A mes amis de gauche :
Je me souviens de l'élection présidentielle de 2002. J'en voulais a mort à ceux d'entre vous qui n'aviez pas voté Jospin. Vous aviez préféré envoyer un message au candidat socialiste plutôt que choisir le changement. Le message à été bien reçu ! Et le changement n'a pas eu lieu.
Aujourd'hui certains s'apprêtent à faire la même erreur : choisir le message contre le changement. Vous êtes certains de la présence de Hollande au second tour.
Et pour vous, le bulletin de vote est plus un moyen de communiquer quelque chose, voire de faire pression que de choisir un candidat. Vous êtes dans la stratégie. Vous croyez maîtriser les règles du jeu politique.
Pourtant ce sont les sondages qui vous dictent votre conduite. Ces sondages qui vous assurent de la présence de Hollande au second tour. Ces même sondages qui mettent Sarkozy et Hollande à égalité. Vous êtes certains de leur véracité.
Les électeurs de Le Pen reviennent vers Sarkozy, donc Marine Le Pen baisse dans les sondages, donc le spectre de 2002 s'éloigne, donc on peut voter à gauche du PS sans crainte.
Mais pourquoi voter à gauche du PS à la présidentielle ? La France ne sera jamais gouvernée à cette gauche là. C'est fini. Message reçu ou non. Car le monde n'est plus fait pour ça. Ça n'arrivera pas. Mélenchon ne sera jamais élu et Hollande, s'il est élu, n'appliquera jamais ce style de politique. Pression ou non. Parce que l'Europe nous l'interdit et parce qu'être de gauche ce n'est pas vouloir se retirer du monde ou subir le sort de la Grèce.
Alors pourquoi prendre le risque du message contre le changement ? Par radicalisme ? Très bien. Que ceux qui pensent réellement que Sarkozy vaut Hollande, quelle que soit la situation, que ceux-là "envoient un message" et choisissent la défaite. Mais pour les autres, mes amis qui votent à gauche, l'élection présidentielle sert à désigner le candidat que vous préférez, non pas celui que vous aimez. Elle sert à choisir la politique que vous préférez, non celle que vous désirez. Il s'agit de faire un choix, il ne s'agit pas de s'exprimer. Pour cela, il y a d'autres élections, d'autres moyens. Et si vous refusez cette réalité, vous prenez de nouveau le risque de remettre la droite au pouvoir, elle qui a très bien compris comment ça marche.
Car la droite, c'est peut-être son tort, mais c'est aussi sa force lors d'une élection : elle ne rêve pas.
A mes amis du Centre :
Je comprends que vous n'ayez pas voté Royal il y a cinq ans. Elle n'a pas fait les gestes qu'il fallait et elle vous a fait peur, vous qui ne rêvez pas mais qui ne renoncez pas aux valeurs humanistes et croyez encore à la justice sociale.
Vous aviez donc fait le choix de Sarkozy. Parce que Royal était trop extravagante, pas à la hauteur. Parce que la gauche est trop à gauche, trop peu réaliste. Pour vous, les trente-cinq heures sont le parfait exemple d'une gauche qui ne sait pas comment s'adapter au nouveau monde.
Etes-vous satisfait aujourd'hui de toujours finir à droite ? De toujours commencer par gouverner avec le RPR ou l'UMP et toujours finir par avoir le sentiment de vous être fait voler ?
Vous le savez parfaitement, Hollande est au centre gauche. Vous le savez parfaitement il ne sera pas l'otage d'une gauche plus radicale car non seulement la situation économique l'interdit mais Hollande est un des plus pragmatique au PS. Il sait quelle est sa responsabilité s'il est élu. Et cette responsabilité c'est de ne pas faire sombrer la France parce qu'elle se serait décrétée de gauche. C'est une responsabilité envers la France mais aussi envers la gauche. Sa responsabilité c'est de ne pas réitérer le coup des trente-cinq heures, c'est à dire un coup politique qui assure la victoire à court terme et la défaite systématique sur le long terme.
Vous auriez préféré Valls. Vous auriez préféré, en son temps, Delors.
Eh bien vous avez Hollande et si vous y pensez, rien aujourd'hui ne devrait raisonnablement vous retenir de le choisir. Si aujourd'hui vous ne choisissez pas Hollande contre Sarkozy (je parle de votre choix du second tour évidemment), cessez-donc de vous prétendre au centre et assumez définitivement votre positionnement de droite : vous ne choisirez jamais la gauche, toujours la droite. Hollande est plus proche de Bayrou que ne l'est Bayrou de Sarkozy. Et votre "centrisme" est finalement une imposture. A moins qu'il ne s'agisse aussi d'un rêve... comme quoi c'est parce que vous aussi vous êtes des rêveurs que la droite passe à chaque fois.
A mes amis de droite :
Des fois je pense comme vous : la gauche est trop romantique, ce qui la rend dangereuse. La gauche est trop idéologue, ce qui la rend dangereuse. Elle ne s'est pas adaptée au monde, ce qui la rend obsolète. Elle est devenue conservatrice. Cette incapacité à s'adapter intellectuellement au monde tel qu'il a évolué la rend nuisible pour la France. Avec elle, nous allons finalement régresser.
Vous avez cru en Sarkozy il y a cinq ans parce qu'il bousculait la société. Il bousculait les tabous. Ceux de l'argent, du pouvoir, de l'immigration, du travail. Il fonçait, il faisait rupture.
Mais dites-moi donc : Depuis cinq ans, la France s'est elle modernisée ? Sommes nous dans un pays plus moderne qu'avant ? Sarkozy a-t-il fait avancer quelque chose de notable ?
Et dites moi autre chose : le ministère de l'identité nationale ? Je sais que vos n'étiez pas à l'aise avec ça. vous l'avez accepté parce que ça venait de votre candidat. Et ça a servi à quelque chose ? Mais alors pourquoi devoir encore parler d'immigration dans les mêmes termes ? Pourquoi dire encore qu'il y a trop d'immigrés en France ?
"Travailler plus pour gagner plus"... qu'en est-il du pouvoir d'achat aujourd'hui ? Meilleur qu'avant ? Et le chômage ? Le problème est-il réglé ? Et la sécurité ? Vous êtes plus en sécurité aujourd'hui ?
Dites-moi mes amis de droite (si vous êtes mes amis c'est que vous êtes à droite d'une certaine façon et pas d'une autre), Sarkozy a-t-il réussi ? Vous a-t-il satisfait ? Ou vous a-t-il embarrassé ?
Il est probable que vous n'accepterez pas de l'avouer. L'échec, au regard de ses principaux thèmes de campagne, est patent et vous faites preuve d'un aveuglement militant. Romantique, la gauche ? Vous l'êtes avec votre fantasme du Leader. Idéologue, la gauche ? Vous avez avalé toutes ses décisions idéologiques, celles qui n'ont servi à rien, qui n'ont rien fait avancer, celles qui n'étaient que symboliques et qui ont fait tant de mal. Sarkozy se pose en chef, met en avant ses capacités de commander, de décider, ses qualités d'autorité. C'est ça qui vous plaît ? Au prix d'un déni quasi stalinien de son échec ? Quelle est cette autorité si nécessaire pour la France qu'elle doive se payer d'une société divisée, d'un peuple qui ne s'aime pas, qui en veut à ses chômeurs, à ses corps intermédiaires. Vous voulez tellement un leader que vous vous satisfaites d'un débat électoral proche du cirque, initié par votre candidat qui a besoin de faire spectacle afin que les médias l'aiment de nouveau.
Vous, vous ne rêvez pas, non. Vous avez rêvé d'une France libérale, d'une France moderne. Et vous avez une France qui a perdu son AAA, qui compte un million de chômeurs en plus, dont la dette publique est devenue rédhibitoire, un pays qui sort affaibli de ces cinq années. Vous ne rêvez pas. C'est la crise ! Et si Sarkozy n'avait pas été là ça serait encore pire !
Vous ne rêvez pas non. Vous êtes ceux qui sont lucides, rationnels, pragmatiques.
Pour ces trois raisons, vous devriez renoncer à Sarkozy. Dommage que ça ne soit pas Fillon votre candidat, ou même Juppé. Non, c'est Sarko et dans cinq ans ça sera Copé... Vous ne rêvez pas mais vous pourriez éventuellement vous réveiller de votre cauchemar.
17 mars 2012
11 mars 2012
Un bilan déjà désastreux
A quelques heures du désormais fameux meeting de Villepinte, on peut faire un premier bilan de la campagne de Nicolas Sarkozy.
Avant la campagne, il y a eu la pré-campagne. C'est à dire l'utilisation de la crise financière à des fins électorales. Cette crise a représenté pour le président non déclaré l'espoir d'en finir avec la gauche. Il pouvait, si il était assez habile, tuer la gauche dans l'œuf en présentant et en martelant deux arguments :
- C'est à cause de la gauche qu'il y a la crise.
- Le seul moyen de sortir de la crise est de mettre en place des mécanismes qui empêcheront définitivement la gauche de s'exprimer en tant que telle, de s'épanouir, bref, de faire une politique de gauche.
Passons sur tout ce que ce discours a pu impliquer de mauvaise foi. Il était tactique. Et il a échoué. Il a échoué parce qu'aujourd'hui peu de gens sont convaincus qu'effectivement la gauche est responsable de la crise, assez peu pour que le candidat lui-même revienne sur son argumentation : le responsable de la crise c'est la finance. Ce n'est pas Hollande qui le dit, mais Sarkozy lui-même. On ne l'entend plus trop mettre en avant la responsabilité de ce qui fait la gauche dans cette crise mais plutôt de ce que la gauche met aujourd'hui en avant, à savoir la finance (quand elle devient folle s'entend... ah ah). Et de vouloir taxer les transactions, les dividendes du Cac40 etc...
Donc échec de cette première tactique qui a quand même eu comme résultat de voir le président de la France exploiter, instrumentaliser à des fins électorales, une crise douloureuse pour les peuples. Une crise qui n'est pas terminée et dont on peut se demander si Sarkozy ne souhaite pas qu'elle rebondisse juste avant les élections, histoire de pouvoir s'en servir encore.
Ensuite il y a eu l'entrée en campagne. Et elle a été colorée par la proposition de référendum sur le thème du chômage et de l'immigration. Les thèmes sont importants pour la suite mais on peut surtout retenir de ce début de campagne la mise en cause de ce qu'on appelle "les corps intermédiaires". C'est à dire nous tous quand nous nous réunissons, quand nous nous organisons.
En tant que corps intermédiaires, nous sommes donc des obstacles à la réforme. C'est vrai qu'il est bien plus facile d'embobiner le "peuple" que les corps intermédiaires. Il est bien plus facile d'organiser une campagne de communication pour endormir les gens que de négocier avec les corps intermédiaires qui les représentent. Ces entités qui justement servent à ce que les gens se regroupent et réfléchissent ensemble, créent une expertise qui les empêchent de se faire berner.
Tout pouvoir autoritaire veut se passer des corps intermédiaires. Surtout quand ils sont indépendants. Le pouvoir autoritaire préfère avoir un accès direct au peuple parce que le peuple, on peut lui faire peur. Les corps intermédiaires, c'est plus difficile.
Passons sur les thèmes de ces référendums, l'articulation du chômage et de l'assistanat entre autre.
Une entrée en campagne qui a donc été lue par tout le monde comme un appel du pied à l'électorat lepeniste. Suivi par d'autres appels du pieds sur la viande halal et le nombre d'étrangers qu'il faudrait diviser par deux.
Ça ne gène personne finalement, cette "droitisation" du discours. Ça ne gêne pas parce qu'on la considère comme étant tactique. "Il ne le pense pas vraiment, il dit ça pour récupérer les électeurs du front national".
Donc en fait ce ne sont que des mots. Ça ne porte pas à conséquence. Ça n'existe que pour les gogos. Donc ce n'est pas dangereux.
Eh bien je pense le contraire. Cette droitisation du discours est une autorisation pour un discours xénophobe voire raciste. Une dé-responsabilisation.
On pourrait nous dire (et on nous le dit) : et pourquoi pas ? Pourquoi toujours se censurer ? On le pense alors disons le ! Sinon ce sont les fascistes qui vont le dire. La gauche est naïve, angélique, elle se cache derrière un romantisme dangereux. Les mots sont tabous. Non ! On doit les prononcer ! Il y a un problème avec les arabes ! Disons-le !
On le pense alors disons le...
Comme si la vie en société n'était pas un combat entre ce qu'on pense et ce qu'on peut dire. Comme si la notion de contrat social ne reposait pas justement sur une censure permanente, une censure qu'on appelle : l'éducation.
Mais il est évident que cette droitisation du discours va dans le sens d'une déculpabilisation générale.
(entre parenthèse : oui il y a un problème avec l'Islam. Depuis que l'Islam est devenu politique. Ce n'est que depuis qu'existe l'islam politique qu'il y a un problème avec l'islam. Il n'y a aucun problème avec l'islam religieux. Comme il y aurait un problème si les juifs se mettaient soudain en tête - en Israel - d'obliger les femmes à se raser les cheveux et à mettre des perruques et que du coup, des activistes juifs voudraient faire de même dans les quartiers en France. De même qu'il y a de gros problèmes avec le christianisme quand des activistes perpétuent des actions anti avortement. Bref, la religion est un problème quand elle devient politique)
Revenons à la déculpabilisation, ce crédo sarkozyste permanent. Car c'est la couleur du troisième temps de cette campagne. Il a été marqué par le grand mea Culpa tant attendu.
Il faudrait croire que le début du quinquennat a été marqué par des erreurs de jugement dues à une situation personnelle difficile.
Si c'était vrai ça poserait un vrai problème.
Mais en plus c'est faux.
Si c'était vrai cela signifierait que Sarkozy n'était pas prêt. Il n'a pas compris la force des symboles. Et on peut quand même se demander s'il n'est pas dangereux de réélire quelqu'un dont la situation personnelle peut peser à ce point sur les décisions du président. On se prend à prier pour que le nouveau couple Sarkozy n'explose pas de nouveau en plein milieu d'un second mandat !
On attend de celui qui veut être président, justement, qu'il soit assez fort pour mettre sa vie privée de côté. Et pitié ! pour que son comportement et ses décision n'en soient pas tributaires !
Mais de toute façon, c'est faux.
