faire la bise juste avant de s’exclamer : "Oh ! au fait, j’ai une crève carabinée". Que n’aurais-je pas aimé qu’on m’épargne les 40° de fièvre justement en me prévenant ou en m’épargnant. Mais non ! Ici, quand on est malade, on s’en fout de refiler le virus à l’autre. Tant on aime l’autre !

Mais il y a un autre tournant.

Aïe.

C’est le sort qui est fait aux désormais fameux asymptomatiques.

La grande saloperie de cette maladie, oui. Sa grande perversité.

Qu’il y ait toujours eu, dans toutes les épidémies, des porteurs sains, cela va de soi.

Des porteurs sains de la grippe ? Qui peuvent la transmettre à quelqu’un qui ne sera lui pas porteur sain ?

Mais ce qui est nouveau, c’est la rhétorique qui va avec ce constat.

Une rhétorique de protection, de bienveillance, d’humanité, de respect.

C’est la remise au goût du jour, sous prétexte de précaution sanitaire devenue folle, de la formule du Docteur Knock: «Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore.»

Dans le cas précis c’est, hélas, une réalité.

Et c’est l’idée, en train de s’imposer, d’un monde peuplé de malades sans le savoir qui, à l’inverse du malade imaginaire de Molière, seraient si profondément atteints qu’il faudrait déployer, pour eux, tout l’arsenal du dépistage, de la prophylaxie et, bientôt, quand les applications type StopCovid deviendront, elles aussi, obligatoires, de la mise à l’index et au ban.

Mise à l’index, au ban ? Une quarantaine de 14 jours ? Où êtes-vous BHL ? les mots n’ont plus de valeur soudainement ? Vous aussi allez crier à la dictature en France, vous aussi avez oublié ce qu’est une vraie dictature, une vraie mise à l’index ? Je ne peux pas le croire.

Nous n’en sommes pas encore là.

Ouf ! Mais alors quoi ? Vous faites de la prévention vous aussi ? Vous sortez ce texte comme principe de précaution contre la dictature ? Ironie.

Mais il faut prendre garde au renversement épistémologique qui ferait de ce malade sans symptôme le vrai malade ou celui qui, en tout cas, mérite d’être traqué avec la détermination la plus implacable.

Ah oui, je me souviens, on demandait (et encore maintenant) aux gens de mettre une capote, car ils pouvaient être porteurs du sida sans le savoir. Nous n’étions pas les « vrais malades ». Nous avions simplement adopté un comportement responsable de séropositif possible et pas celui de tueurs !

Et, même s’il faut tout faire pour protéger les plus vulnérables d’un virus qui peut se nicher, en effet, dans les corps sains, il faut le faire avec sagesse, discernement, mesure - en évitant de créer des villes irrespirables où l’enfant sera une menace pour ses parents, le voisin un poison pour son prochain et l’homme un loup pour l’autre homme.

Donc on a une sorte de « en même temps » ici. Vous, le pouvoir, vous avez raison de prendre ces décisions, mais en même temps, faites attention. S’agit-il de parler pour ne rien dire finalement ? Juste occuper un espace ? Un espace commercial ? Je peux le comprendre en fait. Mais nous sommes en temps de crise et cet espace commercial ici est obscène.

Les chaînes d’information ont créé la panique quand, dans la première phase de l’épidémie, elles nous infligeaient l’image d’un directeur de la Santé publique égrenant, telle une Pythie triste, le bilan épidémiologique de la journée.

Créer la panique ? Fantasme donc que la situation du système de santé en France ? Pourquoi avons-nous applaudi le personnel soignant tous les jours de ces deux mois de confinement ? A cause d’une panique créée de toute pièce ? Vraiment ?

Mais au moins dénombrait-on, à l’époque, des morts et des mourants.

« Au moins »… il faut passer ici l’ambiguïté de l’expression. 

Et puis non, je ne la passerai pas. J’y vois un vœu de mort. Un déni qui cache un désir.

Ce désir, c’est celui de la catastrophe, de la tragédie. Comme je vois dans les absurdes accusations de dictature faites au Président un désir de vraie dictature. J’y vois aussi la mascarade de la résistance.

Se proclamer Résistant contre un pouvoir qui vous le permet, quel délice ! Le beurre et l’argent du beurre.

Nous avons ici un « Viva la Muerte » sur lequel nous reviendrons.

