Alors donc il y a des gens qui ne sont pas contents du choix qu'on leur propose.
"On"... la vie, le sort, le système, les politiques...
Difficile de savoir à qui exactement imputer cette malchance.
On peut d'abord désigner les partis politiques. Après tout, primaires ou non, c'est eux qui ont choisi leur candidat. On peut en vouloir à l'UMP d'avoir, le doigt sur la couture du pantalon, suivi leur "leader" sans avoir critiqué la pertinence de ce choix au regard de son bilan et de son impopularité. Nulle doute qu'en cas de défaite, les critiques tomberont comme des hallebardes mais ça sera trop tard et bien peu courageux. On peut en vouloir au PS d'avoir organisé ces "primaires citoyennes". Quoique dans ce cas, quand même, tout le monde pouvait voter. Du coup on ne peut plus en vouloir qu'aux électeurs d'avoir fait le mauvais choix, en vouloir donc à la démocratie. Quand on est mécontent du résultat d'une élection, on peut effectivement considérer qu'il est inutile de voter. "Ils votent toujours contre moi" pourrait-on se dire, "ils ne sont jamais d'accord avec moi", d'où un vrai découragement. "ils désignent toujours celui que je n'aime pas !". Mauvais perdants... et surtout grosse amertume d'être toujours à la marge. Je comprends. C'est un peu comme les artistes maudits. Il y a une vraie jouissance possible d'être ainsi seul contre tous.
On peut en vouloir au Verts... Quoiqu'ils nous aient habitués à faire des choix extravagants. Mais là... ils ont fait fort. C'est vrai qu'un électeur potentiellement écologiste peut avoir un sacré coup de blues devant la représentante qu'on lui a imposé.
J'arrête là. Les partis ont désigné leur candidat, d'une manière ou d'une autre, et on peut effectivement les tenir responsable de l'offre politique globale.
On peut aussi accuser le sort. Le sort a voulu qu'aucun homme politique d'envergure, charismatique, ne soit là au bon moment. Dommage. On aurait aimé un Mitterrand, un De Gaulle bien sûr, un Strauss Kahn... Non pas un Strauss Kahn.
Un père quoi, voire un Tonton. Une figure de chef de famille, protectrice, supposée savoir.
La faute à pas de chance, la vie ne nous en a pas dégoté un.
Il faut dire que la situation ne s'y prête pas. C'est vrai qu'il y a la crise économique mais elle n'est pas assez présente et tragique en France pour qu'une figure charismatique se lève. Ce sont les crises qui révèlent les grands hommes. Pas de crise, petits hommes. Ou homme normal. En revanche, une guerre, une récession majeure, un coup d'Etat... le Grantome apparaîtra. Il n'attend que ça. Mais ce Grantome là n'a que faire des périodes de calme, hors des crises, ses ailes de géant l'empêche de marcher.
Alors oui, pas de Grantome, c'est dégueulasse ! "Qu'ils se débrouillent sans moi alors !" C'est tout juste si on n'en vient pas à souhaiter une bonne guerre.
Ce qui est étrange tout de même, c'est que la frustration devant l'offre entraîne un refus de choisir. Comme si, par exemple, un soir, on avait le choix entre manger des pâtes au beurre pour la énième fois ou aller au restaurant et dépenser le peu d'argent qui nous reste et que devant ce choix pourri, on s'abstienne simplement de manger.
Pourquoi la pauvreté supposée de l'offre entraîne-t-elle le refus de choisir ?
Nous avons les romantiques. Probablement jeunes. Ceux qui veulent le parfait, le rêvé, l'idéal. Pas d'idéal ? Alors rien ! Ceux-là vivent dans un étrange monde qui n'est ni plein ni vide et entre le rien et le tout ils traversent une existence constamment frustrante. Le retrait du monde en est une conséquence, ce qui n'arrange rien. Il y a les révoltés bien sûr, romantiques eux aussi, qui sont vexés de ce que leur préférence ne soit pas plus populaire. Ceux-là, on l'a dit, jouissent de la marge et en pâtissent aussi.
Il y a les indifférents. "Tous pourris" ou "tous médiocres" ou "tous menteurs" ou "tous impuissants". Pourquoi choisir ? En fait on ne sert à rien. Ça, c'est l'abstention dépressive.
Alors entre l'abstention et le vote blanc il y a cette différence que la frustration s'exprime ou non. Il n'empêche que dans les deux cas cette frustration entraîne le refus de choisir.
La vie est mal faite. Elle propose souvent voire tout le temps des choix entre des options imparfaites. Ah si on pouvait décider de l'offre ! Mais non, on se heurte à un monde. L'objet objecte. Nous ne sommes pas Dieu, nous sommes fini et un monde nous est donné. Quelle misère !
Dans ce cas, on ne choisit pas ! L'offre ne nous plaît pas ? On s'abstient. Laissons aux autres la bassesse de choisir entre la peste et le choléra. Et puis comme ça, au moins, au saura à qui s'en prendre.
Je n'aimerais pas avoir un de ces abstentionnistes (qui englobent pour moi le vote blanc) comme patron, comme responsable, comme guide, comme chef d'équipe. Avec eux on risque de se retrouver à chaque fois paralysé. Incapable de trancher, de décider, de sacrifier, bref de choisir, ils sont des éternels suiveurs, des suiveurs non assumés qui plus est, des suiveurs frustrés, refoulés.
Ils sont égarés parce qu'ils n'ont pas de père politique, de figure imposante, ils n'ont pas d'idole.
Moi, je n'ai pas besoin d'un père aujourd'hui en politique. Ni d'un oncle, ni même d'un grand frère.
j'ai juste besoin de quelqu'un qui d'abord veut faire le job, ensuite est capable de le faire et ne risque pas de me jeter dans le précipice. Si en plus il peut faire deux trois choses qui apaisent les plaies de la société et donc les miennes, tant mieux.
C'est moi qui suis un père aujourd'hui. Quand il y a une décision à prendre pour mes enfants, je la prends et je leur explique en quoi elle est la moins pire. Mais surtout, je ne m'abstiens pas. Car quand je m'abstiens, tout le monde le sait, en fait je me laisse imposer un choix. Toujours. Et pas obligatoirement le meilleur.
Souvent, quand il s'agit de choisir, le temps est compté. Et le refus de choisir a des conséquences car la vie, elle, ne s'arrête pas
C'est vrai que c'est douloureux de choisir. C'est vrai que parfois on n'a pas envie de cette douleur en plus. On a envie de fuir en courant sans se poser de question.
Mais il faut alors savoir ce qu'on fait, avec qui on le fait, de quel côté on se trouve et ne pas se raconter d'histoire.
Ne pas choisir lors de l'élection présidentielle c'est tout simplement s'en remettre à l'autre, pour mieux s'y soumettre puis le détester. C'est être un enfant, avec toute la nostalgie de douceur et d'irresponsablitité que cela implique. Ce n'est pas mal. Ce n'est pas glorieux non plus.
18 avril 2012
09 avril 2012
Sans langue de bois
Nicolas Sarkozy
Je suis libéral. je voudrais qu'on arrête avec tous ces carcans absurdes et contre-productifs. Le chômage par exemple est un problème. Le seul moyen de le traiter : faire en sorte que les entreprises embauchent. Pour ça, il faut qu'elles puissent licencier facilement, et qu'un emploi leur coûte moins cher. Il faut donc diminuer les charges sociales. Ça veut dire moins de recette pour l'Etat. Ça veut dire que l'Etat doit s'occuper de moins de choses. Ça tombe bien, je pense que l'Etat s'occupe mal de l'éducation, de la santé, des transports, bref. Il faut le réformer, réduire son champ d'intervention. Moins de fonctionnaires, un meilleur fonctionnement. L'Etat c'est comme une entreprise. C'est même comme un foyer.
De toute façon la crise aujourd'hui nous oblige à revoir notre budget de fonctionnement. De deux choses l'une : ou on fait des économies, ou on crève. Et comme on gère mal notre budget depuis si longtemps, empêtrés dans des habitudes obsolètes et romantiques, profitons de ce que la crise exige de nous pour nous réformer et moderniser la France.
Le problème c'est que la France n'est pas libérale. Elle ne veut pas du libéralisme. Et c'est vrai que le passage au libéralisme est douloureux. On peut imaginer que ça sacrifie une génération. Celle qui ne pourra pas s'adapter. Mais c'est la seule solution. Sinon, on va rater le train mondial. On va ralentir quand les autres accélèrent. je ne veux pas de cette dégénérescence. Parce que celle-là, elle sera autrement plus cruelle. Alors j'essaie.
Je sais que les français tiennent à leurs acquis sociaux, à la sécurité sociale, la retraite par répartition, l'école publique, l'assurance chômage. Moi aussi j'y tiens, bien sûr. Le problème c'est que ça ne tient plus. Le monde a choisi son camp. Et maintenant on a un choix simple : prendre ce train ou changer le monde. Je ne crois pas qu'on puisse changer le monde. A chaque fois qu'on a essayé ça a entraîné une catastrophe humaine. Non, on ne change pas le monde. On s'adapte en essayant bon an mal an de ne pas trop subir.
Ce sont mes convictions. On peut être contre. Et d'ailleurs tout le monde est plutôt contre. Je dois vendre ce programme. Pour le vendre je dois un peu le cacher et un peu le travestir. c'est normal. La démocratie est devenue ce jeu là. Nous sommes des commerciaux de la politique. Et je suis bon à ce jeu.
Mais je suis bêtement convaincu qu'on n'a pas le choix. Tout le reste n'est que déni de la réalité, romantisme dangereux. C'est fini l'Etat qui s'occupe de tout. L'histoire a montré qu'il s'en occupe mal. Il faut faire confiance en l'individu. Alors oui, ça peut être sauvage. Et l'Etat doit justement veiller à interdire la sauvagerie. Ce n'est pas facile, mais c'est l'évolution sociale. Il y a des soubresauts. Des crises. Mais c'est le sens de l'histoire. Et c'est ce qu'il y a de moins douloureux en fin de compte.
Alors quand je suis au pouvoir j'essaie d'avancer dans cette direction. Je suis parfois obligé de ralentir, de revenir en arrière, mais c'est une tendance. J'agis par petites touches. On peut me reprocher de ne pas y aller franco. Maintenant que je brigue mon dernier mandat, je vais peut-être y aller un plus plus fort. Mais je ne peux pas le dire. Parce que la France a peur, elle est timorée et je la comprends. Il y a beaucoup de gens qui souffrent. Alors je me cache un peu. Je suggère quelques trucs (passer outre la rigidité des syndicats qui eux aussi doivent vendre leur salade). Je vois si ça hurle. Quand ça hurle je fais machine arrière. Mais j'essaie quand même. J'essaie de convaincre la France que c'est le seul chemin. Vers quoi ? Je ne dis pas la prospérité, la modernité ou des trucs un peu emphatiques comme ça. Non, juste s'opposer au dépérissement. J'ai vu l'Argentine, j'ai vu la Grèce. je ne veux pas ça pour la France. Ça fait longtemps que je le pense et que je le dis. je n'ai pas attendu la crise. Aujourd'hui ça devient plus visible. J'en profite mais c'est normal. On ne m'a pas trop entendu jusque là. Si on pouvait un peu plus m'entendre grâce à la crise, quel est le crime ? Quand il s'agit de sauver quelqu'un de malade, à un moment, tous les moyens sont bons. Et s'il faut lui faire un peu de mal, je n'hésite pas. Je suis comme ça. C'est ma qualité et cette qualité, on en a besoin aujourd'hui.
François Hollande
La gauche est morte à Maastricht. On n'a pas trouvé comment faire depuis. Le monde a choisi son système. Ce n'est pas le socialisme. C'est l'économie de marché. Et la loi du marché est rendue encore plus fluide avec la mondialisation. Alors la gauche... je ne sais plus ce que c'est, je ne sais plus ce qu'elle peut faire. On n'a pas réussi à trouver une solution réellement de gauche à la mondialisation. On dit : on change tout ou... ou quoi ? Je ne sais pas. D'ailleurs pourquoi je saurais ? Pourquoi je saurais résoudre une équation intellectuelle aussi difficile ?
Pourtant je sais qu'il y a un problème avec cette économie de marché et cette mondialisation. Quand je vois les chômeurs et surtout les travailleurs pauvres, il y a un truc qui me dérange. Quand je vois qu'aux Etats Unis, des vieux de plus de 65 ans sont encore debout à la caisse des super marchés pour faire les paquets, je suis quand même perplexe. Mais honnêtement, je n'ai pas de solution.
Quand je vois qu'il y a de plus en plus de gens par terre dans les rues des villes, littéralement par terre, je me dis quand même qu'il y a une fatalité qu'il faut refuser.
Alors j'essaie. J'essaie d'être de gauche. Non pas celle qui veut changer le monde, changer l'Europe et qui va mettre juste 100 ans à le faire. Non, celle qui veut essayer de tendre la main à ceux qui n'y arrivent pas. Ce ne sont pas des assistés, non. Ce ne sont pas des fainéants ou des profiteurs. C'est quand même dégueulasse de dire ça. Ce sont des gens à qui on demande beaucoup et qui n'ont juste pas les moyens d'y arriver. Et ce que je trouve incroyable c'est que c'est la société qui les a créés. Ils sont nés quelque part dans la société. Leur place leur a été préparée. Et on leur demande maintenant de s'en sortir tout seul. Il y a de l'injuste absolue dans cette situation. C'est pourquoi je pense que la société a le devoir de s'occuper des inégalités qu'elle crée elle-même.
Oui je sais que la droite pense que le monde repose sur l'inégalité. Oui il y a des différences de talent, de moyens, d'envie. Mais là on ne parle pas des différence naturelles. On parle des différences sociales, des inégalités créées par la structure sociale et même le politique. Celles-là, on doit les traiter, les compenser.
L'égalité des chances c'est ça. ce n'est pas de mettre hypocritement tout le monde sur la même ligne de départ. Désolé, ça ne peut pas être ça. Il y a des handicaps et il faut en tenir compte. Sinon, on assume d'être injuste voire cruel. Mais alors il ne faut pas s'étonner que cette violence faire aux gens nous revienne en boomerang.
Alors qu'est-ce que je peux proposer ? La justice. Je peux essayer simplement de la garantir. Oui il faut prendre le train de la mondialisation. Mais je ne me résous ni à sacrifier une génération comme Thatcher a pu le faire ni à ce que ça se fasse au détriment des habituelles victimes.
Pas facile d'assurer cette justice et en même temps de ne pas ralentir le mouvement. Non, et je dois dire que je n'ai pas beaucoup de solution. Je dis simplement : des efforts oui, mais mieux répartis. Et puis des efforts, oui mais pour quoi ? Je donne un sens. On en fait ce qu'on veut. Mais au moins je donne un sens : la jeunesse. La génération suivante. Je sais, je ne suis pas très précis. Il faut dire que la conjoncture est franchement indécise si ce n'est hostile.
Alors on me reproche de ne rien dire des économies à faire. Pourtant je le dis à chaque fois : partout ailleurs que dans la police, la gendarmerie et l'éducation. Mais où ? Partout ailleurs. Maintenant si je dis où tout le monde va me tomber dessus. Je ne vais pas me tirer une balle dans le pied quand même. Mais au moins, je dis où je n'en ferai pas.
Nous sommes des marchands. Nous mentons, nous exagérons et on sait, ce n'est pas glorieux.
Franchement on a quelques convictions, on a une vague idée de la situation et de ce qu'il faudrait faire. On a une histoire chacun, des traditions. Bon, on essaie de ne pas en être trop prisonniers et en même temps elles nous donnent un cadre d'analyse. On n'est pas si sûrs de nous. Et on doit avouer que le débat avec l'adversaire pourrait nous aider à y voir plus clair nous-même. Mais le monde médiatique nous oblige a respecter les règles du spectacle.
On n'est pas d'accord, ça c'est sûr. Mais au fond, on n'est pas très très loin l'un de l'autre. L'un de nous a une tendance libérale, une petite tendance à accepter la souffrance inéluctable d'une partie de la société mais propose d'épouser un mouvement et de s'en sortir en assumant ce mouvement. L'autre n'est pas opposé à ce mouvement. Il aimerait bien que ça se fasse sans trop de douleur. Il ne sait pas comment. Il n'a pas la solution, mais il essaie. Au risque de perdre en efficacité. c'est ce que l'autre lui reproche ; à force de tergiverser, on va rater le train. Et là, ça va faire vraiment mal. Vous êtes toujours comme ça, la gauche, vous avez des bons sentiments et à la fin tout le monde trinque. Non, dit le premier. Ce n'est pas ce que je propose. Je propose juste de faire gaffe. Eventuellement de réfléchir sur le train lui-même. Mais je suis d'accord pour le prendre. Mais pas à n'importe quel prix parce que sinon ça n'a pas de sens.
Au fait c'est vrai : la mondialisation d'accord, l'économie de marché, d'accord, les sacrifices d'accord, mais pour quoi ? Pour faire quoi ? Pour aller où ?