Ces premiers actes du quinquennats étaient parfaitement maîtrisés. Ils participaient à cette entreprise typiquement sarkozyenne de déculpabilisation. Ici non face aux étrangers mais face à l'argent. Le comportement de Sarkozy à l'époque était calculé, assumé, il consistait à dire : pas de honte à être riche, à réussir. Arrêtons cette contrition permanente, cette honte de l'argent en France. Je donne l'exemple. La réussite est bonne. La fortune est bonne. Au lieu de pourchasser les riches, au lieu de les culpabiliser, faisons les revenir, aidons-les (paquet fiscal), envoyons leur des signes que la France a changé et qu'ils ne sont pas nos ennemis. Vous aspirez tous à être riches alors cessons là la mascarade de gauche.
C'était le discours du nouveau président. Ce n'était pas une erreur. C'était une idéologie.
Donc bilan : Instrumentalisation de la crise, mise en cause des corps intermédiaires en début de campagne, lepenisation du discours en général puis faux mea culpa enfin, sans compter la dramatisation personnelle de l'enjeu aujourd'hui mise en scène.
Sarkozy veut être réélu. Il le veut à n'importe quel prix.
Mais pourquoi le serait-il ? Pour continuer ce qu'il a fait ? Pour réparer ce qu'il a fait ?
C'est à Villepinte qu'il va nous le dire. Pourquoi il doit gagner. A part pour lui-même, s'entend.
Avant la campagne, il y a eu la pré-campagne. C'est à dire l'utilisation de la crise financière à des fins électorales. Cette crise a représenté pour le président non déclaré l'espoir d'en finir avec la gauche. Il pouvait, si il était assez habile, tuer la gauche dans l'œuf en présentant et en martelant deux arguments :
- C'est à cause de la gauche qu'il y a la crise.
- Le seul moyen de sortir de la crise est de mettre en place des mécanismes qui empêcheront définitivement la gauche de s'exprimer en tant que telle, de s'épanouir, bref, de faire une politique de gauche.
Passons sur tout ce que ce discours a pu impliquer de mauvaise foi. Il était tactique. Et il a échoué. Il a échoué parce qu'aujourd'hui peu de gens sont convaincus qu'effectivement la gauche est responsable de la crise, assez peu pour que le candidat lui-même revienne sur son argumentation : le responsable de la crise c'est la finance. Ce n'est pas Hollande qui le dit, mais Sarkozy lui-même. On ne l'entend plus trop mettre en avant la responsabilité de ce qui fait la gauche dans cette crise mais plutôt de ce que la gauche met aujourd'hui en avant, à savoir la finance (quand elle devient folle s'entend... ah ah). Et de vouloir taxer les transactions, les dividendes du Cac40 etc...
Donc échec de cette première tactique qui a quand même eu comme résultat de voir le président de la France exploiter, instrumentaliser à des fins électorales, une crise douloureuse pour les peuples. Une crise qui n'est pas terminée et dont on peut se demander si Sarkozy ne souhaite pas qu'elle rebondisse juste avant les élections, histoire de pouvoir s'en servir encore.
Ensuite il y a eu l'entrée en campagne. Et elle a été colorée par la proposition de référendum sur le thème du chômage et de l'immigration. Les thèmes sont importants pour la suite mais on peut surtout retenir de ce début de campagne la mise en cause de ce qu'on appelle "les corps intermédiaires". C'est à dire nous tous quand nous nous réunissons, quand nous nous organisons.
En tant que corps intermédiaires, nous sommes donc des obstacles à la réforme. C'est vrai qu'il est bien plus facile d'embobiner le "peuple" que les corps intermédiaires. Il est bien plus facile d'organiser une campagne de communication pour endormir les gens que de négocier avec les corps intermédiaires qui les représentent. Ces entités qui justement servent à ce que les gens se regroupent et réfléchissent ensemble, créent une expertise qui les empêchent de se faire berner.
Tout pouvoir autoritaire veut se passer des corps intermédiaires. Surtout quand ils sont indépendants. Le pouvoir autoritaire préfère avoir un accès direct au peuple parce que le peuple, on peut lui faire peur. Les corps intermédiaires, c'est plus difficile.
Passons sur les thèmes de ces référendums, l'articulation du chômage et de l'assistanat entre autre.
Une entrée en campagne qui a donc été lue par tout le monde comme un appel du pied à l'électorat lepeniste. Suivi par d'autres appels du pieds sur la viande halal et le nombre d'étrangers qu'il faudrait diviser par deux.
Ça ne gène personne finalement, cette "droitisation" du discours. Ça ne gêne pas parce qu'on la considère comme étant tactique. "Il ne le pense pas vraiment, il dit ça pour récupérer les électeurs du front national".
Donc en fait ce ne sont que des mots. Ça ne porte pas à conséquence. Ça n'existe que pour les gogos. Donc ce n'est pas dangereux.
Eh bien je pense le contraire. Cette droitisation du discours est une autorisation pour un discours xénophobe voire raciste. Une dé-responsabilisation.
On pourrait nous dire (et on nous le dit) : et pourquoi pas ? Pourquoi toujours se censurer ? On le pense alors disons le ! Sinon ce sont les fascistes qui vont le dire. La gauche est naïve, angélique, elle se cache derrière un romantisme dangereux. Les mots sont tabous. Non ! On doit les prononcer ! Il y a un problème avec les arabes ! Disons-le !
On le pense alors disons le...
Comme si la vie en société n'était pas un combat entre ce qu'on pense et ce qu'on peut dire. Comme si la notion de contrat social ne reposait pas justement sur une censure permanente, une censure qu'on appelle : l'éducation.
Mais il est évident que cette droitisation du discours va dans le sens d'une déculpabilisation générale.
(entre parenthèse : oui il y a un problème avec l'Islam. Depuis que l'Islam est devenu politique. Ce n'est que depuis qu'existe l'islam politique qu'il y a un problème avec l'islam. Il n'y a aucun problème avec l'islam religieux. Comme il y aurait un problème si les juifs se mettaient soudain en tête - en Israel - d'obliger les femmes à se raser les cheveux et à mettre des perruques et que du coup, des activistes juifs voudraient faire de même dans les quartiers en France. De même qu'il y a de gros problèmes avec le christianisme quand des activistes perpétuent des actions anti avortement. Bref, la religion est un problème quand elle devient politique)
Revenons à la déculpabilisation, ce crédo sarkozyste permanent. Car c'est la couleur du troisième temps de cette campagne. Il a été marqué par le grand mea Culpa tant attendu.
Il faudrait croire que le début du quinquennat a été marqué par des erreurs de jugement dues à une situation personnelle difficile.
Si c'était vrai ça poserait un vrai problème.
Mais en plus c'est faux.
Si c'était vrai cela signifierait que Sarkozy n'était pas prêt. Il n'a pas compris la force des symboles. Et on peut quand même se demander s'il n'est pas dangereux de réélire quelqu'un dont la situation personnelle peut peser à ce point sur les décisions du président. On se prend à prier pour que le nouveau couple Sarkozy n'explose pas de nouveau en plein milieu d'un second mandat !
On attend de celui qui veut être président, justement, qu'il soit assez fort pour mettre sa vie privée de côté. Et pitié ! pour que son comportement et ses décision n'en soient pas tributaires !
Mais de toute façon, c'est faux.
Ces premiers actes du quinquennats étaient parfaitement maîtrisés. Ils participaient à cette entreprise typiquement sarkozyenne de déculpabilisation. Ici non face aux étrangers mais face à l'argent. Le comportement de Sarkozy à l'époque était calculé, assumé, il consistait à dire : pas de honte à être riche, à réussir. Arrêtons cette contrition permanente, cette honte de l'argent en France. Je donne l'exemple. La réussite est bonne. La fortune est bonne. Au lieu de pourchasser les riches, au lieu de les culpabiliser, faisons les revenir, aidons-les (paquet fiscal), envoyons leur des signes que la France a changé et qu'ils ne sont pas nos ennemis. Vous aspirez tous à être riches alors cessons là la mascarade de gauche.
C'était le discours du nouveau président. Ce n'était pas une erreur. C'était une idéologie.
Donc bilan : Instrumentalisation de la crise, mise en cause des corps intermédiaires en début de campagne, lepenisation du discours en général puis faux mea culpa enfin, sans compter la dramatisation personnelle de l'enjeu aujourd'hui mise en scène.
Sarkozy veut être réélu. Il le veut à n'importe quel prix.
Mais pourquoi le serait-il ? Pour continuer ce qu'il a fait ? Pour réparer ce qu'il a fait ?
C'est à Villepinte qu'il va nous le dire. Pourquoi il doit gagner. A part pour lui-même, s'entend.
28 février 2012
Le spectacle de la politique
Le nouveau jeu consiste donc à obliger les autres à tourner autour de vous.
Vous lancez une proposition ou simplement une remarque, dans l'objectif :
1 - d'être repris par tous les médias
2 - d'être donc commenté par tous les autres
Que ce soit d'une imbécilité notoire, d'une extravagante mauvaise foi, bref que ça ne passe pas la barre du raisonnement, n'a strictement aucune importance. Ce qu'il faut c'est que l'adversaire soit pris dans le filet. C'est la figure de l'hystérie. Prendre les autres dans les rets de son propre désir, les arraisonner, les polariser, les amener à ne vivre - un moment - que pour et par vous, autour de vous.
Parce qu'il faut que "ça" parle de vous.
C'est un principe de base : qu'importe que la publicité soit de bonne qualité ou non, qu'importe que la critique soit favorable ou non, ce qui importe, c'est l'espace. Il faut prendre l'espace, tout l'espace si possible avec la complicité forcée de vos adversaires.
Mais que s'est-il passé pour que la campagne en arrive là ?
Nicolas Sarkozy est entré en campagne.
Il est donné perdant, il doit remonter vite la pente.
Alors il a donné l'artillerie lourde de la communication politique.
Boris Eltsine en 96 partait de quelque chose comme 5% dans les sondages. Les oligarques ont cessé de se faire la guerre entre eux et se sont unis pour le faire réélire. L'adversaire, donné gagnant par les sondages, était Ziouganov le communiste. Celui qui allait probablement pendre... les oligarques. Ces derniers avaient les télévisions et l'argent. Ils ont tapé dans la même direction pendant des mois. Et Eltsine a été réélu.
On peut s'en défendre, on peut le déplorer mais c'est une réalité :
les gens pensent ce que les médias disent.
Le nombre de gens qui m'ont dit par exemple : François Hollande, oui, mais il est un peu mou, non?
Et quand je leur demandais ce qui leur faisait dire ça : pas de réponse.
Alors on me dira : les médias l'ont simplement repris parce que ça se disait autour de Hollande lui-même.
Non, les médias l'ont repris parce que ça vend : c'est simple, c'est drôle, c'est proche, ça vend.
Les médias opposent Le Pen à Mélenchon parce que ça vend.
Les médias jouent le jeu de Sarkozy consistant à égrener ses propositions unes à unes parce que ça vend, ça fait spectacle, ça fait événement.
Qu'importe que, comme l'a dit très justement Hollande, ce soit un jeu avec les français et qu'au lieu de leur présenter un programme cohérent, que l'on soumettrait à la réflexion avant l'élection, on les appâte, on les nourrit d'une proposition à chaque moment, émission, meeting, afin de toujours les tenir en haleine. Qu'importe finalement que ce soit au détriment du débat démocratique, de la dignité, du respect des électeurs et des citoyens : ça vend.
C'est bien parce que les médias doivent vendre, doivent faire spectacle de la politique pour la vendre, que Sarkozy se plie avec son habileté légendaire, à l'exercice.
Ce faisant il oblige les autres à venir sur le même terrain. Il n'y a pas d'alternative. Soit vous existez dans les médias, soit vous crevez. Donc il faut jouer le jeu de l'occupation de l'espace. Jouer le jeu...
Sarkozy est en train de transformer l'élection en un jeu. Il ne gagnera qu'à ce prix. Car c'est le meilleur joueur. Qu'importe que ce jeu nous fasse passer du statut d'électeur, de citoyen, en cible, en "target", bref en bon con. La victoire sera à ce prix. Au prix de nous piéger plutôt que de nous rassembler.
François Hollande peut-il résister ? Peut-il refuser le jeu que lui impose Sarkozy ?
Difficile. La proposition sur les riches d'hier soir en est le symptôme. Faire les titres. Occuper l'espace. Comme pour dire ; je sais le faire moi aussi, si je veux, je peux. Si la victoire doit m'en faire passer par là, j'en ai aussi les moyens.
Et alors l'Express fait sa une : "Lequel des deux ment le plus ?"
François Hollande est déjà entraîné dans les profondeurs. Il est éclaboussé par Sarkozy. L'un oblige l'autre à se salir les mains : la politique, c'est de la boue, c'est de la sueur, c'est dégueulasse. On ne peut pas en faire en restant propre sur soi. Voilà le message de Sarkozy à Hollande : rejoins moi dans l'arène. regarde de toute façon tu n'as pas le choix. Cette arène, c'est celle du cirque médiatique.
Les gens pensent ce que les médias disent.
Refuser totalement cette aliénation est la garantie de perdre l'élection.
L'accepter est une véritable compromission dans l'opération d'avilissement de la vie politique française.
Il faut la dénoncer.
Jusqu'à ce que les médias le disent (ils n'ont aucun amour propre).
Pour que les gens le pensent.
Mais je pense qu'ils le pensent déjà. Du moins je l'espère.
Vous lancez une proposition ou simplement une remarque, dans l'objectif :
1 - d'être repris par tous les médias
2 - d'être donc commenté par tous les autres
Que ce soit d'une imbécilité notoire, d'une extravagante mauvaise foi, bref que ça ne passe pas la barre du raisonnement, n'a strictement aucune importance. Ce qu'il faut c'est que l'adversaire soit pris dans le filet. C'est la figure de l'hystérie. Prendre les autres dans les rets de son propre désir, les arraisonner, les polariser, les amener à ne vivre - un moment - que pour et par vous, autour de vous.
Parce qu'il faut que "ça" parle de vous.
C'est un principe de base : qu'importe que la publicité soit de bonne qualité ou non, qu'importe que la critique soit favorable ou non, ce qui importe, c'est l'espace. Il faut prendre l'espace, tout l'espace si possible avec la complicité forcée de vos adversaires.
Mais que s'est-il passé pour que la campagne en arrive là ?
Nicolas Sarkozy est entré en campagne.
Il est donné perdant, il doit remonter vite la pente.
Alors il a donné l'artillerie lourde de la communication politique.
Boris Eltsine en 96 partait de quelque chose comme 5% dans les sondages. Les oligarques ont cessé de se faire la guerre entre eux et se sont unis pour le faire réélire. L'adversaire, donné gagnant par les sondages, était Ziouganov le communiste. Celui qui allait probablement pendre... les oligarques. Ces derniers avaient les télévisions et l'argent. Ils ont tapé dans la même direction pendant des mois. Et Eltsine a été réélu.
