02 décembre 2016

La curée

Depuis trente ans la gauche attend que la droite devienne libérale.
Après avoir abandonné le terrain de l’ordre moral, la droite restait attachée au modèle social français. La gauche qui, elle, avait renoncé à son algorithme marxiste, acceptait tant bien que mal l’économie de marché et ne savait donc plus comment se démarquer de cette droite qui empiétait sur ses terres.
La fracture sociale de Chirac avait poussé la gauche vers une sorte d’extrême donc Jean-Luc Mélenchon est le porte parole aujourd’hui. Impossible de se situer au centre gauche, là où la droite française prenait toute ses aises. 
Il faut se souvenir que la ligne libérale d’un Alain Madelin avait été écartée par Chirac en 1997 alors même que Lionel Jospin se frottait les mains devant ce qu’il appelait un « choix de civilisation ».
Le choix de civilisation n’a pas eu lieu, ni cette année là ni en 2007 quand Sarkozy renonça finalement à changer la société, de peur de renoncer aussi à ses électeurs.

La France n’est pas libérale. La droite le sait et ne gouverne jamais en ce sens au grand dam de la gauche qui ne sait plus comment être de gauche, obligée d’inventer des machins étranges comme les trente-cinq heures pour gagner un scrutin.
C’est pourquoi, en France, le libéralisme est une proposition révolutionnaire. C’est pourquoi aussi, dans ce désir général de tout changer parce que rien ne va, la proposition libérale se range parmi les offres attrayantes.
C’est pourquoi enfin cette proposition peut concurrencer l’autre proposition révolutionnaire, celle de l’extrême droite.
Tout cela dans un monde où l’offre de changement à gauche a marqué le pas. Les soubresauts impuissants de Syriza en Grèce ou de Podemos en Espagne le confirment.
C’est pourquoi aujourd’hui la gauche aurait enfin sa chance.
Et malheureusement pour elle il est trop tard.

Trop tard parce que la gauche a préféré taper sur celui qui voulait la réformer en même temps que réformer la France. Erreur fatale de Francois Hollande. Il a préféré gagner d'abord et réfléchir ensuite. Le contraire de françois Fillon. Il n'empêche ! Les Montebourg, les Hamon auraient pu accepter le coup de force et agréer au changement de positionnement proposé par Hollande avec Valls et Macron, ils auraient pu l’amplifier, le protéger, l’améliorer au lieu de le combattre et de s'opposer ainsi à la seule issue pour une gauche qui n'a jamais su se moderniser. 
Non le Parti socialiste a préféré tuer son président et se suicider avec lui. Dommage car aujourd'hui, face à Fillon, elle retrouverait enfin son espace. 
Dommage car elle est en lambeaux. 
Dommage car elle laisse la place à l'extrême droite. 

Il est logique que les deux offres qui seront probablement présentes au second tour de l’élection présidentielle soient les deux véritables offres de changement. Le changement pour un monde replié sur lui-même, sombre et régressif et le changement pour un monde inquiétant pour beaucoup, celui de la remise en cause du fameux modèle social français, ce modèle qui ne produit  plus aujourd’hui que du chômage, du déclassement, de l’angoisse.

Aujourd’hui, la révolution numérique, l’uberisation de l’économie, la globalisation, laissent des gens sur le carreau. Ça va trop vite, ça change trop vite. La technique et les sciences nous étourdissent. Il faut s’accrocher pour suivre et beaucoup ne suivent pas. Pas le temps, pas les moyens, pas l’énergie. Ceux-là en ont assez que le monde file sans eux. Ils veulent l’arrêter. Ils veulent qu’on s’arrête pour s’occuper d’eux, pour les rattraper. Alors ils refusent que ça file encore plus loin. Ils refusent l’Europe, ils refusent de changer de modèle social alors qu’ils souffrent de son obsolescence, ils veulent faire une pause, ils veulent revenir en arrière.
Ceux-là votent pour le Brexit, votent Trump, et vont voter Le Pen.
La gauche a failli. Elle n’a pas su se renouveler. Elle n’a pas su saisir l’occasion que lui offrait François Hollande. C’est aussi de sa faute à lui. Il n’a pas su faire. Trop tard, trop peu, trop mal. Et aujourd’hui nous allons devoir choisir entre le changement à la Fillon et le changement à la Le Pen. 
Je choisirai Fillon, sans hésiter. Mais pour notre malheur à tous, parce que nous sommes aveuglés par l’idéologie, parce que nous ne sommes pas assez pragmatiques, parce que nous avons oublié les périodes les plus sombres de notre histoire, parce que nous ne savons plus comment penser, parce que nous avons peur et que nous croyons encore au père Noel, nous aurons Le Pen.
Et ça sera la curée.



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