Eh bien nulle part ! Depuis quand on va quelque part ? Ce qu'il faut c'est simplement ne pas trop déguster. Ne nous racontez pas d'histoire, les gars.
Je suis libéral. je voudrais qu'on arrête avec tous ces carcans absurdes et contre-productifs. Le chômage par exemple est un problème. Le seul moyen de le traiter : faire en sorte que les entreprises embauchent. Pour ça, il faut qu'elles puissent licencier facilement, et qu'un emploi leur coûte moins cher. Il faut donc diminuer les charges sociales. Ça veut dire moins de recette pour l'Etat. Ça veut dire que l'Etat doit s'occuper de moins de choses. Ça tombe bien, je pense que l'Etat s'occupe mal de l'éducation, de la santé, des transports, bref. Il faut le réformer, réduire son champ d'intervention. Moins de fonctionnaires, un meilleur fonctionnement. L'Etat c'est comme une entreprise. C'est même comme un foyer.
De toute façon la crise aujourd'hui nous oblige à revoir notre budget de fonctionnement. De deux choses l'une : ou on fait des économies, ou on crève. Et comme on gère mal notre budget depuis si longtemps, empêtrés dans des habitudes obsolètes et romantiques, profitons de ce que la crise exige de nous pour nous réformer et moderniser la France.
Le problème c'est que la France n'est pas libérale. Elle ne veut pas du libéralisme. Et c'est vrai que le passage au libéralisme est douloureux. On peut imaginer que ça sacrifie une génération. Celle qui ne pourra pas s'adapter. Mais c'est la seule solution. Sinon, on va rater le train mondial. On va ralentir quand les autres accélèrent. je ne veux pas de cette dégénérescence. Parce que celle-là, elle sera autrement plus cruelle. Alors j'essaie.
Je sais que les français tiennent à leurs acquis sociaux, à la sécurité sociale, la retraite par répartition, l'école publique, l'assurance chômage. Moi aussi j'y tiens, bien sûr. Le problème c'est que ça ne tient plus. Le monde a choisi son camp. Et maintenant on a un choix simple : prendre ce train ou changer le monde. Je ne crois pas qu'on puisse changer le monde. A chaque fois qu'on a essayé ça a entraîné une catastrophe humaine. Non, on ne change pas le monde. On s'adapte en essayant bon an mal an de ne pas trop subir.
Ce sont mes convictions. On peut être contre. Et d'ailleurs tout le monde est plutôt contre. Je dois vendre ce programme. Pour le vendre je dois un peu le cacher et un peu le travestir. c'est normal. La démocratie est devenue ce jeu là. Nous sommes des commerciaux de la politique. Et je suis bon à ce jeu.
Mais je suis bêtement convaincu qu'on n'a pas le choix. Tout le reste n'est que déni de la réalité, romantisme dangereux. C'est fini l'Etat qui s'occupe de tout. L'histoire a montré qu'il s'en occupe mal. Il faut faire confiance en l'individu. Alors oui, ça peut être sauvage. Et l'Etat doit justement veiller à interdire la sauvagerie. Ce n'est pas facile, mais c'est l'évolution sociale. Il y a des soubresauts. Des crises. Mais c'est le sens de l'histoire. Et c'est ce qu'il y a de moins douloureux en fin de compte.
Alors quand je suis au pouvoir j'essaie d'avancer dans cette direction. Je suis parfois obligé de ralentir, de revenir en arrière, mais c'est une tendance. J'agis par petites touches. On peut me reprocher de ne pas y aller franco. Maintenant que je brigue mon dernier mandat, je vais peut-être y aller un plus plus fort. Mais je ne peux pas le dire. Parce que la France a peur, elle est timorée et je la comprends. Il y a beaucoup de gens qui souffrent. Alors je me cache un peu. Je suggère quelques trucs (passer outre la rigidité des syndicats qui eux aussi doivent vendre leur salade). Je vois si ça hurle. Quand ça hurle je fais machine arrière. Mais j'essaie quand même. J'essaie de convaincre la France que c'est le seul chemin. Vers quoi ? Je ne dis pas la prospérité, la modernité ou des trucs un peu emphatiques comme ça. Non, juste s'opposer au dépérissement. J'ai vu l'Argentine, j'ai vu la Grèce. je ne veux pas ça pour la France. Ça fait longtemps que je le pense et que je le dis. je n'ai pas attendu la crise. Aujourd'hui ça devient plus visible. J'en profite mais c'est normal. On ne m'a pas trop entendu jusque là. Si on pouvait un peu plus m'entendre grâce à la crise, quel est le crime ? Quand il s'agit de sauver quelqu'un de malade, à un moment, tous les moyens sont bons. Et s'il faut lui faire un peu de mal, je n'hésite pas. Je suis comme ça. C'est ma qualité et cette qualité, on en a besoin aujourd'hui.
François Hollande
La gauche est morte à Maastricht. On n'a pas trouvé comment faire depuis. Le monde a choisi son système. Ce n'est pas le socialisme. C'est l'économie de marché. Et la loi du marché est rendue encore plus fluide avec la mondialisation. Alors la gauche... je ne sais plus ce que c'est, je ne sais plus ce qu'elle peut faire. On n'a pas réussi à trouver une solution réellement de gauche à la mondialisation. On dit : on change tout ou... ou quoi ? Je ne sais pas. D'ailleurs pourquoi je saurais ? Pourquoi je saurais résoudre une équation intellectuelle aussi difficile ?
Pourtant je sais qu'il y a un problème avec cette économie de marché et cette mondialisation. Quand je vois les chômeurs et surtout les travailleurs pauvres, il y a un truc qui me dérange. Quand je vois qu'aux Etats Unis, des vieux de plus de 65 ans sont encore debout à la caisse des super marchés pour faire les paquets, je suis quand même perplexe. Mais honnêtement, je n'ai pas de solution.
Quand je vois qu'il y a de plus en plus de gens par terre dans les rues des villes, littéralement par terre, je me dis quand même qu'il y a une fatalité qu'il faut refuser.
Alors j'essaie. J'essaie d'être de gauche. Non pas celle qui veut changer le monde, changer l'Europe et qui va mettre juste 100 ans à le faire. Non, celle qui veut essayer de tendre la main à ceux qui n'y arrivent pas. Ce ne sont pas des assistés, non. Ce ne sont pas des fainéants ou des profiteurs. C'est quand même dégueulasse de dire ça. Ce sont des gens à qui on demande beaucoup et qui n'ont juste pas les moyens d'y arriver. Et ce que je trouve incroyable c'est que c'est la société qui les a créés. Ils sont nés quelque part dans la société. Leur place leur a été préparée. Et on leur demande maintenant de s'en sortir tout seul. Il y a de l'injuste absolue dans cette situation. C'est pourquoi je pense que la société a le devoir de s'occuper des inégalités qu'elle crée elle-même.
Oui je sais que la droite pense que le monde repose sur l'inégalité. Oui il y a des différences de talent, de moyens, d'envie. Mais là on ne parle pas des différence naturelles. On parle des différences sociales, des inégalités créées par la structure sociale et même le politique. Celles-là, on doit les traiter, les compenser.
L'égalité des chances c'est ça. ce n'est pas de mettre hypocritement tout le monde sur la même ligne de départ. Désolé, ça ne peut pas être ça. Il y a des handicaps et il faut en tenir compte. Sinon, on assume d'être injuste voire cruel. Mais alors il ne faut pas s'étonner que cette violence faire aux gens nous revienne en boomerang.
Alors qu'est-ce que je peux proposer ? La justice. Je peux essayer simplement de la garantir. Oui il faut prendre le train de la mondialisation. Mais je ne me résous ni à sacrifier une génération comme Thatcher a pu le faire ni à ce que ça se fasse au détriment des habituelles victimes.
Pas facile d'assurer cette justice et en même temps de ne pas ralentir le mouvement. Non, et je dois dire que je n'ai pas beaucoup de solution. Je dis simplement : des efforts oui, mais mieux répartis. Et puis des efforts, oui mais pour quoi ? Je donne un sens. On en fait ce qu'on veut. Mais au moins je donne un sens : la jeunesse. La génération suivante. Je sais, je ne suis pas très précis. Il faut dire que la conjoncture est franchement indécise si ce n'est hostile.
Alors on me reproche de ne rien dire des économies à faire. Pourtant je le dis à chaque fois : partout ailleurs que dans la police, la gendarmerie et l'éducation. Mais où ? Partout ailleurs. Maintenant si je dis où tout le monde va me tomber dessus. Je ne vais pas me tirer une balle dans le pied quand même. Mais au moins, je dis où je n'en ferai pas.
Nous sommes des marchands. Nous mentons, nous exagérons et on sait, ce n'est pas glorieux.
Franchement on a quelques convictions, on a une vague idée de la situation et de ce qu'il faudrait faire. On a une histoire chacun, des traditions. Bon, on essaie de ne pas en être trop prisonniers et en même temps elles nous donnent un cadre d'analyse. On n'est pas si sûrs de nous. Et on doit avouer que le débat avec l'adversaire pourrait nous aider à y voir plus clair nous-même. Mais le monde médiatique nous oblige a respecter les règles du spectacle.
On n'est pas d'accord, ça c'est sûr. Mais au fond, on n'est pas très très loin l'un de l'autre. L'un de nous a une tendance libérale, une petite tendance à accepter la souffrance inéluctable d'une partie de la société mais propose d'épouser un mouvement et de s'en sortir en assumant ce mouvement. L'autre n'est pas opposé à ce mouvement. Il aimerait bien que ça se fasse sans trop de douleur. Il ne sait pas comment. Il n'a pas la solution, mais il essaie. Au risque de perdre en efficacité. c'est ce que l'autre lui reproche ; à force de tergiverser, on va rater le train. Et là, ça va faire vraiment mal. Vous êtes toujours comme ça, la gauche, vous avez des bons sentiments et à la fin tout le monde trinque. Non, dit le premier. Ce n'est pas ce que je propose. Je propose juste de faire gaffe. Eventuellement de réfléchir sur le train lui-même. Mais je suis d'accord pour le prendre. Mais pas à n'importe quel prix parce que sinon ça n'a pas de sens.
Au fait c'est vrai : la mondialisation d'accord, l'économie de marché, d'accord, les sacrifices d'accord, mais pour quoi ? Pour faire quoi ? Pour aller où ?
Eh bien nulle part ! Depuis quand on va quelque part ? Ce qu'il faut c'est simplement ne pas trop déguster. Ne nous racontez pas d'histoire, les gars.
23 mars 2012
Les trois jouissances du terroriste
Le terrorisme a trois objectifs : sidérer une société,
contraindre une démocratie, imposer sa plainte et son existence.
La sidération d’une société passe par l’analyse de ses
tabous les plus profonds. L’action terroriste, d’une certaine manière, révèle,
en les attaquant, les tabous qui cimentent un peuple. A quoi servirait-il de
tuer des enfants dans un pays qui, par exemple, les mettraient déjà en
esclavage ?
Le terrorisme nous révèle donc les tabous qui nous agissent,
nos intouchables fondamentaux : l’innocence, l’enfance, le corps, la vie.
A chaque époque ses tabous. A chaque époque son terrorisme.
Nous sommes attachés à la notion d’innocence ? Tuons
des innocents. Nous chérissons plus que tout nos enfants, les innocents par
excellence ? Tuons les enfants. Nous tenons à l’intégrité de notre
corps ? Explosons les corps, déchiquetons les, découpons les. La
préservation de la vie est une de nos valeurs les plus importantes ? Nous
cherchons à la prolonger, la protéger, l’améliorer ? Suicidons, montrons
que la vie n’est rien.
Le terrorisme est donc l’ennemi absolu d’une société, il attaque
ce qui fait son fondement en cherchant
ainsi à la sidérer.
Nous restons sans voix devant ce que le terroriste de
Toulouse a fait. Notre sidération a été sa première jouissance.
Le terrorisme a des buts politiques. Il veut obtenir des
résultats : libérer des prisonniers, évacuer des territoires, etc. Pour
cela il terrorise la population en la sidérant (comment terroriser un
dictateur ?) afin qu’elle fasse pression sur ses dirigeants, marquer
l’opinion publique afin que ses représentants en tiennent compte.
Le terroriste veut soumettre la démocratie. Il veut pouvoir
s’enorgueillir de l’avoir influencée. Lui, tout seul, avec ses armes et sa
barbarie personnelle.
Que les sondages relatifs à l’élection présidentielle soient
substantiellement modifiés, que les débats soient influencés, et le terroriste
de Toulouse pourra dire « mission accomplie ». La France est à ses
genoux. La démocratie est à ses pieds.
Entendre Coppé, le porte-flingue de Sarkozy, pitbuller
l’opposition, voir Sarkozy, le visage grave et les trémolos dans la voix, se
retenir, surtout se retenir ! d’exprimer une quelconque satisfaction de
trouver enfin ici l’événement qui lui manquait pour faire oublier son bilan, bref,
influer sur le processus démocratique engagé aujourd’hui en France a été la
seconde jouissance du terroriste de Toulouse, avec l’assentiment de tous ceux
qui en ont bénéficié.
La langue de bois hurlera le contraire. Qui en sera
dupe ?
La troisième jouissance du terroriste est la pire à mes
yeux.
La jouissance de la sidération, on ne peut rien y faire.
Toute société se fonde sur ses interdits. Il est donc de l’essence d’une
société d’être susceptibles d’être choquée, sidérée, terrorisée.
La jouissance de soumettre une démocratie n’est pas toujours
acquise. Si les dirigeants sont assez nobles, assez dignes, bref, si ce sont de
vrais hommes d’Etat, le terroriste a peu de chance de les influencer. Il faut
du courage et de la force de caractère, ce qui n’est pas le cas du président
sortant. Mais on peut imaginer que le respect de la démocratie et de la
République l’emporte chez d’autres.
Les trente heures accordées au terroriste de Toulouse n’ont
pas eu pour but de le prendre vivant ou de permettre à ce que la société
connaisse la vérité sur ses actes. C’est ridicule. On sait quelle tribune offre
un procès à des fous comme ça. Il faut se rappeler le procès de Carlos, ou même
d’un criminel comme celui du gang des barbares.
Non pas que ce type n’ait pas droit à un procès, mais le
fait d’avoir tant attendu pour l’arrêter a coûté cher au regard des bénéfices
espérés.
Car que s’est-il passé pendant ces trente heures qui ont été
finalement trente heures de jouissance du terroriste ? Trente heure de
spectacle, mis en scène par le pouvoir et le pouvoir seul.
Résultat : Le terroriste est devenu un proche. On
connait son nom et son prénom, on l’a suivi pendant tout ce temps. Il est mort
« les armes à la main », il a sidéré le RAID, bref…
Trente heures pour en faire un héros, qu’on le veuille ou
non, pour en faire le personnage principal incarné d’un feuilleton.
Que ne connaît-on aussi bien les enfants qui sont tombés
sous ses balles…
La troisième jouissance du terroriste est celle d’exister,
exister mieux et plus que les autres, mieux et plus que ses victimes ou que les
gens qu’il sidère. Et là, les complices sont évidents : les médias et le
pouvoir.
Les médias l’ont fait exister car dans un spectacle, celui
qu’on « adore haïr », c’est le méchant. Quand le méchant existe, le
spectacle est bon. Les médias sont consubstantiels à cette jouissance du
terroriste. Ils n’ont aucune morale et aucune réflexion éthique. Nous vivons de
ce point de vue dans un monde bien crade.
Mais qu’on ne vienne pas me dire que le pouvoir fragilisé
dans la campagne électorale, n’a pas fait le calcul de ce temps de
médiatisation justement pour se mettre en scène lui-même et dramatiser le
spectacle au maximum.
Le « gentil » n’est jamais aussi bien servi que
par un bon méchant. Aucun bon film, aucune bonne histoire si le méchant n’est
pas à la hauteur. Et ça sert aussi bien le vrai héros de l’histoire.
Le pouvoir avait besoin de temps pour bien imprimer son
action. Tuer le terroriste trop vite aurait été trop expéditif, donc sans
bénéfice, médiatiquement parlant.
Cette jouissance d’exister, d’imposer sa plainte, et somme
toute son humanité – car, nom et prénom à l’appui, historique personnel, anecdotes
et même photographies souriantes ! sont bien les signes de l’humanité dans
nos livres d’images – cette jouissance n’a été permise et autorisée que par les
médias qui ne savent plus depuis longtemps comment se comporter, et aussi par
le pouvoir qui a tellement peur de perdre !
17 mars 2012
A mes amis de gauche, du centre et de droite
A mes amis de gauche :
Je me souviens de l'élection présidentielle de 2002. J'en voulais a mort à ceux d'entre vous qui n'aviez pas voté Jospin. Vous aviez préféré envoyer un message au candidat socialiste plutôt que choisir le changement. Le message à été bien reçu ! Et le changement n'a pas eu lieu.
Aujourd'hui certains s'apprêtent à faire la même erreur : choisir le message contre le changement. Vous êtes certains de la présence de Hollande au second tour.
Et pour vous, le bulletin de vote est plus un moyen de communiquer quelque chose, voire de faire pression que de choisir un candidat. Vous êtes dans la stratégie. Vous croyez maîtriser les règles du jeu politique.