On peut s'en défendre, on peut le déplorer mais c'est une réalité :
les gens pensent ce que les médias disent.
Le nombre de gens qui m'ont dit par exemple : François Hollande, oui, mais il est un peu mou, non?
Et quand je leur demandais ce qui leur faisait dire ça : pas de réponse.
Alors on me dira : les médias l'ont simplement repris parce que ça se disait autour de Hollande lui-même.
Non, les médias l'ont repris parce que ça vend : c'est simple, c'est drôle, c'est proche, ça vend.
Les médias opposent Le Pen à Mélenchon parce que ça vend.
Les médias jouent le jeu de Sarkozy consistant à égrener ses propositions unes à unes parce que ça vend, ça fait spectacle, ça fait événement.
Qu'importe que, comme l'a dit très justement Hollande, ce soit un jeu avec les français et qu'au lieu de leur présenter un programme cohérent, que l'on soumettrait à la réflexion avant l'élection, on les appâte, on les nourrit d'une proposition à chaque moment, émission, meeting, afin de toujours les tenir en haleine. Qu'importe finalement que ce soit au détriment du débat démocratique, de la dignité, du respect des électeurs et des citoyens : ça vend.
C'est bien parce que les médias doivent vendre, doivent faire spectacle de la politique pour la vendre, que Sarkozy se plie avec son habileté légendaire, à l'exercice.
Ce faisant il oblige les autres à venir sur le même terrain. Il n'y a pas d'alternative. Soit vous existez dans les médias, soit vous crevez. Donc il faut jouer le jeu de l'occupation de l'espace. Jouer le jeu...
Sarkozy est en train de transformer l'élection en un jeu. Il ne gagnera qu'à ce prix. Car c'est le meilleur joueur. Qu'importe que ce jeu nous fasse passer du statut d'électeur, de citoyen, en cible, en "target", bref en bon con. La victoire sera à ce prix. Au prix de nous piéger plutôt que de nous rassembler.
François Hollande peut-il résister ? Peut-il refuser le jeu que lui impose Sarkozy ?
Difficile. La proposition sur les riches d'hier soir en est le symptôme. Faire les titres. Occuper l'espace. Comme pour dire ; je sais le faire moi aussi, si je veux, je peux. Si la victoire doit m'en faire passer par là, j'en ai aussi les moyens.
Et alors l'Express fait sa une : "Lequel des deux ment le plus ?"
François Hollande est déjà entraîné dans les profondeurs. Il est éclaboussé par Sarkozy. L'un oblige l'autre à se salir les mains : la politique, c'est de la boue, c'est de la sueur, c'est dégueulasse. On ne peut pas en faire en restant propre sur soi. Voilà le message de Sarkozy à Hollande : rejoins moi dans l'arène. regarde de toute façon tu n'as pas le choix. Cette arène, c'est celle du cirque médiatique.
Les gens pensent ce que les médias disent.
Refuser totalement cette aliénation est la garantie de perdre l'élection.
L'accepter est une véritable compromission dans l'opération d'avilissement de la vie politique française.
Il faut la dénoncer.
Jusqu'à ce que les médias le disent (ils n'ont aucun amour propre).
Pour que les gens le pensent.
Mais je pense qu'ils le pensent déjà. Du moins je l'espère.
24 février 2012
L'appauvrissement du débat
Quelque chose se passe dans cette campagne depuis que Nicolas Sarkozy s'est déclaré.
Un appauvrissement du débat, un changement de domaine.
Avant, il y avait la crise, de gauche ou de droite, chacun devait se déterminer.
Sarkozy espérait que cette crise soit celle de la gauche, qu'elle signe la fin d'un certain romantisme social. La gauche, elle, devait préciser sa position sur la mondialisation : qu'en faire, comment faire ?
Malgré tout, il y a quelques mois, quelques semaines, un vrai débat de société pouvait avoir lieu. Il est certain que si Juppé ou Fillon avaient été candidat plutôt que Sarkozy, ce débat réellement politique aurait eu lieu, obligeant les uns et les autres à réellement penser leur positionnement, leurs idéaux, leurs objectifs idéologiques et politiques.
Malheureusement ce n'est pas cas. C'est le président sortant qui se présente, avec son bilan.
Cette entrée en campagne se fait sous le signe de la tactique politique.
Sarkozy, dit-on, est obligé de frapper fort, de "lâcher ses coups" comme disent certains journalistes (ce qui montre le niveau de leur réflexion), de créer l'événement s'il veut inverser une tendance que les sondages indiquent comme défavorables.
Et c'est là que la campagne prend un tournant désagréable. Elle est devenue médiatique, événementielle. Et c'est jusqu'aux propositions (une par jour ?) du candidat sortant qui exhalent un parfum sinon d'arnaque en tous les cas de jeu politicien, loin d'une réflexion approfondie sur la situation et le positionnement politique.
Les attaques de Sarkozy, relayées par ses "warriors", le couteau entre le dents, induisent une nouvelle campagne. Une campagne de coups, un concours d'habileté.
Le soucis c'est que François Hollande n'a pas le choix que de le suivre sur le même terrain. Pourquoi ? Parce que c'est le terrain des médias. Il n'y a qu'à voir Marine Le Pen invitée à débattre contre Mélenchon. Elle a raison de s'offusquer. Pourquoi la confronter à Melenchon alors que le vrai débat s'articule autour de la République. Il aurait fallu la confronter à ceux qu'elle attaque vraiment : les tenants du "système", les républicains.
Mais non. Le spectacle commande et le cirque a commencé.
L'entrée de Sarkozy en campagne oblige Hollande à se situer sur ce terrain du spectacle et entraîne un véritable appauvrissement du débat. Pire ! Il fait de nouveau écran à la réflexion, au vrai bilan politique qu'est une élection présidentielle.
L'honnêteté ou la victoire, voilà le vrai slogan de Sarkozy aujourd'hui.
Mais on pourrait le compléter de :
La pensé ou la victoire
La responsabilité (politique) ou la victoire.
Le résultat sera un probable affaissement des deux candidats dans les intentions de vote. J'en suis convaincu. Le cirque médiatique va les affaiblir tous les deux. Car je pense que les gens ne seront pas dupes. Et du coup aucune propositions, même intéressante, ne sera crédible.
La campagne va devenir assourdissante et donc malsaine, inintéressante.
Sarkozy aura une responsabilité dans cette situation.
Mais Hollande peut-il refuser ce diktat ? Il le devrait mais le risque est de disparaître dans les médias. Il est aliéné donc à la tactique de Sarkozy.
Que n'approfondit-il pas ses propositions sur l'éducation ! Parce que si crise il y a, si efforts il doit y avoir, il avait raison de dire que cela implique des priorités, de donner "un sens à la rigueur". cent fois raisons. Mais il est à craindre qu'il ne puisse développer. Pas le temps. Pas médiatique. Et en rester à cette ébauche de proposition consistant à réduire cet objectif prioritaire à un seul slogan : embaucher 60 000 personnes en plus. Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas à la hauteur de l'objectif.
Mais la hauteur n'est plus à l'ordre du jour depuis que le président sortant a décidé de sortir les griffes pour garder sa place.
Dommage.
Comme d'habitude.
Un appauvrissement du débat, un changement de domaine.
Avant, il y avait la crise, de gauche ou de droite, chacun devait se déterminer.
Sarkozy espérait que cette crise soit celle de la gauche, qu'elle signe la fin d'un certain romantisme social. La gauche, elle, devait préciser sa position sur la mondialisation : qu'en faire, comment faire ?
Malgré tout, il y a quelques mois, quelques semaines, un vrai débat de société pouvait avoir lieu. Il est certain que si Juppé ou Fillon avaient été candidat plutôt que Sarkozy, ce débat réellement politique aurait eu lieu, obligeant les uns et les autres à réellement penser leur positionnement, leurs idéaux, leurs objectifs idéologiques et politiques.
Malheureusement ce n'est pas cas. C'est le président sortant qui se présente, avec son bilan.
Cette entrée en campagne se fait sous le signe de la tactique politique.
Sarkozy, dit-on, est obligé de frapper fort, de "lâcher ses coups" comme disent certains journalistes (ce qui montre le niveau de leur réflexion), de créer l'événement s'il veut inverser une tendance que les sondages indiquent comme défavorables.
Et c'est là que la campagne prend un tournant désagréable. Elle est devenue médiatique, événementielle. Et c'est jusqu'aux propositions (une par jour ?) du candidat sortant qui exhalent un parfum sinon d'arnaque en tous les cas de jeu politicien, loin d'une réflexion approfondie sur la situation et le positionnement politique.
Les attaques de Sarkozy, relayées par ses "warriors", le couteau entre le dents, induisent une nouvelle campagne. Une campagne de coups, un concours d'habileté.
Le soucis c'est que François Hollande n'a pas le choix que de le suivre sur le même terrain. Pourquoi ? Parce que c'est le terrain des médias. Il n'y a qu'à voir Marine Le Pen invitée à débattre contre Mélenchon. Elle a raison de s'offusquer. Pourquoi la confronter à Melenchon alors que le vrai débat s'articule autour de la République. Il aurait fallu la confronter à ceux qu'elle attaque vraiment : les tenants du "système", les républicains.
Mais non. Le spectacle commande et le cirque a commencé.
L'entrée de Sarkozy en campagne oblige Hollande à se situer sur ce terrain du spectacle et entraîne un véritable appauvrissement du débat. Pire ! Il fait de nouveau écran à la réflexion, au vrai bilan politique qu'est une élection présidentielle.
L'honnêteté ou la victoire, voilà le vrai slogan de Sarkozy aujourd'hui.
Mais on pourrait le compléter de :
La pensé ou la victoire
La responsabilité (politique) ou la victoire.
Le résultat sera un probable affaissement des deux candidats dans les intentions de vote. J'en suis convaincu. Le cirque médiatique va les affaiblir tous les deux. Car je pense que les gens ne seront pas dupes. Et du coup aucune propositions, même intéressante, ne sera crédible.
La campagne va devenir assourdissante et donc malsaine, inintéressante.
Sarkozy aura une responsabilité dans cette situation.
Mais Hollande peut-il refuser ce diktat ? Il le devrait mais le risque est de disparaître dans les médias. Il est aliéné donc à la tactique de Sarkozy.
Que n'approfondit-il pas ses propositions sur l'éducation ! Parce que si crise il y a, si efforts il doit y avoir, il avait raison de dire que cela implique des priorités, de donner "un sens à la rigueur". cent fois raisons. Mais il est à craindre qu'il ne puisse développer. Pas le temps. Pas médiatique. Et en rester à cette ébauche de proposition consistant à réduire cet objectif prioritaire à un seul slogan : embaucher 60 000 personnes en plus. Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas à la hauteur de l'objectif.
Mais la hauteur n'est plus à l'ordre du jour depuis que le président sortant a décidé de sortir les griffes pour garder sa place.
Dommage.
Comme d'habitude.
L'honnêteté ou la victoire ?
C’est bien la campagne électorale, on apprend des choses.
On apprend par exemple que la France s’est trop endettée, au
point de ne plus pouvoir dépenser un seul sou. Les nouveautés, il faudra les
financer avec des économies.
On apprend également que l’industrie française est quasiment
morte, que la France ne produit plus grand chose si ce n’est des services et
qu’il n’y a probablement rien à faire à court et moyen terme.
C’est bien parce qu’on ne le savait pas. On ne nous l’avait
pas dit.
Alors oui, il y en a un ou deux qui le disaient mais quand
tout le monde le dit, à droite comme à gauche, ça devient plus audible. Quand
même, on n’est pas sourd. Ce n’est que depuis quelques mois que tout ça est
vraiment articulé, montré, démontré.
Evidemment, on se demande pourquoi on ne nous l’avait pas
dit avant. Pourquoi, par exemple, le pouvoir actuel, qui est en charge depuis
dix ans, ne l’a pas crié haut et fort s’il le savait et pourquoi il ne le découvre
que maintenant s’il le ne savait pas.
On pourrait aussi se demander pourquoi l’opposition ne l’a
pas dit pendant tout ce temps. Mais il est vrai qu’elle est mal en point depuis
longtemps.
Alors comment expliquer ce phénomène ?
Tous les cinq ans nous faisons un bilan à l’occasion de
l’élection présidentielle. On arrête la course, l’action et on regarde en
arrière puis en avant. En arrière c’est le bilan, et en avant c’est le
programme.
Mais que se passe-t-il pendant la mandature ? Le
pouvoir avance-t-il tête baissée sans regarder autour de lui ? Il avance,
il avance et il ne relève la tête que quand il s’agit de conserver son mandat
au moment où il doit être renouvelé ?
Le début du mandat est occupé à faire ce qu’on a dit.
Ensuite à essayer d’avancer dans la direction indiquée. Et puis on gère les
aléas (les guerres, les crises).
Qu’est-ce qu’on a dit ? Des trucs sur le bilan d’avant
(rien ne se passait, il fallait agir, faire la rupture contre Chirac) et
proposer un programme (travailler plus pour gagner plus, combattre
l’assistanat, l’insécurité, etc.)
Il y a quand même un soucis : ce qui fait le cœur du
débat aujourd’hui : la dette, la désindustrialisation, ça ne date pas
d’hier. Et donc il faut quand même faire le constat soit d’un aveuglement dû à l’idéologie,
soit à de l’incompétence, due à l’idéologie aussi.
Rien ne prouve que l’opposition, menée par François
Hollande, soit moins idéologue, c‘est à dire moins aveugle ou moins
incompétente.
On imagine aisément Hollande, une fois élu, foncer tête baissée
à créer 60 000 emplois dans l’éducation et ne pas relever la tête sur les
problèmes qu’on ne verra que cinq ans plus tard.
Mais quand même, d’un côté on fait le constat d’incompétence
de l’autre il s’agit au pire d’un soupçon d’incompétence. Le soupçon est
préférable à la certitude.
Suis-je injuste, cruel ? Idéologue moi-même ?
Qu’est-ce que la culture du résultat ? Qu’est-ce que la
philosophie de la réussite ?
Où sont les résultats comparés aux objectifs ?
Sécurité, pouvoir d’achat, rang économique de la France… Où est la
réussite ? Chômage, pauvreté, délinquance…
Depuis quand, à droite, estime-t-on qu’il faille excuser
l’échec ? Voire le récompenser ?