Pas glorieux.

Alors que ce que l’on nous annonce là, chaque soir, avec la régularité métronomique des cours de la Bourse, c’est le nombre des «clusters», le chiffre des malades sans trouble (mince !)  mais «détectés» et le nouveau record des «cas enregistrés».

Aucune raison médicale ne justifie ces décomptes quotidiens et absurdes.

Médicale ? Non. Épidémiologique oui.

Aucun besoin de santé publique n’exige ce renversement de l’évidence et du bon sens qui fait dire aux malades sans pathologie: «Vous êtes doublement malades, car vifs ; doublement dangereux, car éclatants de santé ; nous n’avons pas le temps de nous réjouir de ce que, contrairement à la fable, tous ne soient pas frappés, car tous, parce qu’indemnes, sont les ferments de l’épidémie.»

Etre porteur sain n’est pas être non porteur. Encore un sophisme. Quand on peut tuer sans le savoir on fait attention. C’est ce qui faisait aussi aller nous faire tester avant des ébats pendant les années 80. Capote ou test positif. Oui c’est notre façon moderne de ne pas être trop décimés par le Réel, c’est-à-dire notre corps sur lequel nos fantasmes et nos élucubrations achoppent.

Nous avons une médecine qui, en un mot, quand elle fait son métier qui n’est pas d’aller se chamailler sur les plateaux télé mais de soigner, a bien assez de ressource, en Europe, pour traiter un mal où quelques-uns mourront Vous êtes Dieu ma parole pour décider du nombre acceptable de morts ! sans aller dire à tous: «Vous n’avez pas honte d’être insouciants? pas honte d’être, à votre insu, les acteurs tragiques du destin? ne vous sentez-vous pas coupables d’être, à votre corps défendant, les agents de la mort en ce monde?»

Et pourquoi pas un tel discours ? Nous sommes en crise, une crise planétaire. Oui le monde change, bascule. Je comprends que l’on veuille s’accrocher à l’ancien monde mais ça n’est pas possible. Nous avons affaire ici à un discours infantile en fait, bien tourné, cultivé, élaboré, mais non adulte. Ça peut être une fierté que de faire le "jeune" mais il faut le dénoncer comme tel : irresponsable, dangereux.

Car c’est peut-être de cela, à la fin des fins, qu’il s’agit.

Il y a une lutte séculaire, en Occident, entre les amoureux de la vie et les amoureux de la mort.

Et vous, vous êtes un amoureux de la mort. Vous la désirez. Vous l’appelez.

Il y a, au cœur de toutes les sagesses grecques, juives, chrétiennes, musulmanes ou athées, une ligne de partage qui sépare les biophobes des biophiles.

Parlez-en à Freud. Pulsion de mort et pulsion de vie. Les faces vont s’inverser vous verrez.

Et il suffit de penser à notre XVIIe siècle, il suffit de relire les Messieurs de Port-Royal avec leur jansénisme si coupable, si culpabilisant, si pénitent, et il suffit de se rappeler, face à eux, les «libertinistes» joyeux, vivants et libres pour savoir que cette querelle divise, plus qu’aucune autre, l’esprit français.

L’esprit français dont vous voulez être le défenseur, le chantre, le héros. L’esprit français qui a raté le tournant de la philosophie analytique et qui reste empêtré dans cette intellectualisation poétique à outrance héritée de Heidegger. Quel dommage ! Mais ça n’est pas votre faute pour le coup. Le débat philosophique actuel est passionnant, dynamique, virevoltant. Mais il n’a pas lieu en France, ni en français. Quel dommage ! Tout ça pour avoir méprisé Russel et Frege ! Raté aussi le tournant de la logique. La poésie métaphysique contre la logique et la philosophie analytique. Pourquoi pas ? Mais c’est obsolète, moribond.