Pourtant ce sont les sondages qui vous dictent votre conduite. Ces sondages qui vous assurent de la présence de Hollande au second tour. Ces même sondages qui mettent Sarkozy et Hollande à égalité. Vous êtes certains de leur véracité.
Les électeurs de Le Pen reviennent vers Sarkozy, donc Marine Le Pen baisse dans les sondages, donc le spectre de 2002 s'éloigne, donc on peut voter à gauche du PS sans crainte.
Mais pourquoi voter à gauche du PS à la présidentielle ? La France ne sera jamais gouvernée à cette gauche là. C'est fini. Message reçu ou non. Car le monde n'est plus fait pour ça. Ça n'arrivera pas. Mélenchon ne sera jamais élu et Hollande, s'il est élu, n'appliquera jamais ce style de politique. Pression ou non. Parce que l'Europe nous l'interdit et parce qu'être de gauche ce n'est pas vouloir se retirer du monde ou subir le sort de la Grèce.
Alors pourquoi prendre le risque du message contre le changement ? Par radicalisme ? Très bien. Que ceux qui pensent réellement que Sarkozy vaut Hollande, quelle que soit la situation, que ceux-là "envoient un message" et choisissent la défaite. Mais pour les autres, mes amis qui votent à gauche, l'élection présidentielle sert à désigner le candidat que vous préférez, non pas celui que vous aimez. Elle sert à choisir la politique que vous préférez, non celle que vous désirez. Il s'agit de faire un choix, il ne s'agit pas de s'exprimer. Pour cela, il y a d'autres élections, d'autres moyens. Et si vous refusez cette réalité, vous prenez de nouveau le risque de remettre la droite au pouvoir, elle qui a très bien compris comment ça marche.
Car la droite, c'est peut-être son tort, mais c'est aussi sa force lors d'une élection : elle ne rêve pas.
A mes amis du Centre :
Je comprends que vous n'ayez pas voté Royal il y a cinq ans. Elle n'a pas fait les gestes qu'il fallait et elle vous a fait peur, vous qui ne rêvez pas mais qui ne renoncez pas aux valeurs humanistes et croyez encore à la justice sociale.
Vous aviez donc fait le choix de Sarkozy. Parce que Royal était trop extravagante, pas à la hauteur. Parce que la gauche est trop à gauche, trop peu réaliste. Pour vous, les trente-cinq heures sont le parfait exemple d'une gauche qui ne sait pas comment s'adapter au nouveau monde.
Etes-vous satisfait aujourd'hui de toujours finir à droite ? De toujours commencer par gouverner avec le RPR ou l'UMP et toujours finir par avoir le sentiment de vous être fait voler ?
Vous le savez parfaitement, Hollande est au centre gauche. Vous le savez parfaitement il ne sera pas l'otage d'une gauche plus radicale car non seulement la situation économique l'interdit mais Hollande est un des plus pragmatique au PS. Il sait quelle est sa responsabilité s'il est élu. Et cette responsabilité c'est de ne pas faire sombrer la France parce qu'elle se serait décrétée de gauche. C'est une responsabilité envers la France mais aussi envers la gauche. Sa responsabilité c'est de ne pas réitérer le coup des trente-cinq heures, c'est à dire un coup politique qui assure la victoire à court terme et la défaite systématique sur le long terme.
Vous auriez préféré Valls. Vous auriez préféré, en son temps, Delors.
Eh bien vous avez Hollande et si vous y pensez, rien aujourd'hui ne devrait raisonnablement vous retenir de le choisir. Si aujourd'hui vous ne choisissez pas Hollande contre Sarkozy (je parle de votre choix du second tour évidemment), cessez-donc de vous prétendre au centre et assumez définitivement votre positionnement de droite : vous ne choisirez jamais la gauche, toujours la droite. Hollande est plus proche de Bayrou que ne l'est Bayrou de Sarkozy. Et votre "centrisme" est finalement une imposture. A moins qu'il ne s'agisse aussi d'un rêve... comme quoi c'est parce que vous aussi vous êtes des rêveurs que la droite passe à chaque fois.
A mes amis de droite :
Des fois je pense comme vous : la gauche est trop romantique, ce qui la rend dangereuse. La gauche est trop idéologue, ce qui la rend dangereuse. Elle ne s'est pas adaptée au monde, ce qui la rend obsolète. Elle est devenue conservatrice. Cette incapacité à s'adapter intellectuellement au monde tel qu'il a évolué la rend nuisible pour la France. Avec elle, nous allons finalement régresser.
Vous avez cru en Sarkozy il y a cinq ans parce qu'il bousculait la société. Il bousculait les tabous. Ceux de l'argent, du pouvoir, de l'immigration, du travail. Il fonçait, il faisait rupture.
Mais dites-moi donc : Depuis cinq ans, la France s'est elle modernisée ? Sommes nous dans un pays plus moderne qu'avant ? Sarkozy a-t-il fait avancer quelque chose de notable ?
Et dites moi autre chose : le ministère de l'identité nationale ? Je sais que vos n'étiez pas à l'aise avec ça. vous l'avez accepté parce que ça venait de votre candidat. Et ça a servi à quelque chose ? Mais alors pourquoi devoir encore parler d'immigration dans les mêmes termes ? Pourquoi dire encore qu'il y a trop d'immigrés en France ?
"Travailler plus pour gagner plus"... qu'en est-il du pouvoir d'achat aujourd'hui ? Meilleur qu'avant ? Et le chômage ? Le problème est-il réglé ? Et la sécurité ? Vous êtes plus en sécurité aujourd'hui ?
Dites-moi mes amis de droite (si vous êtes mes amis c'est que vous êtes à droite d'une certaine façon et pas d'une autre), Sarkozy a-t-il réussi ? Vous a-t-il satisfait ? Ou vous a-t-il embarrassé ?
Il est probable que vous n'accepterez pas de l'avouer. L'échec, au regard de ses principaux thèmes de campagne, est patent et vous faites preuve d'un aveuglement militant. Romantique, la gauche ? Vous l'êtes avec votre fantasme du Leader. Idéologue, la gauche ? Vous avez avalé toutes ses décisions idéologiques, celles qui n'ont servi à rien, qui n'ont rien fait avancer, celles qui n'étaient que symboliques et qui ont fait tant de mal. Sarkozy se pose en chef, met en avant ses capacités de commander, de décider, ses qualités d'autorité. C'est ça qui vous plaît ? Au prix d'un déni quasi stalinien de son échec ? Quelle est cette autorité si nécessaire pour la France qu'elle doive se payer d'une société divisée, d'un peuple qui ne s'aime pas, qui en veut à ses chômeurs, à ses corps intermédiaires. Vous voulez tellement un leader que vous vous satisfaites d'un débat électoral proche du cirque, initié par votre candidat qui a besoin de faire spectacle afin que les médias l'aiment de nouveau.
Vous, vous ne rêvez pas, non. Vous avez rêvé d'une France libérale, d'une France moderne. Et vous avez une France qui a perdu son AAA, qui compte un million de chômeurs en plus, dont la dette publique est devenue rédhibitoire, un pays qui sort affaibli de ces cinq années. Vous ne rêvez pas. C'est la crise ! Et si Sarkozy n'avait pas été là ça serait encore pire !
Vous ne rêvez pas non. Vous êtes ceux qui sont lucides, rationnels, pragmatiques.
Pour ces trois raisons, vous devriez renoncer à Sarkozy. Dommage que ça ne soit pas Fillon votre candidat, ou même Juppé. Non, c'est Sarko et dans cinq ans ça sera Copé... Vous ne rêvez pas mais vous pourriez éventuellement vous réveiller de votre cauchemar.
Je me souviens de l'élection présidentielle de 2002. J'en voulais a mort à ceux d'entre vous qui n'aviez pas voté Jospin. Vous aviez préféré envoyer un message au candidat socialiste plutôt que choisir le changement. Le message à été bien reçu ! Et le changement n'a pas eu lieu.
Aujourd'hui certains s'apprêtent à faire la même erreur : choisir le message contre le changement. Vous êtes certains de la présence de Hollande au second tour.
Et pour vous, le bulletin de vote est plus un moyen de communiquer quelque chose, voire de faire pression que de choisir un candidat. Vous êtes dans la stratégie. Vous croyez maîtriser les règles du jeu politique.
Pourtant ce sont les sondages qui vous dictent votre conduite. Ces sondages qui vous assurent de la présence de Hollande au second tour. Ces même sondages qui mettent Sarkozy et Hollande à égalité. Vous êtes certains de leur véracité.
Les électeurs de Le Pen reviennent vers Sarkozy, donc Marine Le Pen baisse dans les sondages, donc le spectre de 2002 s'éloigne, donc on peut voter à gauche du PS sans crainte.
Mais pourquoi voter à gauche du PS à la présidentielle ? La France ne sera jamais gouvernée à cette gauche là. C'est fini. Message reçu ou non. Car le monde n'est plus fait pour ça. Ça n'arrivera pas. Mélenchon ne sera jamais élu et Hollande, s'il est élu, n'appliquera jamais ce style de politique. Pression ou non. Parce que l'Europe nous l'interdit et parce qu'être de gauche ce n'est pas vouloir se retirer du monde ou subir le sort de la Grèce.
Alors pourquoi prendre le risque du message contre le changement ? Par radicalisme ? Très bien. Que ceux qui pensent réellement que Sarkozy vaut Hollande, quelle que soit la situation, que ceux-là "envoient un message" et choisissent la défaite. Mais pour les autres, mes amis qui votent à gauche, l'élection présidentielle sert à désigner le candidat que vous préférez, non pas celui que vous aimez. Elle sert à choisir la politique que vous préférez, non celle que vous désirez. Il s'agit de faire un choix, il ne s'agit pas de s'exprimer. Pour cela, il y a d'autres élections, d'autres moyens. Et si vous refusez cette réalité, vous prenez de nouveau le risque de remettre la droite au pouvoir, elle qui a très bien compris comment ça marche.
Car la droite, c'est peut-être son tort, mais c'est aussi sa force lors d'une élection : elle ne rêve pas.
A mes amis du Centre :
Je comprends que vous n'ayez pas voté Royal il y a cinq ans. Elle n'a pas fait les gestes qu'il fallait et elle vous a fait peur, vous qui ne rêvez pas mais qui ne renoncez pas aux valeurs humanistes et croyez encore à la justice sociale.
Vous aviez donc fait le choix de Sarkozy. Parce que Royal était trop extravagante, pas à la hauteur. Parce que la gauche est trop à gauche, trop peu réaliste. Pour vous, les trente-cinq heures sont le parfait exemple d'une gauche qui ne sait pas comment s'adapter au nouveau monde.
Etes-vous satisfait aujourd'hui de toujours finir à droite ? De toujours commencer par gouverner avec le RPR ou l'UMP et toujours finir par avoir le sentiment de vous être fait voler ?
Vous le savez parfaitement, Hollande est au centre gauche. Vous le savez parfaitement il ne sera pas l'otage d'une gauche plus radicale car non seulement la situation économique l'interdit mais Hollande est un des plus pragmatique au PS. Il sait quelle est sa responsabilité s'il est élu. Et cette responsabilité c'est de ne pas faire sombrer la France parce qu'elle se serait décrétée de gauche. C'est une responsabilité envers la France mais aussi envers la gauche. Sa responsabilité c'est de ne pas réitérer le coup des trente-cinq heures, c'est à dire un coup politique qui assure la victoire à court terme et la défaite systématique sur le long terme.
Vous auriez préféré Valls. Vous auriez préféré, en son temps, Delors.
Eh bien vous avez Hollande et si vous y pensez, rien aujourd'hui ne devrait raisonnablement vous retenir de le choisir. Si aujourd'hui vous ne choisissez pas Hollande contre Sarkozy (je parle de votre choix du second tour évidemment), cessez-donc de vous prétendre au centre et assumez définitivement votre positionnement de droite : vous ne choisirez jamais la gauche, toujours la droite. Hollande est plus proche de Bayrou que ne l'est Bayrou de Sarkozy. Et votre "centrisme" est finalement une imposture. A moins qu'il ne s'agisse aussi d'un rêve... comme quoi c'est parce que vous aussi vous êtes des rêveurs que la droite passe à chaque fois.
A mes amis de droite :
Des fois je pense comme vous : la gauche est trop romantique, ce qui la rend dangereuse. La gauche est trop idéologue, ce qui la rend dangereuse. Elle ne s'est pas adaptée au monde, ce qui la rend obsolète. Elle est devenue conservatrice. Cette incapacité à s'adapter intellectuellement au monde tel qu'il a évolué la rend nuisible pour la France. Avec elle, nous allons finalement régresser.
Vous avez cru en Sarkozy il y a cinq ans parce qu'il bousculait la société. Il bousculait les tabous. Ceux de l'argent, du pouvoir, de l'immigration, du travail. Il fonçait, il faisait rupture.
Mais dites-moi donc : Depuis cinq ans, la France s'est elle modernisée ? Sommes nous dans un pays plus moderne qu'avant ? Sarkozy a-t-il fait avancer quelque chose de notable ?
Et dites moi autre chose : le ministère de l'identité nationale ? Je sais que vos n'étiez pas à l'aise avec ça. vous l'avez accepté parce que ça venait de votre candidat. Et ça a servi à quelque chose ? Mais alors pourquoi devoir encore parler d'immigration dans les mêmes termes ? Pourquoi dire encore qu'il y a trop d'immigrés en France ?
"Travailler plus pour gagner plus"... qu'en est-il du pouvoir d'achat aujourd'hui ? Meilleur qu'avant ? Et le chômage ? Le problème est-il réglé ? Et la sécurité ? Vous êtes plus en sécurité aujourd'hui ?
Dites-moi mes amis de droite (si vous êtes mes amis c'est que vous êtes à droite d'une certaine façon et pas d'une autre), Sarkozy a-t-il réussi ? Vous a-t-il satisfait ? Ou vous a-t-il embarrassé ?
Il est probable que vous n'accepterez pas de l'avouer. L'échec, au regard de ses principaux thèmes de campagne, est patent et vous faites preuve d'un aveuglement militant. Romantique, la gauche ? Vous l'êtes avec votre fantasme du Leader. Idéologue, la gauche ? Vous avez avalé toutes ses décisions idéologiques, celles qui n'ont servi à rien, qui n'ont rien fait avancer, celles qui n'étaient que symboliques et qui ont fait tant de mal. Sarkozy se pose en chef, met en avant ses capacités de commander, de décider, ses qualités d'autorité. C'est ça qui vous plaît ? Au prix d'un déni quasi stalinien de son échec ? Quelle est cette autorité si nécessaire pour la France qu'elle doive se payer d'une société divisée, d'un peuple qui ne s'aime pas, qui en veut à ses chômeurs, à ses corps intermédiaires. Vous voulez tellement un leader que vous vous satisfaites d'un débat électoral proche du cirque, initié par votre candidat qui a besoin de faire spectacle afin que les médias l'aiment de nouveau.
Vous, vous ne rêvez pas, non. Vous avez rêvé d'une France libérale, d'une France moderne. Et vous avez une France qui a perdu son AAA, qui compte un million de chômeurs en plus, dont la dette publique est devenue rédhibitoire, un pays qui sort affaibli de ces cinq années. Vous ne rêvez pas. C'est la crise ! Et si Sarkozy n'avait pas été là ça serait encore pire !
Vous ne rêvez pas non. Vous êtes ceux qui sont lucides, rationnels, pragmatiques.
Pour ces trois raisons, vous devriez renoncer à Sarkozy. Dommage que ça ne soit pas Fillon votre candidat, ou même Juppé. Non, c'est Sarko et dans cinq ans ça sera Copé... Vous ne rêvez pas mais vous pourriez éventuellement vous réveiller de votre cauchemar.
11 mars 2012
Un bilan déjà désastreux
A quelques heures du désormais fameux meeting de Villepinte, on peut faire un premier bilan de la campagne de Nicolas Sarkozy.
Avant la campagne, il y a eu la pré-campagne. C'est à dire l'utilisation de la crise financière à des fins électorales. Cette crise a représenté pour le président non déclaré l'espoir d'en finir avec la gauche. Il pouvait, si il était assez habile, tuer la gauche dans l'œuf en présentant et en martelant deux arguments :
- C'est à cause de la gauche qu'il y a la crise.
- Le seul moyen de sortir de la crise est de mettre en place des mécanismes qui empêcheront définitivement la gauche de s'exprimer en tant que telle, de s'épanouir, bref, de faire une politique de gauche.
Passons sur tout ce que ce discours a pu impliquer de mauvaise foi. Il était tactique. Et il a échoué. Il a échoué parce qu'aujourd'hui peu de gens sont convaincus qu'effectivement la gauche est responsable de la crise, assez peu pour que le candidat lui-même revienne sur son argumentation : le responsable de la crise c'est la finance. Ce n'est pas Hollande qui le dit, mais Sarkozy lui-même. On ne l'entend plus trop mettre en avant la responsabilité de ce qui fait la gauche dans cette crise mais plutôt de ce que la gauche met aujourd'hui en avant, à savoir la finance (quand elle devient folle s'entend... ah ah). Et de vouloir taxer les transactions, les dividendes du Cac40 etc...