Alors oui il y a eu la crise…
La France a mieux résisté à la crise. C’est peut-être vrai.
Mais c’est surtout dû à la structure de notre système bancaire. C’est à dire
que nos banques étaient moins exposées aux produits dits toxiques. Alors c’est
vrai que des choses ont été faites. Mais qui ne les auraient pas faites ?
Exactement les mêmes ?
Je ne crois pas qu’on puisse imputer à la crise l’échec du
pouvoir actuel.
On peut penser que l’opposition, ne sera pas mieux, ni pire,
ça sera la même chose. Mais on n’en est pas sûr.
Je trouverais incroyable, inouï, inédit que Sarkozy soit
réélu. Je trouverais extrêmement injuste que Hollande ne devienne pas le
prochain président de la République.
Ça serait le résultat d’une campagne électorale. C’est à
dire d’un combat tactique, d’une propagande habile, d’un discours travaillé
comme un slogan publicitaire.
La réussite de l’intelligence politicienne et non pas celle
de l’intelligence politique. Le succès du sophiste. Le succès du plus pur
cynisme.
C’est contre ce cynisme là qu’il faut également voter.
Car si la politique de François Hollande risque de ne pas
être vraiment différente, sur le plan économique et social, de celle de
Sarkozy, car la marge de manœuvre du politique aujourd’hui est très réduite, il
reste que la campagne à laquelle nous assistons montre une chose : l’image
que chaque candidat a de nous.
Et celle que nous renvoie Sarkozy n’est réellement pas
glorieuse.
S’il l’emportait, nous serions alors les enfants, les
jouets, et les victimes d’une mascarade qui aura définitivement signé l’échec
de la pensée et de la politique.
Je pense que notre vote a cet enjeu également. Celui de
décider quel peuple on a envie d’être.
Ne nous méprenons pas, François Hollande n’est pas exempt de
reproches. Quand il désigne la finance comme son seul ennemi, quand il ne cesse
de stigmatiser les « riches » sans distinction, il fait de la
politique politicienne lui aussi. Il fait une « campagne de premier
tour ».
Chacun sait que s’il ne le faisait pas, il serait pour lui
inutile de s’engager dans la bataille. Son sort serait simplement celui de
Jospin.
Comme si la gauche n’avait d’autre choix que : l’honnêteté
ou la victoire.
Je crois qu’il s’agit de ça aujourd’hui, il s’agit vraiment
de savoir s’il ne nous reste plus que cette alternative : l’honnêteté ou
la victoire.
Et cette alternative, ce choix forcé, bref cette figure de
l’aliénation, c’est bien Nicolas Sarkozy qui nous l’impose.
Il faut la refuser.
05 février 2012
Le conflit des fantasmes et le visage de la République
La confrontation qui s'annonce entre la droite représentée par Nicolas Sarkozy et la gauche représentée par François Hollande a des allures de jeu de dupe politique.
Chaque camp a ses fantasmes et ce sont ces fantasmes qui caractérisent chaque camps.
La droite française est depuis des années animée du fantasme libéral : réduire l'intervention de l'Etat au maximum, laisser les entreprises libres de faire ce qu'elles veulent, remettre en cause le droit du travail, le droit de grève, remettre en cause les services publics et la protection sociale.
La gauche française est animée du fantasme socialiste : renforcer l'intervention de l'Etat, étendre les services publics, comprendre chaque revendication, accepter tout le monde, égaliser les statuts.
Ce sont des horizons. Le soleil libéral brille au loin, l'étoile socialiste éclaire le chemin.
Mais ces fantasmes se heurtent évidemment au principe de réalité.
La réalité c'est que la France ne veut pas du libéralisme. Elle ne veut pas qu'on casse l'éducation nationale, la sécurité sociale etc... La réalité, c'est que la mondialisation interdit le socialisme. Le monde a choisi son système économique pour un bon bout de temps et changer le système, c'est changer le monde et non pas la France seule.
Le jeu de l'accession au pouvoir induit donc un savant mélange entre fantasme et réalité. Les discours se musclent au son du fantasme et les actes s'accomplissent à la lumière de la réalité.
Il ne faut pas croire que les fantasmes en restent aux discours.
Sarkozy a fait le paquet fiscal, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, l'allègement de charge des heures supplémentaires, la limitation du droit de grève. On peut quand même dire que la dose de libéralisme dans sa politique a été cosmétique. Disons qu'il y a eu et il y a dans ses positions une tendance.
De même pour la gauche au pouvoir ou en campagne. Les trente cinq heures surtout ont été un coup électoral quand la question du chômage structurel était la question numéro un. Partager le temps de travail comme si le gâteau des emplois était stable et ne s'adaptait pas à la conjoncture. On peut se demander si les socialistes y ont vraiment cru. En revanche, à l'époque, c'était la seule proposition nouvelle et concrète pour s'attaquer au problème du chômage. Et les législatives ont été gagnées sur ce thème.
Mais les socialistes aujourd'hui savent que leur marge de manoeuvre est proche de zéro. La crise rend encore plus aigüe ce manque de souplesse. Ils savent aussi qu'idéologiquement ils n'ont jamais trouvé la parade à la mondialisation. Maastricht leur a porté un coup fatal. L'idéal socialiste n'a pas su s'adapter au monde nouveau.
Alors finalement, nous allons assister à une bataille de fantasmes. Tout sera clair sur les tendances de chacun. Mais au final, les fantasmes sont des restes d'idéologie, et aucun des deux candidat n'est dupe de ces illusions.
Sarkozy va se défendre d'être libéral, Hollande va se défendre d'être socialiste alors que chacun va mettre en avant qui son libéralisme, qui son socialisme.
Oui, la différence entre les deux est une différence d'horizon, une différence de tendance mais dans la réalité, les deux se situent dans un mouchoir de poche politique.
Les extrémistes de tout bord, les rêveurs et les idéalistes s'en offusqueront, s'en scandaliseront.
Ce n'est pas mon cas. Je trouve ça plutôt très bien. Je voterai toujours Sarkozy contre Mélenchon, je voterai toujours Hollande contre Le Pen.
Je préfère que le fantasme reste à sa place.
Ce qui est gênant c'est que ces fantasmes empêchent les uns et les autres d'adopter les bonnes idées de chacun. L'augmentation de la TVA, Hollande pourrait le faire, plus ciblée, plus "juste", mais c'est dommage qu'il se l'interdise. La remise en cause du "dégraissage" de la fonction publique, Sarkozy pourrait y renoncer dans son côté bêtement systématique et en particulier dans l'éducation nationale ou la police. c'était aussi stupide que les trente-cinq heures.
Les fantasmes restent à leur place mais colorent quand même les actions et sclérosent un peu les positions.
Alors quel sera le vrai choix si les politiques seront finalement, à quelque détail près, les mêmes ?
Evidemment une certaine conception du pouvoir.
C'est là que la personnalité du président entre en jeu.
Quelle que soit la pertinence de quelques propositions de Sarkozy, et en admettant qu'il cesse d'être un idéologue en campagne, je crois que le président sortant est grillé. Il n'est plus crédible. Il peut s'agiter de nouveau, se révolutionner de nouveau, rompre avec lui-même, c'est fini. Il a été trop loin dans sa pratique stupide et ostentatoire du pouvoir. Oui il a voulu décomplexer la droite. Oui il a affirmé aimer l'argent, la réussite et le pouvoir. Il le paie aujourd'hui et je pense qu'il perdra l'élection à cause de ça. Je n'imagine pas les électeurs être dupe de ses confessions, de ses regrets et de ses nouvelles propositions. Je ne crois pas un seul instant qu'un animal politique aussi doué et aussi féroce que Sarkozy puisse avoir réellement changé.
C'est sa pratique du pouvoir qui doit et va être sanctionnée.
Donc Hollande a ses chances d'autant plus qu'il vend, au travers de sa personnalité, une pratique du pouvoir toute différente : normale, à l'écoute, bienveillante. Et depuis le Bourget et son passage sur France 2, nous savons aujourd'hui que ça n'est pas au détriment de la pugnacité, de la détermination, de la fermeté.
De quoi pouvons nous avoir peur ? De ce qu'il applique une politique que la droite, dans la conviction qui est la sienne que le pouvoir lui appartient de droit, qualifie de folie ?
Aucun risque. Chez Hollande comme chez Sarkozy, le fantasme reste à sa place.
Non, nous n'avons rien à craindre de Hollande, au contraire. Il sera pragmatique.
Mais surtout, je pense qu'il est quelqu'un que le pouvoir ne peut corrompre, dont le pouvoir ne peut pervertir ni la bienveillance ni l'intelligence.
Et à pragmatisme égal, à politique égale, à marge de manoeuvre égale, le choix est finalement facile.
Que ceux qui croient au changement de système ou de société se détournent de ces deux candidats. C'est naturel, c'est compréhensible.
Mais que ceux qui croient plutôt au dur labeur d'adapter la société française à la mondialisation, de garder la France dans le rang des pays modernes, démocratiques, travaillant toujours à ne pas sacrifier la justice à l'efficacité, que ceux-là n'aient pas peur de préférer Hollande à Sarkozy. Car à volonté égale, il donnera un visage bien plus apaisé, bien plus agréable et bien plus proche de nous à la République.
Chaque camp a ses fantasmes et ce sont ces fantasmes qui caractérisent chaque camps.
La droite française est depuis des années animée du fantasme libéral : réduire l'intervention de l'Etat au maximum, laisser les entreprises libres de faire ce qu'elles veulent, remettre en cause le droit du travail, le droit de grève, remettre en cause les services publics et la protection sociale.
La gauche française est animée du fantasme socialiste : renforcer l'intervention de l'Etat, étendre les services publics, comprendre chaque revendication, accepter tout le monde, égaliser les statuts.
Ce sont des horizons. Le soleil libéral brille au loin, l'étoile socialiste éclaire le chemin.
Mais ces fantasmes se heurtent évidemment au principe de réalité.
La réalité c'est que la France ne veut pas du libéralisme. Elle ne veut pas qu'on casse l'éducation nationale, la sécurité sociale etc... La réalité, c'est que la mondialisation interdit le socialisme. Le monde a choisi son système économique pour un bon bout de temps et changer le système, c'est changer le monde et non pas la France seule.
Le jeu de l'accession au pouvoir induit donc un savant mélange entre fantasme et réalité. Les discours se musclent au son du fantasme et les actes s'accomplissent à la lumière de la réalité.
Il ne faut pas croire que les fantasmes en restent aux discours.
Sarkozy a fait le paquet fiscal, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, l'allègement de charge des heures supplémentaires, la limitation du droit de grève. On peut quand même dire que la dose de libéralisme dans sa politique a été cosmétique. Disons qu'il y a eu et il y a dans ses positions une tendance.
De même pour la gauche au pouvoir ou en campagne. Les trente cinq heures surtout ont été un coup électoral quand la question du chômage structurel était la question numéro un. Partager le temps de travail comme si le gâteau des emplois était stable et ne s'adaptait pas à la conjoncture. On peut se demander si les socialistes y ont vraiment cru. En revanche, à l'époque, c'était la seule proposition nouvelle et concrète pour s'attaquer au problème du chômage. Et les législatives ont été gagnées sur ce thème.
Mais les socialistes aujourd'hui savent que leur marge de manoeuvre est proche de zéro. La crise rend encore plus aigüe ce manque de souplesse. Ils savent aussi qu'idéologiquement ils n'ont jamais trouvé la parade à la mondialisation. Maastricht leur a porté un coup fatal. L'idéal socialiste n'a pas su s'adapter au monde nouveau.
Alors finalement, nous allons assister à une bataille de fantasmes. Tout sera clair sur les tendances de chacun. Mais au final, les fantasmes sont des restes d'idéologie, et aucun des deux candidat n'est dupe de ces illusions.
Sarkozy va se défendre d'être libéral, Hollande va se défendre d'être socialiste alors que chacun va mettre en avant qui son libéralisme, qui son socialisme.
Oui, la différence entre les deux est une différence d'horizon, une différence de tendance mais dans la réalité, les deux se situent dans un mouchoir de poche politique.
Les extrémistes de tout bord, les rêveurs et les idéalistes s'en offusqueront, s'en scandaliseront.
Ce n'est pas mon cas. Je trouve ça plutôt très bien. Je voterai toujours Sarkozy contre Mélenchon, je voterai toujours Hollande contre Le Pen.
Je préfère que le fantasme reste à sa place.
Ce qui est gênant c'est que ces fantasmes empêchent les uns et les autres d'adopter les bonnes idées de chacun. L'augmentation de la TVA, Hollande pourrait le faire, plus ciblée, plus "juste", mais c'est dommage qu'il se l'interdise. La remise en cause du "dégraissage" de la fonction publique, Sarkozy pourrait y renoncer dans son côté bêtement systématique et en particulier dans l'éducation nationale ou la police. c'était aussi stupide que les trente-cinq heures.
Les fantasmes restent à leur place mais colorent quand même les actions et sclérosent un peu les positions.
Alors quel sera le vrai choix si les politiques seront finalement, à quelque détail près, les mêmes ?
Evidemment une certaine conception du pouvoir.
C'est là que la personnalité du président entre en jeu.
Quelle que soit la pertinence de quelques propositions de Sarkozy, et en admettant qu'il cesse d'être un idéologue en campagne, je crois que le président sortant est grillé. Il n'est plus crédible. Il peut s'agiter de nouveau, se révolutionner de nouveau, rompre avec lui-même, c'est fini. Il a été trop loin dans sa pratique stupide et ostentatoire du pouvoir. Oui il a voulu décomplexer la droite. Oui il a affirmé aimer l'argent, la réussite et le pouvoir. Il le paie aujourd'hui et je pense qu'il perdra l'élection à cause de ça. Je n'imagine pas les électeurs être dupe de ses confessions, de ses regrets et de ses nouvelles propositions. Je ne crois pas un seul instant qu'un animal politique aussi doué et aussi féroce que Sarkozy puisse avoir réellement changé.
C'est sa pratique du pouvoir qui doit et va être sanctionnée.
Donc Hollande a ses chances d'autant plus qu'il vend, au travers de sa personnalité, une pratique du pouvoir toute différente : normale, à l'écoute, bienveillante. Et depuis le Bourget et son passage sur France 2, nous savons aujourd'hui que ça n'est pas au détriment de la pugnacité, de la détermination, de la fermeté.
De quoi pouvons nous avoir peur ? De ce qu'il applique une politique que la droite, dans la conviction qui est la sienne que le pouvoir lui appartient de droit, qualifie de folie ?
Aucun risque. Chez Hollande comme chez Sarkozy, le fantasme reste à sa place.