Eh bien, je vois Paris bâillonné par ce chiffon bleu aseptisé ; je pense à cette esthétique de bloc opératoire qui imprime partout son style ; j’entends, alors que l’épidémie semble sous contrôle et que nous sommes loin, grâce au ciel (hum… déni du vœu de mort) , des scènes infernales des débuts (« où était ma jouissance » ? Je me permets ici de caricaturer, de pousser à l’extrême votre discours, un peu comme vous) , avec leurs hôpitaux débordés, leurs soignants exténués et les vieillards abandonnés à leur malchance d’être vieux (et les comorbidités ? Je connais des victimes qui n’étaient pas des vieillards. A-t-on le droit de les pleurer ?) , les maîtres de l’Opinion rendre coupables les jeunes gens de n’être pas plus mal en point, les guéris de n’avoir pas rechuté et les citoyens infantilisés de se relâcher ; et je ne peux m’empêcher de penser que, derrière l’impatience des chiffres matraqués comme des mantras, il y a quelque chose de cette querelle qui est en train de se rejouer.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que derrière ces sophismes dangereux, il y a ce vœu de mort, peut-être pour compenser une vie devenue triste, ou la notoriété n’est plus ce qu’elle était, ou plus simplement où l’âge, ce Réel bouffeur de fantasmes et d’espoir, nous coupe de plus en plus de la vie excitante que nous avons connue. Je pourrais encore accepter ces jeux conceptuels si nous n’étions pas en crise.

Nous ne sommes certes pas en guerre, mais c’est un combat. Vous n’allez quand même pas regretter les millions de chômeurs, les milliers de faillites, les millions de nouveaux pauvres si par malheur nous parvenons aussi à combattre la crise économique ?

Avez-vous raison réellement contre le monde entier ? Ce monde où il n’y a pas moins de penseurs ?

Un jansénisme sans Jansénius, sans Augustin, sans Pascal et sans Philippe de Champaigne.

Un jansénisme pour les nuls, gris et chagrin, qui n’est peut-être que le nouvel habit, trop grand, de l’humanité moutonnière de toujours.

Ah ! Une nouveauté: le mépris.

Nous étions des couards et maintenant des moutons.

Mais un jansénisme roué qui, à la façon d’un diable dont la ruse suprême était, selon Baudelaire, de faire croire qu’il n’existe pas, se déguiserait en son contraire, prêcherait le culte de la vie alors qu’il expie l’inconvénient d’être né et n’exigerait mortification et pénitence qu’au nom de l’impératif de sauver les corps.

Je vous retourne l’argument. Facile.

La peur, oui.

Où se situe la vôtre ?

La panique, bien entendu.

Vous pleurnichez pour le port d'un simple masque. Vous faites partie du peuple des chochottes.

Mais, tapi derrière elles, leur vrai secret qui est cette fascination morbide ; et, au bout de ce secret, aussi éclatante que le tableau macabre de Brueghel, jaune et noire comme un orage sur notre civilisation hébétée, un possible triomphe de la mort.

Miroir de votre vœu de mort. Vous vous répétez, je me répète également.

C’est elle, cette pulsion de mort, qui tire les fils qui nous gouvernent dans une guerre au virus que nous sommes, pourtant, en train de gagner.

C’est vous qui le dites. Si nous sommes en train de la gagner, c’est grâce à ces scientifiques qui tâtonnent, cherchent, trouvent, reviennent sur leurs premières propositions, doutent. C’est grâce aux masques aussi. Aux découvertes quotidiennes, sur l’aérosolisation, l’orage « cytokinique » etc.

C’est elle qui anime, dans une civilisation désespérée d’elle-même, la grande tentation suicidaire dont le coronavirus aura été la divine surprise.

Je pourrais parler de ça mais ça serait trop long. Oui nous avons ici un problème. Le problème d’une civilisation qui veut être propre, clean, sans corps, sans mort…

C’est elle qui, s’autorisant du Roi Corona, distancie les humains les uns des autres comme s’ils n’étaient que miasmes, glaires et sources d’infection.

Exagération poétique sans sens. Elle les rapproche en fait. Comme l'uniforme à l'école, parfois, gomme les différences. Tant de pays l'ont adopté. C'est un débat possible.

Et c’est elle qui voudrait les condamner à une vie de zombies, gagnés par la méfiance, l’égoïsme, le repli et le sacrifice, hâtivement consenti sur l’autel de l’hygiénisme, de cette ouverture confiante à l’autre qui est le fondement même de la socialité.

Vous oubliez le respect, l’amour de l’autre, l’amour de la vie qui peut impliquer un certain nombre de sacrifices mineurs.

Les Japonais sont-ils vraiment des êtres méfiants, égoïstes ?