Donc échec de cette première tactique qui a quand même eu comme résultat de voir le président de la France exploiter, instrumentaliser à des fins électorales, une crise douloureuse pour les peuples. Une crise qui n'est pas terminée et dont on peut se demander si Sarkozy ne souhaite pas qu'elle rebondisse juste avant les élections, histoire de pouvoir s'en servir encore.
Ensuite il y a eu l'entrée en campagne. Et elle a été colorée par la proposition de référendum sur le thème du chômage et de l'immigration. Les thèmes sont importants pour la suite mais on peut surtout retenir de ce début de campagne la mise en cause de ce qu'on appelle "les corps intermédiaires". C'est à dire nous tous quand nous nous réunissons, quand nous nous organisons.
En tant que corps intermédiaires, nous sommes donc des obstacles à la réforme. C'est vrai qu'il est bien plus facile d'embobiner le "peuple" que les corps intermédiaires. Il est bien plus facile d'organiser une campagne de communication pour endormir les gens que de négocier avec les corps intermédiaires qui les représentent. Ces entités qui justement servent à ce que les gens se regroupent et réfléchissent ensemble, créent une expertise qui les empêchent de se faire berner.
Tout pouvoir autoritaire veut se passer des corps intermédiaires. Surtout quand ils sont indépendants. Le pouvoir autoritaire préfère avoir un accès direct au peuple parce que le peuple, on peut lui faire peur. Les corps intermédiaires, c'est plus difficile.
Passons sur les thèmes de ces référendums, l'articulation du chômage et de l'assistanat entre autre.
Une entrée en campagne qui a donc été lue par tout le monde comme un appel du pied à l'électorat lepeniste. Suivi par d'autres appels du pieds sur la viande halal et le nombre d'étrangers qu'il faudrait diviser par deux.
Ça ne gène personne finalement, cette "droitisation" du discours. Ça ne gêne pas parce qu'on la considère comme étant tactique. "Il ne le pense pas vraiment, il dit ça pour récupérer les électeurs du front national".
Donc en fait ce ne sont que des mots. Ça ne porte pas à conséquence. Ça n'existe que pour les gogos. Donc ce n'est pas dangereux.
Eh bien je pense le contraire. Cette droitisation du discours est une autorisation pour un discours xénophobe voire raciste. Une dé-responsabilisation.
On pourrait nous dire (et on nous le dit) : et pourquoi pas ? Pourquoi toujours se censurer ? On le pense alors disons le ! Sinon ce sont les fascistes qui vont le dire. La gauche est naïve, angélique, elle se cache derrière un romantisme dangereux. Les mots sont tabous. Non ! On doit les prononcer ! Il y a un problème avec les arabes ! Disons-le !
On le pense alors disons le...
Comme si la vie en société n'était pas un combat entre ce qu'on pense et ce qu'on peut dire. Comme si la notion de contrat social ne reposait pas justement sur une censure permanente, une censure qu'on appelle : l'éducation.
Mais il est évident que cette droitisation du discours va dans le sens d'une déculpabilisation générale.
(entre parenthèse : oui il y a un problème avec l'Islam. Depuis que l'Islam est devenu politique. Ce n'est que depuis qu'existe l'islam politique qu'il y a un problème avec l'islam. Il n'y a aucun problème avec l'islam religieux. Comme il y aurait un problème si les juifs se mettaient soudain en tête - en Israel - d'obliger les femmes à se raser les cheveux et à mettre des perruques et que du coup, des activistes juifs voudraient faire de même dans les quartiers en France. De même qu'il y a de gros problèmes avec le christianisme quand des activistes perpétuent des actions anti avortement. Bref, la religion est un problème quand elle devient politique)
Revenons à la déculpabilisation, ce crédo sarkozyste permanent. Car c'est la couleur du troisième temps de cette campagne. Il a été marqué par le grand mea Culpa tant attendu.
Il faudrait croire que le début du quinquennat a été marqué par des erreurs de jugement dues à une situation personnelle difficile.
Si c'était vrai ça poserait un vrai problème.
Mais en plus c'est faux.
Si c'était vrai cela signifierait que Sarkozy n'était pas prêt. Il n'a pas compris la force des symboles. Et on peut quand même se demander s'il n'est pas dangereux de réélire quelqu'un dont la situation personnelle peut peser à ce point sur les décisions du président. On se prend à prier pour que le nouveau couple Sarkozy n'explose pas de nouveau en plein milieu d'un second mandat !
On attend de celui qui veut être président, justement, qu'il soit assez fort pour mettre sa vie privée de côté. Et pitié ! pour que son comportement et ses décision n'en soient pas tributaires !
Mais de toute façon, c'est faux.
Ces premiers actes du quinquennats étaient parfaitement maîtrisés. Ils participaient à cette entreprise typiquement sarkozyenne de déculpabilisation. Ici non face aux étrangers mais face à l'argent. Le comportement de Sarkozy à l'époque était calculé, assumé, il consistait à dire : pas de honte à être riche, à réussir. Arrêtons cette contrition permanente, cette honte de l'argent en France. Je donne l'exemple. La réussite est bonne. La fortune est bonne. Au lieu de pourchasser les riches, au lieu de les culpabiliser, faisons les revenir, aidons-les (paquet fiscal), envoyons leur des signes que la France a changé et qu'ils ne sont pas nos ennemis. Vous aspirez tous à être riches alors cessons là la mascarade de gauche.
C'était le discours du nouveau président. Ce n'était pas une erreur. C'était une idéologie.
Donc bilan : Instrumentalisation de la crise, mise en cause des corps intermédiaires en début de campagne, lepenisation du discours en général puis faux mea culpa enfin, sans compter la dramatisation personnelle de l'enjeu aujourd'hui mise en scène.
Sarkozy veut être réélu. Il le veut à n'importe quel prix.
Mais pourquoi le serait-il ? Pour continuer ce qu'il a fait ? Pour réparer ce qu'il a fait ?
C'est à Villepinte qu'il va nous le dire. Pourquoi il doit gagner. A part pour lui-même, s'entend.
Avant la campagne, il y a eu la pré-campagne. C'est à dire l'utilisation de la crise financière à des fins électorales. Cette crise a représenté pour le président non déclaré l'espoir d'en finir avec la gauche. Il pouvait, si il était assez habile, tuer la gauche dans l'œuf en présentant et en martelant deux arguments :
- C'est à cause de la gauche qu'il y a la crise.
- Le seul moyen de sortir de la crise est de mettre en place des mécanismes qui empêcheront définitivement la gauche de s'exprimer en tant que telle, de s'épanouir, bref, de faire une politique de gauche.
Passons sur tout ce que ce discours a pu impliquer de mauvaise foi. Il était tactique. Et il a échoué. Il a échoué parce qu'aujourd'hui peu de gens sont convaincus qu'effectivement la gauche est responsable de la crise, assez peu pour que le candidat lui-même revienne sur son argumentation : le responsable de la crise c'est la finance. Ce n'est pas Hollande qui le dit, mais Sarkozy lui-même. On ne l'entend plus trop mettre en avant la responsabilité de ce qui fait la gauche dans cette crise mais plutôt de ce que la gauche met aujourd'hui en avant, à savoir la finance (quand elle devient folle s'entend... ah ah). Et de vouloir taxer les transactions, les dividendes du Cac40 etc...
Donc échec de cette première tactique qui a quand même eu comme résultat de voir le président de la France exploiter, instrumentaliser à des fins électorales, une crise douloureuse pour les peuples. Une crise qui n'est pas terminée et dont on peut se demander si Sarkozy ne souhaite pas qu'elle rebondisse juste avant les élections, histoire de pouvoir s'en servir encore.
Ensuite il y a eu l'entrée en campagne. Et elle a été colorée par la proposition de référendum sur le thème du chômage et de l'immigration. Les thèmes sont importants pour la suite mais on peut surtout retenir de ce début de campagne la mise en cause de ce qu'on appelle "les corps intermédiaires". C'est à dire nous tous quand nous nous réunissons, quand nous nous organisons.
En tant que corps intermédiaires, nous sommes donc des obstacles à la réforme. C'est vrai qu'il est bien plus facile d'embobiner le "peuple" que les corps intermédiaires. Il est bien plus facile d'organiser une campagne de communication pour endormir les gens que de négocier avec les corps intermédiaires qui les représentent. Ces entités qui justement servent à ce que les gens se regroupent et réfléchissent ensemble, créent une expertise qui les empêchent de se faire berner.
Tout pouvoir autoritaire veut se passer des corps intermédiaires. Surtout quand ils sont indépendants. Le pouvoir autoritaire préfère avoir un accès direct au peuple parce que le peuple, on peut lui faire peur. Les corps intermédiaires, c'est plus difficile.
Passons sur les thèmes de ces référendums, l'articulation du chômage et de l'assistanat entre autre.
Une entrée en campagne qui a donc été lue par tout le monde comme un appel du pied à l'électorat lepeniste. Suivi par d'autres appels du pieds sur la viande halal et le nombre d'étrangers qu'il faudrait diviser par deux.
Ça ne gène personne finalement, cette "droitisation" du discours. Ça ne gêne pas parce qu'on la considère comme étant tactique. "Il ne le pense pas vraiment, il dit ça pour récupérer les électeurs du front national".
Donc en fait ce ne sont que des mots. Ça ne porte pas à conséquence. Ça n'existe que pour les gogos. Donc ce n'est pas dangereux.
Eh bien je pense le contraire. Cette droitisation du discours est une autorisation pour un discours xénophobe voire raciste. Une dé-responsabilisation.
On pourrait nous dire (et on nous le dit) : et pourquoi pas ? Pourquoi toujours se censurer ? On le pense alors disons le ! Sinon ce sont les fascistes qui vont le dire. La gauche est naïve, angélique, elle se cache derrière un romantisme dangereux. Les mots sont tabous. Non ! On doit les prononcer ! Il y a un problème avec les arabes ! Disons-le !
On le pense alors disons le...
Comme si la vie en société n'était pas un combat entre ce qu'on pense et ce qu'on peut dire. Comme si la notion de contrat social ne reposait pas justement sur une censure permanente, une censure qu'on appelle : l'éducation.
Mais il est évident que cette droitisation du discours va dans le sens d'une déculpabilisation générale.
(entre parenthèse : oui il y a un problème avec l'Islam. Depuis que l'Islam est devenu politique. Ce n'est que depuis qu'existe l'islam politique qu'il y a un problème avec l'islam. Il n'y a aucun problème avec l'islam religieux. Comme il y aurait un problème si les juifs se mettaient soudain en tête - en Israel - d'obliger les femmes à se raser les cheveux et à mettre des perruques et que du coup, des activistes juifs voudraient faire de même dans les quartiers en France. De même qu'il y a de gros problèmes avec le christianisme quand des activistes perpétuent des actions anti avortement. Bref, la religion est un problème quand elle devient politique)
Revenons à la déculpabilisation, ce crédo sarkozyste permanent. Car c'est la couleur du troisième temps de cette campagne. Il a été marqué par le grand mea Culpa tant attendu.
Il faudrait croire que le début du quinquennat a été marqué par des erreurs de jugement dues à une situation personnelle difficile.
Si c'était vrai ça poserait un vrai problème.
Mais en plus c'est faux.
Si c'était vrai cela signifierait que Sarkozy n'était pas prêt. Il n'a pas compris la force des symboles. Et on peut quand même se demander s'il n'est pas dangereux de réélire quelqu'un dont la situation personnelle peut peser à ce point sur les décisions du président. On se prend à prier pour que le nouveau couple Sarkozy n'explose pas de nouveau en plein milieu d'un second mandat !
On attend de celui qui veut être président, justement, qu'il soit assez fort pour mettre sa vie privée de côté. Et pitié ! pour que son comportement et ses décision n'en soient pas tributaires !
Mais de toute façon, c'est faux.
Ces premiers actes du quinquennats étaient parfaitement maîtrisés. Ils participaient à cette entreprise typiquement sarkozyenne de déculpabilisation. Ici non face aux étrangers mais face à l'argent. Le comportement de Sarkozy à l'époque était calculé, assumé, il consistait à dire : pas de honte à être riche, à réussir. Arrêtons cette contrition permanente, cette honte de l'argent en France. Je donne l'exemple. La réussite est bonne. La fortune est bonne. Au lieu de pourchasser les riches, au lieu de les culpabiliser, faisons les revenir, aidons-les (paquet fiscal), envoyons leur des signes que la France a changé et qu'ils ne sont pas nos ennemis. Vous aspirez tous à être riches alors cessons là la mascarade de gauche.
C'était le discours du nouveau président. Ce n'était pas une erreur. C'était une idéologie.
Donc bilan : Instrumentalisation de la crise, mise en cause des corps intermédiaires en début de campagne, lepenisation du discours en général puis faux mea culpa enfin, sans compter la dramatisation personnelle de l'enjeu aujourd'hui mise en scène.
Sarkozy veut être réélu. Il le veut à n'importe quel prix.
Mais pourquoi le serait-il ? Pour continuer ce qu'il a fait ? Pour réparer ce qu'il a fait ?
C'est à Villepinte qu'il va nous le dire. Pourquoi il doit gagner. A part pour lui-même, s'entend.
28 février 2012
Le spectacle de la politique
Le nouveau jeu consiste donc à obliger les autres à tourner autour de vous.
Vous lancez une proposition ou simplement une remarque, dans l'objectif :
1 - d'être repris par tous les médias
2 - d'être donc commenté par tous les autres
Que ce soit d'une imbécilité notoire, d'une extravagante mauvaise foi, bref que ça ne passe pas la barre du raisonnement, n'a strictement aucune importance. Ce qu'il faut c'est que l'adversaire soit pris dans le filet. C'est la figure de l'hystérie. Prendre les autres dans les rets de son propre désir, les arraisonner, les polariser, les amener à ne vivre - un moment - que pour et par vous, autour de vous.
Parce qu'il faut que "ça" parle de vous.
C'est un principe de base : qu'importe que la publicité soit de bonne qualité ou non, qu'importe que la critique soit favorable ou non, ce qui importe, c'est l'espace. Il faut prendre l'espace, tout l'espace si possible avec la complicité forcée de vos adversaires.
Mais que s'est-il passé pour que la campagne en arrive là ?
Nicolas Sarkozy est entré en campagne.
Il est donné perdant, il doit remonter vite la pente.
Alors il a donné l'artillerie lourde de la communication politique.
Boris Eltsine en 96 partait de quelque chose comme 5% dans les sondages. Les oligarques ont cessé de se faire la guerre entre eux et se sont unis pour le faire réélire. L'adversaire, donné gagnant par les sondages, était Ziouganov le communiste. Celui qui allait probablement pendre... les oligarques. Ces derniers avaient les télévisions et l'argent. Ils ont tapé dans la même direction pendant des mois. Et Eltsine a été réélu.
On peut s'en défendre, on peut le déplorer mais c'est une réalité :
les gens pensent ce que les médias disent.
Le nombre de gens qui m'ont dit par exemple : François Hollande, oui, mais il est un peu mou, non?
Et quand je leur demandais ce qui leur faisait dire ça : pas de réponse.
Alors on me dira : les médias l'ont simplement repris parce que ça se disait autour de Hollande lui-même.
Non, les médias l'ont repris parce que ça vend : c'est simple, c'est drôle, c'est proche, ça vend.
Les médias opposent Le Pen à Mélenchon parce que ça vend.
Les médias jouent le jeu de Sarkozy consistant à égrener ses propositions unes à unes parce que ça vend, ça fait spectacle, ça fait événement.
Qu'importe que, comme l'a dit très justement Hollande, ce soit un jeu avec les français et qu'au lieu de leur présenter un programme cohérent, que l'on soumettrait à la réflexion avant l'élection, on les appâte, on les nourrit d'une proposition à chaque moment, émission, meeting, afin de toujours les tenir en haleine. Qu'importe finalement que ce soit au détriment du débat démocratique, de la dignité, du respect des électeurs et des citoyens : ça vend.
C'est bien parce que les médias doivent vendre, doivent faire spectacle de la politique pour la vendre, que Sarkozy se plie avec son habileté légendaire, à l'exercice.
Ce faisant il oblige les autres à venir sur le même terrain. Il n'y a pas d'alternative. Soit vous existez dans les médias, soit vous crevez. Donc il faut jouer le jeu de l'occupation de l'espace. Jouer le jeu...
Sarkozy est en train de transformer l'élection en un jeu. Il ne gagnera qu'à ce prix. Car c'est le meilleur joueur. Qu'importe que ce jeu nous fasse passer du statut d'électeur, de citoyen, en cible, en "target", bref en bon con. La victoire sera à ce prix. Au prix de nous piéger plutôt que de nous rassembler.
François Hollande peut-il résister ? Peut-il refuser le jeu que lui impose Sarkozy ?
Difficile. La proposition sur les riches d'hier soir en est le symptôme. Faire les titres. Occuper l'espace. Comme pour dire ; je sais le faire moi aussi, si je veux, je peux. Si la victoire doit m'en faire passer par là, j'en ai aussi les moyens.