Non, nous n'avons rien à craindre de Hollande, au contraire. Il sera pragmatique.
Mais surtout, je pense qu'il est quelqu'un que le pouvoir ne peut corrompre, dont le pouvoir ne peut pervertir ni la bienveillance ni l'intelligence.
Et à pragmatisme égal, à politique égale, à marge de manoeuvre égale, le choix est finalement facile.
Que ceux qui croient au changement de système ou de société se détournent de ces deux candidats. C'est naturel, c'est compréhensible.
Mais que ceux qui croient plutôt au dur labeur d'adapter la société française à la mondialisation, de garder la France dans le rang des pays modernes, démocratiques, travaillant toujours à ne pas sacrifier la justice à l'efficacité, que ceux-là n'aient pas peur de préférer Hollande à Sarkozy. Car à volonté égale, il donnera un visage bien plus apaisé, bien plus agréable et bien plus proche de nous à la République.
17 décembre 2011
Chronique de la crise (4) - Le tripolet
Le tripolet (prononciation anglaise de triple A, soit de la meilleure note AAA donnée par les agences de notation).
Il est cocasse aujourd'hui de voir le gouvernement se préparer à la dégradation de la note de l'Etat français en en minimisant l'impact (Juppé estime que ça ne serait pas un cataclysme) alors qu'il n'y a pas si longtemps, les ténors de la majorité accusaient Hollande ou Attali de tenir des propos irresponsables quand ces derniers suggéraient une anticipation de cette dégradation par les marchés.
Extrait du figaro du 10 novembre :
"La ministre du Budget, Valérie Pécresse, a qualifié aujourd'hui d'"irresponsables" les propos tenus par l'ex-président de la BERD Jacques Attali, qui a estimé que la France avait déjà perdu de facto sa note "AAA".
"Des propos de ce type sont irresponsables car ils sont faux : aujourd'hui nous faisons tout pour garder ce "AAA". Dire le "AAA" est déjà perdu, se réjouir déjà du pire, c'est irresponsable", a-t-elle clamé. La ministre a ajouté que c'était aussi "démobilisateur pour des Français à qui nous demandons de faire davantage d'efforts". "
Pour Valérie Pécresse, la perte du tripolet était alors le pire.
Depuis le dernier sommet de la dernière chance, on parle de la prochaine dégradation de la note de la France. De même que l'on parle beaucoup de la dégradation des relations entre la France et l'Angleterre. A la germanophobie s'est substituée l'anglophobie. Les deux sujets sont liés puisque c'est bien cette menace sur le tripolet français qui pousse certains membres du gouvernement à affirmer qu'il serait plus juste de dégrader la note de l'Angleterre plutôt que celle de la France. Sympa pour l'économie anglaise.
On a l'impression que le gouvernement perd un peu son sang froid après - ne disons pas l'échec - le peu de succès du dernier sommet de la dernière chance.
La politisation de la crise par Sarkozy continue de creuser sa propre dette. Comme le lui reproche François Hollande dans le Monde :
"... le président-candidat se garde bien de consulter l'opposition. Il en appelle à l'union nationale, ce qui est cocasse venant de celui qui n'a cessé d'entretenir des divisions, et se prive, sur des questions essentielles, de l'avis de ceux qui pourraient être demain en charge du pays."
Si cette crise est bien la plus grave qu'ait connu la zone euro depuis sa création et menace l'Europe de dislocation, on ne comprend pas bien pourquoi le président Sarkozy n'ait pas effectivement convoqué autour de lui les forces politiques responsables afin de faire parler la France d'une seule voix, de trouver des solutions acceptées par tous, assumées par tous face à un danger terrible.
Si Sarkozy a finalement choisi d'utiliser la crise pour relancer une popularité perdue et espérer gagner l'élection présidentielle, choisissant la confrontation politique plutôt que l'unité nationale, profitant de la situation pour imposer une vision de la société que beaucoup rejettent en la présentant comme n'ayant aucune alternative possible, c'est bien que le président ne croit pas à la gravité de la situation, ou alors, s'il y croit, il manque de la grandeur nécessaire pour y faire face.
Dans les deux cas, il est en faute. Quant à Hollande, que peut-il bien faire ? Il n'est pas aux affaires. Il ne peut être que dans le commentaire. Il sait bien qu'il n'aura que très peu de marges de manœuvre s'il est élu. Il n'est pas stupide et quand il dit qu'il renégociera le traité (je me demande s'il croit vraiment qu'il y aura un traité. Pas sûr) c'est en précisant que ce serait pour y ajouter un volet relatif à la croissance. Ce dont nul ne conteste la nécessité.
On peut donc retenir cette semaine le scepticisme des marchés vis à vis des décisions prises lors du dernier sommet européen. Un traité ? Oui, très bien. Lequel ? Quand ? Signé par qui ? Autant d'interrogations qui ne rassurent pas face à l'urgence de la situation.
On peut également retenir l'erreur historique de Sarkozy consistant à se servir de la crise pour taper sur les socialistes. Il a perdu l'occasion de montrer qu'il pouvais être un grand président, au-dessus des polémiques politiciennes, capable de prendre la mesure de circonstances qui demandent de la hauteur. Il aurait fallu galvaniser la France dans sa diversité d'opinions, donner une perspective face aux efforts demandés, réunir tout le monde. Mobiliser plutôt que diviser. Aurait-ce été impossible ? Peut-être aurait-il fallu qu'il ne se représente pas. Qu'il laisse un Fillon se présenter à sa place. Il n'aurait pas couru le risque d'être accusé d'instrumentalisation. Il aurait pu ainsi se placer au-dessus des différences et faire accepter un certain nombre de décisions. Mais pour cela il aurait aussi fallu assumer un bilan plutôt négatif. Ça n'aurait pas été déshonorant. Quand Sarkozy a été élu, il n'y avait pas cette crise.
Qu'a pensé Georges Bush le 11 septembre 2001 ? S'est-il dit : "je n'ai pas de pot" ? ou bien : "Voilà l'occasion que j'attendais "?
Ce qui est certain, c'est qu'en 40, au moment de la chute de la France, De Gaulle ne s'est pas dit :"Je n'ai pas de pot". Il ne s'est probablement pas dit "Voici l'occasion que j'attendais". Mais ce qui est sûr, c'est que c'était bien l'occasion qu'il attendait. Il l'avait écrit dans une dissertation à l'âge de 12 ans je crois.
Que semble s'être dit Sarkozy ?
"Voici l'occasion d'en finir une bonne fois pour toute avec la gauche..."
Ce n'est pas vraiment du tripolet politique.
11 décembre 2011
Chronique de la crise (3) La notation allemande
Le sommet de Bruxelles des 8 et 9 décembre, sommet présenté comme d'habitude comme celui de la dernière chance, s'est terminé sur deux événements : Le projet d'un nouveau traité européen et la sortie consécutive de l'Angleterre de ce qui sera peut-être cette nouvelle Europe.
Il est possible que rien de tout cela ne se passe et que la dégradation de la note des états AAA - si elle intervient - entraîne de nouvelles conséquences, de nouvelles décisions, bref de nouveaux sommets de la dernière chance.
Le traité de Maastricht prévoyait déjà que tous les Etats signataires s'engagent à ne pas dépasser un déficit représentant 3% du PIB faute de quoi ils s'exposaient à des sanctions. C'était déjà un traité de la rigueur et c'est bien pour cela que nombre de partis de gauche (PC en premier) y voyaient un empêchement de faire une politique alternative. Pourquoi ? Parce qu'embaucher des fonctionnaires, rehausser le SMIC, mieux s'occuper des chômeurs, des hôpitaux etc... ça coûte cher. Il faut creuser le déficit. Si c'est interdit, c'est plus difficile.
D'ailleurs, la France comme l'Allemagne ont dérogé à cette règle inscrite dans le traité de Maastricht. Les deux Etats ont à un moment décidé de passer outre le limite des 3%. Les meilleurs élèves de l'Europe se sont mis hors la loi (du traité). On peut se demander si ça n'a pas eu un très mauvais effet d'entraînement. On peut se demander aussi du coup quelle valeur va avoir ce nouveau traité.
Quand un Etat souverain décide de creuser son déficit parce que fort de sa légitimité démocratique il estime devoir le faire " à la demande de son peuple" par exemple, sur tel ou tel sujet, on peut se demander ce qui peut l'en empêcher. Un traité européen ? Il peut demander une dérogation. Une règle d'or ? Une constitution se change. Alors oui, c'est plus difficile de transformer la constitution que d'abroger une loi mais ce n'est pas impossible. Ce que je veux demander ici c'est : quelle est la nécessité d'adopter un nouveau traité?
Il y en a une évidemment : rassurer les marchés.
C'est comme si on disait aux marchés qui doutent de l'Europe, qui pensent que l'Europe est de moins en moins fiable et qui du coup ont de plus en plus de mal à lui prêter de l'argent, c'est comme si on leur disait:
"Oui, on sait, on a beaucoup dépensé, on s'est beaucoup endettés, malgré nos promesses de ne pas le faire. Oui, on sait, depuis quelques mois, on dit beaucoup de chose mais vous ne nous croyez pas. Et on vous comprend. Alors là, on va faire un truc fort, on va faire un nouveau traité contraignant qui nous interdit, mais alors là vraiment, pas comme à Maastricht, de dépenser et de s'endetter trop. On va le faire, promis, tout le monde promet (sauf les anglais), là vous ne pourrez pas dire qu'on ne fait pas d'effort pour redevenir fiable. Alors ? On est fiable ? Vous êtes rassurés ?"
Mais ce n'est pas le projet de traité qui est important.
C'est le rôle de la BCE.
En Europe on a une banque centrale, comme dans les autres grands pays, mais elle ne peut pas faire la même chose que les autres. Elle ne peut pas intervenir si il y a des problèmes. Incroyable!
C'est normal puisqu'en fait on n'est pas UN pays, on n'a pas une seule politique.
Mais c'est sûr que si la banque centrale européenne pouvait intervenir comme une banque centrale normale, les marchés, on pourrait les rassurer plus facilement.
Et tout l'enjeu est là.
L'Allemagne ne veut pas que la BCE intervienne si les états européens ne veulent pas se réformer, devenir plus sérieux, bref n'adoptent pas la règle d'or.
C'est compréhensible. On ne prête pas de l'argent à quelqu'un qui le dépense chaque soir au casino.
L'Allemagne dit à l'Europe : vous ne faites pas ce qu'il faut pour que la BCE puisse changer de statut et intervenir, ce qui serait la seule chance de rassurer les marchés et de sortir de la crise.
Alors on fait des trucs, on change des trucs et on se tourne vers l'Allemagne et on lui demande : Et là ? Ça va ? Maintenant la BCE peut se réformer ?
Bref l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe. Si elle est contente du prochain traité (quelle a poussé), alors la voie s'ouvrira pour une réforme de la BCE, ce qui ouvrira la voie pour un apaisement des marchés. Tout ça n'a pas besoin d'être concrétisé. Il suffit que tous soient convaincus que ça va se faire.
On peut se demander si justement ce n'est pas parce que l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe que l'Angleterre n'est pas vraiment dans l'Europe.
Alors on nous dit : La bonne gestion ce n'est pas allemand, ce n'est pas de droite, c'est juste de la bonne gestion. Et on ajoute : dire que c'est l'Allemagne qui décide c'est faire de la germanophobie.
Ce n'est pas faire de la germanophobie que de décrire la réalité. Il ne s'agit pas ici de dire que c'est mal ou bien. Il s'agit de dire comment ça se passe.
Alors évidemment, aujourd'hui, la crise écrase le débat de la campagne électorale en France. L'UMP fait comme si il n'y avait pas de débat possible. Il y a ceux qui veulent bien gérer et ceux qui veulent mal gérer. Les premiers sauvent la France, les seconds la mettent en danger.
Ce débat est un leurre. Et d'ailleurs la question de la règle d'or en est une conséquence et la politisation de cette question par Sarkozy a interdit tout espoir de la voter avant les élections.
Il faudra quand même que François Hollande parvienne à imposer la bonne question, la question essentielle, celle qui n'est pas un leurre, la question politique, discriminante pour le choix du président : La bonne gestion, oui, mais pour quoi faire ?
Si la gauche ne parvient pas à recentrer le débat sur ce sujet, elle perdra l'élection.
PS : article éclairant sur le leadership de l'Allemagne en EUrope
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/12/11/l-allemagne-vraie-reussite-et-faux-modele_1616160_3234.html
Il est possible que rien de tout cela ne se passe et que la dégradation de la note des états AAA - si elle intervient - entraîne de nouvelles conséquences, de nouvelles décisions, bref de nouveaux sommets de la dernière chance.
Le traité de Maastricht prévoyait déjà que tous les Etats signataires s'engagent à ne pas dépasser un déficit représentant 3% du PIB faute de quoi ils s'exposaient à des sanctions. C'était déjà un traité de la rigueur et c'est bien pour cela que nombre de partis de gauche (PC en premier) y voyaient un empêchement de faire une politique alternative. Pourquoi ? Parce qu'embaucher des fonctionnaires, rehausser le SMIC, mieux s'occuper des chômeurs, des hôpitaux etc... ça coûte cher. Il faut creuser le déficit. Si c'est interdit, c'est plus difficile.
D'ailleurs, la France comme l'Allemagne ont dérogé à cette règle inscrite dans le traité de Maastricht. Les deux Etats ont à un moment décidé de passer outre le limite des 3%. Les meilleurs élèves de l'Europe se sont mis hors la loi (du traité). On peut se demander si ça n'a pas eu un très mauvais effet d'entraînement. On peut se demander aussi du coup quelle valeur va avoir ce nouveau traité.
Quand un Etat souverain décide de creuser son déficit parce que fort de sa légitimité démocratique il estime devoir le faire " à la demande de son peuple" par exemple, sur tel ou tel sujet, on peut se demander ce qui peut l'en empêcher. Un traité européen ? Il peut demander une dérogation. Une règle d'or ? Une constitution se change. Alors oui, c'est plus difficile de transformer la constitution que d'abroger une loi mais ce n'est pas impossible. Ce que je veux demander ici c'est : quelle est la nécessité d'adopter un nouveau traité?
Il y en a une évidemment : rassurer les marchés.