Je ne crois pas. C’est ici affaire de responsabilité, d’élan vers l’autre. J’y vois moi, de la solidarité. Ces rues remplies de visages masqués sont autant de rues solidaires, de rues pleines du sentiment de faire partie d’un peuple, d’un genre humain fragile, qu’il faut préserver.

Là où vous voyez de la laideur, BHL, j’y vois de la beauté.

Sauf retournement en faveur de la vie et de ce qu’elle implique de liberté, d’espoir et de fraternité, il y a là une très mauvaise nouvelle.

Désolé d’être si en désaccord avec vous. Nous sommes chacun ici sur une rive opposée. 

 

 

29 août 2020

Le monde pendant - 29 août 2020

     L’écriture de TCR (initiales du titre - en anglais - de ma prochaine série) avance plutôt pas mal pour l’instant. Après avoir passé une vieille période de doute, de peur de la lassitude et de la routine (encore une série d’espionnage !), je continue de développer les idées qui justement me font sortir de la redite. J’ai trouvé un angle fort. J’ai juste peur que quelqu’un le fasse avant moi. J’aimerais aller vite mais on ne peut pas aller plus vite que l’écriture. Elle a son rythme, ses temps, ses périodes, ses moments d’accélération et d’arrêts, de pleins et de vide. C’est comme ça. L'expérience sert à ne pas s'en affoler, même si c'est souvent pénible.

Je travaille aussi le bien le concept, les lignes narratives que le pilote. Tout se fait en même temps. Les producteurs veulent toujours qu’on leur livre l’histoire, puis la bible, puis le pilote dans cet ordre. Mais on ne peut jamais travailler chaque étape séparément. C’est en travaillant le pilote qu’on teste les idées de l’histoire ou de la bible. C’est un continuel va et vient.

Je pousse donc tout en parallèle. Pour l’instant je garde mon enthousiasme. C’est essentiel mais ultra fragile. J’espère que ça va durer.

 

Bizarre Paris sous les masques. C’est incroyable qu’en un an on ait pu comme ça réussir à imposer un confinement puis les masques. C’est massif et totalement nouveau. Je pense que ça va marcher. La contamination va baisser bientôt.

 

Je me désengage de tweeter. J’ai réduit mes abonnements. Je ne peux plus supporter les débats qui tournent à vide. Tweeter est un monde à part, comme tous les réseaux sociaux d’ailleurs, mais il y en a de plus massifs que d’autres. Un tweet peut provoquer des milliers de réactions. Mais ça reste autonome, ça n’a aucune portée sur le monde réel. Sauf quand c’est repris dans les médias. Ça peut alors mettre les gens dans la rue à force, les persuader que c’est important.

Je suis sidéré par le nombre d'intellectuel, plutôt très intelligents, qui sont aliénés à tweeter et se font avoir par le cinquième discours.

Mais quand même, les passions se déchainent sur des choses très symboliques. Des paroles, des dessins… on est dans l’ordre symbolique. Ça n’a pas assez de prise sur le réel pour être vraiment intéressant.

Je m’intéresse à quelques experts qui partagent leur savoir. Quand j’ai réalisé, en 1997, « Vive la République », je croyais à ce partage du savoir grâce à Internet. Et c’est vrai qu’aujourd’hui je peux suivre les réflexions d’un épidémiologue ou suivre un Mooc sur le deep learning. Mais n’est-ce pas cette réalité aussi qui explique le rejet des élites ? Avoir accès à un savoir d’expert sans rien faire désacralise ce savoir. C’est un effet paradoxal.

 

Je me demande si la France n’est pas un pays de chochottes. On se plaint de devoir mettre un masque. Quelque chose que les asiatiques font depuis si longtemps.

On dit que les jeunes doivent pouvoir faire la fête, faut les comprendre les pauvres, ils ont tant souffert pendant le confinement…

Ouais… je pense aux pays où il y a de la vraie souffrance, aux vraies dictatures, aux vraies violences, pas celles qui sont uniquement symboliques, ou fantasmées… et je me dis qu’on exagère. On est des enfants gâtés, franchement.

C'est une crise mais une crise avec des solutions, des adaptations possibles. Il y a de vraies crises où il n'y a pas de solution. Des impasses. Celles-là, on n'y survivrait pas. On n'est pas assez fort. Cette crise-là nous effraie, nous terrasse, nous précipitent les uns contre les autres... On se plaint, on geint, on pleurniche.

Nous ne sommes pas vraiment à la hauteur.