Et alors l'Express fait sa une : "Lequel des deux ment le plus ?"
François Hollande est déjà entraîné dans les profondeurs. Il est éclaboussé par Sarkozy. L'un oblige l'autre à se salir les mains : la politique, c'est de la boue, c'est de la sueur, c'est dégueulasse. On ne peut pas en faire en restant propre sur soi. Voilà le message de Sarkozy à Hollande : rejoins moi dans l'arène. regarde de toute façon tu n'as pas le choix. Cette arène, c'est celle du cirque médiatique.
Les gens pensent ce que les médias disent.
Refuser totalement cette aliénation est la garantie de perdre l'élection.
L'accepter est une véritable compromission dans l'opération d'avilissement de la vie politique française.
Il faut la dénoncer.
Jusqu'à ce que les médias le disent (ils n'ont aucun amour propre).
Pour que les gens le pensent.
Mais je pense qu'ils le pensent déjà. Du moins je l'espère.
Vous lancez une proposition ou simplement une remarque, dans l'objectif :
1 - d'être repris par tous les médias
2 - d'être donc commenté par tous les autres
Que ce soit d'une imbécilité notoire, d'une extravagante mauvaise foi, bref que ça ne passe pas la barre du raisonnement, n'a strictement aucune importance. Ce qu'il faut c'est que l'adversaire soit pris dans le filet. C'est la figure de l'hystérie. Prendre les autres dans les rets de son propre désir, les arraisonner, les polariser, les amener à ne vivre - un moment - que pour et par vous, autour de vous.
Parce qu'il faut que "ça" parle de vous.
C'est un principe de base : qu'importe que la publicité soit de bonne qualité ou non, qu'importe que la critique soit favorable ou non, ce qui importe, c'est l'espace. Il faut prendre l'espace, tout l'espace si possible avec la complicité forcée de vos adversaires.
Mais que s'est-il passé pour que la campagne en arrive là ?
Nicolas Sarkozy est entré en campagne.
Il est donné perdant, il doit remonter vite la pente.
Alors il a donné l'artillerie lourde de la communication politique.
Boris Eltsine en 96 partait de quelque chose comme 5% dans les sondages. Les oligarques ont cessé de se faire la guerre entre eux et se sont unis pour le faire réélire. L'adversaire, donné gagnant par les sondages, était Ziouganov le communiste. Celui qui allait probablement pendre... les oligarques. Ces derniers avaient les télévisions et l'argent. Ils ont tapé dans la même direction pendant des mois. Et Eltsine a été réélu.
On peut s'en défendre, on peut le déplorer mais c'est une réalité :
les gens pensent ce que les médias disent.
Le nombre de gens qui m'ont dit par exemple : François Hollande, oui, mais il est un peu mou, non?
Et quand je leur demandais ce qui leur faisait dire ça : pas de réponse.
Alors on me dira : les médias l'ont simplement repris parce que ça se disait autour de Hollande lui-même.
Non, les médias l'ont repris parce que ça vend : c'est simple, c'est drôle, c'est proche, ça vend.
Les médias opposent Le Pen à Mélenchon parce que ça vend.
Les médias jouent le jeu de Sarkozy consistant à égrener ses propositions unes à unes parce que ça vend, ça fait spectacle, ça fait événement.
Qu'importe que, comme l'a dit très justement Hollande, ce soit un jeu avec les français et qu'au lieu de leur présenter un programme cohérent, que l'on soumettrait à la réflexion avant l'élection, on les appâte, on les nourrit d'une proposition à chaque moment, émission, meeting, afin de toujours les tenir en haleine. Qu'importe finalement que ce soit au détriment du débat démocratique, de la dignité, du respect des électeurs et des citoyens : ça vend.
C'est bien parce que les médias doivent vendre, doivent faire spectacle de la politique pour la vendre, que Sarkozy se plie avec son habileté légendaire, à l'exercice.
Ce faisant il oblige les autres à venir sur le même terrain. Il n'y a pas d'alternative. Soit vous existez dans les médias, soit vous crevez. Donc il faut jouer le jeu de l'occupation de l'espace. Jouer le jeu...
Sarkozy est en train de transformer l'élection en un jeu. Il ne gagnera qu'à ce prix. Car c'est le meilleur joueur. Qu'importe que ce jeu nous fasse passer du statut d'électeur, de citoyen, en cible, en "target", bref en bon con. La victoire sera à ce prix. Au prix de nous piéger plutôt que de nous rassembler.
François Hollande peut-il résister ? Peut-il refuser le jeu que lui impose Sarkozy ?
Difficile. La proposition sur les riches d'hier soir en est le symptôme. Faire les titres. Occuper l'espace. Comme pour dire ; je sais le faire moi aussi, si je veux, je peux. Si la victoire doit m'en faire passer par là, j'en ai aussi les moyens.
Et alors l'Express fait sa une : "Lequel des deux ment le plus ?"
François Hollande est déjà entraîné dans les profondeurs. Il est éclaboussé par Sarkozy. L'un oblige l'autre à se salir les mains : la politique, c'est de la boue, c'est de la sueur, c'est dégueulasse. On ne peut pas en faire en restant propre sur soi. Voilà le message de Sarkozy à Hollande : rejoins moi dans l'arène. regarde de toute façon tu n'as pas le choix. Cette arène, c'est celle du cirque médiatique.
Les gens pensent ce que les médias disent.
Refuser totalement cette aliénation est la garantie de perdre l'élection.
L'accepter est une véritable compromission dans l'opération d'avilissement de la vie politique française.
Il faut la dénoncer.
Jusqu'à ce que les médias le disent (ils n'ont aucun amour propre).
Pour que les gens le pensent.
Mais je pense qu'ils le pensent déjà. Du moins je l'espère.
24 février 2012
L'appauvrissement du débat
Quelque chose se passe dans cette campagne depuis que Nicolas Sarkozy s'est déclaré.
Un appauvrissement du débat, un changement de domaine.
Avant, il y avait la crise, de gauche ou de droite, chacun devait se déterminer.
Sarkozy espérait que cette crise soit celle de la gauche, qu'elle signe la fin d'un certain romantisme social. La gauche, elle, devait préciser sa position sur la mondialisation : qu'en faire, comment faire ?
Malgré tout, il y a quelques mois, quelques semaines, un vrai débat de société pouvait avoir lieu. Il est certain que si Juppé ou Fillon avaient été candidat plutôt que Sarkozy, ce débat réellement politique aurait eu lieu, obligeant les uns et les autres à réellement penser leur positionnement, leurs idéaux, leurs objectifs idéologiques et politiques.
Malheureusement ce n'est pas cas. C'est le président sortant qui se présente, avec son bilan.
Cette entrée en campagne se fait sous le signe de la tactique politique.
Sarkozy, dit-on, est obligé de frapper fort, de "lâcher ses coups" comme disent certains journalistes (ce qui montre le niveau de leur réflexion), de créer l'événement s'il veut inverser une tendance que les sondages indiquent comme défavorables.
Et c'est là que la campagne prend un tournant désagréable. Elle est devenue médiatique, événementielle. Et c'est jusqu'aux propositions (une par jour ?) du candidat sortant qui exhalent un parfum sinon d'arnaque en tous les cas de jeu politicien, loin d'une réflexion approfondie sur la situation et le positionnement politique.
Les attaques de Sarkozy, relayées par ses "warriors", le couteau entre le dents, induisent une nouvelle campagne. Une campagne de coups, un concours d'habileté.
Le soucis c'est que François Hollande n'a pas le choix que de le suivre sur le même terrain. Pourquoi ? Parce que c'est le terrain des médias. Il n'y a qu'à voir Marine Le Pen invitée à débattre contre Mélenchon. Elle a raison de s'offusquer. Pourquoi la confronter à Melenchon alors que le vrai débat s'articule autour de la République. Il aurait fallu la confronter à ceux qu'elle attaque vraiment : les tenants du "système", les républicains.
Mais non. Le spectacle commande et le cirque a commencé.
L'entrée de Sarkozy en campagne oblige Hollande à se situer sur ce terrain du spectacle et entraîne un véritable appauvrissement du débat. Pire ! Il fait de nouveau écran à la réflexion, au vrai bilan politique qu'est une élection présidentielle.
L'honnêteté ou la victoire, voilà le vrai slogan de Sarkozy aujourd'hui.
Mais on pourrait le compléter de :
La pensé ou la victoire
La responsabilité (politique) ou la victoire.
Le résultat sera un probable affaissement des deux candidats dans les intentions de vote. J'en suis convaincu. Le cirque médiatique va les affaiblir tous les deux. Car je pense que les gens ne seront pas dupes. Et du coup aucune propositions, même intéressante, ne sera crédible.
La campagne va devenir assourdissante et donc malsaine, inintéressante.
Sarkozy aura une responsabilité dans cette situation.
Mais Hollande peut-il refuser ce diktat ? Il le devrait mais le risque est de disparaître dans les médias. Il est aliéné donc à la tactique de Sarkozy.
Que n'approfondit-il pas ses propositions sur l'éducation ! Parce que si crise il y a, si efforts il doit y avoir, il avait raison de dire que cela implique des priorités, de donner "un sens à la rigueur". cent fois raisons. Mais il est à craindre qu'il ne puisse développer. Pas le temps. Pas médiatique. Et en rester à cette ébauche de proposition consistant à réduire cet objectif prioritaire à un seul slogan : embaucher 60 000 personnes en plus. Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas à la hauteur de l'objectif.
Mais la hauteur n'est plus à l'ordre du jour depuis que le président sortant a décidé de sortir les griffes pour garder sa place.
Dommage.
Comme d'habitude.
Un appauvrissement du débat, un changement de domaine.
Avant, il y avait la crise, de gauche ou de droite, chacun devait se déterminer.
Sarkozy espérait que cette crise soit celle de la gauche, qu'elle signe la fin d'un certain romantisme social. La gauche, elle, devait préciser sa position sur la mondialisation : qu'en faire, comment faire ?
Malgré tout, il y a quelques mois, quelques semaines, un vrai débat de société pouvait avoir lieu. Il est certain que si Juppé ou Fillon avaient été candidat plutôt que Sarkozy, ce débat réellement politique aurait eu lieu, obligeant les uns et les autres à réellement penser leur positionnement, leurs idéaux, leurs objectifs idéologiques et politiques.
Malheureusement ce n'est pas cas. C'est le président sortant qui se présente, avec son bilan.
Cette entrée en campagne se fait sous le signe de la tactique politique.
Sarkozy, dit-on, est obligé de frapper fort, de "lâcher ses coups" comme disent certains journalistes (ce qui montre le niveau de leur réflexion), de créer l'événement s'il veut inverser une tendance que les sondages indiquent comme défavorables.
Et c'est là que la campagne prend un tournant désagréable. Elle est devenue médiatique, événementielle. Et c'est jusqu'aux propositions (une par jour ?) du candidat sortant qui exhalent un parfum sinon d'arnaque en tous les cas de jeu politicien, loin d'une réflexion approfondie sur la situation et le positionnement politique.
Les attaques de Sarkozy, relayées par ses "warriors", le couteau entre le dents, induisent une nouvelle campagne. Une campagne de coups, un concours d'habileté.
Le soucis c'est que François Hollande n'a pas le choix que de le suivre sur le même terrain. Pourquoi ? Parce que c'est le terrain des médias. Il n'y a qu'à voir Marine Le Pen invitée à débattre contre Mélenchon. Elle a raison de s'offusquer. Pourquoi la confronter à Melenchon alors que le vrai débat s'articule autour de la République. Il aurait fallu la confronter à ceux qu'elle attaque vraiment : les tenants du "système", les républicains.
Mais non. Le spectacle commande et le cirque a commencé.
L'entrée de Sarkozy en campagne oblige Hollande à se situer sur ce terrain du spectacle et entraîne un véritable appauvrissement du débat. Pire ! Il fait de nouveau écran à la réflexion, au vrai bilan politique qu'est une élection présidentielle.
L'honnêteté ou la victoire, voilà le vrai slogan de Sarkozy aujourd'hui.
Mais on pourrait le compléter de :
La pensé ou la victoire
La responsabilité (politique) ou la victoire.
Le résultat sera un probable affaissement des deux candidats dans les intentions de vote. J'en suis convaincu. Le cirque médiatique va les affaiblir tous les deux. Car je pense que les gens ne seront pas dupes. Et du coup aucune propositions, même intéressante, ne sera crédible.
La campagne va devenir assourdissante et donc malsaine, inintéressante.
Sarkozy aura une responsabilité dans cette situation.
Mais Hollande peut-il refuser ce diktat ? Il le devrait mais le risque est de disparaître dans les médias. Il est aliéné donc à la tactique de Sarkozy.
Que n'approfondit-il pas ses propositions sur l'éducation ! Parce que si crise il y a, si efforts il doit y avoir, il avait raison de dire que cela implique des priorités, de donner "un sens à la rigueur". cent fois raisons. Mais il est à craindre qu'il ne puisse développer. Pas le temps. Pas médiatique. Et en rester à cette ébauche de proposition consistant à réduire cet objectif prioritaire à un seul slogan : embaucher 60 000 personnes en plus. Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas à la hauteur de l'objectif.
Mais la hauteur n'est plus à l'ordre du jour depuis que le président sortant a décidé de sortir les griffes pour garder sa place.
Dommage.
Comme d'habitude.
L'honnêteté ou la victoire ?
C’est bien la campagne électorale, on apprend des choses.
On apprend par exemple que la France s’est trop endettée, au
point de ne plus pouvoir dépenser un seul sou. Les nouveautés, il faudra les
financer avec des économies.
On apprend également que l’industrie française est quasiment
morte, que la France ne produit plus grand chose si ce n’est des services et
qu’il n’y a probablement rien à faire à court et moyen terme.
C’est bien parce qu’on ne le savait pas. On ne nous l’avait
pas dit.
Alors oui, il y en a un ou deux qui le disaient mais quand
tout le monde le dit, à droite comme à gauche, ça devient plus audible. Quand
même, on n’est pas sourd. Ce n’est que depuis quelques mois que tout ça est
vraiment articulé, montré, démontré.
Evidemment, on se demande pourquoi on ne nous l’avait pas
dit avant. Pourquoi, par exemple, le pouvoir actuel, qui est en charge depuis
dix ans, ne l’a pas crié haut et fort s’il le savait et pourquoi il ne le découvre
que maintenant s’il le ne savait pas.
On pourrait aussi se demander pourquoi l’opposition ne l’a
pas dit pendant tout ce temps. Mais il est vrai qu’elle est mal en point depuis
longtemps.
Alors comment expliquer ce phénomène ?
Tous les cinq ans nous faisons un bilan à l’occasion de
l’élection présidentielle. On arrête la course, l’action et on regarde en
arrière puis en avant. En arrière c’est le bilan, et en avant c’est le
programme.
Mais que se passe-t-il pendant la mandature ? Le
pouvoir avance-t-il tête baissée sans regarder autour de lui ? Il avance,
il avance et il ne relève la tête que quand il s’agit de conserver son mandat
au moment où il doit être renouvelé ?
Le début du mandat est occupé à faire ce qu’on a dit.
Ensuite à essayer d’avancer dans la direction indiquée. Et puis on gère les
aléas (les guerres, les crises).
Qu’est-ce qu’on a dit ? Des trucs sur le bilan d’avant
(rien ne se passait, il fallait agir, faire la rupture contre Chirac) et
proposer un programme (travailler plus pour gagner plus, combattre
l’assistanat, l’insécurité, etc.)
Il y a quand même un soucis : ce qui fait le cœur du
débat aujourd’hui : la dette, la désindustrialisation, ça ne date pas
d’hier. Et donc il faut quand même faire le constat soit d’un aveuglement dû à l’idéologie,
soit à de l’incompétence, due à l’idéologie aussi.
Rien ne prouve que l’opposition, menée par François
Hollande, soit moins idéologue, c‘est à dire moins aveugle ou moins
incompétente.
On imagine aisément Hollande, une fois élu, foncer tête baissée
à créer 60 000 emplois dans l’éducation et ne pas relever la tête sur les
problèmes qu’on ne verra que cinq ans plus tard.
Mais quand même, d’un côté on fait le constat d’incompétence
de l’autre il s’agit au pire d’un soupçon d’incompétence. Le soupçon est
préférable à la certitude.
Suis-je injuste, cruel ? Idéologue moi-même ?
Qu’est-ce que la culture du résultat ? Qu’est-ce que la
philosophie de la réussite ?
Où sont les résultats comparés aux objectifs ?
Sécurité, pouvoir d’achat, rang économique de la France… Où est la
réussite ? Chômage, pauvreté, délinquance…
Depuis quand, à droite, estime-t-on qu’il faille excuser
l’échec ? Voire le récompenser ?
Alors oui il y a eu la crise…
La France a mieux résisté à la crise. C’est peut-être vrai.
Mais c’est surtout dû à la structure de notre système bancaire. C’est à dire
que nos banques étaient moins exposées aux produits dits toxiques. Alors c’est
vrai que des choses ont été faites. Mais qui ne les auraient pas faites ?