C'est comme si on disait aux marchés qui doutent de l'Europe, qui pensent que l'Europe est de moins en moins fiable et qui du coup ont de plus en plus de mal à lui prêter de l'argent, c'est comme si on leur disait:
"Oui, on sait, on a beaucoup dépensé, on s'est beaucoup endettés, malgré nos promesses de ne pas le faire. Oui, on sait, depuis quelques mois, on dit beaucoup de chose mais vous ne nous croyez pas. Et on vous comprend. Alors là, on va faire un truc fort, on va faire un nouveau traité contraignant qui nous interdit, mais alors là vraiment, pas comme à Maastricht, de dépenser et de s'endetter trop. On va le faire, promis, tout le monde promet (sauf les anglais), là vous ne pourrez pas dire qu'on ne fait pas d'effort pour redevenir fiable. Alors ? On est fiable ? Vous êtes rassurés ?"
Mais ce n'est pas le projet de traité qui est important.
C'est le rôle de la BCE.
En Europe on a une banque centrale, comme dans les autres grands pays, mais elle ne peut pas faire la même chose que les autres. Elle ne peut pas intervenir si il y a des problèmes. Incroyable!
C'est normal puisqu'en fait on n'est pas UN pays, on n'a pas une seule politique.
Mais c'est sûr que si la banque centrale européenne pouvait intervenir comme une banque centrale normale, les marchés, on pourrait les rassurer plus facilement.
Et tout l'enjeu est là.
L'Allemagne ne veut pas que la BCE intervienne si les états européens ne veulent pas se réformer, devenir plus sérieux, bref n'adoptent pas la règle d'or.
C'est compréhensible. On ne prête pas de l'argent à quelqu'un qui le dépense chaque soir au casino.
L'Allemagne dit à l'Europe : vous ne faites pas ce qu'il faut pour que la BCE puisse changer de statut et intervenir, ce qui serait la seule chance de rassurer les marchés et de sortir de la crise.
Alors on fait des trucs, on change des trucs et on se tourne vers l'Allemagne et on lui demande : Et là ? Ça va ? Maintenant la BCE peut se réformer ?
Bref l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe. Si elle est contente du prochain traité (quelle a poussé), alors la voie s'ouvrira pour une réforme de la BCE, ce qui ouvrira la voie pour un apaisement des marchés. Tout ça n'a pas besoin d'être concrétisé. Il suffit que tous soient convaincus que ça va se faire.
On peut se demander si justement ce n'est pas parce que l'Allemagne est en position d'agence de notation de l'Europe que l'Angleterre n'est pas vraiment dans l'Europe.
Alors on nous dit : La bonne gestion ce n'est pas allemand, ce n'est pas de droite, c'est juste de la bonne gestion. Et on ajoute : dire que c'est l'Allemagne qui décide c'est faire de la germanophobie.
Ce n'est pas faire de la germanophobie que de décrire la réalité. Il ne s'agit pas ici de dire que c'est mal ou bien. Il s'agit de dire comment ça se passe.
Alors évidemment, aujourd'hui, la crise écrase le débat de la campagne électorale en France. L'UMP fait comme si il n'y avait pas de débat possible. Il y a ceux qui veulent bien gérer et ceux qui veulent mal gérer. Les premiers sauvent la France, les seconds la mettent en danger.
Ce débat est un leurre. Et d'ailleurs la question de la règle d'or en est une conséquence et la politisation de cette question par Sarkozy a interdit tout espoir de la voter avant les élections.
Il faudra quand même que François Hollande parvienne à imposer la bonne question, la question essentielle, celle qui n'est pas un leurre, la question politique, discriminante pour le choix du président : La bonne gestion, oui, mais pour quoi faire ?
Si la gauche ne parvient pas à recentrer le débat sur ce sujet, elle perdra l'élection.
PS : article éclairant sur le leadership de l'Allemagne en EUrope
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/12/11/l-allemagne-vraie-reussite-et-faux-modele_1616160_3234.html
06 décembre 2011
Chronique de la crise (2)
Deux événements depuis le dernier post : la rencontre Sarkozy-Merkel et la "mise sous surveillance négative" de la note des pays AAA de la zone euro, dont l'Allemagne et la France.
La rencontre d'abord. Elle accouche essentiellement d'un projet de traité. Un traité qui devrait obliger les pays de la zone euro à adopter une règle d'or. La règle d'or, en gros, consiste à rendre anticonstitutionnel un certain niveau de déficit public. Si tout se passe bien - ce qui est loin d'être certain - tout ceci ne devrait pas être mis en oeuvre avant plusieurs mois. Mais enfin, on peut imaginer que si tous les pays européens qui vont se réunir d'ici deux jours acceptent ce projet de traité, le message sera lancé aux marchés pour restaurer une certaine confiance.
Il y a une crise réelle et grave. Elle nécessite des réponses fortes et courageuses. Mais on ne peut s'empêcher de penser que cette crise est peut-être en train de sauver Sarkozy. Et le problème, c'est qu'il ne se cache pas d'en jouir. J'en veux pour preuve la politisation systématique de ses interventions, les attaques récurrentes contre l'opposition alors que la situation est très sérieuse. A l'écouter, les socialistes sont responsables de la crise en France. Ce qu'ils ont fait il y a dix ans et ce qu'ils disent aujourd'hui, voilà leur crime. Et en plus, ils ne veulent pas de la règle d'or. Ils seront responsables de l'échec si jamais le nouveau traité n'est pas adopté.
Ça me fait penser à ce qui se passe souvent dans la production cinématographique. Un producteur demande à son réalisateur de revoir son scénario ou ses prétentions de mise en scène parce qu'il ne parvient pas à trouver les financements exigés par le devis. Le réalisateur râle et accuse le producteur de baisser les bras, de ne pas être à la hauteur. Finalement il rompt avec lui et va chercher un autre producteur, refusant de revoir son ambition à la baisse. Le second producteur lui tient le même langage et là le réalisateur est obligé de s'incliner. Résultat le premier producteur a perdu le film qui se fait avec les ajustements budgétaires nécessaires.
C'est ce qui risque de se passer avec Nicolas Sarkozy. A force de ne rien dire de son bilan, d'avoir un discours si manipulateur, et à force finalement de politiser son action, d'instrumentaliser la crise à des fins électorales, le président sortant ne peut plus rien demander aux français. A force d'avoir été et de rester un idéologue il n'est plus en mesure d'obtenir la confiance nécessaire pour entraîner son pays sur la voie d'une douloureuse révision. Il est probable que si la règle d'or doit être votée un peu partout, la France la votera, mais pas sous Sarkozy et pas si c'est Sarkozy qui le demande.
C'est idiot, hein ? C'est la démocratie. Les dirigeants doivent garder la confiance des gens. C'est pourquoi il ne faut pas, même en des temps paisibles, trop exagérer, trop profiter du pouvoir. Parce qu'en temps de crise, on n'a plus trop de pouvoir.
L'action de Standard and Poor's.
Vous aviez déjà entendu parler des agences de notation il y a, disons, un an ? Que se passe-t-il ? Tout d'un coup, elles disent des trucs. Des trucs qui ont des conséquences terribles. Mais avant ? Elles ne disaient rien ou on ne les écoutaient pas ? (je veux dire, nous, les gens, qui ne travaillons pas dans la finance).
Les agences de notation sont là pour dire si celui à qui vous prêtez de l'argent est fiable. S'il a de bonnes chance de vous le rendre. Et donc elle notes les emprunteurs. AAA, c'est la meilleure note. Et donc, quand on est fiable, on emprunte moins cher. Parce que le risque se paie. Si vous prêtez à quelqu'un qui ne fait que jouer au casino, vous avez des chances de ne jamais revoir votre argent. Alors vous demandez cher pour prêter. Vous faites rémunérer votre risque. Donc, si la France par exemple perd son AAA, la meilleure note, elle empruntera plus cher. Et son déficits public se creusera encore plus. Et elle pourra encore moins investir dans des projets d'avenir. Bref, ça serait un coup dur, même si on estime aujourd'hui qu'elle emprunte à des taux qui de toute façon ne sont plus vraiment AAA. Qu'importe.
Les agences de notation, on les entend parler. Elles ont toujours parlé. Elles ont toujours noté les Etats. Mais maintenant on fait attention. Je me demande quand même si elles ne commencent pas à ne plus se sentir maintenant qu'on les écoute. Elle disent à quelle condition elle pourraient donner une meilleure note.
La donne a changé. La situation a changé. Et donc je crois que le poids d'une agence de notation n'est plus le même. Sa fonction a changé. C'était une expertise. C'est devenu une prophétie, une pression.
C'est la preuve de la perte de souveraineté des Etats due à la mondialisation. La politique ne se décide plus vraiment à l'intérieur. Voir une agence de notation noter les projets de réforme devient réellement embarrassant. On dit : on ne tape pas sur le messager. Mais là, le messager en fait trop. La médiatisation des décisions des agences de notation a un effet. Un peu comme les acteurs qui deviennent célèbres. Souvent ils y croient. Ils sont dupes de leur célébrité. Et ils commencent à faire des choix pour de mauvaises raison.
La rencontre d'abord. Elle accouche essentiellement d'un projet de traité. Un traité qui devrait obliger les pays de la zone euro à adopter une règle d'or. La règle d'or, en gros, consiste à rendre anticonstitutionnel un certain niveau de déficit public. Si tout se passe bien - ce qui est loin d'être certain - tout ceci ne devrait pas être mis en oeuvre avant plusieurs mois. Mais enfin, on peut imaginer que si tous les pays européens qui vont se réunir d'ici deux jours acceptent ce projet de traité, le message sera lancé aux marchés pour restaurer une certaine confiance.
Il y a une crise réelle et grave. Elle nécessite des réponses fortes et courageuses. Mais on ne peut s'empêcher de penser que cette crise est peut-être en train de sauver Sarkozy. Et le problème, c'est qu'il ne se cache pas d'en jouir. J'en veux pour preuve la politisation systématique de ses interventions, les attaques récurrentes contre l'opposition alors que la situation est très sérieuse. A l'écouter, les socialistes sont responsables de la crise en France. Ce qu'ils ont fait il y a dix ans et ce qu'ils disent aujourd'hui, voilà leur crime. Et en plus, ils ne veulent pas de la règle d'or. Ils seront responsables de l'échec si jamais le nouveau traité n'est pas adopté.
Ça me fait penser à ce qui se passe souvent dans la production cinématographique. Un producteur demande à son réalisateur de revoir son scénario ou ses prétentions de mise en scène parce qu'il ne parvient pas à trouver les financements exigés par le devis. Le réalisateur râle et accuse le producteur de baisser les bras, de ne pas être à la hauteur. Finalement il rompt avec lui et va chercher un autre producteur, refusant de revoir son ambition à la baisse. Le second producteur lui tient le même langage et là le réalisateur est obligé de s'incliner. Résultat le premier producteur a perdu le film qui se fait avec les ajustements budgétaires nécessaires.
C'est ce qui risque de se passer avec Nicolas Sarkozy. A force de ne rien dire de son bilan, d'avoir un discours si manipulateur, et à force finalement de politiser son action, d'instrumentaliser la crise à des fins électorales, le président sortant ne peut plus rien demander aux français. A force d'avoir été et de rester un idéologue il n'est plus en mesure d'obtenir la confiance nécessaire pour entraîner son pays sur la voie d'une douloureuse révision. Il est probable que si la règle d'or doit être votée un peu partout, la France la votera, mais pas sous Sarkozy et pas si c'est Sarkozy qui le demande.
C'est idiot, hein ? C'est la démocratie. Les dirigeants doivent garder la confiance des gens. C'est pourquoi il ne faut pas, même en des temps paisibles, trop exagérer, trop profiter du pouvoir. Parce qu'en temps de crise, on n'a plus trop de pouvoir.
L'action de Standard and Poor's.
Vous aviez déjà entendu parler des agences de notation il y a, disons, un an ? Que se passe-t-il ? Tout d'un coup, elles disent des trucs. Des trucs qui ont des conséquences terribles. Mais avant ? Elles ne disaient rien ou on ne les écoutaient pas ? (je veux dire, nous, les gens, qui ne travaillons pas dans la finance).
Les agences de notation sont là pour dire si celui à qui vous prêtez de l'argent est fiable. S'il a de bonnes chance de vous le rendre. Et donc elle notes les emprunteurs. AAA, c'est la meilleure note. Et donc, quand on est fiable, on emprunte moins cher. Parce que le risque se paie. Si vous prêtez à quelqu'un qui ne fait que jouer au casino, vous avez des chances de ne jamais revoir votre argent. Alors vous demandez cher pour prêter. Vous faites rémunérer votre risque. Donc, si la France par exemple perd son AAA, la meilleure note, elle empruntera plus cher. Et son déficits public se creusera encore plus. Et elle pourra encore moins investir dans des projets d'avenir. Bref, ça serait un coup dur, même si on estime aujourd'hui qu'elle emprunte à des taux qui de toute façon ne sont plus vraiment AAA. Qu'importe.
Les agences de notation, on les entend parler. Elles ont toujours parlé. Elles ont toujours noté les Etats. Mais maintenant on fait attention. Je me demande quand même si elles ne commencent pas à ne plus se sentir maintenant qu'on les écoute. Elle disent à quelle condition elle pourraient donner une meilleure note.
La donne a changé. La situation a changé. Et donc je crois que le poids d'une agence de notation n'est plus le même. Sa fonction a changé. C'était une expertise. C'est devenu une prophétie, une pression.
C'est la preuve de la perte de souveraineté des Etats due à la mondialisation. La politique ne se décide plus vraiment à l'intérieur. Voir une agence de notation noter les projets de réforme devient réellement embarrassant. On dit : on ne tape pas sur le messager. Mais là, le messager en fait trop. La médiatisation des décisions des agences de notation a un effet. Un peu comme les acteurs qui deviennent célèbres. Souvent ils y croient. Ils sont dupes de leur célébrité. Et ils commencent à faire des choix pour de mauvaises raison.
04 décembre 2011
Chronique de la crise (1)
La semaine a été marquée par le discours de Nicolas Sarkozy
à Toulon. On nous promettait un grand discours qui nous expliquerait les
raisons de la crise et les efforts à faire pour s’en sortir.
Un discours comme ça, ce n’est pas monnaie courante. Ça
marque. C’est pour les grandes occasions.
Le discours du président a surtout été un discours de
candidat en campagne, agressif envers son principal adversaire politique. Quant
à la crise européenne, et le déficit public de la France, le candidat a voulu
surtout n’en porter aucune responsabilité, rejetant la faute soit sur 30 ans de
gestion tout gouvernement confondu, soit sur la gauche, ses trente-cinq heures
et la retraite à soixante ans.
Nicolas Sarkozy a donc raté une occasion d’être un grand
président, un grand chef d’Etat. Il est ce qu’il est : une bête politique.