Exactement les mêmes ?
Je ne crois pas qu’on puisse imputer à la crise l’échec du
pouvoir actuel.
On peut penser que l’opposition, ne sera pas mieux, ni pire,
ça sera la même chose. Mais on n’en est pas sûr.
Je trouverais incroyable, inouï, inédit que Sarkozy soit
réélu. Je trouverais extrêmement injuste que Hollande ne devienne pas le
prochain président de la République.
Ça serait le résultat d’une campagne électorale. C’est à
dire d’un combat tactique, d’une propagande habile, d’un discours travaillé
comme un slogan publicitaire.
La réussite de l’intelligence politicienne et non pas celle
de l’intelligence politique. Le succès du sophiste. Le succès du plus pur
cynisme.
C’est contre ce cynisme là qu’il faut également voter.
Car si la politique de François Hollande risque de ne pas
être vraiment différente, sur le plan économique et social, de celle de
Sarkozy, car la marge de manœuvre du politique aujourd’hui est très réduite, il
reste que la campagne à laquelle nous assistons montre une chose : l’image
que chaque candidat a de nous.
Et celle que nous renvoie Sarkozy n’est réellement pas
glorieuse.
S’il l’emportait, nous serions alors les enfants, les
jouets, et les victimes d’une mascarade qui aura définitivement signé l’échec
de la pensée et de la politique.
Je pense que notre vote a cet enjeu également. Celui de
décider quel peuple on a envie d’être.
Ne nous méprenons pas, François Hollande n’est pas exempt de
reproches. Quand il désigne la finance comme son seul ennemi, quand il ne cesse
de stigmatiser les « riches » sans distinction, il fait de la
politique politicienne lui aussi. Il fait une « campagne de premier
tour ».
Chacun sait que s’il ne le faisait pas, il serait pour lui
inutile de s’engager dans la bataille. Son sort serait simplement celui de
Jospin.
Comme si la gauche n’avait d’autre choix que : l’honnêteté
ou la victoire.
Je crois qu’il s’agit de ça aujourd’hui, il s’agit vraiment
de savoir s’il ne nous reste plus que cette alternative : l’honnêteté ou
la victoire.
Et cette alternative, ce choix forcé, bref cette figure de
l’aliénation, c’est bien Nicolas Sarkozy qui nous l’impose.
Il faut la refuser.
05 février 2012
Le conflit des fantasmes et le visage de la République
La confrontation qui s'annonce entre la droite représentée par Nicolas Sarkozy et la gauche représentée par François Hollande a des allures de jeu de dupe politique.
Chaque camp a ses fantasmes et ce sont ces fantasmes qui caractérisent chaque camps.
La droite française est depuis des années animée du fantasme libéral : réduire l'intervention de l'Etat au maximum, laisser les entreprises libres de faire ce qu'elles veulent, remettre en cause le droit du travail, le droit de grève, remettre en cause les services publics et la protection sociale.
La gauche française est animée du fantasme socialiste : renforcer l'intervention de l'Etat, étendre les services publics, comprendre chaque revendication, accepter tout le monde, égaliser les statuts.
Ce sont des horizons. Le soleil libéral brille au loin, l'étoile socialiste éclaire le chemin.
Mais ces fantasmes se heurtent évidemment au principe de réalité.
La réalité c'est que la France ne veut pas du libéralisme. Elle ne veut pas qu'on casse l'éducation nationale, la sécurité sociale etc... La réalité, c'est que la mondialisation interdit le socialisme. Le monde a choisi son système économique pour un bon bout de temps et changer le système, c'est changer le monde et non pas la France seule.
Le jeu de l'accession au pouvoir induit donc un savant mélange entre fantasme et réalité. Les discours se musclent au son du fantasme et les actes s'accomplissent à la lumière de la réalité.
Il ne faut pas croire que les fantasmes en restent aux discours.
Sarkozy a fait le paquet fiscal, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, l'allègement de charge des heures supplémentaires, la limitation du droit de grève. On peut quand même dire que la dose de libéralisme dans sa politique a été cosmétique. Disons qu'il y a eu et il y a dans ses positions une tendance.
De même pour la gauche au pouvoir ou en campagne. Les trente cinq heures surtout ont été un coup électoral quand la question du chômage structurel était la question numéro un. Partager le temps de travail comme si le gâteau des emplois était stable et ne s'adaptait pas à la conjoncture. On peut se demander si les socialistes y ont vraiment cru. En revanche, à l'époque, c'était la seule proposition nouvelle et concrète pour s'attaquer au problème du chômage. Et les législatives ont été gagnées sur ce thème.
Mais les socialistes aujourd'hui savent que leur marge de manoeuvre est proche de zéro. La crise rend encore plus aigüe ce manque de souplesse. Ils savent aussi qu'idéologiquement ils n'ont jamais trouvé la parade à la mondialisation. Maastricht leur a porté un coup fatal. L'idéal socialiste n'a pas su s'adapter au monde nouveau.
Alors finalement, nous allons assister à une bataille de fantasmes. Tout sera clair sur les tendances de chacun. Mais au final, les fantasmes sont des restes d'idéologie, et aucun des deux candidat n'est dupe de ces illusions.
Sarkozy va se défendre d'être libéral, Hollande va se défendre d'être socialiste alors que chacun va mettre en avant qui son libéralisme, qui son socialisme.
Oui, la différence entre les deux est une différence d'horizon, une différence de tendance mais dans la réalité, les deux se situent dans un mouchoir de poche politique.
Les extrémistes de tout bord, les rêveurs et les idéalistes s'en offusqueront, s'en scandaliseront.
Ce n'est pas mon cas. Je trouve ça plutôt très bien. Je voterai toujours Sarkozy contre Mélenchon, je voterai toujours Hollande contre Le Pen.
Je préfère que le fantasme reste à sa place.
Ce qui est gênant c'est que ces fantasmes empêchent les uns et les autres d'adopter les bonnes idées de chacun. L'augmentation de la TVA, Hollande pourrait le faire, plus ciblée, plus "juste", mais c'est dommage qu'il se l'interdise. La remise en cause du "dégraissage" de la fonction publique, Sarkozy pourrait y renoncer dans son côté bêtement systématique et en particulier dans l'éducation nationale ou la police. c'était aussi stupide que les trente-cinq heures.
Les fantasmes restent à leur place mais colorent quand même les actions et sclérosent un peu les positions.
Alors quel sera le vrai choix si les politiques seront finalement, à quelque détail près, les mêmes ?
Evidemment une certaine conception du pouvoir.
C'est là que la personnalité du président entre en jeu.
Quelle que soit la pertinence de quelques propositions de Sarkozy, et en admettant qu'il cesse d'être un idéologue en campagne, je crois que le président sortant est grillé. Il n'est plus crédible. Il peut s'agiter de nouveau, se révolutionner de nouveau, rompre avec lui-même, c'est fini. Il a été trop loin dans sa pratique stupide et ostentatoire du pouvoir. Oui il a voulu décomplexer la droite. Oui il a affirmé aimer l'argent, la réussite et le pouvoir. Il le paie aujourd'hui et je pense qu'il perdra l'élection à cause de ça. Je n'imagine pas les électeurs être dupe de ses confessions, de ses regrets et de ses nouvelles propositions. Je ne crois pas un seul instant qu'un animal politique aussi doué et aussi féroce que Sarkozy puisse avoir réellement changé.
C'est sa pratique du pouvoir qui doit et va être sanctionnée.
Donc Hollande a ses chances d'autant plus qu'il vend, au travers de sa personnalité, une pratique du pouvoir toute différente : normale, à l'écoute, bienveillante. Et depuis le Bourget et son passage sur France 2, nous savons aujourd'hui que ça n'est pas au détriment de la pugnacité, de la détermination, de la fermeté.
De quoi pouvons nous avoir peur ? De ce qu'il applique une politique que la droite, dans la conviction qui est la sienne que le pouvoir lui appartient de droit, qualifie de folie ?
Aucun risque. Chez Hollande comme chez Sarkozy, le fantasme reste à sa place.
Non, nous n'avons rien à craindre de Hollande, au contraire. Il sera pragmatique.
Mais surtout, je pense qu'il est quelqu'un que le pouvoir ne peut corrompre, dont le pouvoir ne peut pervertir ni la bienveillance ni l'intelligence.
Et à pragmatisme égal, à politique égale, à marge de manoeuvre égale, le choix est finalement facile.
Que ceux qui croient au changement de système ou de société se détournent de ces deux candidats. C'est naturel, c'est compréhensible.
Mais que ceux qui croient plutôt au dur labeur d'adapter la société française à la mondialisation, de garder la France dans le rang des pays modernes, démocratiques, travaillant toujours à ne pas sacrifier la justice à l'efficacité, que ceux-là n'aient pas peur de préférer Hollande à Sarkozy. Car à volonté égale, il donnera un visage bien plus apaisé, bien plus agréable et bien plus proche de nous à la République.
Chaque camp a ses fantasmes et ce sont ces fantasmes qui caractérisent chaque camps.
La droite française est depuis des années animée du fantasme libéral : réduire l'intervention de l'Etat au maximum, laisser les entreprises libres de faire ce qu'elles veulent, remettre en cause le droit du travail, le droit de grève, remettre en cause les services publics et la protection sociale.
La gauche française est animée du fantasme socialiste : renforcer l'intervention de l'Etat, étendre les services publics, comprendre chaque revendication, accepter tout le monde, égaliser les statuts.
Ce sont des horizons. Le soleil libéral brille au loin, l'étoile socialiste éclaire le chemin.
Mais ces fantasmes se heurtent évidemment au principe de réalité.
La réalité c'est que la France ne veut pas du libéralisme. Elle ne veut pas qu'on casse l'éducation nationale, la sécurité sociale etc... La réalité, c'est que la mondialisation interdit le socialisme. Le monde a choisi son système économique pour un bon bout de temps et changer le système, c'est changer le monde et non pas la France seule.
Le jeu de l'accession au pouvoir induit donc un savant mélange entre fantasme et réalité. Les discours se musclent au son du fantasme et les actes s'accomplissent à la lumière de la réalité.
Il ne faut pas croire que les fantasmes en restent aux discours.
Sarkozy a fait le paquet fiscal, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, l'allègement de charge des heures supplémentaires, la limitation du droit de grève. On peut quand même dire que la dose de libéralisme dans sa politique a été cosmétique. Disons qu'il y a eu et il y a dans ses positions une tendance.
De même pour la gauche au pouvoir ou en campagne. Les trente cinq heures surtout ont été un coup électoral quand la question du chômage structurel était la question numéro un. Partager le temps de travail comme si le gâteau des emplois était stable et ne s'adaptait pas à la conjoncture. On peut se demander si les socialistes y ont vraiment cru. En revanche, à l'époque, c'était la seule proposition nouvelle et concrète pour s'attaquer au problème du chômage. Et les législatives ont été gagnées sur ce thème.
Mais les socialistes aujourd'hui savent que leur marge de manoeuvre est proche de zéro. La crise rend encore plus aigüe ce manque de souplesse. Ils savent aussi qu'idéologiquement ils n'ont jamais trouvé la parade à la mondialisation. Maastricht leur a porté un coup fatal. L'idéal socialiste n'a pas su s'adapter au monde nouveau.
Alors finalement, nous allons assister à une bataille de fantasmes. Tout sera clair sur les tendances de chacun. Mais au final, les fantasmes sont des restes d'idéologie, et aucun des deux candidat n'est dupe de ces illusions.
Sarkozy va se défendre d'être libéral, Hollande va se défendre d'être socialiste alors que chacun va mettre en avant qui son libéralisme, qui son socialisme.
Oui, la différence entre les deux est une différence d'horizon, une différence de tendance mais dans la réalité, les deux se situent dans un mouchoir de poche politique.
Les extrémistes de tout bord, les rêveurs et les idéalistes s'en offusqueront, s'en scandaliseront.
Ce n'est pas mon cas. Je trouve ça plutôt très bien. Je voterai toujours Sarkozy contre Mélenchon, je voterai toujours Hollande contre Le Pen.
Je préfère que le fantasme reste à sa place.
Ce qui est gênant c'est que ces fantasmes empêchent les uns et les autres d'adopter les bonnes idées de chacun. L'augmentation de la TVA, Hollande pourrait le faire, plus ciblée, plus "juste", mais c'est dommage qu'il se l'interdise. La remise en cause du "dégraissage" de la fonction publique, Sarkozy pourrait y renoncer dans son côté bêtement systématique et en particulier dans l'éducation nationale ou la police. c'était aussi stupide que les trente-cinq heures.
Les fantasmes restent à leur place mais colorent quand même les actions et sclérosent un peu les positions.
Alors quel sera le vrai choix si les politiques seront finalement, à quelque détail près, les mêmes ?
Evidemment une certaine conception du pouvoir.
C'est là que la personnalité du président entre en jeu.
Quelle que soit la pertinence de quelques propositions de Sarkozy, et en admettant qu'il cesse d'être un idéologue en campagne, je crois que le président sortant est grillé. Il n'est plus crédible. Il peut s'agiter de nouveau, se révolutionner de nouveau, rompre avec lui-même, c'est fini. Il a été trop loin dans sa pratique stupide et ostentatoire du pouvoir. Oui il a voulu décomplexer la droite. Oui il a affirmé aimer l'argent, la réussite et le pouvoir. Il le paie aujourd'hui et je pense qu'il perdra l'élection à cause de ça. Je n'imagine pas les électeurs être dupe de ses confessions, de ses regrets et de ses nouvelles propositions. Je ne crois pas un seul instant qu'un animal politique aussi doué et aussi féroce que Sarkozy puisse avoir réellement changé.
C'est sa pratique du pouvoir qui doit et va être sanctionnée.
Donc Hollande a ses chances d'autant plus qu'il vend, au travers de sa personnalité, une pratique du pouvoir toute différente : normale, à l'écoute, bienveillante. Et depuis le Bourget et son passage sur France 2, nous savons aujourd'hui que ça n'est pas au détriment de la pugnacité, de la détermination, de la fermeté.
De quoi pouvons nous avoir peur ? De ce qu'il applique une politique que la droite, dans la conviction qui est la sienne que le pouvoir lui appartient de droit, qualifie de folie ?
Aucun risque. Chez Hollande comme chez Sarkozy, le fantasme reste à sa place.
Non, nous n'avons rien à craindre de Hollande, au contraire. Il sera pragmatique.
Mais surtout, je pense qu'il est quelqu'un que le pouvoir ne peut corrompre, dont le pouvoir ne peut pervertir ni la bienveillance ni l'intelligence.
Et à pragmatisme égal, à politique égale, à marge de manoeuvre égale, le choix est finalement facile.
Que ceux qui croient au changement de système ou de société se détournent de ces deux candidats. C'est naturel, c'est compréhensible.
Mais que ceux qui croient plutôt au dur labeur d'adapter la société française à la mondialisation, de garder la France dans le rang des pays modernes, démocratiques, travaillant toujours à ne pas sacrifier la justice à l'efficacité, que ceux-là n'aient pas peur de préférer Hollande à Sarkozy. Car à volonté égale, il donnera un visage bien plus apaisé, bien plus agréable et bien plus proche de nous à la République.
17 décembre 2011
Chronique de la crise (4) - Le tripolet
Le tripolet (prononciation anglaise de triple A, soit de la meilleure note AAA donnée par les agences de notation).
Il est cocasse aujourd'hui de voir le gouvernement se préparer à la dégradation de la note de l'Etat français en en minimisant l'impact (Juppé estime que ça ne serait pas un cataclysme) alors qu'il n'y a pas si longtemps, les ténors de la majorité accusaient Hollande ou Attali de tenir des propos irresponsables quand ces derniers suggéraient une anticipation de cette dégradation par les marchés.
Extrait du figaro du 10 novembre :
"La ministre du Budget, Valérie Pécresse, a qualifié aujourd'hui d'"irresponsables" les propos tenus par l'ex-président de la BERD Jacques Attali, qui a estimé que la France avait déjà perdu de facto sa note "AAA".
"Des propos de ce type sont irresponsables car ils sont faux : aujourd'hui nous faisons tout pour garder ce "AAA". Dire le "AAA" est déjà perdu, se réjouir déjà du pire, c'est irresponsable", a-t-elle clamé. La ministre a ajouté que c'était aussi "démobilisateur pour des Français à qui nous demandons de faire davantage d'efforts". "
Pour Valérie Pécresse, la perte du tripolet était alors le pire.
Depuis le dernier sommet de la dernière chance, on parle de la prochaine dégradation de la note de la France. De même que l'on parle beaucoup de la dégradation des relations entre la France et l'Angleterre. A la germanophobie s'est substituée l'anglophobie. Les deux sujets sont liés puisque c'est bien cette menace sur le tripolet français qui pousse certains membres du gouvernement à affirmer qu'il serait plus juste de dégrader la note de l'Angleterre plutôt que celle de la France. Sympa pour l'économie anglaise.
On a l'impression que le gouvernement perd un peu son sang froid après - ne disons pas l'échec - le peu de succès du dernier sommet de la dernière chance.
La politisation de la crise par Sarkozy continue de creuser sa propre dette. Comme le lui reproche François Hollande dans le Monde :
"... le président-candidat se garde bien de consulter l'opposition. Il en appelle à l'union nationale, ce qui est cocasse venant de celui qui n'a cessé d'entretenir des divisions, et se prive, sur des questions essentielles, de l'avis de ceux qui pourraient être demain en charge du pays."
Si cette crise est bien la plus grave qu'ait connu la zone euro depuis sa création et menace l'Europe de dislocation, on ne comprend pas bien pourquoi le président Sarkozy n'ait pas effectivement convoqué autour de lui les forces politiques responsables afin de faire parler la France d'une seule voix, de trouver des solutions acceptées par tous, assumées par tous face à un danger terrible.
Si Sarkozy a finalement choisi d'utiliser la crise pour relancer une popularité perdue et espérer gagner l'élection présidentielle, choisissant la confrontation politique plutôt que l'unité nationale, profitant de la situation pour imposer une vision de la société que beaucoup rejettent en la présentant comme n'ayant aucune alternative possible, c'est bien que le président ne croit pas à la gravité de la situation, ou alors, s'il y croit, il manque de la grandeur nécessaire pour y faire face.
Dans les deux cas, il est en faute. Quant à Hollande, que peut-il bien faire ? Il n'est pas aux affaires. Il ne peut être que dans le commentaire. Il sait bien qu'il n'aura que très peu de marges de manœuvre s'il est élu. Il n'est pas stupide et quand il dit qu'il renégociera le traité (je me demande s'il croit vraiment qu'il y aura un traité. Pas sûr) c'est en précisant que ce serait pour y ajouter un volet relatif à la croissance. Ce dont nul ne conteste la nécessité.
On peut donc retenir cette semaine le scepticisme des marchés vis à vis des décisions prises lors du dernier sommet européen. Un traité ? Oui, très bien. Lequel ? Quand ? Signé par qui ? Autant d'interrogations qui ne rassurent pas face à l'urgence de la situation.
On peut également retenir l'erreur historique de Sarkozy consistant à se servir de la crise pour taper sur les socialistes. Il a perdu l'occasion de montrer qu'il pouvais être un grand président, au-dessus des polémiques politiciennes, capable de prendre la mesure de circonstances qui demandent de la hauteur. Il aurait fallu galvaniser la France dans sa diversité d'opinions, donner une perspective face aux efforts demandés, réunir tout le monde. Mobiliser plutôt que diviser. Aurait-ce été impossible ? Peut-être aurait-il fallu qu'il ne se représente pas. Qu'il laisse un Fillon se présenter à sa place. Il n'aurait pas couru le risque d'être accusé d'instrumentalisation. Il aurait pu ainsi se placer au-dessus des différences et faire accepter un certain nombre de décisions. Mais pour cela il aurait aussi fallu assumer un bilan plutôt négatif. Ça n'aurait pas été déshonorant. Quand Sarkozy a été élu, il n'y avait pas cette crise.
Qu'a pensé Georges Bush le 11 septembre 2001 ? S'est-il dit : "je n'ai pas de pot" ? ou bien : "Voilà l'occasion que j'attendais "?
Ce qui est certain, c'est qu'en 40, au moment de la chute de la France, De Gaulle ne s'est pas dit :"Je n'ai pas de pot". Il ne s'est probablement pas dit "Voici l'occasion que j'attendais". Mais ce qui est sûr, c'est que c'était bien l'occasion qu'il attendait. Il l'avait écrit dans une dissertation à l'âge de 12 ans je crois.
Que semble s'être dit Sarkozy ?
"Voici l'occasion d'en finir une bonne fois pour toute avec la gauche..."
Ce n'est pas vraiment du tripolet politique.
11 décembre 2011
Chronique de la crise (3) La notation allemande
Le sommet de Bruxelles des 8 et 9 décembre, sommet présenté comme d'habitude comme celui de la dernière chance, s'est terminé sur deux événements : Le projet d'un nouveau traité européen et la sortie consécutive de l'Angleterre de ce qui sera peut-être cette nouvelle Europe.
Il est possible que rien de tout cela ne se passe et que la dégradation de la note des états AAA - si elle intervient - entraîne de nouvelles conséquences, de nouvelles décisions, bref de nouveaux sommets de la dernière chance.
Le traité de Maastricht prévoyait déjà que tous les Etats signataires s'engagent à ne pas dépasser un déficit représentant 3% du PIB faute de quoi ils s'exposaient à des sanctions. C'était déjà un traité de la rigueur et c'est bien pour cela que nombre de partis de gauche (PC en premier) y voyaient un empêchement de faire une politique alternative. Pourquoi ? Parce qu'embaucher des fonctionnaires, rehausser le SMIC, mieux s'occuper des chômeurs, des hôpitaux etc... ça coûte cher. Il faut creuser le déficit. Si c'est interdit, c'est plus difficile.
D'ailleurs, la France comme l'Allemagne ont dérogé à cette règle inscrite dans le traité de Maastricht. Les deux Etats ont à un moment décidé de passer outre le limite des 3%. Les meilleurs élèves de l'Europe se sont mis hors la loi (du traité). On peut se demander si ça n'a pas eu un très mauvais effet d'entraînement. On peut se demander aussi du coup quelle valeur va avoir ce nouveau traité.
Quand un Etat souverain décide de creuser son déficit parce que fort de sa légitimité démocratique il estime devoir le faire " à la demande de son peuple" par exemple, sur tel ou tel sujet, on peut se demander ce qui peut l'en empêcher. Un traité européen ? Il peut demander une dérogation. Une règle d'or ? Une constitution se change. Alors oui, c'est plus difficile de transformer la constitution que d'abroger une loi mais ce n'est pas impossible. Ce que je veux demander ici c'est : quelle est la nécessité d'adopter un nouveau traité?
Il y en a une évidemment : rassurer les marchés.
C'est comme si on disait aux marchés qui doutent de l'Europe, qui pensent que l'Europe est de moins en moins fiable et qui du coup ont de plus en plus de mal à lui prêter de l'argent, c'est comme si on leur disait:
"Oui, on sait, on a beaucoup dépensé, on s'est beaucoup endettés, malgré nos promesses de ne pas le faire. Oui, on sait, depuis quelques mois, on dit beaucoup de chose mais vous ne nous croyez pas. Et on vous comprend. Alors là, on va faire un truc fort, on va faire un nouveau traité contraignant qui nous interdit, mais alors là vraiment, pas comme à Maastricht, de dépenser et de s'endetter trop. On va le faire, promis, tout le monde promet (sauf les anglais), là vous ne pourrez pas dire qu'on ne fait pas d'effort pour redevenir fiable. Alors ? On est fiable ? Vous êtes rassurés ?"
Mais ce n'est pas le projet de traité qui est important.
C'est le rôle de la BCE.
En Europe on a une banque centrale, comme dans les autres grands pays, mais elle ne peut pas faire la même chose que les autres. Elle ne peut pas intervenir si il y a des problèmes. Incroyable!
C'est normal puisqu'en fait on n'est pas UN pays, on n'a pas une seule politique.
Mais c'est sûr que si la banque centrale européenne pouvait intervenir comme une banque centrale normale, les marchés, on pourrait les rassurer plus facilement.
Et tout l'enjeu est là.
L'Allemagne ne veut pas que la BCE intervienne si les états européens ne veulent pas se réformer, devenir plus sérieux, bref n'adoptent pas la règle d'or.
C'est compréhensible. On ne prête pas de l'argent à quelqu'un qui le dépense chaque soir au casino.
L'Allemagne dit à l'Europe : vous ne faites pas ce qu'il faut pour que la BCE puisse changer de statut et intervenir, ce qui serait la seule chance de rassurer les marchés et de sortir de la crise.
Alors on fait des trucs, on change des trucs et on se tourne vers l'Allemagne et on lui demande : Et là ? Ça va ? Maintenant la BCE peut se réformer ?
Bref l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe. Si elle est contente du prochain traité (quelle a poussé), alors la voie s'ouvrira pour une réforme de la BCE, ce qui ouvrira la voie pour un apaisement des marchés. Tout ça n'a pas besoin d'être concrétisé. Il suffit que tous soient convaincus que ça va se faire.
On peut se demander si justement ce n'est pas parce que l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe que l'Angleterre n'est pas vraiment dans l'Europe.
Alors on nous dit : La bonne gestion ce n'est pas allemand, ce n'est pas de droite, c'est juste de la bonne gestion. Et on ajoute : dire que c'est l'Allemagne qui décide c'est faire de la germanophobie.
Ce n'est pas faire de la germanophobie que de décrire la réalité. Il ne s'agit pas ici de dire que c'est mal ou bien. Il s'agit de dire comment ça se passe.
Alors évidemment, aujourd'hui, la crise écrase le débat de la campagne électorale en France. L'UMP fait comme si il n'y avait pas de débat possible. Il y a ceux qui veulent bien gérer et ceux qui veulent mal gérer. Les premiers sauvent la France, les seconds la mettent en danger.
Ce débat est un leurre. Et d'ailleurs la question de la règle d'or en est une conséquence et la politisation de cette question par Sarkozy a interdit tout espoir de la voter avant les élections.
Il faudra quand même que François Hollande parvienne à imposer la bonne question, la question essentielle, celle qui n'est pas un leurre, la question politique, discriminante pour le choix du président : La bonne gestion, oui, mais pour quoi faire ?
Si la gauche ne parvient pas à recentrer le débat sur ce sujet, elle perdra l'élection.
PS : article éclairant sur le leadership de l'Allemagne en EUrope
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/12/11/l-allemagne-vraie-reussite-et-faux-modele_1616160_3234.html
Il est possible que rien de tout cela ne se passe et que la dégradation de la note des états AAA - si elle intervient - entraîne de nouvelles conséquences, de nouvelles décisions, bref de nouveaux sommets de la dernière chance.
Le traité de Maastricht prévoyait déjà que tous les Etats signataires s'engagent à ne pas dépasser un déficit représentant 3% du PIB faute de quoi ils s'exposaient à des sanctions. C'était déjà un traité de la rigueur et c'est bien pour cela que nombre de partis de gauche (PC en premier) y voyaient un empêchement de faire une politique alternative. Pourquoi ? Parce qu'embaucher des fonctionnaires, rehausser le SMIC, mieux s'occuper des chômeurs, des hôpitaux etc... ça coûte cher. Il faut creuser le déficit. Si c'est interdit, c'est plus difficile.
D'ailleurs, la France comme l'Allemagne ont dérogé à cette règle inscrite dans le traité de Maastricht. Les deux Etats ont à un moment décidé de passer outre le limite des 3%. Les meilleurs élèves de l'Europe se sont mis hors la loi (du traité). On peut se demander si ça n'a pas eu un très mauvais effet d'entraînement. On peut se demander aussi du coup quelle valeur va avoir ce nouveau traité.
Quand un Etat souverain décide de creuser son déficit parce que fort de sa légitimité démocratique il estime devoir le faire " à la demande de son peuple" par exemple, sur tel ou tel sujet, on peut se demander ce qui peut l'en empêcher. Un traité européen ? Il peut demander une dérogation. Une règle d'or ? Une constitution se change. Alors oui, c'est plus difficile de transformer la constitution que d'abroger une loi mais ce n'est pas impossible. Ce que je veux demander ici c'est : quelle est la nécessité d'adopter un nouveau traité?
Il y en a une évidemment : rassurer les marchés.
C'est comme si on disait aux marchés qui doutent de l'Europe, qui pensent que l'Europe est de moins en moins fiable et qui du coup ont de plus en plus de mal à lui prêter de l'argent, c'est comme si on leur disait:
"Oui, on sait, on a beaucoup dépensé, on s'est beaucoup endettés, malgré nos promesses de ne pas le faire. Oui, on sait, depuis quelques mois, on dit beaucoup de chose mais vous ne nous croyez pas. Et on vous comprend. Alors là, on va faire un truc fort, on va faire un nouveau traité contraignant qui nous interdit, mais alors là vraiment, pas comme à Maastricht, de dépenser et de s'endetter trop. On va le faire, promis, tout le monde promet (sauf les anglais), là vous ne pourrez pas dire qu'on ne fait pas d'effort pour redevenir fiable. Alors ? On est fiable ? Vous êtes rassurés ?"
Mais ce n'est pas le projet de traité qui est important.
C'est le rôle de la BCE.
En Europe on a une banque centrale, comme dans les autres grands pays, mais elle ne peut pas faire la même chose que les autres. Elle ne peut pas intervenir si il y a des problèmes. Incroyable!
C'est normal puisqu'en fait on n'est pas UN pays, on n'a pas une seule politique.
Mais c'est sûr que si la banque centrale européenne pouvait intervenir comme une banque centrale normale, les marchés, on pourrait les rassurer plus facilement.
Et tout l'enjeu est là.
L'Allemagne ne veut pas que la BCE intervienne si les états européens ne veulent pas se réformer, devenir plus sérieux, bref n'adoptent pas la règle d'or.
C'est compréhensible. On ne prête pas de l'argent à quelqu'un qui le dépense chaque soir au casino.
L'Allemagne dit à l'Europe : vous ne faites pas ce qu'il faut pour que la BCE puisse changer de statut et intervenir, ce qui serait la seule chance de rassurer les marchés et de sortir de la crise.
Alors on fait des trucs, on change des trucs et on se tourne vers l'Allemagne et on lui demande : Et là ? Ça va ? Maintenant la BCE peut se réformer ?
Bref l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe. Si elle est contente du prochain traité (quelle a poussé), alors la voie s'ouvrira pour une réforme de la BCE, ce qui ouvrira la voie pour un apaisement des marchés. Tout ça n'a pas besoin d'être concrétisé. Il suffit que tous soient convaincus que ça va se faire.
On peut se demander si justement ce n'est pas parce que l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe que l'Angleterre n'est pas vraiment dans l'Europe.
Alors on nous dit : La bonne gestion ce n'est pas allemand, ce n'est pas de droite, c'est juste de la bonne gestion. Et on ajoute : dire que c'est l'Allemagne qui décide c'est faire de la germanophobie.
Ce n'est pas faire de la germanophobie que de décrire la réalité. Il ne s'agit pas ici de dire que c'est mal ou bien. Il s'agit de dire comment ça se passe.
Alors évidemment, aujourd'hui, la crise écrase le débat de la campagne électorale en France. L'UMP fait comme si il n'y avait pas de débat possible. Il y a ceux qui veulent bien gérer et ceux qui veulent mal gérer. Les premiers sauvent la France, les seconds la mettent en danger.
Ce débat est un leurre. Et d'ailleurs la question de la règle d'or en est une conséquence et la politisation de cette question par Sarkozy a interdit tout espoir de la voter avant les élections.
Il faudra quand même que François Hollande parvienne à imposer la bonne question, la question essentielle, celle qui n'est pas un leurre, la question politique, discriminante pour le choix du président : La bonne gestion, oui, mais pour quoi faire ?
Si la gauche ne parvient pas à recentrer le débat sur ce sujet, elle perdra l'élection.
PS : article éclairant sur le leadership de l'Allemagne en EUrope
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/12/11/l-allemagne-vraie-reussite-et-faux-modele_1616160_3234.html
06 décembre 2011
Chronique de la crise (2)
Deux événements depuis le dernier post : la rencontre Sarkozy-Merkel et la "mise sous surveillance négative" de la note des pays AAA de la zone euro, dont l'Allemagne et la France.
La rencontre d'abord. Elle accouche essentiellement d'un projet de traité. Un traité qui devrait obliger les pays de la zone euro à adopter une règle d'or. La règle d'or, en gros, consiste à rendre anticonstitutionnel un certain niveau de déficit public. Si tout se passe bien - ce qui est loin d'être certain - tout ceci ne devrait pas être mis en oeuvre avant plusieurs mois. Mais enfin, on peut imaginer que si tous les pays européens qui vont se réunir d'ici deux jours acceptent ce projet de traité, le message sera lancé aux marchés pour restaurer une certaine confiance.
Il y a une crise réelle et grave. Elle nécessite des réponses fortes et courageuses. Mais on ne peut s'empêcher de penser que cette crise est peut-être en train de sauver Sarkozy. Et le problème, c'est qu'il ne se cache pas d'en jouir. J'en veux pour preuve la politisation systématique de ses interventions, les attaques récurrentes contre l'opposition alors que la situation est très sérieuse. A l'écouter, les socialistes sont responsables de la crise en France. Ce qu'ils ont fait il y a dix ans et ce qu'ils disent aujourd'hui, voilà leur crime. Et en plus, ils ne veulent pas de la règle d'or. Ils seront responsables de l'échec si jamais le nouveau traité n'est pas adopté.
Ça me fait penser à ce qui se passe souvent dans la production cinématographique. Un producteur demande à son réalisateur de revoir son scénario ou ses prétentions de mise en scène parce qu'il ne parvient pas à trouver les financements exigés par le devis. Le réalisateur râle et accuse le producteur de baisser les bras, de ne pas être à la hauteur. Finalement il rompt avec lui et va chercher un autre producteur, refusant de revoir son ambition à la baisse. Le second producteur lui tient le même langage et là le réalisateur est obligé de s'incliner. Résultat le premier producteur a perdu le film qui se fait avec les ajustements budgétaires nécessaires.