Tout le monde sait que les dirigeants français et allemands
ne sont pas d’accord. L’Allemagne, qui a déjà fait les efforts, ne veut pas
payer pour les autres tant qu’elle n’a pas les garanties que les aides seront bien
employées.
Ça me fait penser à Churchill en 40, à qui les français
demandaient d’envoyer toujours plus d’avions pour défendre une France en
déroute. Churchill ne voulait pas laisser tomber la France, alors il envoyait
les avions mais il les perdait dans la catastrophe. C’était comme les jeter par
les fenêtre. Alors à un moment il a dit stop. Il fallait bien qu’il en garde
pour défendre l’Angleterre au cas où la France perdrait la guerre. Ce qui s’est
passé. On lui en a voulu à mort. C’était juste du bon sens.
L’Allemagne, aujourd’hui, ne veut pas gaspiller ses forces
en vain. Aider des pays qui n’offrent aucune garantie de désendettement ni de
bonne gestion, c’est comme jeter l’argent par les fenêtres. Et gâcher tous les
efforts que l’Allemagne a déjà faits.
On comprend bien que l’Europe ne peut s’en sortir qu’à
mettre en place une plus grande intégration. C’est à dire en gros un
gouvernement économique européen, et les mêmes règles budgétaires, fiscales,
voire sociales pour tout le monde. Bref, soit l’Europe s’écroule, soit elle
prend le pas sur les nations. C’est le fédéralisme.
Mais pour l’instant, Sarkozy et Merkel ne s’entendent pas
là-dessus. Ils ne s’entendent pas alors qu’on doit changer de monde. Ils ne sont
peut-être pas faits pour ce tournant historique.
Delors vient de faire une nouvelle sortie. Après celle d’il
y a quelques semaines qui était alarmiste, maintenant il dit que l’euro était
voué à l’échec. Je me demande s’il n’est pas devenu gâteux. En tous les cas,
manifestement, il n’en a plus rien à foutre et parle comme si sa parole n’avait
plus aucun impact. Ce qui est vrai.
Où est Hollande ? Après le discours de Sarkozy, tout le monde parle sauf lui. Il ne
veut pas tomber dans le piège du discours de Toulon, à savoir se positionner
par rapport à ce que dit son adversaire. Surtout qu’il ne s’est rien dit de
très nouveau. Pourtant la crise a chamboulé les plans de campagne et les thèmes
de campagne doivent être révisés. Je me demande si Hollande est très à l’aise
en ce moment.
Le problème, on le connaît. Il n’y a pas de choix. Hollande
et Sarkozy feront la même chose. Ils n’ont pas le choix. La différence se fera
à la marge et sur la personnalité. Pour la politique, les solutions seront les
mêmes. Tout le monde le sait.
Parmi les commentateurs de la crise en ce moment, palme à Dominique
Reynié et Nicolas
Beytout, invités récurrents de l’excellente émission de Yves Calvi,
« C dans l’air ».
02 décembre 2011
Les bâtisseurs
Changer la société, c’était le crédo de la gauche française
il y a 30 ans. Changer de société en France. Après Maastricht, le changement de
société n’était plus possible si ce n’est en passant par l’Europe. Le combat ne
pouvait plus se faire à l’échelle d’un pays. On ne pouvait plus changer tout
seul. La mondialisation a détruit les dernières illusions. Ce n’est plus
l’Europe qu’il faudrait convaincre mais les Etats-Unis, la Chine et tous les
pays émergents. L’espoir de changement est devenu une vraie utopie.
La crise européenne actuelle parachève le mouvement. Non
seulement il ne s’agit pas de changer mais il s’agit au contraire d’aller plus
avant dans ce qui était combattu : la domination de l’économie sur la
politique, la soumission aux marchés, l’abandon de souveraineté qui interdit
toute remise en cause des structures sociales et économiques.
En 1989 le monde choisissait définitivement l’économie de
marché, aujourd’hui il doit en assumer toutes les conséquences, sous peine de
chaos.
Oui aujourd’hui c’est le chaos et son cortège de souffrances
qui nous attend si nous n’adoptons pas les dispositifs inscrits en gésine dans
le traité de Maastricht. Bref, l’espoir de changer de société est bien mort.
Ceux qui voudraient le dénier nous entraineraient avec leurs illusions ou leurs
mensonges dans la tourmente.
La primaire socialiste a d’une certaine manière validé cette
mort de la gauche d’il y a trente ans. Et si François Hollande l’a emporté sur
Martine Aubry c’est bien que le déni n’est plus tout à fait de mise.
En fait depuis quelques années, la gauche était devenue une
gauche de résistance. Freiner l’inéluctable, s’opposer à tout ce mouvement,
revenir sur ce qui avait été fait. La gauche avait pris acte de son incapacité
à inventer une alternative. Elle pouvait au moins ralentir le processus. C’est
pourquoi elle apparaissait comme réactionnaire.
La gauche de résistance est morte également, avec la crise
de la dette. On lui dit maintenant qu’on ne peut plus freiner, hésiter, revenir
en arrière. La gauche ne voulait pas prendre ce bateau. Elle voulait le faire
revenir au port. Maintenant, en pleine mer, le bateau prend l’eau. On a le
choix entre le colmater puis le renforcer ou rentrer à la nage.
Dans cette situation, faut-il persévérer dans le déni, coûte
que coûte, ou céder à la désespérance ? Faut-il paniquer, ou au contraire
saisir l’occasion qui nous est donnée de bâtir à travers l’Europe quelque chose
de nouveau ?
Lors des moments de crise comme celle que l’on connaît, le
combat idéologique n’a pas vraiment de sens. On a d’un côté les partisans du
chaos, ceux qui pensent pouvoir profiter de l’effondrement pour construire leur
cathédrale improbable, et de l’autre côté ceux qui, loin des idéologies,
proposent des solutions pour éviter le naufrage.
Pourtant ce sont bien les crises qui induisent les
changements de structure. Et ce sont les hommes – et non les idéologies - qui peuvent guider les peuples dans ces
changements angoissant où les repères s’effondrent.
Hors des crises les idéologues prennent la parole et parfois
le pouvoir. Ils inventent des trucs comme les trente-cinq heures ou le bouclier
fiscal. Des trucs qui correspondent à leur vision fantasmée de la réalité.
Sarkozy a été un idéologue, ce qui l’a empêché d’être un
visionnaire. C’est son idéologie qui a creusé la dette au moment où déjà
certains anticipaient la catastrophe actuelle. Il reste manifestement un
idéologue. Aucune de ses interventions n’échappe à la mesquinerie du combat
politicien. Son discours de Toulon 2 en atteste. Là où on attendait un homme d’Etat
responsable, on a eu un candidat englué dans l’agressivité.
François Hollande est-il un idéologue, un politicien ?
Les derniers soubresauts de sa campagne semblent dire le contraire. Il a su se
dégager de l’emprise idéologique des écologistes et peu à peu il se dégage
courageusement de celle de ses amis socialistes. Son principe de « donner
du sens à la rigueur » est ce qu’il y a eu de plus sensé et de plus juste
à dire sur le sujet. Mais ce n’est pas suffisant.
La situation exige aujourd’hui l’émergence de bâtisseurs.
Ceux qui sont capable de nous guider, de nous offrir la perspective d’une
nouvelle édification européenne qui prendrait acte de ses faiblesses et oserait
surmonter la perte des repères. Nous ne pouvons plus changer la société mais
aujourd’hui nous allons devoir changer de monde. Seuls des bâtisseurs peuvent
nous en convaincre et nous accompagner. Nicolas Sarkozy n’est pas un tel
bâtisseur. Si le couple franco-allemand est tant à la peine. Si le dialogue
entre Sarkozy et Merkel est si laborieux, si difficile. Si nous courons
toujours derrière la crise, à bout de souffle, c’est parce qu’ils ne sont pas à
la hauteur. Ce sont les dirigeants d’un monde stable et non ceux d’un monde qui
bascule.
François Hollande, s’il n’est pas un idéologue, pourrait-il
être un bâtisseur? C’est l’enjeu tout récent mais majeur de la prochaine
élection présidentielle.
12 octobre 2011
Le choix
Il semble acquis aujourd’hui que le président sortant soit rejeté par une grande majorité de français et, sauf cataclysme possible, qu’un second quinquennat lui soit refusé. Qui que ce soit qui se présenterait en face de lui, pourvu qu’il soit un peu sérieux, aurait toutes les chances de devenir le prochain président de la République.
C’est sur la base de cette supposition que nous assistons cette semaine à une situation pour le moins étonnante : le chantre de la démondialisation et de la sixième république soumet les deux finalistes de la primaire socialiste à un chantage intellectuel et politique. D’aucuns plus modérés diraient : une simple pression légitimée par ses 17% du premier tour. Et nous voyons ces deux finalistes en difficulté d’avoir au mieux à ne pas vexer ces électeurs si précieux en vue de la victoire finale.
Le présupposé est faux.
La situation qui en résulte est grotesque.
Et le résultat risque bien d’être un amusant - ou tragique - paradoxe : la victoire du président sortant.
Nicolas Sarkozy n’est pas en campagne. Aujourd’hui seule la gauche parle, martèle ses arguments au risques de les user. Seuls des lieutenants zélés et maladroits répondent aux critiques. De toute façon, la campagne n’a pas commencé et l’action du président en tant que tel n’est pas terminée.
Aujourd’hui, il n’y en a un seul qui trime face à une crise financière et économique angoissante, pesante, qui a changé les termes du débat à venir, ne serait-ce qu’en éclairant d’une lumière crue, entre autres, le thème pas très sexy du déficit budgétaire.
Quand il sera temps pour lui de s'intéresser à sa réélection, il lèvera la tête et, fort de ses succès ou de ses efforts, sortira les crocs. Et tout le monde sait qu’il en a.
Quoiqu’on dise, son bilan n’est pas catastrophique. Aujourd’hui certes personne ne le défend. Bien naïfs seraient ceux qui pensent qu’il est indéfendable.
C’est d’une illusion d’optique que l’on puisse inférer qu’une gauche «dure»parce que ragaillardie par l’espoir d’une chance historique soit en mesure de l’emporter contre la droite. Une illusion d’optique et une catastrophe annoncée.
La gauche dure (quand on accuse son adversaire d’incarner une gauche molle on se réclame par là même de la gauche dure), c’est à dire la gauche d’hier, de l’union de la gauche, des nationalisations, des trente cinq heures, de la démondialisation (et pourquoi pas de la désinternetisation pendant qu’on y est ? comme si la mondialisation était un système politique !), la gauche du «non» à l’Europe, cette gauche, aussi séduisante et romantique soit-elle, cette gauche va perdre.
On ne croit pas à sa défaite car elle a l’air forte. Mais elle est simplement la seule à parler. Celui qui devrait lui répliquer a aujourd’hui autre chose à faire. Elle est seule à parler et, sans contradicteur, donne l’illusion d’avoir raison.
La gauche dure est agressive, conservatrice. C’est une gauche d’appareil et d’apparatchiks.
La gauche dure a l’air forte mais elle est faible.
Et elle va perdre.
C’est pourquoi ceux qui pensent que malgré un bilan défendable, le président sortant a trop fait preuve lui aussi de dureté, de rigidité idéologique (voir les premières décisions de son quinquennat), de démagogie dangereuse et a connu des échecs cuisants sur ce qui faisait quand même ses principaux thèmes de campagne (sécurité, pouvoir d’achat), ceux qui souhaitent le changement, qui le souhaitent réellement, c’est à dire qui veulent y œuvrer efficacement et non pas dans la douce illusion d’un monde idéal, ceux-là devraient faire le choix du seul qui incarne aujourd’hui cet espoir d’une gauche non pas dure mais concrète, non pas molle mais pragmatique, qui n’agresse pas mais écoute, qui ne propose pas une liste désordonnée de tout ce qui serait bien de faire mais se fixe un objectif simple, large et lisible relatif à la génération qui vient, qui ne calcule pas, ne complote pas, ne pactise pas mais avance sereinement, une gauche qui ne cherche pas à sa manière une nouvelle fracture mais au contraire un vrai rassemblement, bref une gauche moderne, une gauche qui gagne.
Ceux-là devraient à la primaire faire le choix de François Hollande.
06 octobre 2011
Pour François Hollande
Chaque élection présidentielle voit s’affronter au deuxième tour un candidat de droite et un candidat de gauche, excepté l’épisode étrange de 2002.
En 2012 le candidat de droite sera Nicola Sarkozy sauf cataclysme improbable du type affaire DSK.
En face de lui on peut raisonnablement parier que, comme à chaque fois, le candidat de gauche sera issu des rangs du Parti Socialiste.
Mais nous ne savons pas lequel et il nous est donné pour la première fois de le choisir. Pour la première fois, le candidat socialiste ne nous sera pas imposé par un parti, à l’issue soit d’une bataille d’appareil, soit d’un vote interne au parti, soit de ce que s’impose tout naturellement une personnalité incontestée.
Pour la première fois nous pouvons évaluer la popularité, l’intérêt, les chances de victoires de celui qui représentera une alternative à Nicolas Sarkozy.
Cela veut-il dire, en creux, qu’aucune personnalité évidente ne s’est imposée ? Oui, certainement, sinon l’idée même de la primaire n’aurait probablement pas émergé.
Faut-il le déplorer ? Faut-il même se sentir abattu, pour ceux qui souhaitent une alternance, de ce qu’en face du président sortant à la personnalité forte, aucun père (ou aucune mère) ne s’impose ?
Nous en avions un, de père. C’était DSK. Et il est mort en tant que tel.
Le destin a voulu finalement que nous soit épargnée une situation que nous avons connue auparavant : le choix par la fascination, une fascination quasi hypnotique, nous laissant aveugles aux défauts, aux casseroles, aux risques. Le destin a voulu que nous choisissions le candidat du second tour de la présidentielle parmi des personnalités qui ne sont ni charismatiques, ni fascinantes, auxquelles nous ne pouvons vouer vénération. Nous allons voter par raison.
Je ne dis pas sans enthousiasme. Mais certainement par raison.
Alors qui ? Puisqu’aucun ne s’impose ?
D’abord - logique de ce vote à la primaire - celui qui a le plus de chance de battre Sarkozy. Donc celui qui a le plus de chance de rassembler.
Il s’agit évidemment de François Hollande.