C'est ce qui risque de se passer avec Nicolas Sarkozy. A force de ne rien dire de son bilan, d'avoir un discours si manipulateur, et à force finalement de politiser son action, d'instrumentaliser la crise à des fins électorales, le président sortant ne peut plus rien demander aux français. A force d'avoir été et de rester un idéologue il n'est plus en mesure d'obtenir la confiance nécessaire pour entraîner son pays sur la voie d'une douloureuse révision. Il est probable que si la règle d'or doit être votée un peu partout, la France la votera, mais pas sous Sarkozy et pas si c'est Sarkozy qui le demande.
C'est idiot, hein ? C'est la démocratie. Les dirigeants doivent garder la confiance des gens. C'est pourquoi il ne faut pas, même en des temps paisibles, trop exagérer, trop profiter du pouvoir. Parce qu'en temps de crise, on n'a plus trop de pouvoir.
L'action de Standard and Poor's.
Vous aviez déjà entendu parler des agences de notation il y a, disons, un an ? Que se passe-t-il ? Tout d'un coup, elles disent des trucs. Des trucs qui ont des conséquences terribles. Mais avant ? Elles ne disaient rien ou on ne les écoutaient pas ? (je veux dire, nous, les gens, qui ne travaillons pas dans la finance).
Les agences de notation sont là pour dire si celui à qui vous prêtez de l'argent est fiable. S'il a de bonnes chance de vous le rendre. Et donc elle notes les emprunteurs. AAA, c'est la meilleure note. Et donc, quand on est fiable, on emprunte moins cher. Parce que le risque se paie. Si vous prêtez à quelqu'un qui ne fait que jouer au casino, vous avez des chances de ne jamais revoir votre argent. Alors vous demandez cher pour prêter. Vous faites rémunérer votre risque. Donc, si la France par exemple perd son AAA, la meilleure note, elle empruntera plus cher. Et son déficits public se creusera encore plus. Et elle pourra encore moins investir dans des projets d'avenir. Bref, ça serait un coup dur, même si on estime aujourd'hui qu'elle emprunte à des taux qui de toute façon ne sont plus vraiment AAA. Qu'importe.
Les agences de notation, on les entend parler. Elles ont toujours parlé. Elles ont toujours noté les Etats. Mais maintenant on fait attention. Je me demande quand même si elles ne commencent pas à ne plus se sentir maintenant qu'on les écoute. Elle disent à quelle condition elle pourraient donner une meilleure note.
La donne a changé. La situation a changé. Et donc je crois que le poids d'une agence de notation n'est plus le même. Sa fonction a changé. C'était une expertise. C'est devenu une prophétie, une pression.
C'est la preuve de la perte de souveraineté des Etats due à la mondialisation. La politique ne se décide plus vraiment à l'intérieur. Voir une agence de notation noter les projets de réforme devient réellement embarrassant. On dit : on ne tape pas sur le messager. Mais là, le messager en fait trop. La médiatisation des décisions des agences de notation a un effet. Un peu comme les acteurs qui deviennent célèbres. Souvent ils y croient. Ils sont dupes de leur célébrité. Et ils commencent à faire des choix pour de mauvaises raison.
La rencontre d'abord. Elle accouche essentiellement d'un projet de traité. Un traité qui devrait obliger les pays de la zone euro à adopter une règle d'or. La règle d'or, en gros, consiste à rendre anticonstitutionnel un certain niveau de déficit public. Si tout se passe bien - ce qui est loin d'être certain - tout ceci ne devrait pas être mis en oeuvre avant plusieurs mois. Mais enfin, on peut imaginer que si tous les pays européens qui vont se réunir d'ici deux jours acceptent ce projet de traité, le message sera lancé aux marchés pour restaurer une certaine confiance.
Il y a une crise réelle et grave. Elle nécessite des réponses fortes et courageuses. Mais on ne peut s'empêcher de penser que cette crise est peut-être en train de sauver Sarkozy. Et le problème, c'est qu'il ne se cache pas d'en jouir. J'en veux pour preuve la politisation systématique de ses interventions, les attaques récurrentes contre l'opposition alors que la situation est très sérieuse. A l'écouter, les socialistes sont responsables de la crise en France. Ce qu'ils ont fait il y a dix ans et ce qu'ils disent aujourd'hui, voilà leur crime. Et en plus, ils ne veulent pas de la règle d'or. Ils seront responsables de l'échec si jamais le nouveau traité n'est pas adopté.
Ça me fait penser à ce qui se passe souvent dans la production cinématographique. Un producteur demande à son réalisateur de revoir son scénario ou ses prétentions de mise en scène parce qu'il ne parvient pas à trouver les financements exigés par le devis. Le réalisateur râle et accuse le producteur de baisser les bras, de ne pas être à la hauteur. Finalement il rompt avec lui et va chercher un autre producteur, refusant de revoir son ambition à la baisse. Le second producteur lui tient le même langage et là le réalisateur est obligé de s'incliner. Résultat le premier producteur a perdu le film qui se fait avec les ajustements budgétaires nécessaires.
C'est ce qui risque de se passer avec Nicolas Sarkozy. A force de ne rien dire de son bilan, d'avoir un discours si manipulateur, et à force finalement de politiser son action, d'instrumentaliser la crise à des fins électorales, le président sortant ne peut plus rien demander aux français. A force d'avoir été et de rester un idéologue il n'est plus en mesure d'obtenir la confiance nécessaire pour entraîner son pays sur la voie d'une douloureuse révision. Il est probable que si la règle d'or doit être votée un peu partout, la France la votera, mais pas sous Sarkozy et pas si c'est Sarkozy qui le demande.
C'est idiot, hein ? C'est la démocratie. Les dirigeants doivent garder la confiance des gens. C'est pourquoi il ne faut pas, même en des temps paisibles, trop exagérer, trop profiter du pouvoir. Parce qu'en temps de crise, on n'a plus trop de pouvoir.
L'action de Standard and Poor's.
Vous aviez déjà entendu parler des agences de notation il y a, disons, un an ? Que se passe-t-il ? Tout d'un coup, elles disent des trucs. Des trucs qui ont des conséquences terribles. Mais avant ? Elles ne disaient rien ou on ne les écoutaient pas ? (je veux dire, nous, les gens, qui ne travaillons pas dans la finance).
Les agences de notation sont là pour dire si celui à qui vous prêtez de l'argent est fiable. S'il a de bonnes chance de vous le rendre. Et donc elle notes les emprunteurs. AAA, c'est la meilleure note. Et donc, quand on est fiable, on emprunte moins cher. Parce que le risque se paie. Si vous prêtez à quelqu'un qui ne fait que jouer au casino, vous avez des chances de ne jamais revoir votre argent. Alors vous demandez cher pour prêter. Vous faites rémunérer votre risque. Donc, si la France par exemple perd son AAA, la meilleure note, elle empruntera plus cher. Et son déficits public se creusera encore plus. Et elle pourra encore moins investir dans des projets d'avenir. Bref, ça serait un coup dur, même si on estime aujourd'hui qu'elle emprunte à des taux qui de toute façon ne sont plus vraiment AAA. Qu'importe.
Les agences de notation, on les entend parler. Elles ont toujours parlé. Elles ont toujours noté les Etats. Mais maintenant on fait attention. Je me demande quand même si elles ne commencent pas à ne plus se sentir maintenant qu'on les écoute. Elle disent à quelle condition elle pourraient donner une meilleure note.
La donne a changé. La situation a changé. Et donc je crois que le poids d'une agence de notation n'est plus le même. Sa fonction a changé. C'était une expertise. C'est devenu une prophétie, une pression.
C'est la preuve de la perte de souveraineté des Etats due à la mondialisation. La politique ne se décide plus vraiment à l'intérieur. Voir une agence de notation noter les projets de réforme devient réellement embarrassant. On dit : on ne tape pas sur le messager. Mais là, le messager en fait trop. La médiatisation des décisions des agences de notation a un effet. Un peu comme les acteurs qui deviennent célèbres. Souvent ils y croient. Ils sont dupes de leur célébrité. Et ils commencent à faire des choix pour de mauvaises raison.
04 décembre 2011
Chronique de la crise (1)
La semaine a été marquée par le discours de Nicolas Sarkozy
à Toulon. On nous promettait un grand discours qui nous expliquerait les
raisons de la crise et les efforts à faire pour s’en sortir.
Un discours comme ça, ce n’est pas monnaie courante. Ça
marque. C’est pour les grandes occasions.
Le discours du président a surtout été un discours de
candidat en campagne, agressif envers son principal adversaire politique. Quant
à la crise européenne, et le déficit public de la France, le candidat a voulu
surtout n’en porter aucune responsabilité, rejetant la faute soit sur 30 ans de
gestion tout gouvernement confondu, soit sur la gauche, ses trente-cinq heures
et la retraite à soixante ans.
Nicolas Sarkozy a donc raté une occasion d’être un grand
président, un grand chef d’Etat. Il est ce qu’il est : une bête politique.
Tout le monde sait que les dirigeants français et allemands
ne sont pas d’accord. L’Allemagne, qui a déjà fait les efforts, ne veut pas
payer pour les autres tant qu’elle n’a pas les garanties que les aides seront bien
employées.
Ça me fait penser à Churchill en 40, à qui les français
demandaient d’envoyer toujours plus d’avions pour défendre une France en
déroute. Churchill ne voulait pas laisser tomber la France, alors il envoyait
les avions mais il les perdait dans la catastrophe. C’était comme les jeter par
les fenêtre. Alors à un moment il a dit stop. Il fallait bien qu’il en garde
pour défendre l’Angleterre au cas où la France perdrait la guerre. Ce qui s’est
passé. On lui en a voulu à mort. C’était juste du bon sens.
L’Allemagne, aujourd’hui, ne veut pas gaspiller ses forces
en vain. Aider des pays qui n’offrent aucune garantie de désendettement ni de
bonne gestion, c’est comme jeter l’argent par les fenêtres. Et gâcher tous les
efforts que l’Allemagne a déjà faits.
On comprend bien que l’Europe ne peut s’en sortir qu’à
mettre en place une plus grande intégration. C’est à dire en gros un
gouvernement économique européen, et les mêmes règles budgétaires, fiscales,
voire sociales pour tout le monde. Bref, soit l’Europe s’écroule, soit elle
prend le pas sur les nations. C’est le fédéralisme.
Mais pour l’instant, Sarkozy et Merkel ne s’entendent pas
là-dessus. Ils ne s’entendent pas alors qu’on doit changer de monde. Ils ne sont
peut-être pas faits pour ce tournant historique.
Delors vient de faire une nouvelle sortie. Après celle d’il
y a quelques semaines qui était alarmiste, maintenant il dit que l’euro était
voué à l’échec. Je me demande s’il n’est pas devenu gâteux. En tous les cas,
manifestement, il n’en a plus rien à foutre et parle comme si sa parole n’avait
plus aucun impact. Ce qui est vrai.
Où est Hollande ? Après le discours de Sarkozy, tout le monde parle sauf lui. Il ne
veut pas tomber dans le piège du discours de Toulon, à savoir se positionner
par rapport à ce que dit son adversaire. Surtout qu’il ne s’est rien dit de
très nouveau. Pourtant la crise a chamboulé les plans de campagne et les thèmes
de campagne doivent être révisés. Je me demande si Hollande est très à l’aise
en ce moment.
Le problème, on le connaît. Il n’y a pas de choix. Hollande
et Sarkozy feront la même chose. Ils n’ont pas le choix. La différence se fera
à la marge et sur la personnalité. Pour la politique, les solutions seront les
mêmes. Tout le monde le sait.
Parmi les commentateurs de la crise en ce moment, palme à Dominique
Reynié et Nicolas
Beytout, invités récurrents de l’excellente émission de Yves Calvi,
« C dans l’air ».
02 décembre 2011
Les bâtisseurs
Changer la société, c’était le crédo de la gauche française
il y a 30 ans. Changer de société en France. Après Maastricht, le changement de
société n’était plus possible si ce n’est en passant par l’Europe. Le combat ne
pouvait plus se faire à l’échelle d’un pays. On ne pouvait plus changer tout
seul. La mondialisation a détruit les dernières illusions. Ce n’est plus
l’Europe qu’il faudrait convaincre mais les Etats-Unis, la Chine et tous les
pays émergents. L’espoir de changement est devenu une vraie utopie.
La crise européenne actuelle parachève le mouvement. Non
seulement il ne s’agit pas de changer mais il s’agit au contraire d’aller plus
avant dans ce qui était combattu : la domination de l’économie sur la
politique, la soumission aux marchés, l’abandon de souveraineté qui interdit
toute remise en cause des structures sociales et économiques.
En 1989 le monde choisissait définitivement l’économie de
marché, aujourd’hui il doit en assumer toutes les conséquences, sous peine de
chaos.
Oui aujourd’hui c’est le chaos et son cortège de souffrances
qui nous attend si nous n’adoptons pas les dispositifs inscrits en gésine dans
le traité de Maastricht. Bref, l’espoir de changer de société est bien mort.
Ceux qui voudraient le dénier nous entraineraient avec leurs illusions ou leurs
mensonges dans la tourmente.
La primaire socialiste a d’une certaine manière validé cette
mort de la gauche d’il y a trente ans. Et si François Hollande l’a emporté sur
Martine Aubry c’est bien que le déni n’est plus tout à fait de mise.
En fait depuis quelques années, la gauche était devenue une
gauche de résistance. Freiner l’inéluctable, s’opposer à tout ce mouvement,
revenir sur ce qui avait été fait. La gauche avait pris acte de son incapacité
à inventer une alternative. Elle pouvait au moins ralentir le processus. C’est
pourquoi elle apparaissait comme réactionnaire.
La gauche de résistance est morte également, avec la crise
de la dette. On lui dit maintenant qu’on ne peut plus freiner, hésiter, revenir
en arrière. La gauche ne voulait pas prendre ce bateau. Elle voulait le faire
revenir au port. Maintenant, en pleine mer, le bateau prend l’eau. On a le
choix entre le colmater puis le renforcer ou rentrer à la nage.
Dans cette situation, faut-il persévérer dans le déni, coûte
que coûte, ou céder à la désespérance ? Faut-il paniquer, ou au contraire
saisir l’occasion qui nous est donnée de bâtir à travers l’Europe quelque chose
de nouveau ?
Lors des moments de crise comme celle que l’on connaît, le
combat idéologique n’a pas vraiment de sens. On a d’un côté les partisans du
chaos, ceux qui pensent pouvoir profiter de l’effondrement pour construire leur
cathédrale improbable, et de l’autre côté ceux qui, loin des idéologies,
proposent des solutions pour éviter le naufrage.
Pourtant ce sont bien les crises qui induisent les
changements de structure. Et ce sont les hommes – et non les idéologies - qui peuvent guider les peuples dans ces
changements angoissant où les repères s’effondrent.
Hors des crises les idéologues prennent la parole et parfois
le pouvoir. Ils inventent des trucs comme les trente-cinq heures ou le bouclier
fiscal. Des trucs qui correspondent à leur vision fantasmée de la réalité.
Sarkozy a été un idéologue, ce qui l’a empêché d’être un
visionnaire. C’est son idéologie qui a creusé la dette au moment où déjà
certains anticipaient la catastrophe actuelle. Il reste manifestement un
idéologue. Aucune de ses interventions n’échappe à la mesquinerie du combat
politicien. Son discours de Toulon 2 en atteste. Là où on attendait un homme d’Etat
responsable, on a eu un candidat englué dans l’agressivité.
François Hollande est-il un idéologue, un politicien ?
Les derniers soubresauts de sa campagne semblent dire le contraire. Il a su se
dégager de l’emprise idéologique des écologistes et peu à peu il se dégage
courageusement de celle de ses amis socialistes. Son principe de « donner
du sens à la rigueur » est ce qu’il y a eu de plus sensé et de plus juste
à dire sur le sujet. Mais ce n’est pas suffisant.
La situation exige aujourd’hui l’émergence de bâtisseurs.
Ceux qui sont capable de nous guider, de nous offrir la perspective d’une
nouvelle édification européenne qui prendrait acte de ses faiblesses et oserait
surmonter la perte des repères. Nous ne pouvons plus changer la société mais
aujourd’hui nous allons devoir changer de monde. Seuls des bâtisseurs peuvent
nous en convaincre et nous accompagner. Nicolas Sarkozy n’est pas un tel
bâtisseur. Si le couple franco-allemand est tant à la peine. Si le dialogue
entre Sarkozy et Merkel est si laborieux, si difficile. Si nous courons
toujours derrière la crise, à bout de souffle, c’est parce qu’ils ne sont pas à
la hauteur. Ce sont les dirigeants d’un monde stable et non ceux d’un monde qui
bascule.
François Hollande, s’il n’est pas un idéologue, pourrait-il
être un bâtisseur? C’est l’enjeu tout récent mais majeur de la prochaine
élection présidentielle.
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