Quand Nicolas Sarkozy va entrer en campagne, n’en doutons pas, ne doutons pas de son talent et de son intelligence politique, il va retourner tous les pronostics. Je pense qu’il ne ferait qu’une bouchée de Martine Aubry. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas voulu y aller, parce qu’elle représente une gauche vieille école, qu’il sera facile de taxer de réactionnaire, de conservatrice, parce qu’elle est entourée de radicaux qui entachent sa crédibilité, parce qu’elle est la candidate de l’appareil.
A l’inverse, François Hollande s’est émancipé de cet appareil, il est là depuis le début, il le veut, il est entouré de gens plus modernes, plus crédibles. Nulle doute que Manuel Valls viendra grossir ses rangs à l’issue du premier tour.
On dit de lui qu’il est mou...
Où ça ? Où est-il mou ? Il ne fait pas rêver ? Sarkozy fait rêver ?
On dit qu’il est trop modéré... Tant mieux !
En revanche, qui pourrait dire qu’il n’a pas de volonté ? Ni de détermination ?
Alors son projet...
Ce n’est pas contrairement aux autres qui égrènent les mesures, qui veulent s’occuper de tout, bref, qui ne hiérarchisent rien, et qui ont, par là-même, finalement, un discours de ministre, ce n’est pas une liste d’idées, de thèmes, de souhaits.
C’est une priorité : la jeunesse.
Pourquoi pas ?
J’entends son discours : La crise, oui, le déficit, oui, les comptes, oui, les retraites oui, tout ce que vous voulez, on va travailler, on va essayer de trouver des solutions, ça va être difficile, ce n’est pas gagné, on va en chier, mais...
... Jamais au détriment de l’éducation et des perspectives pour la génération qui vient.
Moi je trouve ça bien. Parce que je sais que tout n’est pas possible.
Eh bien je trouve ça bien qu’on me dise qu’on met le paquet sur un thème et que ce thème ce soit la jeunesse. Même si je trouve que ce mot «jeunesse» n’est pas le bon.
On met le paquet sur nos enfants. Oui c’est bien et pour le reste on voit, on essaie de faire au mieux. Oui c’est bien.
Le style finalement...
«Normal», vous avez dit «normal» ? Oui. Je sais, on s’en moque, on s’en décourage, on s’en déprime même.
Un président normal est un oxymore. Le président de la république ne peut être un homme normal. Ça ne peut être qu’un monstre d’ambition, ayant soumis son propre parti avant de soumettre l’électorat, se sentant apte à diriger, à endosser l’énorme responsabilité de la fonction, un animal politique coriace, sauvage, de ceux qui savent sentir le vent, aux intuitions guerrières fulgurantes.
Quel peut être alors le sens d’une présidence normale ?
Il s’agit justement de tempérer les menaces inhérentes à ce que peut être une personnalité présidentielle.
Une présidence normale, ce n’est pas un oxymore, c’est un équilibre.
Et l’idée de devoir choisir au second tour entre un ogre politique, de ceux qui nous déçoivent, qui nous trahissent, qui nous embarrassent, et un candidat choisi par raison, pesé, évalué, c’est à dire finalement un candidat «normal», cette idée est finalement séduisante. Nous n’aurons pas alors à choisir seulement entre deux personnalités, ou entre deux idéologies ou entre deux propositions. Nous auront également à choisir entre deux types de figure présidentielle, et donc entre deux types de relation qui unit un peuple et son dirigeant élu.
Alors j’ai dit que François Hollande était une personne intelligente, sympathique et saine.
Oui ça me va.
Ce que je redouterais en fait, à partir d’aujourd’hui, c’est qu’il change trop. Qu’il devienne ce qu’il n’est pas : un monstre politique, un homme d’appareil un idéologue, quelqu’un qui a peur de perdre, qui navigue à vue, qui perd son cap.
Mais pour l’instant, de raison et avec un sentiment apaisé, j’aimerais bien que ce soit lui qui s'oppose au président sortant et ensuite qu'il devienne le prochain président de la République. Je vais donc voter pour lui à la primaire.
28 août 2011
Pourquoi je vais voter François Hollande à la primaire socialiste.
Pourquoi je vais voter François Hollande à la primaire
socialiste.
Je ne suis pas de droite. Je ne suis plus de gauche.
Je n’ai pas voté Sarkozy il y a cinq ans. Le bilan du
président de la république n’est pas désastreux. Il n’est pas satisfaisant non
plus. Ses slogans de campagne, en particulier, ses propositions qui lui ont
valu la victoire, ont quasiment tous abouti à l’échec : sécurité, pouvoir
d’achat (travailler plus pour gagner plus), fiscalité des plus aisés, ministère
de l’identité nationale !
Je ne veux pas cinq ans de plus avec lui.
La gauche me déçoit depuis longtemps. Elle est devenue
réactionnaire. Benoît Hamon en porte parole du PS quand Ségolène Royal avait
presque gagné la bataille pour devenir première secrétaire. Cette bataille
d’appareil douteuse et embarrassante.
J’avais l’intention de voter Strauss-Kahn…
Aujourd’hui, parmi les options offertes, celle de François
Hollande me paraît être la meilleure.
Il a su sortir de cette logique d’appareil qui fait
ressembler le parti socialiste à une structure d’un autre temps. Il s’est
entouré des moins conservateurs : Moscovici, Dray, Peillon… Il propose une
vision réaliste, sérieuse. Il est lui-même quelqu’un de très sympathique,
intelligent.
Ce n’est pas un visionnaire, certes. Aujourd’hui sa
campagne, son discours ne s’appuient pas sur quelques idées très fortes qui
font vibrer. Pas encore, ai-je envie de dire. Mais à défaut, il ne dit pas de bêtise, il ne délire pas, il n’est
pas soutenu par des gens qui nous ont habitué aux mauvais coups, à la
démagogie, aux revirements malsains.
Je pense qu’il fera un bon président et qu’il saura résister
à la corruption par le pouvoir.
Ça nous changera, ça nous apaisera. Il est ouvert, à l’écoute. Ce n’est pas
un idéologue.
Aujourd’hui, je pense qu’il est la meilleure solution pour
l’élection présidentielle.
Je pense aussi que c’est celui qui a le plus de chance de
gagner contre Sarkozy. La gauche votera à gauche. Mais ça ne suffit pas. Il
faut aussi le centre. Et le centre ne votera pas Aubry. Sarkozy sera très fort
quand il commencera la campagne. Il saura parfaitement stigmatiser le
conservatisme de gauche. Et Aubry, affublé de Fabius, Hamon et les autres aura
bien du mal à le contrer. Hollande est armé pour cela. Il est clair et
paradoxalement, il est neuf. Il représente la meilleure chance de ne pas rempiler
pour cinq ans de sarkozy, de Guéant, de Besson.
S’il perd la primaire, je ne sais vraiment pas ce que je
vais faire et je crois que je ne suis pas le seul. C’est pourquoi je le
soutiens aujourd’hui. Je trouve bien qu’on puisse choisir notre candidat de l’alternance.
Je ne veux pas rester sans rien faire et attendre qu’on m’impose une
personnalité.
J’aimerais qu’au second tour, François Hollande parvienne à
rallier Manuel Valls. Ça me semblerait logique et prometteur. Je ne doute pas
qu’il y parvienne. Je ne vois pas Valls faire campagne derrière Aubry et ses
soutiens.
Alors voilà. Je ne suis pas socialiste. Je n’ai pas de
soucis à me proclamer sympathisant de gauche s’il le faut pour voter aux
primaires, comme je n’ai pas eu de soucis pour voter Chirac contre Le Pen. Il n’y
a pas de honte à ça. J’ai beaucoup de sympathie pour François Hollande qui vous
regarde dans les yeux quand il vous serre la main sans chercher les
photographes. C’est un signe. Il est sain.
23 août 2011
Un deuil violent (6 et fin)
La vérité
La vérité judiciaire a été proclamée.
Certains s’en trouvent frustrés. « On ne saura jamais
la vérité » disent-ils. Quelle vérité ? Celle qui peut-être essaiera
de se frayer un chemin lors de l’hypothétique procès civil ? Il s’agira
alors de la parole de l’une contre la parole de l’autre. La vérité
éclatera-t-elle vraiment d’une confrontation de récits ? Il est probable
que non. Deux scénarios s’affronteront et l’abandon des charges pour le procès
pénal révèle qu’on ne saurait attendre des éléments matériels une quelconque
aide pour savoir ce qui s’est réellement passé.
On dit aussi : « la vérité, seules deux personnes
la connaissent. »
Est-ce si sûr ? On s’accroche parfois à ses propres
mensonges. On y croit sans réserve et on pourrait parfois mourir pour eux.
Quand le mensonge va si loin que la vérité peut être létale, le mensonge
devient la vérité au nom de laquelle on luttera à mort.
Ce dont ils ont été les protagonistes, peut-être le
savent-ils, peut-être ne le savent-ils plus. L’un ment peut-être, oui, c’est
possible. On aimerait le croire finalement. Une illusion qui nous resterait
après ce maelström de fantasmes. Mais rien n’est sûr et il est également
possible que chacun croit à sa vérité sans avoir le sentiment de se mentir ni à
soi-même ni aux autres.
Ce qui est sûr, c’est que la vérité judiciaire, elle, a été
dite. C’est celle qu’on a aujourd’hui. Et elle nous place devant un immense
gâchis, et une véritable honte de ce que peut nous offrir le monde médiatique
contemporain.
Le père.
Il a été tué, sans aucun doute. Lui qui voulait toutes les
femmes, lui qui pouvait s’offrir toutes les femmes. Lui qui avait le savoir de
ce qu’on vit (économie mondiale), lui sur lequel reposaient tant d’espoirs en
France. Un espoir de père, de quelqu’un qui nous protège de l’inévitable
mondialisation, qui sait y faire et qui serait quand même bienveillant (de
gauche).
Il a été tué et la jouissance qui a accompagné le meurtre
était à la mesure du traumatisme. DSK était juste un homme ? Il a eu tort
de le croire. Non, c’était le père.
Nous ne voulons pas du père. Nous le voulons mais nous ne le
voulons pas. Nous préférons l’un des nôtres. Même s’il nous laisse totalement
insatisfait. Sarkozy, par exemple. Celui qui aime l’argent (en tous les cas qui
n’en a pas honte), celui, parmi nous, qui a la volonté, la détermination,
l’envie. Celui qui est ambitieux, autoritaire, colérique. Celui qui s’agite,
parfois pour le succès, parfois pour l'échec. Sarkozy est des nôtres. C’est
pourquoi on peut lui en vouloir d’ailleurs. Il a nos défauts. Alors qu'il a le
pouvoir.
Mais le père… Celui qui va nous apaiser, celui sur qui on va
se reposer, celui qui fort de l’autorité, du savoir, de l’expérience acquise au
FMI allait revenir à la maison s’occuper de nous… Celui-là, il aime les femmes
dit-on. C’est normal. Le père aime les femmes. Il n’est pas castré comme nous.
C’est le père de la horde primitive de Freud.
Eh bien celui-là, on l’abat. C’est la curée. Il prête le
flanc et on le coupe en deux.
Le plus cruel, bien sûr, c’est qu’il l’ignorait. Il ignorait
ce qui se tramait. C’est peut-être sa faute. Sa vraie faute.
01 juillet 2011
Un deuil violent (5)
Les accusations contre DSK vont-elle s’effondrer ?
Non, ce n’est pas une sidération de plus. Cette possibilité était inscrite dans l’évènement lui-même.
Cet évènement prend un nouveau sens aujourd’hui. Et nous commençons à apercevoir quel monde se jouait dans cette chambre d’hôtel.
L’immédiateté de l’information et la négation de la pensée
Nous avons appris que nous pouvions être informé seconde par seconde grâce à Twitter. Les faits bruts : un homme devant le tribunal, la rumeur puis le discours de l’accusation, le seul discours audible alors. Nous étions façonnés par ces informations. Sommés de penser au rythme d’Internet, nous nous sommes essoufflés et nous avons commenté, au fil des minutes, une réalité fantasmée, manipulée, faite des désirs et des craintes de chacun.
La vertu d’Internet a une face cachée : la négation de la pensée. On ne pense pas un événement dont on suit le déroulement à la seconde. Les journalistes sont les penseurs d’aujourd’hui, ce qui est un drame.
La machine à blabla…
Elle s’est mise en route immédiatement. Pour calmer nos angoisses nous avons eu besoin de commenter, de débattre, de tout et de n’importe quoi : le viol, l’arrogance des puissants, le machisme des politiques.
J’ai dénoncé dans l’émission « Ce soir ou jamais » le caractère à charge de ces débats. Débattre du viol à l’occasion d’une affaire dont on ne savait rien était déjà condamner DSK. Le procès a été continuel.
Les médias ont surtout parlé d’eux-mêmes. Exercice d’égocentrisme exacerbé : le débat a essentiellement porté sur leur responsabilité. Et nous avons assisté médusés et impuissants à cette obscénité intellectuelle.
La jouissance d’abattre les puissants
Elle est universelle. La démocratisation de la parole libérée par Internet, la rapidité des échanges d’informations rend les puissants vulnérables dans la bataille de l’image. L’occasion ne saurait être manquée, fut-elle colorée de fantasme. Ce qui en dit long sur la frustration liée à la démocratie. Nous haïssons nos dirigeants, nous les haïssons de nous diriger alors même qu’ils nous doivent leur place. Nous ne voulons rien savoir de la difficulté de décider dans un monde complexe. Non. Nous voulons que ce soit simple et nous condamnons par avance l’esprit de responsabilité qui nous frustre de nos désirs et de nos illusions. Nous faisons payer cet esprit de responsabilité au prix fort : celui de pouvoir être détruit en une seconde dès que l’occasion de présente.
Le drame de l’absence d’éthique
L’éthique, tel était le véritable enjeu de toute cette affaire. Nous ne savions rien, nous n’entendions que l’accusation mais nous avions besoin de parler tant l’événement était traumatique. La suspension du jugement était alors une question d’éthique. Savoir de quoi on parle, faire attention aux mots : ce que les médias ne peuvent savoir faire. Cette affaire a été pour nous un vrai drame éthique.
L’avenir nous dira comment on se remet d’un tel événement. Nous, ceux qui avons été sidérés le jour de l’arrestation, qui avons été volés d’une perspective politique.
Les leçons a tirer sont multiples, complexes et essentielles. C’est un évènement majeur dans la conscience collective française. Et les conséquences en sont aujourd’hui incalculables. Mais ce qui est certain c’est que des comptes seront à rendre. Des comptes de la pensée. On n’est pas contemporain d’un tel événement sans rendre de comptes. C’est un nouvel enjeu éthique.
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